quand le lys terrassait la rose daniel de montplaisir

Résume :

Jamais, dans l'histoire du monde, deux démocraties ne se sont fait la guerre. Mais avant qu'elles ne le deviennent, que de massacres ! Ainsi l'Angleterre et la France se sont-elles affrontées, souvent avec une incroyable violence, durant sept cent quarante-neuf ans. Chacune a essayé d'envahir l'autre, ou de la dominer, ou de l'empêcher d'en dominer d'autres. Toutes deux ont justifié l'appellation mutuelle d'"ennemi héréditaire". Pour bâtir ensuite une paix, puis une alliance, qui dure maintenant depuis deux cents ans. Et pour construire ensemble une Union européenne, que l'une des deux s'apprête à quitter. On attribue à saint Augustin l'aphorisme "nul ne peut prédire ce que sera le passé". C'est sans doute pourquoi l'impression dominante de la longue histoire du couple franco-britannique donne l'Angleterre toujours victorieuse et la France toujours vaincue. Ce qui est faux, du moins sur le plan militaire. Durant leur millénaire face-à-face, les deux pays ont participé à une trentaine de guerres, seuls ou dans le cadre de coalitions, et se sont combattus au cours de deux cents batailles majeures. On sait rarement que la France a en remporté les deux tiers. Ce livre, fruit d'une minutieuse recherche, en retrace le cheminement.

Mon avis :

Ce livre se finit avec la dernière victoire française contre l’Angleterre, le 17 juin 1815. Il s’ouvre avec la défaite de Waterloo le 18 juin 1815, où Napoléon perdit devant le général anglais Wellington. Montrant une fois pour toute, que l’Angleterre était décidément une nation gagnante face à la France, Waterloo c’est en quelque sorte rejouer Azincourt. Pourtant Waterloo n’est pas une victoire anglaise, elle est surtout une victoire prussienne. Premièrement, car l’armée sous les ordres de Wellington n’est que peu anglaise, mais surtout parce que les troupes de Wellington ont été soulagées et renforcées par le Maréchal Blücher à un moment décisif de la bataille. Waterloo pour les anglais est une « défaite gagnée ».
« Toutefois, malgré leur apport, vers dix-huit heures, Wellington croit la partie perdue : « Nu-tête, adossé à un arbre, il voyait sans bouger son armée battue. Elle fuyait autour de lui. Son désespoir était au comble. J’ai vu des larmes sortir de ses yeux » a rapporté l’un de ses officiers d’état-major. Mais, une heure plus tard, le gros de l’armée prussienne, avec à sa tête le vieux maréchal Blücher, le soldat le plus déterminé d’Europe à combattre Napoléon, vole enfin au secours des Anglais. Dès lors, la tendance s’inverse […]. » p.13
D
’accord Waterloo n’est pas une victoire 100% anglaise, cela n’empêche pourtant point la défaite française face à l’anglais quand bien même les anglais ne soient pas seuls sur le terrain. Et c’est vrai. Et seul ou pas, dans l’imaginaire, l’anglais reste doué au combat en témoigne Québec, Crécy (1346), Azincourt (1415) qui fut la grande défaite de la noblesse française lors de la Guerre de Cent Ans.

Pourtant, c’est méconnaître l’histoire de penser ainsi. Comme va le montrer l’auteur, 700 ans de batailles, d’échanges de poudre et de coup d’épée, nous lient à l’Angleterre, penser qu’elles furent toutes des victoires anglaises, est faux. Pour rétablir une certaine vérité dans l’imaginaire collectif, il est temps de lire ce livre.
Je ne dirai toutefois pas qu’il faut le lire par chauvinisme, cela serait absurde. Mais il est à lire pour se rendre compte à quel point la France et l’Angleterre sont liées (ceci bien avant la Guerre de Cent ans), pour voir l’évolution du système de l’armée et de ses armes, pour connaître les causes des conflits, pour voir que l’Angleterre est aussi française.

« Qu’est-ce que l’Angleterre ? Une colonie française qui a mal tourné », aurait déclaré Clemenceau :

Diable ! Qu’est-ce que je dis là ? L'Angleterre française ?! Il est vrai que j’ai pris un sacré raccourci, on ne parle pas encore de nation française en 1066 et Guillaume le Conquérant n’a jamais combattu pour le Roi Philippe 1er, comme son armée au demeurant. Cependant, quand le normand Guillaume va combattre en Angleterre pour récupérer le trône qui selon lui, lui échoit, il est malgré tout et comme son armée, franco-normand, et aussi vassal du Roi Philippe 1er. De plus, sa future aristocratie anglaise sera française. Alors pensez-vous toujours que les français sont si nuls que ça ?

« A Bayeux, le monument aux morts britanniques de la Seconde Guerre mondiale porte cette inscription : Nos, a Gulielmo victi, victoris patrium liberavimus (« Nous, vaincu par Guillaume, avons libéré la patrie du vainqueur ») ». P.38

bayeux tapisserie

Résistance anglaise contre les Normands.

Bouvines (17/07/1214) ; Castillon ((17/07/1453) ; Calais (07/01/1453) ; Fontenoy (11/05/1745), et bien d’autres victoires en atteste, la France a gagné plus d’une guerre face à la perfide Albion, et ce livre est une succession de ces triomphes. Toutefois, il est aussi le livre de ces défaites, ce qui peut paraître un peu long, mais qui est nécessaire pour comprendre que la guerre, c’est un jour gagner et l’autre perdre, c’est avancer et reculer, que c’est souvent aussi recommencer. La Guerre de Cent Ans en est l’exemple parfait, ce livre aligne les démonstrations comme l’armée aligne ses soldats.

L’ennemi de mon ennemi, est mon ami :

Aujourd’hui comme hier, il est important d’avoir des amis en politique afin d’asseoir sa puissance et d’éviter d’être mangé par le voisin. Il y aussi des intérêts à voir une personne au pouvoir plutôt qu’une autre, voyez l’opposition armagnacs-bourguignons lors de la Guerre de Cent Ans qui va faire durer ce confit longtemps. De fait, quand on parle de guerres franco-anglaises, ce n’est pas tout à fait juste, il y a tout un tas d’alliance à côté. Souvenez-vous par exemple Bouvines, qui fut une coalition anglaise et germanique (+ le comté de Flandre) contre la France de Philippe Auguste. Jean sans Terre voulant récupérer ses possessions françaises dont il avait été privé (commise) par le roi qui était son suzerain, avait fait pour ça appel à d’autres royaumes.
L’Angleterre n’est cependant pas le seul pays à avoir des alliés, la France aussi possède les siens, une des première d’entre-elle et fidèle : l’Ecosse, toujours présente quand il faudra faire chier l’Angleterre. Une alliance qui sera réactivée plus d’une fois au cours de l’histoire, et qui marchera aussi dans l’autre sens, le roi de France aidant le roi écossais. « L’écosse « épine dans l’épiderme anglais et pion dans la politique française » ».
Comme vous le voyez, chacun y trouve son intérêt, soit pour séparer les fronts, soit pour gagner des terres, par exemple la bataille qui se clôtura par Bouvines devait si elle avait tourné en défaveur du Roi de France, disséquer le royaume de France entre les gagnants.
« Dans l’immédiat, le roi de France revient dans sa capitale plus auréolé de sa victoire que ne le fut jamais aucun de ses prédécesseurs. Bouvines est, de fait, la première grande bataille rangée remportée par un Capétien, elle devient la bataille. Le roi écrit à l’Université de Paris : « Louez Dieu ! Nous venons d’échapper au plus grave danger qui nous ait jamais menacés. » Et c’est vrai. Clercs, bourgeois et peuple de la capitale avaient compris, ou pressenti, que se jouait à Bouvines non pas le trône des Capétiens, mais bien la survie du royaume des lys, qu’auraient dépecé ensemble Anglais et Germains. » p.71

Ce qui m’emmène à un autre point du livre, la naissance du sentiment national que l’auteur va mettre en avant par petite touche et montrer ainsi que le 19ème siècle n’a pas créé les nations, mais a fini de les concrétiser. Pourquoi ? Parce que depuis l’époque médiévale (avant ?) l’identité nationale s’est construite petit à petit, voyez Bouvines, voyez la Guerre de Cent Ans - on ne voulait pas d’un roi anglais -, voyez la Guerre de Succession d’Espagne où Louis XIV réunit tout un peuple en lançant un appel en juin 1709 où il met en avant « la justice et l’honneur du nom de FRANÇAIS ». (Décidément les mois de juin, c’est le mois des appels.)
Certes, les batailles ne sont pas les seules preuves du sentiment national, mais c’est peut-être la chose la plus évidente.

philippe auguste statue

Philippe Aguste (1165-1223)

Contre et avec l’anglais dans la marche du monde :

S’il est vrai que la guerre contre l’Angleterre a surtout eu lieu en Europe sur terre ou en mer. La guerre avec l’Angleterre s’est aussi exportée en Inde au niveau des comptoirs commerciaux et en Amérique, donnant à ce rapport belliqueux et plutôt européen une extension quasi mondiale. Et là aussi comme ailleurs, les défaites et les victoires s’enchaînent des deux côtés, et là encore les alliances vont jouer un grand rôle, par exemple anglais-hollandais-indiens contre les français et leurs alliés indiens.
Toutefois et malgré l’extension du conflit, il serait faux de croire que les relations avec l’Angleterre n’ont été quasiment que mauvaise. Outre le fait qu’un certain Louis fils du Roi Philippe Auguste a failli être roi d’Angleterre en succédant à Jean sans Terre que plus personne ne voulait voir au pouvoir, l’Angleterre et la France se sont parfois entendus quand les intérêts convergeaient. Enfin je dis la France, mais ce n’est pas tout à fait ça, Henri IV n’est alors pas soutenu par tout le pays et le siège de la Rochelle (1627-1628) ne concerne que les protestants et non la France entière. Chose amusante et par un petit tour dont l’histoire a le secret, c’est qu’en 1542 les protestants et les catholiques n’ont pas hésité à s’unir contre l’Angleterre pour récupérer Calais...
« La Rochelle, ne pouvant plus rien attendre de l’Angleterre capitule le 26 octobre en implorant le pardon de Louis XIII. Plus jamais aucune ville de France après ce jour ne sollicitera un concours étranger, l’idée d’appartenance à une nation l’emportant dorénavant sur l’allégeance religieuse. Mais subsistera longtemps dans les esprits, notamment d’hommes politiques, qu’il existe en France un « parti de l’étranger »  inlassablement prêt à se réactiver. » p.224

église des récollet détruite

Église des Récollets détruite suite aux bombardements anglais.

Militaire :

Ce livre aborde donc les relations entre les deux pays et les alliances diverses, mais il aborde aussi l’évolution des combats et de l’administration des armées. C’est-à-dire la manière de commander, de combattre et sa gestion.
On découvre ainsi que s’instaure petit à petit un ordre militaire, une armée permanente, et tout un système administratif et financier, qui remplace au fur et à mesure le système féodale, afin de monter en efficacité et pour éviter par exemple les compagnies de routier qui dévastaient le pays quand il était en paix. Les mercenaires ont parfois du bon, mais une fois qu’ils se retrouvent au chômage l’inconvénient c’est qu’ils se payent sur le pays. (Par contre ça, je ne sais plus si c’est dans le livre où si c’est moi qui le ressort de mes cours ^^)
Grâce à ce livre, on découvre aussi l’évolution de la guerre. Je le disais un pas en avant, un pas en arrière, mais c’est aussi à l’époque médiévale par exemple beaucoup de trêve et beaucoup de chevalerie qui se traduit surtout par de la mansuétude et le courage. Et au XXIème siècle ça choque voire fait sourire, cette manie polie de faire la guerre.
La guerre c’est aussi la ruse et l’audace, mais c’est surtout de l’artillerie. Que l’auteur va aborder par le génie des frères Bureau. Qui n’auront de cesse de perfectionner sous Charles VII le canon. Faisant ainsi des armées françaises une des plus redoutables qui donnera beaucoup de fils à retordre aux anglais.

Source: Externe

Siège d'Orléans avec l'artillerie.

Ce que j’en pense :

J’en pense que ça m’a rafraîchit la mémoire, ça a même complété mes cours de licence, donc que du bénef. J’ai vraiment appris des choses et ça c’était sympa, et je n’ai pas parlé de tout dans cet avis. Je vous laisse découvrir le reste à lecture du livre comme d’habitude.
Cependant, j’avoue que j’ai parfois trouvé ce livre un peu long, d’où le fait que j’ai mis longtemps à le lire car je le coupais avec d’autres lectures. L’histoire militaire c’est bien mais à petite dose, et là ce n’est que ça. C’est une succession de défaites et de victoires du coup ça peut faire un peu long, particulièrement quand il n’y a pas de personnage mémorable dans les batailles en question ou quand l'auteur n'aborde pas d'autres points plus administratif ou biographique par exemple. Mais ceci n’est qu’un petit inconvénient, que vous mettez une semaine ou deux mois pour le lire, à l’arrivée vous serez heureux de l’avoir lu : pour les idées reçues qu’il balaye ; pour les petites rappels historiques d’une époque à l’autre ; pour voir l’évolution des armées ; pour l'histoire, etc.
E
n conclusion, une lecture enrichissante.

 

Mareuil Éditions.

Note :

bien