Encre d'époque.

20 novembre 2018

"La couronne offerte : le saint-simonisme et la doctrine de l'espérance" de Robert B. Carlisle

 

La couronne offerte le saint-simonisme et la doctrine de l'espérance de Robert B

Résumé :

Claude-Henri de Saint-Simon, penseur fécond et original, avait prophétisé l'avènement d'une nouvelle société, différente de celles qu'on avait connues dans le passé. Ainsi devait se substituer aux derniers soubresauts de l'ordre ancien - que la Révolution française de 1789 avait achevé de détruire - le règne des savants, des artistes et des industriels, dont l'énergie et la créativité, convenablement encadrées, instaureraient une période de paix et de prospérité sans précédent. Grâce à la coopération de toutes les classes sociales, "la classe la plus pauvre et la plus nombreuse" sortirait de sa condition. Ses disciples, dont Prosper Enfantin, créeront la religion saint-simonienne, dont le versant rationnel et technique sera mis en place sous le Second Empire, à travers des réalisations considérables. Robert B. Carlisle nous raconte la genèse de cette aventure fascinante, méconnue, qui influencera la politique industrielle de notre pays. "Les saint-simoniens, affirme-t-il, ont creusé la fondation intellectuelle de la France moderne (...) [Ils] n'étaient pas totalement des hommes ou des femmes raisonnables. S'ils l'avaient été, personne ne leur aurait prêté la moindre attention."

Mon avis :

« L’industrie est éminemment pacifiste. Instinctivement elle repousse la guerre. Ce qui se crée ne peut pas se concilier avec ce qui tue. »

 « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres. » Saint Simon.

Pour celui qui n’a jamais entendu parler du Saint-Simonisme avant, voici une définition rapide tirée de la toile pour expliquer le courant : « Doctrine économique et sociale, élaborée par le comte de Saint-Simon (1760-1825) et ses disciples, qui préconise l'association, l'amélioration du sort des plus nombreux, l'effacement du politique au profit de l'économie et qui est à l'origine de plusieurs tendances de la pensée moderne (industrialisme, socialisme, positivisme, technocratie, internationalisme). » J’ajouterai en plus, que c’est un courant qui a été aussi mis en pratique par des hommes politiques en France comme Napoléon III, Louis Philippe, et des hommes plus simples via des projets comme le canal de Suez. Comme vous le voyez, ce n’est donc pas un courant tout à fait sans importance.

Présentation des personnages :

Mais pour commencer, je tiens à préciser que ce livre ne parle pas que des actions politiques, sociales, journalistiques, etc. des saint-simoniens. En effet, il va déjà nous décrire les divers personnages qui ont contribué à la naissance de cette philosophie, Saint Simon bien sûr - personnage un peu fantasque je trouve -, et ensuite ses disciples qui donneront vraiment naissance au saint-simonisme. Tout cela bien sûr pour mieux aborder le rôle de chacun, que ça soit sur un point de vue pratique (secrétariat, comptable…) ou encore pour mieux comprendre les influences que chacun ont pu avoir sur le mouvement comme l’Enfantin avec le féminisme. Bien sûr, vu qu’aucun être humain n’est identique, il va aussi être question des tensions qui a existé entre les membres, conduisant parfois à des ruptures ou des malentendus comme au moment de la question religieuse et de la femme.
Mais, pour être franche, les parties qui parlaient des tensions, des comportements, étaient les parties qui m’intéressaient le moins, je les trouvais un peu soporifiques et pas toujours intéressantes.

Saint Simon

Doctrine :

Toutefois, celles qui parlaient de la doctrine, des actions, du procès, etc. là ça me plaisait davantage, car il était vraiment question de ce qui m’intéressait à découvrir à propos de ce courant. (Oui, j’avoue que je ne connaissais pas ce courant que je l’ai découvert avec ce livre.)
C’est-à-dire sa pensée ; la fin de la concurrence pour la coopération, l’esprit industriel, le capitalisme pour le bien de tous, l’intégration de tous pour exclure les conflits sociaux et les révolutions, le féminisme et l’androgynie de Dieu, la religion (où là je me suis perdue), le mariage, la propriété, la nouvelle hiérarchie sociale, etc. Ainsi que les polémiques auxquelles le courant a pu être mêlé, comme la révolte ouvrière de Lyon, les procès à cause des idées  - car elles troublaient l’ordre publique -, ou encore les accusations dictatoriales et nationalistes. Pour en revenir vite au procès, j’ai d’ailleurs adoré découvrir comment en plein procès ils jugeaient les juges et la société. La société, le système, étant mauvais et les juges incompétents, ils étaient en clair mal placés pour faire des réflexions sur l’idéologie de Saint Simon. Tant d’audace pour l’époque, c’est magnifique.

Bref ! Ce que j’ai découvert était pas mal et même surprenant, puisqu’en lisant la dernière phrase du résumé, j’étais partie sur l’idée que c’était tout simplement des fous sans importance.
Certes, j'ai toujours cette notion de fous, d’utopistes, mais un côté sérieux vient maintenant recouvrir cela, car en lisant ce livre on s’aperçoit que c’était assez organisé et aussi assez écouté finalement. De plus, quand il y a tant d’influence dans les projets, les philosophies politiques, les hommes politiques, il est en effet difficile de ne pas prendre ce courant avec un minimum de sérieux. (Même si je me demande quand même pour certains politiciens, s’ils avaient consciences d’être des saint-simoniens.)
Quoi qu’il en soit pour la doctrine, je suis ravie d’avoir lu ce livre pour la découverte, et voir les influences et visions lointaines sur l’avenir. Car il est vrai que beaucoup de chose de cette doctrine marque encore l’actualité en plus de l’histoire.

Image associée

Mon avis :

Toutefois si le livre m’a ouvert la porte sur une connaissance importante des 19ème et 20ème siècles, je ne suis pas si emballée par ce dernier. En effet, comme je l’indiquais plus haut, j’ai trouvé certains passages de présentation ou de description trop longs et assez inintéressants, puisqu'il n’y a vraiment que le mouvement dans sa pensée et son action qui me plaît à découvrir. Par ailleurs l’historien et écrivain du livre Robert B. Carliste me semble parfois trop impliqué pour être pris entièrement au sérieux, même si ce qu’il dit peut être vrai, mais pour ça il faudrait que je lise d’autres livres sur le sujet (et c’est prévu).

En résumé, c’était une lecture fort instructive, mais quelques longueurs et points m’ont agacés. Voilà pourquoi je ne conseille ce livre réellement qu’aux initiés ou aux gens assez patients.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6f/Obelisque_alexander.jpg

Obélisque des Romanov en Russie. Retouché sous le commuisme où le nom de Saint Simon apparaît avec d'autres.

 


02 novembre 2018

"Variation sur l'Ancien Régime" de Guy Chaussinand-Nogaret

 

variation sur l'ancien régime

Résumé :

Un souverain régnant sans discernement, la corruption répandue partout, un clergé hypocrite assurant sa domination par l'intolérance... Les stéréotypes ont la vie dure sur l'Ancien Régime, référence obligée pour qui veut stigmatiser un système politique et social auquel nous aurions heureusement échappé grâce à la Révolution. Autant d'idées reçues héritées du XIXe siècle, que l'un des plus grands spécialistes du XVIIIe siècle français conteste ici avec force, à travers des études de cas très précises et documentées : fonctionnement de la cour, rôle des femmes, puissance de l'opinion... D'ailleurs, si l'Ancien Régime était si mauvais, survivrait-il encore, sous tant de formes, dans nos institutions actuelles ? Une réflexion décapante sur nos pratiques politiques. Et une contribution au débat jamais clos sur ce qui serait le meilleur système de gouvernement.

Mon avis :

Censeur, despotique, terrible… telles sont les images qui circulent sur l’Ancien Régime. Bien sûr ces images ne sont pas tout à fait fausses, l’édit de Fontainebleau, les querelles jansénistes, la censure, etc., sont là pour nous le rappeler. Toutefois, arrêter l’Ancien Régime à ces images dominantes serait une erreur, puisque ce régime politique qui a duré plusieurs siècles a connu plusieurs mutations (beaucoup au 18ème siècle), ainsi que plusieurs rois et ministres aux personnalités diverses, changeant ainsi la perception uniforme que l’on peut en avoir. Ces variations qui indiquent que rien n’est statique, et montre que parfois on peut avoir un regard décalé par rapport à la réalité, Guy Chaussinand-Nogaret va nous faire la grâce de les aborder.

La réalité des idées reçues :

Comme je le disais un peu plus haut, tout ce qu’on peut dire de terrible sur l’Ancien Régime n’est pas faux. Il est en effectivement vrai, que la monarchie française était despotique et jouait de la censure afin de mieux contrôler le royaume. Les livres imprimés aux frontières, l’aventure mouvementée de l’encyclopédie, ou encore les lettres de cachets, la réforme Maupeou comme la suppression du droit de remontrance des parlements sous Louis XIV, le prouve.
Il est vrai aussi qu’il existe un certain immobilisme réel et dans les esprits, comme l’atteste les freins que pose la religion, et les arguments que les nobles avancent pour garder et récupérer du pouvoir que l’absolutisme a bridé. En outre, la convocation des Etats Généraux de la fin du règne de Louis XVI montre bien cette société encore vue et divisée en trois ordres.
Cependant, comme l’auteur va le montrer à travers le 18ème siècle, l’image que l’on a de ce régime n’est pas tout à fait juste, même si elle n’est pas entièrement fausse.

 

Source: Externe

Versailles.

 Un monde en mouvement :

 En effet, l’ancien régime n’est pas un monde quasi statique et dictatorial qui se serait libéré d’un coup à la Révolution, l’envie de changement est déjà là et fait déjà parler d’elle avant ; Choiseul qui selon l’auteur ne va pas hésiter à aller contre la doxa officielle, la régence de Louis XV, l’avènement au pouvoir de riches bourgeois comme Colbert à la place de la noblesse, montre que ce gouvernement se transforme, se chamboule et commence à voir les choses différemment.
Idem pour la société, qui avec l’opinion publique, la déchristianisation des esprits et de l’espace public, et les Lumières qui fustigent la monarchie, la religion, les parlements (même si ce n’est que partiellement), se transforme et se libère.
Comme on le voit donc avec Guy Chaussinand-Nogaret, l’Ancien Régime à ses variations, ses nuances de gris, qu’il convient de souligner pour se rapprocher au plus proche de la réalité historique afin de sortir de l’image noire dont souffre ce régime politique. Toutefois une question se pose, puisque ce régime n’est pas si sombre, comment expliquer sa chute alors ?

 

Source: Externe

Philippe d'Orléans, Régent sous Louis XV.

La chute :

La réponse est simple et peut se résumer ainsi : le décalage entre la cour et le siècle. Et pour étayer cette réponse, qui est je pense celle de tous les historiens, l’auteur va avancer plusieurs arguments.
En vrac, on trouvera l’immobilisme de la cour qui ne veut pas voir son pouvoir ou ses privilèges réduits (Choiseul va tenter, il sera écarté) ; l’inefficacité d’un régime qui vit dans l’immobilisme et refuse d’évoluer dans sa généralité ; le mauvais calcul de Louis XVI en convoquant les États Généraux ; la méconnaissance par le roi de la nouvelle société née au 18ème siècle qui n’est plus celle des trois ordres et ni soumise ; ou encore l’idée que la population n’en peut plus d’être freinée et de ne pas être jugée pour son talent : « Le temps est venu de juger les hommes par ce qu’ils ont là, sous le front, entre les deux sourcils. » Mirabeau.
L’auteur va même avancer le fait que Louis XVI n’ait pas de maîtresse va coûter cher à la monarchie, car la maîtresse cristallise en temps normal toutes les passions et toutes les haines. Cela étant, comme un ministre peut très bien assumer ce rôle, j’avoue que j’ai un peu plus de mal avec cette théorie que l’auteur avoue lui-même être un peu bancale.
Bref ! Chaussinand-Nogaret avance diverses raisons, qui méritent pour certaines d’entre-elles (pas toutes citées) quand même des nuances. Comme le reste du livre au demeurant.

 

Source: Externe

Diderot.

Et je vais finir avec ça d’ailleurs. J’ai adoré ce livre pour tout ce qu’il nuance, précise, sur l’Ancien Régime (le gouvernement, les Lumières, les maîtresses…) même s’il est particulièrement axé sur le 18ème siècle, et pour l’honnêteté de l’auteur qui affirme lui-même que son livre n’est pas parfait. J’ai apprécié aussi les petites réflexions sur le système politique actuel, et les parallèles que l’on peut faire entre aujourd’hui et hier, d’ailleurs je ne suis toujours pas plus avancée sur la question : quel est le meilleur gouvernement ? Enfin, j’ai aussi apprécié la petite idée qui tue et qui affirme que la Révolution n’a rien inventé (là, il y a à creuser !).

« Il était acquis dès 1789, et l’historiographie n’a pas manqué de le confirmer, qu’un monde nouveau était né le jour de la prise de la Bastille. Première journée révolutionnaire, ce 14 juillet mémorable effaçait d’un coup dix siècles d’histoire et ouvrait la voie à une modernité épanouie dans la négation de tout ce qui avait jusqu’alors défini l’Etat monarchique, la pratique politique, la condition des sujets, la hiérarchie des états et les valeurs sur lesquelles reposait tout l’édifice social. Et si tout cela n’était qu’une fiction, une catharsis destinée à chasser les démons que la conscience nationale redoute parce qu’ils imposent encore aujourd’hui leur présence et leur pouvoir ? Et si 1789 s’était borné à établir le procès-verbal, dresser l’état des lieux, prendre acte d’une situation depuis longtemps acquise ? Et s’il s’était contenté de transformer l’usage en droit ? En effet, la Constitution sanctionna, plus qu’elle n’inventa, tous les acquis des décennies antérieures et alla peu au-delà des audaces que les deux siècles bourboniens, et surtout le dernier, avaient fait entrer dans les faits tant au plan social que dans les domaines plus instables de la pensée et de l’idéologie. » (p.49)

Toutefois, et malgré le fait que je conseille ce livre grandement, car il encourage à avoir d’autres méthodes de recherche et de réflexion sur cette période, j’ai quand même quelques bémols à partager. Premièrement ce livre reste trop en surface, de fait pour une personne qui connaît mal l’Ancien Régime ou le 18ème siècle, je pense qu’il ne convient pas car il ne développe pas assez les situations. Enfin, deuxièmement, je le trouve trop court pour aborder correctement les nuances que l’auteur avance, ce livre est trop rapide à mon sens. Cela n’enlève rien à son excellence, mais j’aurai aimé que l’auteur argumente un peu plus certains points qu’il avance. Cela étant, je le trouve magnifique quand même et pour moi il fait partie de ces livres à lire.

 

Extrait :

« Pendant longtemps et jusqu’au règne de Louis XV, le gouvernement d’un seul ne fut pas sérieusement conteste et jusqu’à sa remise en cause par le mouvement philosophique il fut accepté sans réticence, apparaissant aux yeux des commentateurs comme la forme la plus parfaite de gouvernement.
Accoutumés à la séparation des pouvoirs et au régime représentatif, le gouvernement d’un seul, assimilé à la dictature et au totalitarisme, nous apparaît comme un régime monstrueux ; il n’en allait pas ainsi à l’époque classique de l’Ancien Régime où ce type de gouvernement était justifié par l’histoire et par la volonté divine, car Dieu avait institué les rois pour gouverner ses créatures et inspirait leurs décisions. Il en allait ainsi partout et pas seulement dans les États catholiques. La religion dans laquelle baignait toute la société était un frein puissant à la toute-puissance du roi dont les scrupules de conscience pouvaient le porter à la mansuétude ; mais tout dépendait de la personnalité du monarque qui pouvait être débonnaire, autoritaire ou indifférent. Cependant la religion était aussi un poison qui autorisait toutes les cruautés. Le jour du sacre, le roi jurait de combattre l’hérésie et d’anéantir tout ce qui bravait l’orthodoxie royale en vertu du principe : un roi, une seule foi. » (p.30)

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05 octobre 2018

"Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme" de Joesph Yacoub

  

Une diversité menacée les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l islamisme

 

Résumé :

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient sont menacés. Alors que notre monde est fait de diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse,le Moyen-Orient se vide de cette richesse et se prive d’un apport essentiel pour favoriser la compréhension entre les groupes et les minorités. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Comment cette diversité a-t-elle été gérée, voire malmenée dans le monde arabe ? Que dire d’un tel drame ?
À travers des rappels historiques indispensables, Joseph Yacoub cible deux menaces principales. Dans sa volonté d’arabisation à outrance, le nationalisme arabe, fût-il laïcisant, s’est montré par choix idéologique peu respectueux des chrétiens, comme on l’a vu en Syrie et en Irak. À cela s’est ajoutée la montée d’un islam radical et violent, dont les nouvelles formes atteignent l’Occident même. Face à cette tragédie qui rappelle à maints égards le génocide de 1915, qui toucha Assyro-Chaldéens-Syriaques et Arméniens, il s’agit tout à la fois de comprendre et de suggérer quelques pistes concrètes en termes d’alternative pour que survive ce christianisme autochtone et apostolique, fortement enraciné et universel, riche de culture et de modernité.

Mon avis :

J’ai enfin fini le livre et je peux affirmer que certains passages n’étaient pas faciles à lire. Cela étant c’était une lecture très intéressante qui rejoint d’ailleurs ma lecture du Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, où les pays musulmans tenaient la première place.
Il le rejoint, mais pas tout à fait non plus, toutefois ils se complètent bien. En effet si le Livre noir est un état des lieux actuels de la situation des chrétiens dans le monde, celui de Monsieur Joseph Yacoub va surtout développer l’aspect historique, politique et culturel de la question chrétienne en Orient. Certes il va aborder un peu l’actualité en parlant notamment du calvaire des otages chrétiens, mais ce n’est pas la part la plus grosse du bouquin. Les trois aspects cités plus haut, remplissent vraiment le livre.

Déjà d’un point de vue historique et culturel, Joseph Yacoub va rappeler que les chrétiens étaient là avant et ont donc participé activement à l’histoire et à la culture de ces pays, notamment par des débats via les innombrables écoles antiques (Antioche, Alexandrie…) et aussi via les chrétiens syriaques qui ont eux-mêmes fortement participé à l’âge d’or islamique avec les juifs. Sans eux les musulmans n’auraient probablement pas eu grand-chose du savoir antique. D'ailleurs l'âge d'or peut être aussi plus tardif et contemporain.
"L'histoire ne s'arrête pas à la fin du 13ème siècle, période qui correspond généralement au déclin. Sous l'influence des idées de la Modernité occidentale, des voyageurs et des missionnaires, le 19ème siècle fut un tournant. Il a donné un élan sans précédent qui marque le retour de la langue et de la littérature syriaques (classique et moderne) après des siècles de régression. Les voyages d'études en Occident se multiplient. A partir de 1840, le syriaque connaîtra une floraison de publications autochtones et des traductions, accompagnées d'anthologies, de grammaires et de dictionnaires. Depuis les revues se sont multipliées. A l'époque moderne et contemporaine, les chrétiens ont participé activement à la renaissance arabe comme théoriciens, acteurs et traducteurs." Page 176

Ensuite et toujours pour les mêmes catégories, il va rappeler dans un but pédagogique et par soucis de vérité historique, ceux qui étaient là avant les chrétiens (babyloniens, grecques, juifs…) et qui ont eux-mêmes laissé leur trace dans l’histoire de ces pays.
L’auteur va même plus loin en dépassant les frontières orientales, en parlant de ce que les chrétiens d’Orient ont apporté à l’Occident, notamment des hommes d’église comme Jacques premier évêque de la Tarentaise. Ceci dans le but de montrer les liens qui uni le christianisme d’Occident et d’Orient, et rappeler par ces petits points que l’Occident devrait aujourd’hui adopter une position plus ferme sur les problèmes que traverses les chrétiens d’Orient, comme par exemple au niveau des discriminations (qui sont énormes et ont toujours été car l’Islam est une religion discriminatoire de base).
De même, Joseph Yacoub rappelle via quelques citations de chrétiens d’Orient, que l’Occident devrait un peu plus les écouter, et notamment quand ils dénoncent le manque de réciprocité dans le traitement des hommes et des femmes en orient à cause de la religion.
« Nous, chrétiens syriens, souhaiterions seulement être traités dans ce pays à majorité musulmane comme les musulmans le sont en Europe dans les pays de tradition chrétienne. […] Et nous en voulons un peu aux Occidentaux de ne pas avoir appuyés pour demander l’application de la réciprocité. » (Propos de François Abou Mokh, évêque. Page 201.)    

Et effectivement, on peut comprendre que ça énerve, si ici les musulmans ont trop de droit qui fait que l’Europe est envahie par l’islamisme au nom des Droits de l'Homme détournés, il faut bien penser que les chrétiens d’Orient n’en ont pas autant chez eux qui est pourtant leurs terres ancestrales. Ce qui est anormal on en convient.

Comme vous commencez peut-être déjà à le voir, ce livre n’est pas qu’un livre d’histoire, qui retracerai dans de grandes lignes précises l’Histoire de l’Orient depuis l’époque de la Mésopotamie. En effet, il est aussi un appel à changer pour les pays musulmans, notamment en remettant dans l’Histoire de ces pays les peuples et cultures qui étaient là avant et qui ont laissé des traces matérielles et immatérielles dans les paysages, dans les langues, dans les cultures, et qui sont pourtant absents des musées ou des livres d’histoire à cause du nationalisme arabe et de l'islamisme. Comme le dit joliment l’auteur « L’homme n’est pas un être abstrait, né ex nihilo. Il est le produit de l’histoire. », un pays c'est pareil, et il serait temps pour les musulmans de s’en rappeler...
Pour continuer dans la description du livre, j’ai laissé voir aussi dans les lignes un peu plus hautes, que ce livre était aussi un appel à l’Occident qui devraient appuyer le principe de réciprocité et soutenir les chrétiens d’Orient dans leur demande d’égalité ; toutefois il est bon de préciser que ces pages ne sont pas qu’un « appel », puisque ce bouquin est aussi un état de fait.
Un état de fait en montrant notamment que même laïc ou imprégné de bon sentiment, les pays musulmans et/ou arabes (difficile de séparer ces deux termes) restent imprégnés de cette culture religieuse qui concerne le plus gros pourcentage de la population, de fait et à cause de cela il existe une réelle difficulté de liberté et d’égalité pour les populations non musulmanes. L’auteur décrit notamment la situation irakienne qui fait un pas en avant, un pas en arrière, entretient le flou, et tout cela dans la même constitution !
Cela étant et pour une touche d'espoir (?), l'auteur nous montre à côté qu’il existe au moins un pays musulman non arabe, le Kirghizistan, qui est purement et simplement laïc – notamment grâce à l’occupation soviétique – et qui n’hésite pas à partir à la recherche de son passé chrétien nestorien. Si cela laisse de l’espoir et montre que la laïcité et la diversité sont possibles en terre islamique (même si ça ne concerne pas un pays arabe), il ne faut pas non plus oublier comme le précise l'auteur que ça reste aussi un pays assez faible et jeune, qui n’est pas à l’abri d’un retournement d’idée à cause de violence. Mais voilà, l’auteur a eu l’honnêteté de parler de ce pays et ceci malgré sa passion chrétienne. Et j'insiste sur ce dernier point car il est vrai qu'il cache mal ses passions, mais d'un côté tout ce qui écrit là est juste, donc ça se comprend qu'il vive cet effacement de l'histoire très mal lui qui est né en Syrie. Nous même en Occident on ne le vit pas mieux d'ailleurs...

En résumé, et comme vous le devinez ce livre est nécessaire pour comprendre le présent des minorités en terre musulmane et voir leur traitement. C’est accessoirement un bon complément au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, et un excellent bouquin pour prendre de la distance sur les sempiternels discours de l'amitié entre religion, puisqu'ici l'auteur montre bien que ça doit aller plus loin qu'une supposée amitié ; toutefois c’est très « difficile » à lire car on est vite saturé par l’information. Donc à lire, oui, mais doucement et calmement, et ne pas hésiter à relire des passages si besoin.

Source: Externe

 

Extraits : 

"Au confluent de l'Orient et de l'Occident, accepter le principe de réciprocité de traitement. Les musulmans qui revendiquent, à juste titre, des droits et des libertés publiques pour eux en Occident, devraient aussi avoir le souci de ces mêmes droits dans leurs pays d'origine pour tous ceux qui ne partagent pas la religion musulmane, comme les chrétiens et les autres minorités. Défendre cette diversité menacée les honorerait, car on est loin de l’égalité de traitement."

 "Les syriaques ont traité de tous les sujets. Si les intellectuels nationalistes arabes avaient pris la peine de chercher, ils y auraient trouvé des idées y compris sur le patriotisme et la justice sociale, sujets qu'ils chérissaient.
La pensée syriaque embrasse en effet tous les domaines du savoir, religieux, philosophique, éthique, moral, juridique, politique, spirituel, ascétique, poétique, historique, linguistique, grammatical, encyclopédique... Autrement dit, contrairement à ce que certains affirment, elle ne se limite pas à la dimension religieuse malgré son importance. Son âge d'or commence à fleurir à partir du 4ème siècle, qui vit depuis le début des publications et des traductions du grec en syriaque et des contributions de grand intérêt."

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01 octobre 2018

Le Japon et l'ère Meiji.

 

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Vue Fujiyama.

 Depuis 1639 le sakoku (période de fermeture japonaise au monde) commence avec l’expulsion des missionnaires chrétiens. Les nippons ne peuvent quitter l’endroit et personne ne peut s’en approcher sur ordre du shogun Tokugawa Ieyasu, qui fondera une dynastie de shoguns qui dirigera le pays durant cette période, l’empereur ne gardant qu’un pouvoir symbolique.
Au 19ème siècle, avec l'ère Meiji, ce Japon féodal est appelé à prendre fin. En effet, sous la menace de l'Occident et surtout des États-Unis, le Japon est contraint d’ouvrir ses ports et de s’ouvrir au commerce. En 1854 un traité est signé dans ce sens par le Japon. Les transformations entraîneront un changement de gouvernement, c’est la fin des shoguns, du Japon féodal, des samouraïs...
L'année 1867 marque ce grand changement avec l’avènement du nouvel empereur Mutsuhito qui meurt en 1912 (fin de l’ère Meiji). Le Japon alors se modernise. Le japon change.

  Un modèle, des modèles :

 Tous les changements impliquent généralement le fait de suivre un ou des modèles ; c’est le cas du Japon qui en suit deux : la Chine pour le confucianisme, l’Occident pour forger un nouveau système éducatif et politique avec par exemple une armée moderne, une constitution… Pour jeter les bases de ce nouveau pays, le Japon n’hésite d’ailleurs pas à s’aider d’allemands, de français, d’anglais..., et à se révolutionner en abolissant les privilèges des samouraïs ou encore des daimyo, qui se reconvertissent avec succès ou pas selon les personnes. En effet si certains intègrent le nouveau gouvernement, d’autres comme certains Samouraïs se retirent dans leur maison et pleurent un paradis perdu, quand ils ne luttent pas pour le rétablir, comme l’atteste la rébellion de Satsuma en 1877 qui verra la défaite d’anciens samouraïs.

 La bataille de Shiroyama

La bataille de Shiroyama.

Pour autant, penser que le Japon oublie ses origines et bascule totalement dans le modernisme occidental, serait faux. En effet, si le Japon évolue à la manière d’un pays occidental et adopte beaucoup de ses codes pour l’éducation, les vêtements, la nourriture, la musique, le calendrier…, le traditionalisme existe toujours en parallèle. Un exemple qui prouve cette cohabitation visible est la rue, comme l'atteste les diverses représentations japonaises où le kimono côtoie l’habit européen. Dans les esprits aussi il existe cette part traditionnelle et occidentale qui se côtoient comme l’indique l’auteur de l’article avec l'écrivain japonais Natsume Soseki.
Toutefois, il est bon de souligner que le modernisme occidental n’a pas que du bon. En effet la position de la femme se dégrade en se calquant sur le modèle européen, et l’expansionnisme européen encourage celui du Japon qui cherche à augmenter ses ressources de matière naturelle. C’est ainsi qu’il regarde vers l’ouest, vers l’Asie.

Inoue

Artiste, Inoue Yasuji.

 Rejet et volonté expansionnisme :

 Mais ce regard vers l’ouest va être suivi de plusieurs effets.
Le premier, la guerre. Comme je l’ai déjà écrit, il y a une volonté expansionnisme, c’est ainsi que la Corée, la Manchourie et la Chine vont se retrouver sous le feu des conflits avec pour résultante l’imposition du Japon. Autre effet de cet expansionnisme, c’est le rejet des modèles, et plus particulièrement de la Chine dès 1894 qui est vu comme une nation décadente vu que l’occident lui dicte sa conduite. De ce fait le Japon va rejeter ce qui possède une identité trop chinoise comme le bouddhisme (qui sera persécuté) et commencer à affirmer dans le même temps et sur la longueur son essence, via le bushido ou le shintoïsme qui devient alors religion d’état.

torri

Torii shintoïsme.

Enfin, un dernier effet, c’est cette affirmation face à l’occident. Le Japon s’est ouvert sous la menace occidentale, une menace qui l’inquiétait alors. Mais en 1904 -1905 – et même un peu avant – cette peur commence à disparaître puisque le Japon se dresse face à la Russie qui perdra. Ce qui fera l’effet d’un coup de tonnerre dans le monde occidental, et qui fera comprendre que la Japon n’est plus aussi maniable et peut rivaliser. Ce que confirmera la suite de l’histoire, vu que le monde nippon se posera jusqu’en 1945, en défenseur de l’identité asiatique face aux blancs. Ça sera d’ailleurs dans les discours colonialistes et guerriers.
Bref ! Avec les défaites de la Russie, on voit que le Japon réaffirme son essence et sa liberté, et n’hésite plus à se poser contre l’occident.

 Après 1945 :

 En septembre 1945, après le largage de deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, le Japon capitule face aux Etats-Unis. Le pays se redconstruit alors avec l’aide de la première puissance mondiale dans un contexte de Guerre Froide. Dans le même temps, il intègre notamment les valeurs occidentales avec la production de masse à bas-prix, puis l’innovation technique, devenant ainsi un des meilleurs (si ce n’est le meilleur),  pays technologiques au monde.
En parallèle, les esprits se redessinent aussi, certains côté de la pensée japonaise comme le bushido - qui a énormément servi à l’idéologie guerrière - s’estompe, sans pour autant disparaître comme l’indique les mangas ou encore la discipline. Toutefois, toute cette modernité ne plaît pas à tout le monde comme l'indiquera la mort par seppuku de l'écrivain Yukio Mishima qui a écrit notamment le magnifique Une soif d'amour. Mais malgré tout, on peut affirmer que le Japon s’est énormément occidentalisé, même si ce pays fonctionne encore à sa manière et avec son identité. (Et ce n’est pas une mauvaise chose.)

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Source : Histoire et civilisation magazine n°42 septembre 2018.

Pour aller plus loin : Nouvelle histoire du Japon de Pierre-François Souyri.

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10 septembre 2018

"Le bathyscaphe d'Alexandre : l'homme et la mer au Moyen-Âge" du Collectif Questes

 

 

S7302282

Résumé :

Elle abrite la baleine qui engloutit Jonas, les sirènes qui perdirent les compagnons d’Ulysse, les monstres Charybde et Scylla ; elle sert de décor aux amours tragiques de Tristan et Iseult ; elle est parcourue par le sous-marin d’Alexandre et le navire de saint Brendan… La mer, au Moyen Âge, est un univers fantasmé, légendaire, inquiétant.
C’est aussi un espace central dans la géographie et l’économie de cette époque. Des expéditions vikings aux explorations portugaises, des pirates qui l’écument aux pèlerins embarqués pour la Terre Sainte, de la prospérité des ports italiens ou hanséatiques à l’assèchement des marais hollandais, c’est tout un monde qui se dessine alors, que l’homme apprend peu à peu à connaître, à parcourir, à exploiter, et bientôt à se disputer…
Nourri par les recherches les plus récentes, appuyé sur des exemples concrets, c’est à un voyage au long cours, sur les flots tumultueux de l’histoire, que convie cet ouvrage.

Mon avis :

Au moyen-âge, la mer est une étendue d’eau qui comporte ses légendes grecques, nordiques, bibliques, où toutes les plus folles histoires sont de mises.
La mer au moyen-âge, est une inconnue qui fait rêver sur un ailleurs qui permet l’enrichissement et l’aventure, tout en levant néanmoins les inquiétudes par ses profondeurs, ses monstres, ses dangers qui emportent loin de leur foyer les hommes…
La mer au Moyen-âge, c’est une étendue mouvante, dangereuse, intrigante, nourricière et nécessaire, mais la mer c’est aussi la terre par la création d’embarcation, de port, de commerce…
Comme on le voit, la mer n’est donc pas qu’un espace où l’on navigue mais un sujet qui pose bien des problèmes et des questions ; des problèmes et des questions qu’une équipe de chercheur se propose de poser et de résoudre.

Quelle vision de la mer ?

Déjà dans l’antiquité grecque la mer à ses légendes, Poséidon en est le maître et les sirènes perdent les marins. Au moyen-âge ces légendes anciennes ne sont jamais  éloignées, on retrouve par exemple mention des sirènes, qu’elles soient de plume ou d’écaille, dans les bestiaires français  du 12ème – 13ème siècle comme dans celui du clerc normand Gervaise. Toutefois, à ces visions antiques, se rajoute au moyen-âge d’autres visions de la mer, notamment par l’allongement d’un bestiaire monstrueux avec des créatures étranges comme le poisson-moine, ou encore avec la Bible et ces légendes comme celle de Jonas avalé par une baleine, qui finit de créer dans l’imaginaire de ces êtres médiévaux des images sombres sur ce cétacé qui devient un être monstrueux, trompeur, meurtrier en se faisant passer pour une île où des marins accostent, avant de plonger dans les profondeurs avec ces hommes sur son dos… Cependant et comme vont le montrer ces chercheurs, la symbolique du moyen-âge étant parfois double, certains auteurs en font un être qui rappellerait la vierge et la bonne image de la mère comme dans le bestiaire  et le lapidaire du Rosarius.

Comme je viens de vous le raconter par ces quelques exemples tirés du livre, et comme va le montrer cette équipe de jeunes chercheurs, la mer est objet de beaucoup de fantasme au moyen-âge car elle est en plus très liée à Dieu et même au Diable, mais pour autant il serait faux de croire qu’elle n’est qu’un objet de fantasme. En effet, à cette époque comme dans l’antiquité, elle est source aussi de beaucoup de question, par exemple on s’interroge sur les raisons de sa salinité ou encore sur les raisons des marées que l’on attribue à la respiration du monde, mais qui seront toutefois vite attribuées à la lune comme on le découvre dans ces pages.

 Enfin, les auteurs de cet ouvrage vont aussi avoir à coeur de nous montrer que grâce aux récits passés, on peut en apprendre un peu plus sur la mer et la mentalité des hommes médiévaux, en regardant les récits où cette dernière est personnage ou décor. Dans le récit de Tristan et Iseult par exemple, la mer est amer par son goût, mais comme amer veut dire aussi aimer au moyen-âge, elle est donc représentative de l’amour et des différents états que l’amour peut donner ; tumultueuse, mortelle, calme, coupée du monde, un obstacle… Dans un autre récit Le roman d’Alexandre, où Alexandre le Grand descend dans le monde qui se soustrait à la surface, elle est aussi un miroir du monde et un monde qui apporte connaissance et réflexion. Enfin, pour finir, dans les Pays du Nord, la terre est femme tandis que la mer est homme, comme l'indique la Saga du roi Sigurd le Croisé.
Bref ! Comme vont l’indiquer ces chercheurs, à cette époque la mer occupe bien plus l’esprit des Hommes qu’aujourd’hui, et elle est source d’innombrable métaphore.

Mais la mer n’est pas qu’imaginaire :

Dans le paragraphe précédent j’ai développé beaucoup l’imaginaire qui a trait à la mer, mais il ne faut pas oublier que la mer est une réalité depuis toujours et pour tous. Et la réalité de la mer, beaucoup d’habitants vont la vivre au quotidien. Déjà à cause des razzias vikings ou musulmanes qui écartent du rivage les habitants qui vont plus se diriger vers l’intérieure des terres jusqu'à temps que la sécurité revienne, mais aussi par le commerce qui est une des premières impulsions au développement des villes, ou encore par la nécessité de main d’œuvre et de se nourrir. En période de jour maigre ou encore l’hiver quand la saison des champs est terminée, la mer est une ressource de nourriture non négligeable pour les habitants comme pour les seigneurs.

Pour en revenir à la nécessité de main d’œuvre, en lisant ces pages on s’aperçoit qu’elle est diverse et touche l'entièreté de la population là aussi, car ça peut aller de l’embauche de plusieurs pilotes qui connaissent sur le bout des doigts les passages difficiles complétant ainsi les avancées scientifiques de l’époque, à l’embauche de marins ou à l’enrôlement de force. Ceci n’étant pas impossible dans un monde féodal où « les seigneurs peuvent généralement trouver des marins pour leurs navires en adaptant les corvées pour en faire des services en mer » c’est « une corvée de rame » comme dans les Cyclades. Même page, on découvre aussi que pour trouver des rameurs, « les états peuvent accorder des exemptions d’impôts ou accorder des grâces aux criminels qui acceptent de s’engager ».

Enfin, pour montrer que la mer touche tout le monde, on peut citer aussi les corsaires et pirates. Si ça n'a rien d'étonnant pour un roi de faire appel à eux, un plus petit seigneur, n’hésitera pas lui non plus à faire appel à ces gens - pas si marginaux que ça d’ailleurs, puisque parfois ce sont des nobles comme en France -, en cas de besoin. Mais je n’en dis pas plus pour vous donner envie de lire ce livre, - en tout cas pour moi ce passage qui parle de corsaire et de pirate, c’est une des plus belles découvertes que j’ai faite avec ce bouquin. J'ai réellement trouvé ça surréaliste.

Toutefois n’oublions pas et comme va le souligner le livre, que la difficulté de trouver du personnel naviguant vient des dangers de la mer. Qu’ils soient humains ou naturels, personne ne les ignorent ; la mer inquiète.

Un contrôle sur les mers ?

La question des pirates, des corsaires, amène tout naturellement à s’interroger sur les lois qui régissent la mer. Comme je viens de l’écrire il existe des lois, des règlements... sur la terre ferme pour la main d’œuvre, les intérêts financiers des seigneurs, mais quid de la mer ? De l’espace mer ? Cet espace qui n’appartient à personne et en même temps à tous ceux qui naviguent dessus. Trop immense pour être contrôlé et n’existant pas de droit international maritime, la mer finalement se gouverne à échelle locale. Certes le commerce, les flottes importantes… peuvent être une manière de gouverner ces mers (thalassocratie), de briller internationalement, mais dans la réalité c’est plutôt chaque pays qui applique ses règles sur ses rivages, s’adaptant ainsi aux cas et aux besoins, comme l’indique le cas des pèlerinages, le droit d’épaves, les actes de piraterie qui poussent parfois les pays à vouloir faire appliquer leurs lois dans des pays qui ne sont pas les leurs, par exemple l’Egypte avec les Pisans.
Bref ! Comme on le constate en lisant ces pages, le droit en mer n’est pas inexistant, il est cependant très difficile de le faire appliquer et même impossible à s’accorder dessus. En effet, il est laborieux de choisir le droit applicable en mer car tous les marins d'un bateau ne sont pas d’un même pays, et en plus par définition un bateau voyage d’un port à un autre. Donc, même si on voit l’apparition d’un droit marin ou encore de certaines règles de conduite, rien n’est pour autant stable et rien n’est facile. Et dans ce domaine aussi, l’évolution et l’adaptation sont permanentes, montrant ainsi la capacité d'adptation de ces gens et leur recherche d'amélioration.

« En termes juridiques et judiciaire, la mer appartient donc avant tout à ceux qui la parcourent, lesquels gardent jusqu’à la fin du Moyen Âge une marge de manœuvre certaine vis-à-vis de la terre ferme. Pourtant, les hiérarchies se renforcent : tandis que les pouvoirs disciplinaires du commandant de bord sur son équipage augmentent, il a lui-même les mains de plus en plus étroitement liées par les exigences  de ses commanditaires restés au port. De plus, si la haute mer reste libre, les puissances riveraines tendent à s’assurer la juridiction exclusive sur les eaux bordant les côtes, sans pour autant y admettre de limites précises. La mer devient un espace de conquête pour le droit, et le droit s’édicte de plus en plus sur terres. »

Technologie :

Enfin, pour bien montrer que la mer est une réalité pour tous, les auteurs vont montrer que les inventions, la technologie, touche à peu près tout le monde. Effectivement, de la boussole qui nous arrive de Chine, à la création de la latitude, en passant par l’évolution des bateaux qui n’efface pas les créations précédentes mais fusionne avec les nouvelles avancées selon les besoins et les terrains, les auteurs vont bien mettre en avant que la mer est source de progrès matériels ; pour améliorer la navigation, la sécurité des ports…
Mais comme je le disais au début du paragraphe, la technologie n’est pas réservée qu’à ceux qui naviguent, les humains qui habitent non loin du littoral gagnent du terrain sur la mer avec les polders, aménagent les bords avec des moulins, des salines ou encore des pêcheries. Bref ! Là aussi le livre nous en apprend beaucoup sur la rationalisation de l’espace mer et de son rivage, et sur la manière dont les hommes et les femmes ont apprivoisé cet espace.

En résumé et même si je n’ai pas tout abordé ici - faut bien que je vous laisse un peu de surprise quand vous lirez ce livre -, je dirais qu’au premier abord ce livre est excellent pour découvrir un peu plus le rapport entre la mer et les hommes au moyen-âge ;  notamment parce qu’il nous fait prendre conscience de l’importance de cet espace dans l’esprit des hommes et dans l’histoire. Vu que cet espace est plus souvent étudié en géographie, ce livre d’histoire permet vraiment une autre vision.
Toutefois, j’avoue que je l’ai trouvé un peu soporifique, mais pour être franche je ne pense pas que ça soit le livre le problème. En effet, la mer en document ou en roman, est un sujet qui m’endort et ne m’intéresse pas plus que ça. Alors, pourquoi je l'ai lu ? Parce que je voulais apprendre et parce que en Licence d'histoire je n’ai pas étudié une fois la mer (et tant mieux car je crois qu’au partiel je me serais pendue). Mais voilà, je pense qu’il faut avoir un peu le pied marin pour l’apprécier entièrement. Ou au moins aimer voyager ailleurs que dans le temps. Mais quoi que j’en dise, c’est un livre à lire, car il y a beaucoup de chose à apprendre, et enfin, vous verrez la mer différement.

Éditions Vendémiaire.

Expo BNF sur la mer.

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06 septembre 2018

Prochains articles du blog

 

 

Prochaines chroniques :

 

Le Bathyscaphe d'Alexandre : la mer au Moyen-âge du collectif Questes (oui j'ai marqué plein de page).

Et un article sur le Japon paru dans Histoire et civilisation, (oui j'ai envie de vous faire partager mes autres lectures sur l'histoire).

 

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Voilà les gens, à bientôt et bonne lecture à tous :)

 

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14 août 2018

"Mandrin le voleur d'impôts" de Yves Jacob

 

Mandrin le voleur d'impôts

Résumé :

Dans ces temps déraisonnables, les collecteurs d'impôts étaient considérés comme d'odieux pillards et le peuple, acculé à la misère, applaudissait aux exploits d'un hors-la-loi.
Louis Mandrin, né en 1725 dans les montagnes du Dauphiné, était déjà entré dans la légende quand il mourut en 1755, roué vif sur la place de Valence. Pendant deux ans, à la tête d'une cinquantaine de compagnons d'armes, il avait vengé les humbles en rançonnant les puissants et en bafouant l'autorité royale.
Mais les légendes estompent parfois les aspects les plus passionnants de la réalité. Qui était le vrai Mandrin ? Un personnage fier, ambitieux, intelligent sinon honnête, entraîné dans l'illégalité par une sorte de fatalité familiale…

Mon avis :

Un livre qui n’est plus récent, mais que j’ai trouvé il y a quelques années d’occase. Enfin lu après toutes ces années en attente, je dois dire que je tombe de haut. Je l’avais imaginé héros, il n’est qu’un scélérat. Je l’avais imaginé Robin des Bois, prenant aux riches et donnant aux pauvres, et ben pas du tout. S’il vend au début aux pauvres à bon marché, par la suite il partait avec sa bande et son argent obtenu par la force et l’intimidation, dépenser l’argent en Savoie ou encore en Suisse, qui voyaient là un excellent revenu et une excellente manière de se moquer du royaume de France.

 Mandrin avant Mandrin :

Louis Mandrin est le premier enfant d’une famille de neuf enfants, à 17 ans il devient chef de famille suite au décès de son père. Suite à ce décès, apparaît la véritable nature de Mandrin qui se rapproche de celle de sa mère ;  une nature violente, avide, persuasive. Mais aussi facile à se tourner dans l’illégalité. En effet, à cette époque déjà Mandrin a une tendance à ne pas respecter son voisin ni les jugements, car il cumule déjà quelques procès et histoire avec violence. En parallèle, il connaît aussi un déboire avec la Ferme Général, à cause d’une histoire de mule, cette dernière sera la raison, où plutôt une des raisons, pour laquelle il s’en prendra à ces hommes.
Mais si avec toutes ces histoires Louis Mandrin reste un homme vivant encore dans la légalité, avec l’assassinat des frères Roux il bascule dans l’illégalité. De là commence sa vie de contrebandier, qu’il commence en intégrant la bande de Bélissard.

Accessoirement les frères ne sont pas forcément mieux, un d’ailleurs sera condamné à mort pour fausse monnaie.

 La naissance de Mandrin le contrebandier :

 Intégrant la bande de Jean Bélissard, mais devenant très vite le chef de la troupe, Mandrin se démarque du truand de base par son goût de la mise en scène, son intelligence, son amabilité et son audace. Mandrin voit loin et grand.
Niveau caractère, il s’adoucit aussi et comme à l'armée il veut que ces hommes se tiennent correctement. Mandrin a en effet l’esprit militaire. A côté de cela, il se montre même courtois avec ses victimes, même si le ton intimidant n’a absolument rien de courtois dans les faits. Les gens chez qui il s’invite sont souvent terrifiés, et ça se comprend.
Cela étant s’il se montre courtois, presque honnête, faisant au début - et pour le plus grand plaisir de la population - des affaires en revendant moins cher des produits ; Mandrin n’en reste pas moins un fléau. Le fléau des fermiers généraux, de la maréchaussée, des débitants de tabac et de leur famille et serviteurs (pauvres serviteurs souvent malmenés, alors qu’ils ne sont que des serviteurs…).  Violences terribles, meurtres, intimidations, avec ces gens-là Mandrin et son groupe ne sont jamais tendres.
Par ailleurs, Mandrin profitera de sa position pour tuer le juge e
t sa fille de 18 mois, qui a fait condamner son frère. En parallèle, il libérera aussi certains prisonniers des prisons qui grossiront sa bande.

Alors on pourrait penser que comme c’est souvent des fermiers généraux qui sont malmenés, ce n’est pas grave ; et d’un côté c’est vrai, mais voilà, parfois la violence de la troupe se répercute sur la population, comme à Beaune qui sera traumatisé de son passage. Cela étant il trouvera toujours des complices, des admirateurs (et parfois très haut placé) pour l’aider à échapper aux armées du roi.

 La lutte contre Mandrin :

Ce qui m’a impressionné en lisant ce livre, c’est la lutte contre Mandrin. Comme déjà dit, elle ne fût point aisée à cause de ses complices-admirateurs, mais elle fut un tel déploiement de force que j’en suis restée presque bouche bée. Je savais que la troupe de Mandrin était immense, mais je n’aurai jamais imaginé que le Ministre de la Guerre allait envoyer, Dragon et Volontaires de Flandres et du Dauphiné à la chasse de cette bande. J’imaginais plus une autre organisation de la maréchaussée, un « pas de chance » dans l’arrestation, mais en tout cas pas ça. Un tel déploiement de force.

Chose un peu moins connue mais intéressante à savoir aussi, c’est que la lutte contre Mandrin est aussi extérieure à la France, comme l’atteste les moult lettres qui iront en Savoie pour demander l’arrestation de cette bande par l’autorité du pays. Cependant, celles-ci seront sans grand effet, vu que les Mandrins dépensent en Suisse et en Savoie - qui appartient à l’époque au Royaume de Sardaigne – le fruit de leur campagne, faisant donc vivre les gens du coin. Ce qui les rend plutôt sympathiques et intéressants pour l’économie locale. Mais ce comportement complaisant avec les brigands et sachant que la France n'a rien à attendre de son voisin, fera que la France enlèvera Mandrin en Savoie en toute illégalité suite à une dénonciation, créant ainsi un incident diplomatique. Où j’avoue que je n’ai pas très bien compris le comportement de Louis XV, vu le modeste royaume que représente la Sardaigne.

 La légende de Mandrin :

 Une autre partie intéressante du livre est la description de la légende de Mandrin. Aujourd’hui Mandrin est dans l’esprit des gens un héros, un Robin des Bois, comment en effet ne pas avoir de sympathie pour cet homme en écoutant La complainte de Mandrin ? Mais si pour moi la légende dorée vient de s’effondrer, il est quand même intéressant de noter que sa légende a commencé à s’écrire de son vivant ; puisque Mandrin, contrebandier audacieux, intelligent, aimable et presque honnête, s’attire la sympathie de la foule, par le fait qu’il s’en prend à un système pourri : la Ferme générale. Source de bien des malheurs. De fait, il n’en faut pas plus à la population, pour faire de cet homme un héros généreux au grand cœur avec les petites gens, même si cela s’avère faux.
Mais qu’importe le vrai et le faux, parce qu'il représente la lutte conte un système injuste, il recevra malgré tout beaucoup de sympathie jusqu’à ces derniers instants.  Derniers instants qui rendront Mandrin encore plus populaire. Jugé trop vite par le tribunal de Valence (un des plus sévères à l’époque) il sera roué vif, mais son courage devant cette épreuve, où pas un son ne s’échappera de sa bouche, finira d’en donner une image de héros. Que la Révolution va graver dans le marbre, et les mandarinades dans la bouche des gens.

« Passants, honorez de vos pleurs
Celui qui fit la guerre aux vices !
Il courrait après les honneurs
Il ne trouva que des supplices.
Si, pénétrés de ses malheurs,
Vous voulez savoir son histoire,
Interrogez-en l’Univers,
Ou la déesse Mémoire
Qui parle dans ce dernier vers :
CI-GÎT MANDRIN, CI-GÎT LA GLOIRE. »

 Mais ces louanges n’empêchent pas des écrits plus critiques.

 Ce que je n’ai pas aimé dans le livre :

Si j’ai adoré découvrir l’histoire de Mandrin, que l’auteur a replacé dans la complexité du système financier de l’époque, et que j’ai adoré découvrir la fin des contrebandiers après Mandrin (là le gouvernement de Sardaigne se montrera plus coopératif vu le changement de comportement de la bande et le banditisme qui touchera aussi la Savoie), il y a cependant deux choses que je n’ai pas appréciées dans ce livre.
Tout d’abord, le ton de l’auteur, où par quelques mots et phrases on voit qu’il admire énormément Mandrin, et ce malgré les crimes qu’il a commis. Par ailleurs, et à la différence d’Yves Jacob, je n’irai pas dire que l’armée a perdu un grand commandant. Mandrin n’est pas du genre à supporter la hiérarchie et les ordres, quand bien même il voulait rentrer dans l’armée du roi.

Enfin, je n’aime pas non plus l’excuse avancée par l’auteur et par d’autre je pense, qui dit que le système « par la nature même de ses institutions, a tendance à provoquer la violence ». Dire cela dans une biographie de Mandrin, c’est oublié que Louis n’était déjà pas honnête à la base, et qu'il ne lui fallait pas grand chose pour laisser parler sa part sombre. En effet point besoin de l’histoire des mules ou des frères Roux, pour voir que cet homme avait déjà un comportement de brigand. Cette excuse pourrait être valable pour d’autres gens plus honnêtes (même si j’ai du mal avec cette « idéologie »), mais pas pour lui. En tout cas pour moi.

 

En résumé, (et si vous avez tout lu je vous dis bravo) c’est un livre agréable à lire et que je conseille de lire, vu qu’il est encore facile de se le procurer d’occasion. Cela étant, comme il n’est pas très récent et qu’il manque des informations, j’aurai aimé savoir s’il y a eu des répercussions sur la population suite aux razzias, je ne sais pas si tout est encore à prendre. Donc à compléter par d’autres livres sur le sujet.

26 juillet 2018

"Kaamelott : un livre d'histoire" sous la direction de F. Besson & J. Breton

 

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Résumé :

Merlin est-il le fils d'un démon et d'une pucelle ? Perceval a-t-il lu la Poétique d'Aristote ? Le Saint-Graal serait-il en réalité un bocal à anchois ? Kaamelott, série écrite et réalisée par Alexandre Astier, a marqué son public par son humour et ses répliques-cultes. Mais faut-il prendre au sérieux la façon dont elle réécrit l'histoire, celle de la légende arthurienne, mais aussi celle de ce moment crucial qu'est le Ve siècle de notre ère, entre Antiquité tardive et Moyen Age ? C'est le pari qu'a fait une équipe de jeunes chercheurs : montrer que, par-delà les anachronismes, Kaamelott produit sur la période en question un discours riche d'enseignement. Tant il est vrai que chaque génération réactualise ses mythes, les parodiant ou les réinventant pour mieux se les approprier.

Mon avis :

Je ne sais toujours pas si le Graal est un bocal à anchois, mais en tout cas j’en connais un peu plus sur cette série maintenant, c’est mieux que rien. Pour commencer je ne dirais pas que j’accorde foi à tout ce qui est écrit ici, en effet certains propos peuvent prêter à sourire, cependant et malgré mon scepticisme, j’avoue que certaines idées écrites sur la déconstruction de la légende et des personnages (qui sont utilisés selon certains auteurs dans un but spécifique), restent intéressantes à lire qu’on y accorde foi ou pas.

Mais si vous pensiez ne lire qu’un livre de style « commentaire de série » du genre « commentaire de texte » en littérature où toutes les fantaisies sont de mises, détrompez-vous ! Car les divers intervenants, spécialistes chacun dans leur domaine, vont parler de bien d’autre chose que des suppositions sur l’œuvre ou la place des personnages. En effet, par exemple, il va être question ici d’anachronisme, et autant vous dire que Kamelott  en compte beaucoup et pas que sur le Moyen-âge, vu que cette série mélange quasiment toutes les époques par certains objets, certains comportements, certaines paroles, ou même par l’emploi d’un langage très actuel. En cela le livre est vraiment intéressant, et c’est peut-être ce qui m’a vraiment plu car il est bénéfique pour remettre chaque chose abordée à sa place.

Outre ce point important de remettre les choses à leur place, et ça va rejoindre ce que j’ai dit précédemment, ce livre, avec ses auteurs très informés, va aussi nous permettre de découvrir un peu mieux le Moyen-âge, en nous interrogeant notamment sur notre vision de cette époque et des clichés qu’on peut en avoir, comme avec le fameux casque à corne du cocu viking par exemple. Tout cela se fait généralement à travers des notions récurrentes,  comme la nourriture, ou encore via des épisodes types, comme celui sur le portrait, qui va nous interroger sur qu’est-ce qu’un portrait à l’époque ? Sa base ? Ses différentes étapes ?... ; où ceux encore sur les jeux de Perceval que personne ne comprend, et pour cause à l’époque les règles étaient réellement tordues (il y a un exemple dans le livre, je vous jure que ça vaut Perceval).

Toutefois et paradoxalement, certains de ces épisodes sont aussi parfois un écho à notre époque actuelle, et oui Kaamelott ce n’est pas que de l’histoire ! Comme l’atteste par exemple certains épisodes sur l’art ou encore avec la nourriture. En effet, opposer Karadoc le « barbare » qui fait des repas gargantuesques, aux maîtres d’armes tout sec « qui se nourrit que de graine », c’est selon l’auteur de cette partie, ré-enchanter la nourriture dans notre époque trop cadrée au nom de la bonne santé ; et avec cet exemple, l’auteur montre par la même occasion, comment la nourriture participe à exalter le merveilleux de la série. Comme on le constate, un sujet, permet d’aborder différentes questions qu’elles soient sur le Moyen-âge ou encore sur l’actualité. Ceci n’est pas une découverte en soi, quand on regarde la série on s’en rend très bien compte, mais force est d’admettre que certains sujets peuvent parfois nous passer au-dessus de la tête. Même schéma, pour la phrase toute bête balançait par un personnage et qui pourtant peut être une référence au monde de la recherche ou universitaire.

Bref ! Quand on lit cela, on se rend compte très vite que Kaamelott n’est pas qu’une série pour faire rire, c’est une évidence quand on la regarde car on a en effet tous étaient interpellés par certaines scènes ou dialogues, mais ce livre met vraiment en avant la recherche et la critique qu’il y a dans ce monde, en plaçant le tout dans une démarche didactique. Après, on n’adhère ou pas.

En conclusion, avec ce livre il y a beaucoup de chose à apprendre sur cette série et cette époque, et pas que sur le médiéval d’ailleurs. Et même si je n’ai pas adhéré à tout, ce livre reste très intéressant à lire - même si parfois faut s'accrocher - et je le conseille pour comprendre cette série mais aussi pour redécouvrir une époque.

 

Merci aux éditions Vendémiaire.

22 juillet 2018

"Le soleil éclipsé : le château de Versailles sous l'occupation" de Claire Bonnotte

 

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Résumé :

4 juin 1940. La Wehrmacht envahit le château de Versailles. Par la portée symbolique de cet événement, Hitler réalise son rêve de revanche. Dès lors, et durant quatre années, des milliers de soldats arpentent la galerie des Glaces, parcourent les jardins dessinés par Le Nôtre, tandis qu’aléas climatiques, bombardements, pénuries, pillages et vandalisme mettent en péril ce joyau national, et les derniers chefs-d’œuvre qu’il abrite. En prévision du pire, un vaste plan de protection avait été élaboré dès les années 1930. On camoufla à partir de septembre 1939 tout ce qui pouvait l’être, à commencer par le Grand Canal, entièrement asséché. Dans l’affolement de l’exode, on finit d’évacuer collections et décors au sein de plusieurs châteaux de province : Chambord, Brissac, Sourches, Serrant, Voré… La plupart de ces trésors survécurent ainsi, « hors les murs », jusqu’à la fin du conflit. C’est un quotidien fait de craintes et d’espoirs que dévoile cet ouvrage, au plus près d’une poignée d’hommes et de femmes, conscients de la nécessité absolue de préserver un patrimoine unique.

Mon avis :

La guerre n’est pas qu’une affaire d’homme et d’arme, c’est aussi une affaire d’art afin de préserver le patrimoine national et finalement mondial. Des musées sous la guerre, je ne connais que l’évacuation du Louvre vu dans une émission YouTube sur Jacques Jaujard. Quand j’ai visionné la première fois cette émission, je me souviens que j’eus le souffle coupé devant le travail monstrueux qu’avait demandé l’évacuation du musée du Louvre, et aussi beaucoup d’admiration pour cet homme qui a fait ce qu’il a pu pour dérober à la convoitise allemande les œuvres d’art.

Ici, en lisant ces pages, je n’ai pas eu de sentiment si différent. Je reste en effet admirative du travail fait avant et pendant la guerre, pour la conservation des œuvres nationales ou privées. Tâche ardue, qui a commencé bien avant la Deuxième Guerre mondiale et qui ne fut pas sans danger, mais pourtant oublié des livres d’histoire. Un quasi-oubli, que l’auteur répare via ce merveilleux livre sur le château de Versailles occupé et ses hommes et femmes.

 Pourquoi Versailles ?

 Avant de rentrer dans le but du sujet (qui va être long), il convient de s’interroger sur : pourquoi l’autrice s’arrête sur Versailles alors qu’il y a d’autres châteaux comme Malmaison, Fontainebleau… ? Pour faire court, disons que Versailles à l’époque concentre toutes les haines et les passions des français et des allemands, de fait on ne peut pas trouver un meilleur château pour parler de la Seconde Guerre mondiale. En effet, si pour les français Versailles, c’est l’Histoire française, son art, un symbole du pays, un musée ; il est à contrario pour les allemands, un symbole de haine, vu qu’en 1919 c’est dans la Galerie des Glaces que fut signé le diktat de Versailles qui faisait payer à l’Allemagne les destructions de la Première Guerre mondiale.

Cependant comme l’Empire Allemand de Guillaume Ier fut proclamé en 1871 dans la Galerie des Glaces, les allemands ont aussi une certaine admiration pour ce château, un certain lien, par conséquent et malgré cette ambivalence de sentiment, on ne peut pas trouver meilleur château pour parler du rapport France/Allemagne durant  la Seconde Guerre mondiale car il représente les tensions passées mais aussi les enjeux présents à 39-45.

 Tant d’intérêt, laisse supposer des visites régulières des allemands au château et ses dépendances, certaines se déroulent bien d’autres un peu moins, pour autant on ne peut pas savoir si Versailles était destiné à être détruit par les nazis.

 La défense passive :

 Ce lien établit, intéressons-nous à l’exode et à la protection de Versailles, à ce qu’on appelle la défense passive.
Comme je le dis dans l’intro, la tâche de l’exode fut comme au Louvre, très longue, très dure et prévue bien avant le début de la guerre comme l’indique les différents échanges entre les Beaux-arts, les ministres, les conservateurs des musées mis en avant dans ces pages. Mais comme le livre va le montrer, la défense passive ne va pas s’arrêter à l’évacuation des œuvres. En effet, le château de Versailles et ses jardins, vont eux aussi subir plusieurs transformations afin d’éviter ou de limiter les dégâts en cas de problème, par exemple les bassins du jardin vont être asséchés et remplis de terre, les statues du jardin déboulonnées et évacuées ou protégées d’une autre manière, quant au château il verra la construction de mur coupe-feu ou encore l’arrivée massive de sac de sable.

Mais la défense passive c’est aussi des hommes et des femmes, gardiens, conservateurs, pompiers, qui à travers toute la France (dans chaque dépôt)  vont assurer plus ou moins la protection de ce patrimoine, et parfois au prix ou au péril de leur vie, vu que les mitrailles allemandes ne sont jamais bien loin, puisque les allemands connaissent l’emplacement des dépôts (les alliés aussi par informations codées) et font régulièrement des manœuvres dans le jardin de Versailles.  

 Des hommes et des femmes au service de l’art :

 J’en viens donc à développer le caractère de ces hommes et femmes qui ont œuvré dans cette histoire. Je ne les aborderai pas individuellement, car ce livre en approche beaucoup, reste quand même à souligner que certains sont pro-allemands (pas collabo) comme René Pichard du Page et d’autres anti-allemands comme Jacques Jaujard, Beaupé…, mais cependant et quelle que soit la position de ces gens, on remarque que tous ont cherché à conserver les œuvres par amour de l’art et de la France. Dans des lettres citées, on remarque effectivement qu’ils ont chaque jour le souci de la conservation des œuvres (qu’elles soient de Versailles ou d’ailleurs), à côté des soucis plus humains comme le charbon pour le chauffage. Par ailleurs, les extraits des lettres nous en apprennent beaucoup sur l’esprit de ces personnes, ou apparaît la crainte des allemands comme des alliés, la crainte pour les œuvres et l’épuisement moral.
Mais ces hommes ou ces femmes qui ont protégé les œuvres d’art ne sont pas que français, en effet un homme du camp adverse à œuvrer pour la protection des œuvres : Franz Wolff Metternich. Cet homme allemand - déjà présent dans l’émission sur Jaujard parlé dans l’intro - qui sera décoré de la Légion d’honneur par De Gaulle, est important pour moi car il montre qu’il existait des allemands qui avaient à cœur d’autres intérêts.

Et encore…

Enfin, car cet avis commence à faire long, dans ce livre l’autrice va aborder bien d’autres sujets, comme le lien entre Versailles et Vichy par exemple, puisque Pétain pensait dans un premier temps exiler le gouvernement à Versailles. Elle va aussi aborder la question des séquestres, et de la réorganisation du musée de Versailles vu qu’il est toujours visité lors de la guerre. Elle va aussi très vite fait aborder le château aujourd’hui.

Mais dans cette approche tout n’est pas parfait.

 En effet, je reproche à ce livre quelques points négatifs. Deux pour être exacte.
Tout d’abord, l’histoire du château n’est pas chronologique, ceci fait que par moment le livre devient un calvaire à lire car c’est le bordel pour se repérer, puisque souvent dans une même partie l’autrice fait référence à une année et tantôt à une autre, du coup j’ai eu parfois du mal à suivre car pour moi certains passages manquaient réellement de clarté.  

Enfin, le dernier défaut pour moi, c’est, que parfois le récit est trop détaillé, à tel point qu’on a l’impression que ça se répète. Et ce défaut est particulièrement visible dans la dégradation du château, car effectivement on revoit souvent les mêmes problèmes revenir et je pense que le livre aurait gagné en qualité si tout n’avait pas été si développé.

En conclusion, c’est un livre que je vous conseille car il est très intéressant à lire et parce qu’il sort de l’oubli certains faits lors de la guerre. Et même s’il a quelques défauts (très personnels en soi) et qu’il faut du temps pour le lire, je maintiens que ce livre vaut le détour. Surtout que sur le sujet je n’ai pas l’impression qu’il en ait des masses à lire, donc ne passez pas à côté.

 

Merci à Babelio et aux éditions Vendémiaire.

08 juillet 2018

"Femmes d'exception, femmes d'influence : une histoire des courtisanes au 19ème s." de Catherine Authier

 

Femmes-d-exception-femmes-d-influence

Résumé :

Puissante figure de l’imaginaire, la courtisane est une actrice essentielle de l’histoire du XIXe siècle. Le Paris de cette époque, en pleine croissance, offre un cadre idéal à ces femmes, dont la journée s’organise autour des cafés, restaurants, bals, casinos, courses hippiques, promenades au Bois et, à la belle saison, des escapades en Normandie ou sur la Côte d’Azur. Financées par des clients richissimes issus de la noblesse, de la haute bourgeoisie, des milieux d’affaires et de la presse, elles parviennent à amasser des fortunes considérables et vivent avec une liberté et une indépendance exceptionnelles dans un XIXe siècle qui cantonne encore la plupart des femmes à la maternité, à des tâches domestiques ou à des positions subalternes.
Comment ces prostituées « insoumises », grisettes, lorettes ou filles passées par des maisons closes sont-elles devenues des courtisanes millionnaires, des femmes d’influence et de pouvoir qui ont dominé leur époque ? Issues le plus souvent de milieux pauvres ou travaillant dans le monde artistique du théâtre, de la danse ou du café-concert, comment ont-elles opéré leur métamorphose pour devenir des icônes de leur génération, des femmes qui envahissent la presse et les images de leur temps ? Intelligentes et audacieuses, libres dans leur art de vivre, leur manière de s’habiller ou de se maquiller mais aussi de voyager de par le monde ou de tenir salon à leur guise, elles apparaissent comme des pionnières en matière d’émancipation et de droits de la femme.
À travers le parcours des plus célèbres horizontales du XIXe siècle, Catherine Authier nous ouvre les portes de ce monde mystérieux dans un ouvrage abondamment illustré et fourmillant d’anecdotes. Elle fait revivre avec bonheur ce mythe qui continue encore à fasciner notre société moderne.

Mon avis :

Ce livre, Femmes d’exception, femme d’influence : une histoire des courtisanes au 19e siècle, est un livre exceptionnel. D’une part pour ses histoires de courtisane qu’il partage et d’autre part pour cette vision qu’il nous donne sur le 19e siècle.

Au premier abord, on pourrait penser que cet ouvrage est superficiel, l’histoire des courtisanes, leur vie dissolue et entretenue, leurs recettes de beauté, leurs conquêtes amoureuses, ne sont pas ce qu’on peut appeler des sujets sérieux, pourtant loin de s’arrêter à ces domaines, ce livre va nous montrer la société au 19e siècle et nous faire découvrir ainsi la place de la courtisane dans ce siècle de révolution, où elles-mêmes, et à leur manière, y ont participé.
En effet, ce n’est pas peu dire de dire de ces courtisanes qu’elles ont marqué le siècle avec leur manière de vivre. Femmes libres, femmes riches, femmes d’exception, femmes joueuses, elles font en effet figure de pionnières dans le féminisme et dans l’émancipation de la femme, et ceci malgré le fait qu’elles aient souvent véhiculée l’image condamnable de la Eve tentatrice.

De là à dire qu’elles ont eu la vie facile, il ne faut pas exagérer. Car comme va nous le démontrer Catherine Authier pour ces femmes rien n’était gagné, rien n’était acquis, rien n’était facile ; et ceci la Nana de Zola ou La dame aux camélias d’Alexandre Dumas fils, nous l’ont déjà appris. En effet, en retraçant leurs parcours l’auteure va nous expliquer que devenir demi-mondaine était un chemin semé d’embûche et dégradant, et que le rester n’était pas non plus chose aisée. En outre, on découvrira qu’il y avait toujours derrière ce mode de vie une idée de vengeance sur la gente masculine. Les raisons ? Je vous les laisse découvrir...

Cependant, au-delà de cette description détaillée du chemin des insoumises, où on les découvre filles de maisons closes, à maîtresses d’hôtels particuliers, exerçant les métiers du spectacle et de l’écriture, l’auteure va nous offrir aussi la possibilité de les découvrir dans des mondes où on ne les attendait pas, comme celui des puissants. Certes, leurs rôles seront minimes, pourtant ils furent parfois assez important pour soulever une révolte, servir des tractations secrètes ou conduire au poteau d’exécution (même s’il est vrai que pour Mata Hari le rôle ne fut pas aussi important que l’on l’imaginait alors).
A savoir aussi, que ces femmes, contrairement à ce qu’on peut penser, n’étaient pas non plus des écervelées, elles tenaient en effet dans leur salon des conversations littéraires et artistiques, et faisaient aussi montre d’un sens certain des affaires en se « vendant » à prix d’or, même si au final beaucoup finiront ruinées sans que cela les dérange pour autant. Il est cependant étonnant de voir comment certaines ont fini leur vie…

A côté de tout cela - et je suis loin d'avoir tout abordée ici -, il a été très intéressant de voir ce 19e siècle en évolution qui a su se libérer peu à peu de ses carcans. Bien sûr, le 19e siècle n’est pas aussi libertin que le 21ème siècle, mais il est intéressant de découvrir ce Paris fou qui prend une place particulière dans la pensée collective du monde. Ce Paris où on claque son fric, où l’on donne cours à tous ses fantasmes, et qui semble ne connaître aucune limite dans la débauche et la dépense, et qui faut bien le dire la courtisane représente si bien.
En plus de ceci, j'ai trouvé intéressant aussi de découvrir la naissance de cette mentalité futile sur des sujets mondains, de voir cette "peoplisation" qui apparaît sur des personnages superficiels, et qui n’existait pas de cette manière avant. Ce qui montre, du moins je trouve, la naissance d’une société nouvelle qui se met maintenant à chercher du rêve et qui annonce la nôtre.  

En conclusion, ce livre bien documenté, fait à partir d’innombrables sources, est très agréable à lire même si parfois un peu long. Mais il est à lire, car ce travail sérieux et illustré va nous donner une autre vision de ces femmes qui ont marqué leur époque en étant un véritable phénomène de société, et qui aujourd’hui encore nous font rire car on a du mal à imaginer cela possible. (Du moins pour ma part.)

Posté par Florell à 20:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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