Encre d'époque.

20 septembre 2019

"La grande migration : de l'Espagne à l'Amérique 1492-1700" de Alain Hugon

 

La grande migration de l'Espagne à l'Amérique 1492-1700

Résumé :

Ce fut la première vague massive d’émigration de l’histoire de l’humanité.
De 1492 à la fin du XVIIe siècle, plus d’un demi-million d’Espagnols ont traversé l’Atlantique pour partir à la découverte d’un Nouveau Monde, bravant tous les dangers de la mer au péril de leur vie. Accompli par de jeunes hommes en quête d’or et de gloire, qui brûlaient de propager le christianisme ou espéraient tout simplement une vie meilleure, cet exode prit une telle ampleur que la monarchie espagnole tenta à tout prix de le contrôler et de limiter les départs. Car sur le territoire d’origine, ce mouvement de population se traduisit, notamment, par la désorganisation de familles réduites à espérer un retour incertain.
À travers l’étude des archives et des émouvantes correspondances entretenues entre les deux rives de l’océan, cette aventure hors du commun, qui façonna la société d’arrivée tout autant qu’elle bouleversa la société de départ, s’écrit entre inquiétude de l’avenir et rêve de fabuleuses fortunes, nostalgie de la patrie et volonté de bâtir un destin d’exception.

Mon avis :

On regarde souvent la découverte de l’Amérique du côté américain, rarement du côté de l’Espagne. De fait, on n’imagine souvent mal l’impact que la découverte de ce continent a eu sur ce pays de l’autre côté de l’Atlantique. L’historien Alain Hugon va réparer cet oubli et nous en apprendre plus. Plus sur l’Espagne et sa population.
Ce livre pourrait se résumer en trois questions clés : pourquoi les espagnols partent ? Et quelles sont les conséquences de ces départs ? Que nous apprennent-ils sur ces êtres, ce pays ?

Qui part et pourquoi : au revoir, adieu

Nous connaissons tous au moins une raison des départs, qu’ils soient pour raison religieuse, la soif de l’or et d’aventure, la nécessité de peupler cette nouvelle terre et de la contrôler, ces prétextes nous sont familiers. Cependant ce que l’on ignore bien souvent, c’est que les départs peuvent cacher d’autres sujets. En effet, en s’attardant notamment sur le peuple via des lettres, Alain Hugon va nous apprendre que les départs des hommes et des femmes peuvent cacher une volonté de fuir la misère, quelques affaires troubles, voire même des situations familiales difficiles comme un mariage de raison et sans sentiment.
Mais qui part ? Hommes et femmes – plus les hommes que les femmes d’ailleurs – de toutes conditions et tous milieux. Toutefois ceci ne doit pas faire oublier la réalité qu’Alain Hugon va nuancer. En effet, j’ai écrit « hommes et femmes », « toutes conditions » et « tous milieux », pourtant derrière ces termes génériques il se cache des réalités différentes. Effectivement, vu le prix du voyage – qui commence de la porte de son logis jusqu’en Amérique – tout le monde ne peut pas partir et tout le monde ne part pas de la même manière. Bien qu’une autorisation, une licence, soit obligatoire pour tous, là où pour certains voyager n’est qu’une simple formalité (religieux, noble, négociant), le personnage plus modeste devra lui souvent trouver d’autres moyens pour entreprendre le voyage : s’engager comme marin ou soldat, ou encore comme serviteur auprès d’une riche famille en partance, ceci afin de mieux déserter à l’arrivée, avec bien sûr le risque pénal que cela implique. Ceci ne veut cependant pas dire non plus que tout le monde peut partir, par exemple un ou une célibataire ne peut pas entreprendre la traversée ; l’homme qui n’a pas l’autorisation de sa femme idem ; le protestant, le juif, le morisque itou. Est-ce pour autant que certains d’entre eux acceptent leur sort ? Non. La clandestinité ou les faux-papiers existent avec leurs risques.

On remarquera donc à la lecture de ce livre qu’il y a des inégalités d’accès, toutefois devant le danger du voyage la piraterie, le naufrage, la promiscuité, tous sont égaux.

Source: Externe

Quelles conséquences ?

Après ce petit tour des candidats aux départs et des raisons, il convient maintenant de s’interroger sur les conséquences de ces départs sur l’Espagne.
Tout d’abord l’auteur va nous montrer que la masse des départs a un impact négatif sur la démographie, puisque des lieux se vident notamment en main d’œuvre à tel point qu’on fait appel à des travailleurs étrangers comme à Cadix, une fois qu’il n’y a plus d’esclave il ne reste plus que ça.
Outre se dépeuplement et même l’appauvrissement de l’Espagne, on va découvrir aussi que la cellule familiale peut être en crise à cause de ces départs. Crise émotionnelle car l’absent manque des deux côtés de l’océan, on souhaite qu’il revienne ou rejoigne le nouveau monde comme en atteste beaucoup de lettres. Crise du schéma familial, par l’abandon du foyer où la femme peut vite être réduite en possibilité sans homme, et où s’ajoutent les problèmes d’argent. Problèmes d’argent qui sont aussi souvent des attentes... En effet, le nouveau monde est vu comme un pays de cocagne, dans l’imaginaire il apporte la richesse par conséquent ceux qui sont restées attendent cette richesse qui les sortira de la misère. Sur ce point d’ailleurs, j’ai bien aimé ce petit écart dans le texte où l’auteur nous met facilement à la place du pauvre personnage qui n’ose raconter sa mésaventure américaine et sa pauvreté toujours grande, et qui préfère le cacher à sa famille par quelques mensonges ou par le silence. Certains parlent néanmoins.
« « Je fais savoir que cet argent qu’on emporte d’ici, on le gagne avec tant de travail que les hommes ici ne savent pas ce que c’est que de paresser une seule journée. » »

Mais les conséquences du départ ne s’arrêtent pas à la famille ou à la démographie. En effet ce mouvement de population et de marchandise, pousse la monarchie espagnole à s’adapter et à mettre en place des organes administratifs, des lois, pour gérer cela. C’est ainsi que la monarchie créa le Conseil des Indes et la Casa de contratacion, ou instaura des lois qui interdiront par exemple aux célibataires des deux sexes de voyager au nom de la morale et de l’ordre. Idem, niveau marchandise où tout fut contrôlé et déclaré au nom de l’ordre.
En cet instant, je donne l’impression que l’auteur s’attarde exclusivement sur le monde espagnol en Espagne, c’est effectivement beaucoup le cas de ce livre. Mais on va découvrir que cette emprise assez forte de l’Espagne sur ses sujets sert en plus de l'Espagne à protéger ce nouveau monde du voyou, du malandrin, du délinquant. Bien que cette Nouvelle Espagne ne soit pas un désert judiciaire, il faut malgré tout empêcher que ces derniers ne viennent répandre leur mauvaise vie dans ce monde qui tend à la perfection et doit être protégé. Les excès des premiers conquistadors notamment envers les populations autochtones, ont aussi poussé à adopter des restrictions comme en atteste les lois espagnoles qui arrivent assez vite dans le corpus pénal.

« En 1542, les évènements conditionnèrent à nouveau une reformulation de la politique migratoire. A la suite des excès commis par les conquistadores à l’encontre des Indiens et du scandale qu’ils provoquèrent en Espagne même et jusqu’auprès de Charles Quint, les Lois nouvelles (Leyes nuevas) furent adoptées en novembre, complétées par une Provision royales datée de juin 1543 dans le but de limiter les abus des colons. Théoriquement, la conquête et le peuplement se trouvaient dorénavant conditionnés à l’accord de tribunaux installées dans les Indes, en particulier l’Audience du Pérou, qui devait protéger les populations locales. Le pouvoir cherchait à sélectionner les émigrants afin d’éviter le renouvellement des atrocités commises par les conquérants. » p.90

En conclusion :

Ce livre était vraiment pas mal pour se pencher sur les conséquences de cette découverte qu’elles soient personnelles ou plus nationales. On va découvrir aussi que l’adaptation de l’Espagne à ce nouveau monde s’est inscrite dans le temps, petit à petit des lois, des institutions, sont apparues pour faciliter le gouvernement, mais pour autant le contrôle n’est pas aisé. Via quelques bribes Alain Hugon va s’ouvrir aussi sur d’autres sujets comme la vision qu’à l’Europe sur l’Espagne. On regrettera juste quelques redondances, mais excepté cela il se lit facilement.

Editions Vendémiaire.

Note sur 3 :

bien

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09 septembre 2019

Lettre à Macron. L'Islam maltraite la France (et l'Occident).

« Un peuple qui croit que c’est la croyance en d’un Dieu, et non pas les bonnes lois, qui font les honnêtes gens, ne me paraît guère avancé. »

 « [...] Il est mille fois plus facile, j’en suis persuadé, pour un peuple éclairé de retourner à la barbarie, que pour un peuple barbare d’avancer d’un seul pas vers la civilisation. »

 

  Monsieur Macron,

            1- La mairie de Lille a donné des horaires particulières aux femmes sous un prétexte fallacieux.
            2- Rennes et Sugères ont accepté dans leurs piscines le burkini vêtement religieux, pendant qu’à Grenoble quelques personnes luttent encore contre cette tentative islamique d’islamiser la France... (Depuis il y a eu des tentatives islamistes à Paris. Des islamistes qui donnent des leçons de tolérance ! On aura tout vu dans l'indécence.)
            3- A cause de l’Etat français cette chose islamique et islamiste est autorisée sur les plages ! Je ne parle pas du voile qui est lui aussi un problème, on pourrait.
            4- Sur France Inter ils soutiennent le racisme islamique, et font passer la raison, la lutte contre l’islamisme et l’inégalité homme-femme, pour du racisme blanc. (France Inter c’est public.)
            5- A Nice un parti politique (!!!) antisioniste, antirépublicain et pro-charia a fait circuler une pétition contre le RN.  (Je sais que vous n’aimez pas le RN, mais quand même le RN n’est pas anti-républicain.)
            6- Ce n’est pas tout ! La laïcité ouverte ; la construction excessive de mosquée ; la lâcheté française ; le détournement des mots et des droits de l’homme au nom de l’islamisme ; les attaques incessantes et validées par la justice ou la bien-pensance contre les français qui s’opposent à l’islam à l’exemple de cette employée d’Etam, ont été une belle perche tendue à l’islam et aux musulmans pour que ces derniers redessinent à l’envie la France. Ceci afin que la République s’adapte à eux, sans qu’eux cherchent à s’intégrer et à s’assimiler.
            7- Maintenant que la France a bien été attaquée de toute part par cet islam rampant et sournois – je ne sépare pas islam et islamisme à dessein –, et que l’avenir s’annonce bien sombre sous le soleil et la tyrannie d’Allah, je vous demande quand vous allez enfin laisser de côté votre silence éloquent et votre manque d’action pour lutter contre cette tyrannie ? Et ce collaborationnisme nazi islamique qui lutte pour que des normes barbares, discriminatoires, communautaristes, racistes et inégalitaires rentrent dans les normes françaises ?

            Monsieur Macron, pourquoi restez-vous silencieux devant ces faits ? Vous tapez sur Marine Lepen qui n’est pas un danger pour la nation, son seul défaut c’est de dire les choses telles qu’elles sont sur l’Europe, l’islam et les migrants, alors que pendant ce temps une très grande majorité de musulmans tissent leur toile assassine sous des apparences larmoyante et « modérée ». Monsieur Macron pourquoi ce déni ? Pourquoi cet aveuglement ? Alors que plus grave que Marine Lepen, l’islam arrogant, conquérant, sournois et violent, tente de nous mettre à mort.
            Car oui Monsieur Macron, l’islam n’est pas une religion d’enfant de chœur ni de victime. Si vous en doutez, lisez le Coran, voyez son histoire, voyez l’actualité, voyez la vie de Mahomet qui a légitimé dans cette religion et par son comportement : la violence, l’esclavage, le meurtre, la pédophilie. Une conclusion s’impose : cette religion est la pire de toute. Et il est temps de prendre clairement position contre, et de dire non à l’obscurantisme religieux et à sa visée absolutiste…
            Tout cela bien sûr, au nom de l’avenir de la France et de ses enfants (si jamais ça vous intéresse), au nom de la paix, au nom de ces hommes et femmes qui veulent vivre libres (quelques musulmans compris), et même au nom de l’Europe. En effet, il suffirait que quelques pays européens s’y mettent pour que les autres retrouvent la voix de la raison. Certes, l’Union Européenne est en train de s’effondrer et ce n’est pas plus mal, elle est absurde, laide et dictatoriale, mais pour que la nouvelle Europe renaisse demain sur des bases saines, il faut lutter à tous les niveaux contre cet obscurantisme religieux. Pensez-y, car l’avenir se décide aujourd’hui.
            Et si les indigénistes, les migrants et les musulmans ne sont pas d’accord avec les lois républicaines, il sera toujours temps de les renvoyer chez eux. Il y a bien des pays sur cette planète qui appliquent, hélas, leur idéologie, ils trouveront assurément leur bonheur et nous on gagnera en tranquillité et sûreté.

            Nous avons dit non à la tyrannie de l’Ancien Régime, à la tyrannie de l’Eglise, à la tyrannie de la Terreur et au nazisme, il est temps de se montrer à la hauteur de nos combats passés et de dire non aux revendications islamiques. Car ce n’est pas en pliant devant leurs jérémiades que l’avenir du monde s’annoncera radieux.
            Par contre, si l’obscurantisme doit régner aujourd'hui et demain, dites-moi quel intérêt il y a à se battre et à dépenser de l’argent aujourd’hui, pour le travail et l’égalité des femmes ? Pour le droit des enfants ? Pour le savoir, la connaissance, la recherche (les pays musulmans ne sont pas réputés pour leurs savoirs et son acceptation) ? Pour la liberté et l’égalité tout simplement ? (J’oublie bien volontiers la fraternité qui aujourd’hui s’apparente à une bienveillance nauséabonde et aveugle. La raison dans ce domaine a déserté depuis longtemps.)
Bref ! Quel intérêt y aurait-il à vivre tout simplement ? Qui, à part les fous, a envie de vivre là-dedans ? Vous ?

 

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30 août 2019

"Les Égéries de la Révolution" de Jean et Marie-José Tulard

 

"Tu te dis l'unique auteur de la Révolution Robespierre ! Tu n'en fus, tu n'en es, tu n'en seras éternellement que l'opprobre et l'exécration...
Chacun de tes cheveux porte un crime...
Que veux-tu ? Que prétends-tu ? De qui veux-tu te venger ? De quel sang as-tu soif encore ? De celui du peuple ?"
Olympe de Gouge

 

Les Égéries de la Révolution de Jean et Marie-José Tulard

Résumé :

Séduire au risque d’en mourir : tel fut le sort de plusieurs héroïnes de ce livre dont le rôle politique sous la Révolution s’acheva sur l’échafaud. Ainsi d’Olympe de Gouges ou de Mme Roland…
On l’a oublié ou négligé : de grandes figures féminines tentèrent d’infléchir le cours de la Révolution dans un sens ou dans un autre. La plupart s’efforcèrent d’influencer des hommes politiques du temps – de là leur nom d’« égéries » – faute de pouvoir se faire entendre à la tribune et participer aux grandes décisions. Une revendication que les révolutionnaires ne cessèrent d’étouffer. Et pourtant, n’étaient-ce pas les femmes qui avaient ramené le roi de Versailles à Paris ou contribué à la chute de la monarchie ?
Voici l’histoire de la Révolution vue sous un autre jour, expliquant, entre autres, le renoncement du duc d’Orléans à la régence après la fuite du roi ou la chute inattendue de Robespierre le 9 Thermidor.
Dans les coulisses de la scène politique, ne fallait-il pas chercher l’égérie ?

Mon avis :
 La Révolution française est un phénomène qui marque une coupure dans l’histoire de France. Elle marque la rupture avec l’Ancien Régime et montre une nouvelle manière de penser, où l’égalité entre français serait la nouvelle norme. Entre français oui, mais pas entre français et françaises, puisque la femme est exclue de la vie politique… Pourtant malgré cet état de fait, la femme a joué son rôle dans cette Révolution : elle a manifesté ; elle a écrit ; elle s’est exprimée ; elle est même passée sous le couperet de la guillotine. Ceci montre donc que la femme a eu son rôle dans cette Révolution qu’on a souvent faite homme. Monsieur et Madame Tulard, vont nous rappeler qui étaient ces femmes. Ce qu’elles ont fait et ce qu’elles sont devenues.


Assassina de Marat par Baudry (1860)

Nous connaissons bien sûr Olympe de GOUGE qui s’est opposée à Robespierre et a milité en politique ; Théroigne de MERICOURT l’amazone de la Révolution qui finira dans un asile et servira d’exemple pour rappeler aux femmes quelle était leur place dans la société ; Charlotte CORDAY qui assassina le tyran Marat dans sa baignoire ; mais il en existe bien d’autres venant de tous les milieux. Et c’est là le premier avantage de ce livre, c’est que de la bourgeoisie à la noblesse, en passant par le bas-peuple, on va avoir droit à un tour d’horizon complet de ces femmes révolutionnaires ou en mis en cause dans la Révolution, et découvrir grâce à cela l’intimité des salons avec Madame NECKER et HELVETIUS, les dessous de la politique avec Madame ROLAND ou encore avec Madame TALLIEN, et enfin la rue en colère avec Reine AUDU ou Claire LACOMBE.
Cependant, ce n’est pas un classement par classe sociale que les auteurs ont favorisé, en effet ils ont plutôt pris soin de catégoriser les égéries révolutionnaires en fonction de leurs actions et du moment politique. En clair, ils n’ont pas mélangé les égéries de la Terreur avec celles du Directoire, ce qui est un excellent atout pour ne pas se mélanger dans cette période bouillonnante.


Portrait de Germaine de Staël par Marie-Eléonord Godefroid.

En plus de découvrir ces femmes ou jeunes filles qui ont laissé leur trace dans l’histoire par leurs combats, leurs actes, leurs écrits et venant de tous les milieux, ce livre est aussi un plus pour approfondir la Révolution. Si en effet on voit très vite que les femmes ont joué un rôle dans cette Révolution auprès d’hommes plus ou moins influents, en secret ou au grand jour, que ça soit en politique ou juste pour réclamer du pain, ces pages vont aussi nous permettre d’approcher un peu mieux ces hommes de la Révolution, leur caractère et leurs actions. Ainsi que les tensions ou les alliances qui pouvaient se créer entre eux au fil des circonstances et donc avoir des conséquences politiques. En plus on va avoir une meilleure vision des complications politiques et de l'ambiance révolutionnaire avec ses faux procès, arrestations arbitraires, etc.
Outre aborder l’influence des femmes auprès des hommes et donc discerner ce qu’elles ont cherché à favoriser en politique avec plus ou moins de réussite, côtoyer les hommes de la Révolution permet de percevoir aussi la limite de ces derniers à la cause féminine ou à leurs demandes. De voir aussi la manière dont ils les considéraient.
Enfin, et en plus des combats de ces révolutionnaires qui parfois rejoignent celui des hommes, j’ai trouvé très intéressant de découvrir le portrait de ces femmes : leur intelligence ; leur panache ; leur force ; la fermeté de leur croyance ; leur courage de s’opposer à une politique avec par exemple Madame de LAROCHEJAQUELEIN ou leur courage face à la mort comme Madame ROLAND qui va à la guillotine en souriant. Qu’elles soient du peuple ou pas, qu’on soutienne leurs idées ou non, il est indéniable qu’on ne peut être qu’émerveillé devant « la force du sexe faible ». Même si avant cela en France – et même dans le monde – il n’a jamais manqué de femmes brillantes et entreprenantes : Christine de Pizan, Vigée le Brun, la Grande Mademoiselle, etc.


Club patriotique de femmes de Jean-Baptiste Lesueur (1791)

Bref ! Tout ce livre permet donc de découvrir le rôle de la femme lors de la Révolution qu’il soit officieux ou officiel, ainsi que celui des hommes. Il permet de voir en plus que la cause féminine est vraiment née avec la Révolution, quand bien même elle a essayé de la bâillonner et tenté de lui rappeler son rôle au foyer. Notamment à travers le décret d’interdiction de « toutes sociétés populaires exclusivement féminines » du 27 octobre 1793.
Cependant, ne nous leurrons pas les filles, la femme n’atteindra pas la liberté et l’égalité avec la Révolution. La graine est plantée mais la plante mettra du temps pour être prête à la cueillette. Leurs excès les ont desservis (maintenant que j’y pense, on retrouve cet excès aujourd’hui avec le féminisme communautariste (intersectionnalisme)). Mais quand même, il est indéniable que le combat pour l’égalité de la femme a gagné son nom à cet instant précis, même si avant d'autres ont eu l'idée.

En résumé, c’était une lecture intéressante malgré le fait qu’elle soit parfois un peu longue, on découvre beaucoup sur la Révolution, ses femmes, ses hommes, ses idées, ses combats, et les liens qui unissent tous ces points. Par contre il est recommandé de connaître un peu cet évènement sinon vous aurez du mal je pense.


Editions Robert Laffont.

Note sur 3 :

bien

J'ai trouvé une chaîne Youtube qui parle de la Révolution de 1789 en plusieurs vidéos, pour ceux qui ne maîtrisent pas trop ou du tout le sujet mais qui veulent lire ce livre. Chaîne Youtube L'Histoire nous le dira et c'est une excellente base à ce livre pour ceux qui ne connaissent pas la Révolution.

Les origines - HNLD Révolution française tome 1

26 août 2019

Ces livres que je conseille #1 : "Claude Monet : une fête pour les yeux" de Karin Sagner-Düchting

 

 

Dans ma vie j'ai lu beaucoup de livre, mais certains sortent du lot.
Dans cette nouvelle catégorie je vous propose de découvrir ceux que je recommande en priorité. Ils ne sont pas tous forcément des coups de coeur, mais néanmoins tous m'ont appris des choses.

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Un rapide avis :

J'avais apprécié ce livre car ça parle de Monet, le peintre impressionniste que je préfère. Ce livre est un délicieux mélange de peinture et de biographie. Très agréable à l'oeil, on va découvrir en plus la vie de ce peintre qui vous rappellera L'oeuvre de Zola et ses techniques de peinture pour capter le temps.
Une biographie indispensable. (Se trouve encore d'occasion.)

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19 août 2019

"Combattants de l'Empire : les troupes coloniales dans la Grande Guerre" sous la dir. de Philippe Button et Marc Michel

 

Saluons la dédicace du livre qui s'adresse notamment à l'historien Daniel Lefeuvre qui avait écrit l'excellent livre Pour en finir avec la repentance coloniale. Alors que la bien-pensance cherche à éradiquer toute pensée contraire à la sienne et refuse d'entendre ce qui ne va pas dans son sens, il est bon de voir qu'il existe encore des historiens qui sont au-dessus.

 

combattants de l'empire coloniaux

Résumé :

Tirailleurs sénégalais, spahis algériens, troupes indochinoises : autant de soldats des colonies recrutés, volontairement ou non, sur les fronts européens de la Grande Guerre pour aider leur métropole dans un conflit qui, à première vue, n'était pas le leur. De la bataille oubliée de Dobro Polje aux graffitis du Chemin des Dames en passant par les mutineries d'août 1917, cet ouvrage aborde la spécificité du cas français sans négliger les expériences des empires anglais, italien et allemand. Cent ans après les événements, grâce à la somme de travaux inédits d'historiens émérites, il est possible, au-delà des polémiques, de mettre en lumière cet aspect essentiel de la Première Guerre mondiale.

Mon avis :

Ce livre se propose d’aborder les divers côtés des forces coloniales durant le conflit de 1914-1918. Il fut dans l’ensemble intéressant à lire. En effet si tous les sujets ne m’ont pas intéressée en entier car ils étaient parfois trop militaires dans le développement où parfois c'était juste la problématique qui ne me passionnait guère, j’ai apprécié néanmoins découvrir plusieurs pans de la question coloniale ici en France comme ailleurs, et qui permettent de sortir de fils en aiguille plusieurs histoires : mentalités, militaire, politique, mémorielle.

Découpé en plusieurs petits chapitres, ces pages nous proposent donc un partage de la recherche historique à l'huere actuelle sur la question des soldats coloniaux pendant la Première Guerre mondiale et même un peu après. L’approche des champs est comme je le disais plus haut variée, puisqu’on va découvrir les soldats dans leur intimité ou leur pensée, mais aussi les autres domaines autour de cette guerre qui sont plus politique, militaire, mémorielle. Et où il va notamment ressortir des batailles oubliées comme celle de Dobro Polje sur le front d’Orient, la vision du soldat par le gouvernement, et la vision du soldat sur la France idéalisée ou au contraire honnie par les soldats coloniaux, car c’est un pays d’infidèle ou de colonisateur par exemple. Ces derniers points peuvent cacher un ras-le-bol du conflit aussi.

Au-delà d’un rappel historique, ce livre nous renseigne aussi sur deux choses : les manquements de la France envers les soldats coloniaux et ces luttes existantes pour leur rendre la juste place qu’ils méritent. Il balaye aussi dans le même temps quelques clichés en passant, en contrant par exemple l'idée d'extrême-gauche qui raconte que les soldats coloniaux ont été de la « chair à canon » plus que les autres, ou en montrant les possibilités d'évolution dans la carrière militaire - bon à relativiser quand même, mais il y a eu tout de même une évolution au niveau de la carrière.
Toutefois, et s’il est vrai que la France a été oublieuse des soldats coloniaux, il ne faut pas oublier que les anciens combattants français de la métropole n’étaient pas forcément mieux traités, j’ai assisté à plusieurs conférences ouvertes au public qui mettaient en avant ce besoin urgent de reconstruire la France et donc d’oublier un peu les morts et les poilus.

Enfin, il est à noter un dernier petit détail à souligner car bien sympathique : l’ouverture du livre sur d’autres pays européens, tant sur la propagande par exemple l’Allemagne avec les musulmans qui a exacerbé l’islamisme, les atrocités de la Belgique, ou encore l’Italie qui a refusé d’avoir des soldats coloniaux dans ses rangs. Pour plus de précision sur ces sujets (et les autres) lire le livre.

A l’arrivée, ce livre était intéressant. Toutefois ma lecture fut en dent de scie pour les raisons expliquées plus haut et aussi parce que j’ai trouvé l’Afrique trop développée par rapport à l’Indochine. Mais dans l’ensemble c’est un livre utile à lire pour découvrir cette réalité que personne ne connaît même si tout le monde en parle, pour dépasser les discours politiques, et pour redonner à ces soldats leur juste place. Cela ne doit cependant pas empêcher de couper des liens empoisonnés aujourd’hui avec certains pays africains s’il le faut, et ne pas donner tous les droits aux descendants ou à ceux qui s’en prétendent. Ceux d’hier ne sont pas ceux d’aujourd’hui. Ne mélangeons pas politique et histoire. Un livre à lire donc, mais en prenant son temps.


Extrait :

« Au terme de cette réflexion, une première conclusion s’impose : la mémoire scolaire apparaît à la fois sociale et scientifique ; elle est aussi sensible aux effets de mode qu’à la réflexion académique, ce phénomène s’accentuant au fur et à mesure qu’on passe du lycée au collège puis à l’école primaire. En soi, cette réalité n’est pas condamnable : un manuel est un instrument de formation historique et civique. Mais un double biais peut poser problème. Le premier est la course à la victimisation. Pour la Grande Guerre, les souffrances s’accumulent, parfois se succèdent : les soldats, puis les femmes, puis les civils occupés, puis les colonisés. Depuis quelques années, c’est le génocide arménien qui tend à occuper la place centrale dans l’écriture de la Grande Guerre. Or, la tentation affleure de subordonner l’explication à l’émotion, de remplacer la hiérarchisation scientifique par la labellisation différenciée des souffrances particulières. A terme, gérer la communautarisation des mémoires souffrantes peut être un exercice difficile pour les enseignants du secondaire. Le second biais est que partout plane le spectre de la manipulation par l’Etat, sa presse et sa propagande. Il n’est pas difficile d’observer comment, ici ou là, la description de la Première Guerre mondiale est inconsciemment contaminée par celle de la Seconde Guerre ou du totalitarisme. Or, l’alliage de la victimisation et de la manipulation ne va pas nécessairement de pair avec la véritable compréhension de la réalité dramatique et de l’Histoire : elle peut à l’inverse nourrir les visions complotistes et les revendications communautaristes. »  Philippe Buton, p.347-348.

Editions Vendémiaire.

Note sur 3 :

 

bien mais

 


08 août 2019

"La vérité sur la tragédie des Romanov" de Marc Ferro

 

"Il faut dire, même s'ils sont tous vivants, qu'ils ont tous été exécutés."
Robert Wilton confident de Dieterichs

 

La vérité sur la tragédie des Romanov

Résumé :

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1918, dans l’Oural, le tsar Nicolas II, sa femme et leurs enfants – Olga (22 ans), Tatiana (21 ans), Marie (19 ans), Anastasia (17 ans), et Alexis, le tsarévitch (13 ans) –, sont exécutés par les bolcheviks. Cette version oficielle, Marc Ferro n’y a jamais cru.
Documents à l’appui, avec la rigueur du grand historien, il remet en cause l’assassinat des Romanov. Des juges ou des témoins morts subitement ou exécutés, des documents tronqués, des pièces du dossier d’instruction subtilisées, des tests ADN controversés, le mettent sur la piste d’une hypothèse inavouable et sacrilège : les filles et la tsarine ont été sauvées grâce à un accord secret conclu entre les bolcheviks et les Allemands. Elles se sont tues pour ne pas ébruiter leur sauvetage. Seul le sort du tsarévitch, Alexis, reste inconnu, faute de sources
Dans un récit palpitant, Marc Ferro bat en brèche un véritable tabou de l’histoire et fait la lumière sur un des plus grands mystères du XXe siècle.

Mon avis :

Le 17 juillet 1918, en Russie, le bruit court que la Tsar Nicolas II et toute sa famille, ont été tués par les rouges bolcheviques. Plus de 100 ans après, le doute sur ce qu’il s’est passé cette nuit-là existe toujours ; ont-ils tous été assassinés ? Ou seulement le tsar avec quelques domestiques ?
A travers ce livre, l’historien Marc Ferro, va tenter de répondre à ces questions en reprenant les éléments oubliés ou intrigants qui entourent cette affaire.

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Maison Ipatiev

Il va donc commencer par aborder la situation politique à l’époque afin de remettre cette famille dans le contexte politique qui la secoue, et montrer à voir ainsi les forces en présence qui sont susceptibles de la tuer ou de la sauver. C’est ainsi qu’en pleine Révolution Russe, les tensions et combats entre les Rouges bolchéviques et les Blancs pro-tsar, peuvent être vus comme une accélération à leur fin, tandis que les familles royales européennes - en particulier allemande - peuvent être vues comme une planche de salut. A condition, qu’il n’y ait pas de conflit entre les familles, et que le peuple accepte les allemands ce qui ne sera pas le cas par exemple avec l’Angleterre.

  Une fois montrer les diverses forces en présence, les divers plans qui ont pu être échafaudés pour sauver cette famille prisonnière des rouges, Marc Ferro est ensuite rentré plus dans le détail de cette affaire qui lui permet aujourd’hui d’affirmer que les filles du Tsar et l’Impératrice sont ressorties vivantes de cette Révolution Russe. Ceci a été notamment rendu possible par le fait que l'auteur a abordé le dossier judicaire de ce massacre, en mettant en avant les pièces manquantes du dossier  Sokolov et qui attestent la survie des princesses et de la Tsarine. En outre, l'historien est allé plus loin en parlant aussi des lettres et témoignages qui ont trait à la mystérieuse Anastasia.
On connaît tous les controverses autour de cette personne, mais certains faits peuvent troubler malgré tout. Idem pour les autres filles.
Pour continuer sur le sujet, et en plus de remettre en avant tous les témoignages qui tendent à prouver la survie des filles, l’auteur a pour appuyer sa thèse, mis en avant ce qui dans un contexte international a pu œuvrer selon lui à la sauvegarde de la famille royale. C’est ainsi qu'on va voir Marc Ferro avancer l’idée - avec l'aide de quelques archives - qu’en échange des enfants et de la Tsarine, l’Allemagne a libéré le révolutionnaire Karl Liebknecht. C'est ainsi qu'il va mettre aussi en avant le casus belli pour les allemands que représentait une attaque contre Alexandra et les enfants, alors que la Russie avait signé une paix séparée avec l’Allemagne (Brest-Litovsk le 3 mars 1918).
Bref ! En lisant ce livre, on va donc découvrir qu’il a existé plusieurs possibilités et courants parallèles pour sauver la famille impériale, du moins surtout Alexandra et les enfants, car visiblement pour le Tsar c’était trop tard.


Palais d'Hiver

Mais tout cela ne serait pas intéressant à lire, si l'auteur n'avait pas abordé les différentes versions des évènements qui donnent une meilleure vision de la situation. En effet, s'il n'avait pas abordé les versions rouge et blanche, les divers discours qu’il y a pu avoir à l’époque, ainsi que les doutes (ou pas) sur Anastasia et sur les restes retrouvés, il manquerait indéniablement quelque chose à ce livre pour le prendre au sérieux.
Toutefois, si cette démarche historique est excellente, tout ceci fait qu’à l’arrivée on n’en sait finalement pas plus. Il y a tellement de contradictions, de preuves incertaines, que pour moi on ne peut pas affirmer qu’elles ont survécu (oui je dis « elles » car le Tsarévitch est le grand absent du livre), même si c’est vrai que beaucoup de chose peuvent aller dans ce sens au final. Quoi qu’il en soit, à l’arrivée et par prudence, le lecteur ne prendra pas clairement position, même si l’idée qu’elles aient survécu ne soit pas si folle.


Nicolas II par Boris Koustodiev

En résumé, c’était une lecture intéressante, qui montre à voir les différentes versions que l’histoire a laissé. On regrettera juste que l'auteur n'ait pas plus développé l'état de la Russie sous Nicolas II et les conditions de détention atroces. Mais il faut se faire une raison, comme pour Mayerling ou Jeanne d’Arc, je crains qu’on ne sache jamais vraiment ce qui s’est passé cette nuit-là dans la maison Ipatiev. A moins que l’on fasse des tests ADN sur les squelettes des survivantes qui pourraient accréditer une bonne fois pour toute une thèse ou l’autre.

 

Note :

 

bien

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31 juillet 2019

"Notre-Dame de l'humanité" de Adrien Goetz*

 

"Le patrimoine, décidément, cela n'est pas que des pierres..."
p.69

" Et tout là-haut un Dieu colère
Que nous avons tous oublié
Prépare du fond de l'univers
Un rendez-vous d'éternité
Bientôt la fin du millénaire
Va crucifier la chrétienté
L'Apocalypse avant l'hiver
L'arrivée du Dies Irae."

L'an mil de Michel Sardou

 

adrien GOETZ

Résumé :

Le 15 avril 2019, sous les yeux de l’humanité tout entière, Notre-Dame brûlait. L’humanité tout entière, en effet : des Etats-Unis à la Chine, du Sénégal à la Russie, les réactions ont été immédiates dans le monde entier.
Comme le dit Adrien Goetz dans ce texte de savoir, de passion et d’alerte, on s’est rendu compte à cette dramatique occasion que Notre-Dame de Paris était bel et bien Notre-Dame-de l’humanité.
Par-delà les nations, par-delà les religions même, puisqu’aussi bien les dignitaires de tous les cultes ont fait part de leur émotion, c’est l’art qui unit les hommes. Telle est la leçon de ce stupéfiant événement. Du XIIe au XIXe siècle, les plus grands artisans, les plus grands artistes français, de l’auteur anonyme de la grande rose à Viollet-le-Duc, créateur de la flèche qui s’est effondrée sous nos yeux, c’est la question de la préservation de l’art qui se pose, de Notre-Dame, des églises, du patrimoine commun de l’humanité que sont les œuvres d’art.

Mon avis :

Derrière le drame du 15 avril 2019, d’une plume qui fait raisonner les plus grands textes français de Baudelaire à Proust en passant bien sûr par Victor Hugo, Adrien Goetz nous montre à voir au-delà de la catastrophe ce que l’incendie de Notre-Dame de Paris révèle comme cassure sur le pays et l’église.

Passé les premières pages qui racontent l’évènement tel que l’auteur l’a vu et vécu, Adrien Goetz va profiter de cet opuscule pour remonter les couloirs du temps afin de nous rappeler ce qu’est Notre-Dame de Paris pour la France ; un monument politique particulièrement depuis les Bourbons et le règne de Napoléon, un monument littéraire avec Claudel et Hugo par qui le sauvetage arrivera, ainsi qu’un monument religieux qui réunit au-delà du tourisme toute une communauté et une identité chrétienne, et même de non-croyants quand un évènement national important se passe (attentat, libération…).

Au-delà de la leçon d’histoire et de littérature qui s’est transformée avec Hugo et Mérimée en combat pour la sauvegarde du patrimoine, Adrien Goetz attire aussi notre attention sur le rapport de la France avec son patrimoine. Avec son regard d’historien d’art qui a appris à décrypter les âmes d’un peuple à travers son intérêt pour le patrimoine, ce dernier lance un cri d’alarme à l'Etat pour que les vieilles choses du XIXème siècle – si honnies selon lui – ou d’autres siècles, soient enfin correctement prises en charge et d’avantage surveillées et restaurées, afin que les témoignages du passé puissent encore parler et briller pour les générations futures. Car devenir muet et incompréhensible, telles sont les peurs de cet écrivain qui craint que se désagrège derrière l’abandon du patrimoine et l'absence de leçon pour l'expliquer, tout un pan de l’histoire d’art et de l’identité.

notre dame de paris

Notre-Dame de Paris

Toutefois, ce cri d’alerte vaut aussi pour l’Eglise. Cette Eglise qui se désintéresse de ce patrimoine de pierre, musical et spirituel, et qui n’a pas su profiter de cet évènement pour redonner un souffle à son esprit. L’auteur déplore en effet que l’art oratoire de la chair ait disparu et l’absence de mot - même juste quelques mots - du Pape François lors des messes de Pâques sur le calvaire de Notre-Dame, signalant ainsi son désintérêt pour le patrimoine religieux...  Pourtant, comme Adrien Goetz le souligne à juste titre, une cathédrale comme un théâtre antique, ont besoin pour vivre de ce pour quoi ils ont été construits : des messes ; des chants ; des pièces, etc., sans l’Eglise comment faire ? Ne serait-il pas temps pour elle de délaisser la politique pour son esprit spirituel ?

choeur ND de Paris

Choeur de Notre-Dame de Paris

Enfin, pour rejoindre l'auteur dans son idée, on peut se demander où sont les artistes, écrivains, musiciens, peintres et hommes d’église pour que notre époque retrouve le chemin du patrimoine. Le génie, l’amour des vielles choses, appartiennent-ils qu’au passé ? Ou aux gens du peuple qui retapent seuls, donnent, jouent au Loto pour le patrimoine ? Au milieu de cette mondialisation qui déteste beaucoup d'identités, il n’est pourtant pas suffisant que le peuple seul s’en préoccupe, il faut des grandes voix au milieu de ce tumulte, des actions d'envergure, pour que le chemin du patrimoine soit enfin retrouvé…

Pour ma part, je ne doute pas que les hommes du XXIème siècle sachent se montrer aussi bons bâtisseurs que leurs ancêtres, et je ne vois aucune objection pour qu’un peintre désigné par un concours mondial ne puisse pas dessiner une toile pour Notre-Dame afin d’indiquer que cette cathédrale appartient toujours à l’histoire et à l’humanité au XXIème siècle, mais force est de constater que le patrimoine n’intéresse hélas plus guère l’Etat, les intellectuels et l’Eglise, et souffre tant de cette indifférence. Combien de drame encore, pour leur faire comprendre que ce patrimoine c'est l'avenir ?


 

Note :

bien

*Les droits de cet ouvrage seront versés à la Fondation du patrimoine.

24 juillet 2019

"Le Colisée : l'histoire et le mythe" de Keith Hopkins et Mary Beard

 

"Le Colisée fut officiellement inauguré sous le règne de l'empereur Titus en l'an 80 de notre ère,
avec une débauche de combats et de chasses aux fauves et dans un bain de sang,
qui dit-on, aurait duré cent jours."
p.63

 

Le Colisée l'histoire et le mythe

Résumé :
Dans un récit aussi vivant qu’original, Keith Hopkins et Mary Beard invitent le lecteur à un périple, fait de légendes et d’histoires, au cœur du plus mythique des monuments : le Colisée de Rome. Construit entre 71 et 80 après J.-C. par l’empereur Vespasien, le Colisée suscite fantasmes et inexactitudes. À quoi servait-il ? Comment se déroulaient les jeux ? Quelle était la vie d’un gladiateur ? Qu’en pensaient les Romains ? Des chrétiens ont-ils vraiment été jetés aux lions ? Comment le monument a-t-il survécu à travers les âges ? À partir des meilleures sources et des recherches archéologiques les plus récentes, les auteurs – spécialistes reconnus de l’Antiquité – démêlent le vrai du faux pour nous raconter la fabuleuse histoire du plus grand symbole de l’Empire romain. Des invasions barbares jusqu’à aujourd’hui, ils décrivent aussi l’étonnante seconde vie de ce monument qui fut, tour à tour, un fort, une église, un jardin botanique et une fabrique de colle… Plein d’anecdotes et d’illustrations, ce livre, érudit et divertissant, est la meilleure biographie du Colisée.

Mon avis :
Le Colisée qui tire son nom du colosse de Néron et construit sous Vespasien et Titus, est un lieu fantasmé, inconnu et connu à la fois. Les historiens Keith Hopkins et Mary Beard qui connaissent nos défaillances sur ce monument, nous emmènent à la découverte de ce lieu mythique qui n’a pas encore livré tous ses secrets. Divisé en six chapitres, les auteures vont balayer quelques idées reçues et rétablir ce qui peut être rétabli. Dans le cas contraire, ça sera des suppositions.

Les sources :
Suppositions et vérités, car les sources des autrices sont principalement l’archéologie et la lecture d’auteurs antiques comme Dion Cassius, de fait ces dernières ne sont pas toujours fiables ou compréhensibles. Cela étant et malgré ces handicapes et l’évolution du Colisée au fil du temps, il faut dire que dans l’ensemble l’approche a été assez efficace, à l’arrivée on aura en effet une meilleure vision spatiale, humaine et historique de ce bâtiment. Même s’il est vrai que le monceau de supposition peut parfois agacer et frustrer le lecteur, ainsi que le manque d’image en couleur (pourquoi grises !?).
Toutefois, si les autrices arrivent à-peu-près à nous rendre correctement visible ce monument en parlant des gladiateurs, des fondations, des écoulements d’eau, du nombre de spectateur, de la largeur des sièges, de la protection contre le soleil, etc., elles montrent aussi la difficulté de comprendre entièrement ce monument qui soulève encore aujourd’hui quelques questions par rapport aux écrits qui existent sur lui, comme par exemple la bataille navale que Dion Cassius raconte alors qu’apparemment le sol peut difficilement être étanche avec tout le système de monte-charge existant.

Source: Externe
Colisée intérieur

Miroir de la société :
Mais aborder le Colisée ce n’est pas qu’aborder un bâtiment. En effet, approcher ce monument c’est aussi approcher la société qui l’occupe et l’a construit. Et le moins que l’on puisse dire c’est qu’il raconte beaucoup sur la société de l’époque, quand bien même les auteurs ne peuvent pas être catégoriques, là aussi par manque de source. Ceci est par exemple manifeste quand ils abordent la hiérarchisation de la société visible dans les gradins, et où dans le même temps ils pensent que la frontière peut vite être troublée lorsqu'il y a des délégations, des amis qui accompagnent le sénateur, des esclaves, etc.
Cependant, sur le point politique, là, ils semblent un peu plus sûre de ce qu'ils avancent. De fait, on va vite se rendre compte et avec certitude que cet édifice est un excellent témoignage de la vie politique dans la capitale de l’empire. Les spectacles d’animaux ou de gladiateurs (qui meurent quand même pas mal) qui sont donnés par les empereurs ou les aristocrates, révèlent en effet une volonté d’étaler sa puissance, sa richesse, et de se faire voir par le peuple. Toujours d’un point de vue politique, son emplacement n’a rien d’anodin non plus, et indique une volonté de Vespasien de restituer au peuple romain un espace occupé par le faste de Néron, marquant ainsi une coupure nette avec ce dernier et une nouvelle politique.
Le site et ses spectacles, sont donc un miroir de la société, mais ils sont aussi un des meilleurs témoignages qui existent sur les empereurs, puisque ce lieu permet de jauger un empereur par son comportement dans le Colisée. Par ailleurs, il permet de sentir l'esprit romain face à ces empereurs : quiétude d'être commandé par un sage ou peur d'être commandé par un fou.

Image associée
Jean-Léon Gérôme Pollice verso

Occupation :
Mais le Colisée ce n’est pas qu’une histoire antique et païenne. C’est aussi une histoire chrétienne, médiévale, botanique, d’imagerie populaire, de construction et de déconstruction que les auteurs ont pris soin d’aborder.
Partant donc de la fin de la splendeur romaine, qui marque la fin de l’amphithéâtre et le début de sa ruine, les historiens Beard et Hopkins vont nous apprendre comment une fois les temps païens passés et le christianisme bien établit, le Colisée a été utilisé ou perçu. Spoiler, il a eu plusieurs vies.  
De la vision botanique de l’anglais Richard Geakin, en passant par l’occupation médiévale, à sa reconversion en carrière de pierre (qui a bien failli finir de l’achever), le Colisée a été par la volonté des hommes ou du hasard, un champ d’expérience varié. Toutefois, le plus surprenant pour moi, a été de découvrir l’utilisation catholique de ce monument païen. J’avoue que jamais je n’aurai imaginé, que ce lieu devienne un lieu de culte chrétien, avec ses offices, sa petite chapelle, sa croix, ses croyants, etc. Plus étonnant, jamais je n’aurai imaginé que cette enveloppe chrétienne allait participer à sa préservation et diminuer sensiblement le pillage des pierres.
Bref ! Les auteurs ont pris soin d’aborder le Colisée après sa fastueuse période, d'aborder aussi ses études et reconstructions dans le passé, et c’était très enrichissant et agréable. Je ne regrette pas ces parties où j'ai appris beaucoup. Peut-être même celles où on en apprend le plus avec certitude.

Source: Externe

Défauts et conclusion :
Qu’on ne s’y trompe pas, j’ai pris beaucoup de plaisir à lire ce livre car j’ai appris beaucoup de chose sur le Colisée et ce qui l’entoure. La petite touche d’humour des auteurs n’était pas non plus pour me déplaire. Néanmoins et outre les photos grises que je dénonçais au début - en plus de la couverture pas terrible -, je n’ai qu’un reproche à faire à ce livre, c’est sa fastidiosité (je ne sais même pas si le mot existe). En effet, les passages un peu trop techniques avec moult mesure et chiffre qui nous échappent aussitôt lus, étaient pour moi assommant à lire et je m’en serais passée bien volontiers… Mais heureusement il y en avait peu, et finalement le positif l’emporte largement sur le négatif.
En conclusion, c’était une lecture enrichissante. Un livre à lire pour balayer les idées reçues et découvrir ce monument si méconnu.

Éditions Tallandier et Babelio.  

Note :

bien

06 juillet 2019

"Des maquis du Morvan au piège de la Gestapo : André Rodneay, agent de la France libre" de Joël Drogland

 

 

« Nous vous exprimons une nouvelle fois toute notre satisfaction pour les résultats que vous obtenez et la qualité de votre travail malgré les difficultés inhérentes à l’action de l’ennemi et les lourdes tâches que nous vous confions.
Nous vous témoignerons notre confiance et notre compréhension en vous donnant, dans la mesure de nos possibilités, tous les moyens qui vous sont nécessaires. »
Bureau de Londres.
p. 86

Des maquis du Morvan au piège de la Gestapo André Rodneay, agent de la France libre deJoël Drogland

Résumé :

Dans la nuit du 12 septembre 1943, l’agent français André Rondenay atterrit sur le sol de la France occupée. Ce jeune polytechnicien de 30 ans, évadé des camps de prisonniers allemands, vient d’être formé par les services secrets anglais, après son recrutement par le BCRA qui le considère comme l’un de ses meilleurs atouts.
Les missions de celui qui va devenir le représentant de la France libre auprès de la Résistance intérieure pour l’ensemble de la zone Nord sont de la plus haute importance : direction du plan Tortue visant à retarder d’au moins huit heures l’arrivée des Panzers sur les lieux du futur débarquement, destructions d’industries vitales pour l’armée allemande, sabotages de chemins de fer…
Mais sa mission la plus difficile sera d’unir les maquis du Morvan, divisés en organisations aux orientations politiques parfois diamétralement opposées, pour en faire un des plus puissants bastions de la Résistance française. Dans cette entreprise à haut risque, il devra faire face aux pires calomnies venant de son propre camp, jusqu’à ce que, trahi et arrêté, il soit exécuté par les agents de la Gestapo, de l’Abwehr et de la Milice qui l’avaient traqué sans relâche, à quelques jours de la libération de Paris. En suivant le parcours d’un héros de la guerre de l’ombre, Joël Drogland nous emmène au plus près de la vie des combattants clandestins, retraçant leurs victoires, mais aussi leurs défaites et leurs luttes fratricides.

Avis :

 L’historien Joël Drogland raconte le parcours d’un homme parachuté en France en septembre 1943 peu après la mort de Jean Moulin. Homme de la Résistance et homme de l’ombre, André Rondenay (DMR) est un homme de valeur et de combat qui a en charge en France plusieurs missions de premières importances : unir le maquis du Morvan, diriger des actions contre les allemands… Pourtant, André Rondenay est un homme oublié de l’histoire, et son rôle a été minimisé par le Général de Gaulle, ce livre est une manière de le faire sortir de l’ombre et de lui rendre le rôle qui a été le sien.

Une vision globale de la résistance :

Avant de parler de André Rondenay – Jarry dans la Résistance –, je tiens à dire avant toute chose, que ces pages vont plus loin que la vie d’un seul homme. En effet, après lecture de ce livre, je peux dire que bien plus qu’un homme j’ai découvert de l’intérieur le monde de la Résistance. Et après coup j’affirme que je n’en connaissais rien.
En effet, alors que je les pensais pendant le conflit tous frères de combat, solidaires entre eux et au-delà de la politique, il s’est avéré que ce n’est pas du tout le cas... Malgré le coude à coude d’un maquis à l’autre, d’une personne à l’autre, les tensions sont bien réelles et peuvent rendre la vie dure aux chefs, notamment en favorisant les suspicions, les traîtres, les querelles politiques. Rondenay en fera les frais avec les chefs de la Résistance et Londres, étant donné qu’il représente pour le COMAC  « la subordination aux Alliés » à l’époque où celui-là possède une forte influence communiste. Mais j’insiste, la solidarité existe néanmoins, par exemple des armes, des hommes circulent d’un maquis à l’autre et Rondenay faisait fi des engagements politiques.

Le maquis du Morvan photo février 1944. Source ici.
Au-delà des conflits et des tensions, ce que j’ai apprécié avec ce livre c’est qu’il est aussi un focus sur toute l’organisation de la résistance. Je dois avouer que j’ai été impressionnée de découvrir qu’il y avait des grades, des soldes, des promotions, des couples, des ententes avec les chefs d'usines avant les bombardements, et tout un système d’organisation afin de faciliter la vie des maquis, des jeunes souvent plein de vie. Par exemple, j’ai découvert, que sans les villages alentours qui les ont aidé en fournissant ou vendant des vivres ; en prévoyant une chambre pour les blessés ; une pièce pour des réunions ; des médecins pour les soigner et qui rejoignent parfois le maquis ; etc. ; ben ces maquis n’auraient pas tenu. Certes, comme le dit l’auteur tous les paysans ne sont pas des résistants, et le maquis leur achetait aussi des provisions elles ne sont pas forcément données, mais néanmoins ces villages sont un exemple d’engagement certain contre les allemands. Et en parlant de village, ceux aux alentours des maquis vont souvent manger cher, et pas que dans le Morvan (autour de chez-vous il doit en avoir aussi, j’en connais un pas très loin de chez-moi).
« Tous les paysans ne sont pas des résistants mais on peut affirmer que les maquis, qui s’installent toujours à proximité d’une ou de plusieurs fermes, d’un hameau ou d’un village, parfois dans une grange, n’auraient pas pu se fonder et se maintenir sans eux. Les fermiers fournissent du ravitaillement, de l’eau et de la nourriture […] et bien souvent participent à des actions. Ils mettent également à disposition leurs chariots à bœufs pour transporter du matériel ou le ravitaillement. » p.53-54

André Rondenay : Jarry.

Audacieux, persévérant, intelligent avec des valeurs, voilà comment je définirai cet homme. Prisonnier au début de la guerre, il s’évade du camp avec des faux papiers allemands. Il décide de rejoindre l’Angleterre via l’Espagne non sans péripéties. Une fois à Londres, il se rapproche des organisations combattantes, où là il sera approché par la BCRA qui remarque les qualités de cet homme. Il suit ensuite une formation avec le SOE, et le 27 août 1943 le général de Gaulle signe son ordre de mission. Quelques jours plus tard il retourne en France.
Installé à Paris, ces missions sont nombreuses. Il doit d’abord mettre en place le plan Tortue (qui doit ralentir l’arrivée des allemands vers la zone du débarquement), coordonner les plans Vert et Violet, et mettre en place des actions de sabotages industriels dans la région parisienne. En outre, une fois évacué dans le Morvan après plusieurs arrestations sur Paris, il devra réunir la résistance et s’occuper de sa gestion en plus d’autres actions contre l’ennemi.
Tout ce travail, lui attire apparemment beaucoup d’admiration de Londres comme de ses proches. Cependant, cela lui attire aussi quelques ennemis…
J’en ai parlé un peu plus haut, avec le COMAC, les chefs de la Résistance, les communistes, mais ses pires ennemis restent cependant les allemands : il faut l’éliminer à tout prix ! C’est donc ainsi qu’il va être approché par Henri Dupré, agent de l’Abwehr ; et pour le faire tomber ce dernier va jouer sur les conflits internes de la Résistance. En accusant au passage Jarry d’intelligence avec l’ennemi.
Cependant, ce n’est pas une balle tirée par un résistant qui va tuer Rondenay - il y a assez de suspicion autour de Dupré pour que cela n’arrive pas. C’est une autre balle, après un coup de filet de la Gestapo à Paris, qui va faire tomber plusieurs têtes de la résistance dont André Rondenay. Ce dernier, prisonnier, torturé, interrogé, est mis avec ses camarades dans un train en partance pour l’Allemagne avec des milliers d’autres personnes, retiré du convoi au dernier moment, - alors que les Alliés sont aux portes de Paris -, il est conduit avec d’autres compagnons en forêt de Domont où il sera fusillé le 15 août 1944 (et non 1945 comme s’est marqué page 126, il y a une petite coquille). A l’endroit même où « Breton » le dénonciateur a été fusillé le 5 août 1944.

henri duprè
Henri Dupré

Enquête historique :

Henri Duprè qui sort de la guerre couvert de gloire, sera finalement arrêté et exécuté pour son rôle auprès des allemands. Il est acquis pour tout le monde qu’il a trahi le groupe de Rondenay. Toutefois, l’auteur, sans dédouaner Dupré qui est clairement coupable d’intelligence avec l’ennemi, pense que finalement l’arrestation du petit groupe passe par l’entourage de Rondenay et Grout de Beaufort qui aurait été infiltré. Et là il y a toute une liste de nom dans le livre.
Enfin un autre personnage trouble existe dans cette affaire et qui sera inquiété mais sans plus : l’homme politique André Mutter. Réputé comme résistant mais visiblement trouble. Tellement trouble que l’affabulateur, le calomniateur, Dupré compte un peu sur lui lors de son procès. Oui, calomniateur, affabulateur, comédien, Henri Dupré c’est tout ça à la fois.
Cependant, ces ennemis, ces agents français proches des allemands, ne doivent pas faire oublier qu’il y a beaucoup de gens au sein de la Résistance qui auraient aimé bien voir Jarry tomber. On ne va pas les accuser mais c’est une réalité qui existe et que l'auteur prend soin de souligner.
« Il a été parfois pénible et décevant de constater que les dissentiments entre divers chefs de la Résistance avaient porté la méfiance ou les haines réciproques à un tel degré d’acuité que certains ont à peine caché leur soulagement et même leur satisfaction d’apprendre la disparition tragique de leurs rivaux de la scène clandestine. Les sentiments et les agissements imprudents qui en découlèrent n’ont pas été un des moindres éléments du succès des  entreprises ennemis contre les réseaux » Constat du commissaire Vallecalle rapporté par l’auteur. p.169

Le mot de la fin :

En résumé, et en plus de la vie d’André Rondenay, ce livre montre à voir la vie de la résistance, leurs actions, les difficultés tant au niveau matériel que relationnelle.  Il parle aussi des dessous politiques de la résistance qui sont intéressants à connaître. On regrettera juste que ce livre est parfois difficile à suivre, tant il y a de nom ! Cependant pour les principaux, l’auteur a glissé à la fin des mini biographies bien utiles pour se repérer (surtout au début). Il a glissé en sus quelques annexes très intéressantes pour connaître le rôle de la Résistance, les organismes de combat et les exactions allemandes, qui complètent bien les connaissances et la vision d’ensemble que cherche à donner le livre. Alors en conclusion et malgré les petits points négatifs, c’est un livre à lire car après ça vous verrez vraiment ce qu’était la résistance.


Editions Vendémaire.

 

Note :

 

bien

 

01 juillet 2019

"Le sabordage de la noblesse : mythe et réalité d'une décadence" de Fadi El Hage

 

 

le sabordage de la noblesse fadi el hage

Résumé :

Au XVIIIe siècle, la noblesse française comme l'aristocratie, minorité ô combien plus "médiatisée", sont perçues comme décadentes par la grande majorité du peuple de France. Rongée par les dissensions internes, minée par les rumeurs et les scandales, contestée dans sa légitimité à revendiquer une supériorité sociale, la noblesse paraissait au plus grand nombre indigne de sa vocation à servir le royaume. Elle vivait alors la clôture d'un cycle, dont 1789 ne serait que l'ultime conséquence. En somme, et l'image perdure jusqu'à nos jours, la noblesse, en dérogeant à l'honneur, aurait perdu sa raison d'être. Mais y avait-il, dans les faits, une inconscience collective de la noblesse ? Pour démêler le vrai du faux, Fadi El Hage retrace son histoire au XVIIIe, dans toutes ces composantes, de l'aristocratie versaillaise aux vieilles familles prestigieuses mais désargentées, sans oublier la noblesse de robe. Fondé sur une relecture des sources et l'étude de documents inédits, cet essai novateur invite le lecteur à s'interroger sur la place et le rôle d'une noblesse victime autant de fantasmes que de l'image sociale et morale qu'elle renvoyait au public.

Mon avis :

 La critique de la noblesse ne date pas de l’époque moderne, déjà lors de la Guerre de Cent Ans elle avait été critiquée pour ne pas remplir son rôle. Au 18ème siècle, la litanie revient avec peut-être plus de force qu’avant étant donné la multiplication des écrits (journaux, romans, mémoires…) et la progression de l’alphabétisation dans les villes. Cette critique venant de tous les côtés, y compris de la noblesse, que raconte-elle exactement ? Que nous indique-t-elle sur ce siècle qui va se clore par la Révolution ? A toutes ces questions, Fadi El Hage va y répondre à travers plusieurs points.

Critiques :

Pour commencer, Fadi El Hage va nous montrer que la critique de la noblesse vient autant de l’opinion publique que de la noblesse elle-même, - qui ne supporte pas pour une partie d’entre-elle cette perte d’identité.
Que dénonce cette critique exactement ? Le comportement décadent de la noblesse à qui on reproche de préférer l’oisiveté, l’argent, le luxe, le pouvoir, au mépris des intérêts de la nation et de la vertu.
Ces reproches peu glorieux, et qui malgré les rumeurs et les exagérations ne sont pas immérités pour autant, indiquent déjà à l’époque que la noblesse en se comportant de manière si basse, si frustre, ne peut plus se prévaloir de sa supériorité ni expliquer ses privilèges. Surtout quand à côté la petite noblesse, la bourgeoisie, a autant voire plus de mérite.

Expression de la critique :

Cette critique et vision de la noblesse sont certes intéressantes à découvrir, mais si on peut les étudier aujourd’hui c’est notamment grâce aux écrits qu’elles ont laissé, et ce qu’on peut dire là-dessus c’est que l’historien Fadi El Hage a tapé large dans ses recherches. En effet, des mémoires plus ou moins directes, au roman comme Manon Lescaut en passant par la réflexion historique avec Montesquieu, l’auteur va montrer que tous les supports peuvent servir à l’approche critique de la noblesse. Montrant de ce fait que la situation interroge et interpelle déjà pas mal à l’époque.
"L'oisiveté représentait un danger. Louis-Antoine Caraccioline dit rien d'autre dans son roman moraliste Les Derniers Adieux de la maréchale de *** à ses enfants (1769), dans lequel il lance un appel à la jeune noblesse d'épée :
Vous êtes les descendants d'une multitude d'aïeux que la Patrie compte au nombre de ses héros : leur sang ne circula dans leurs veines que pour se répandre et pour guérir les maux que l'ennemi faisait à l'Etat. C'est à ce prix qu'ils acquirent la noblesse dont vous jouissiez, et dont vous ne pouvez vous prévaloir qu'autant que vous les imiterez. On perd sa noblesse aux yeux de la raison et de la probité, quand on ne s'en sert que pour vivre dans le faste et dans la mollesse, que pour se donner des airs de hauteur et de fierté." p.87
T
outefois et comme va l’indiquer l’historien moderne, ces écrits ne sont pas que des critiques nobiliaires ou des mises en garde adressées à la noblesse. En effet, dans la ligné de Polybe et de l'anacyclose de Platon, les réflexions de l’époque comme celles de Fénelon, peuvent aussi être une critique du despotisme monarchique initié par Louis XIV, et qui a dévoyé l’organisation du pouvoir par la domestication de la noblesse. Fénelon va en effet reprocher à Louis XIV d’avoir donné le pouvoir à des bourgeois ou des plus petits nobles, et voudrait donc revenir à quelque chose de plus noble en fermant les portes à l’évolution sociale. Outre Fénelon, on pourrait aussi citer Saint Simon pour ses écrits contre la noblesse - qui cachent mal parfois un orgueil blessé -, mais aussi pour ses écrits qui donnent quelques réflexions politiques pour sortir la noblesse de l’impasse où elle s’est mise, par exemple quand il prêche pour une régularisation de la noblesse et des privilèges.

fénélon
Fénélon (1651-1715)

Vision globale :

Au-delà de la critique de la noblesse, ce que j’ai apprécié avec ce livre, c’est qu’il nous montre à voir la vision de la monarchie par les sujets. Et ce qu’on peut dire c’est que le roi perd en sacralité dans toutes les strates de la population, entre ceux qui critiquent le coût d’un sacre et ceux qui critiquent son comportement, tous les sujets, en tout cas une bonne partie, ont une opinion dessus.
D’ailleurs, et puisque je parle du comportement, il a été intéressant de découvrir que le mauvais comportement de la noblesse est en partie la faute du roi dans les esprits du temps. En effet, Louis XV en s'éloignant des armées et en se conduisant comme le premier des débauchés, ne donne pas l’exemple à sa noblesse, donc qu’elle aille mal, qu’elle ait un comportement décadent, c’est un peu normal quand on regarde le comportement du roi. 

louis xv
Louis XV (1710-1774)

Au-delà de la vision de la monarchie par les sujets, l’autre atout du livre c’est qu’il décrit la mentalité du peuple à la vieille de la Révolution. Grâce à cela, on sent déjà, et surtout à travers la petite noblesse (brimée notamment par l’édit de Ségur) et les roturiers, que les gens veulent être jugés pour ce qu’ils ont entre les deux yeux, pour leurs capacités réelles. On sent poindre une envie d’évolution sociale, que Louis XIV avait rendue possible, et le refus d’un code suranné qui exclut une bonne partie de la population des charges importantes parce qu’ils ne sont pas nés du bon côté.
Bref ! Fadi El Hage va montrer que l’idée d’égalité s’inscrit déjà dans les consciences et que la Révolution ne fait qu’acter ce qui était déjà en marche dans les esprits et un peu dans les faits, et de fil en aiguille cela sonné déjà la fin de la noblesse. D’ailleurs puisque je parle de la Révolution, l’auteur a une petite théorie sur son rapport avec les nobles plutôt intéressante, mais je n’en dirai pas plus.
Enfin et parce que la vision est plus globale en sortant de l'approche comportementale, il est intéressant de voir que la noblesse n’est pas décadente que par son comportement, les lois qui la régissent peuvent aussi poser des problèmes à sa durée, ainsi que la consanguinité et les mœurs.

Le mot de la fin :

En conclusion, on voit que la noblesse s'est bien sabordée d'elle même, même si les rumeurs ont parfois joué contre elle. On voit en outre que l'évolution des mentalités a aussi joué contre elle, et que cet ordre était finalement voué à s'éteindre car n'étant plus adapté au temps.
En Résumé, ce livre possède une approche large et complète de sa problématique, et il y aurait encore beaucoup à écrire dessus, je n'ai pas abordé la polysynodie, pas plus développé que ça la Révolution, la République des lettres, le pouvoir royal, les nobles et leurs activités, etc. Mais quoi qu'il en soit, j’ai beaucoup aimé la lecture de cet ouvrage qui donne à voir la noblesse et la Révolution comme on les a rarement vues. Indéniablement à lire, surtout qu’il se lit très facilement.

 

Les éditions Passés Composés.

 

Note :

parfait