Encre d'époque.

18 décembre 2018

"Dagobert : Roi des Francs" de Maurice Bouvier-Ajam

 

Dagobert

Résumé :

S’il n’avait inspiré la célèbre chanson populaire, Dagobert (604-639) serait peut-être resté dans les oubliettes de l’Histoire. Pourtant, ce roi des Francs qui succéda à Clotaire II en 629 marqua son temps, et à travers lui c’est tout le VIIe siècle que nous revivons. Dagobert sut s’entourer d’habiles conseillers, comme saint Éloi ou saint Ouen, pour faire de son royaume une puissance prospère, unie, honorée et redoutée de ses voisins. En réformant sans cesse, il se montra, en dépit de sa légendaire étourderie, un administrateur et un politique de génie. Maurice Bouvier-Ajam nous restitue fidèlement cette époque – ses moeurs politiques, son organisation économique et sociale, ses pratiques religieuses – d’autant plus brillante qu’elle est l’une des seules éclaircies dans la nuit mérovingienne.

Mon avis :

Le Moyen-âge et peut-être plus particulièrement l’époque mérovingienne, est un âge que l’on imagine volontiers obscur, violent, idiot, avec des rois sanguinaires, stupides, qui ne pensent qu’à faire la guerre et rien d’autre. Et il est vrai que les conflits et meurtres ultérieurs et postérieurs à Dagobert peuvent difficilement faire penser à autre chose ; mais qu’en est-il vraiment lors de l’époque dagobertienne ?

Portrait et personnalité :

Il est un peu compliqué d’être exhaustif sur ce roi et cette époque, les sources manquants les historiens composent avec ce qu’ils trouvent. Toutefois, ils peuvent (visiblement) affirmer certaines choses, à commencer par la personnalité et la politique de Dagobert qui est assez proche de l’idée que ce fait la chanson, en le présentant comme un « bon roi » puisque le règne de Dagobert apparaît comme un temps de pause, de bénédiction, en ces temps troublés par les histoires de la dynastie mérovingienne ou des grands du royaume.
Bon, comme « le bon roi Henri » (Henri IV) assurément à la lecture de ce livre on s'aperçoit qu'il est, mais qu'en est-il plus précisément ?
Sur le plan de la personnalité tout d'abord, il apparaît au fil de ces pages qu’il est fidèle en amitié, ses plus proches conseillers ; Ega, Ouen, Eloi... seront toujours proches de lui et leurs avis comptera beaucoup pour lui. Il apparaît aussi – et cela s’explique par le fait qu’il ait voyagé dans le royaume et suivi l’éducation de L’école du palais – qu’il est une personne très intelligente qui a tôt connaissance des faiblesses du royaume et une idée très précise de ce qu’il veut faire pour y remédier. Là, la politique monarchique de Brunehaut l’inspirera par exemple énormément, et ceci même si ce n’est pas une personne qu’il porte dans son cœur.
Néanmoins, n’allez pas croire que « le bon roi Dagobert » fut un roi exemplaire, et même un enfant écoutant son père. En effet, comme va l’indiquer l’auteur il est franchement têtu. Il écoute certes les avis de ses conseillers et amis, mais s’il a une idée en tête il ne l’a pas ailleurs. Et par ailleurs il fait montre d’une certaine impatience à gouverner en tenant tête à son père, tout comme Louis XI le fera avec Charles VII.  Est-ce cette précocité qui en est la raison ? Probablement.

Enfin sur le physique, là aussi visiblement l’historien peut en esquisser un rapide portrait. Dagobert apparaît (comme son frère Caribert) être un enfant chétif et un adulte fragile sur le plan de la santé. Il est visiblement assez « difforme » à cause de cette santé fragile, cela étant il mènera quand même une vie agréable et sera jouir des plaisirs de la vie. Il ne se fera pas moine si vous voyez ce que je veux dire…

Politique :

Un peu plus haut, je vous ai laissé apercevoir que la chanson populaire qui en fait un « bon roi » n’est pas fausse sur le plan politique ; en quoi Dagobert se distingue des rois et des reines mérovingiens ? Pourquoi dit-on qu’il apporte un dernier éclat à cette dynastie ? 

Comme je l’ai déjà dit Dagobert s’est inspiré – du moins dans l’idéal – de la politique de Brunehaut qui rêvait d’un état centralisé et absolutiste. Dagobert avait en effet compris qu’un roi qui gouvernait seul, était plus à même d’assurer la stabilité du regnum que les appétits des grands s’empresser de disloquer dès qu’il y avait une faille dans le système. Toutefois dans les faits cela va s’avérer être un peu différent.
En effet, la politique de Dagobert se rapproche davantage du féodalisme que de la monarchie absolue, puisqu’il va devoir composer avec l’appétit et le caractère des grands, en leur reconnaissant notamment certains privilèges comme l’hérédité des charges qui contribuera à instaurer le féodalisme. Autre chose qui montre aussi une certaine faiblesse royale, c’est le fait que Dagobert devra adapter sa politique aux circonstances, notamment pour calmer les jalousies ou les révoltes, c’est ainsi par exemple qu’il nommera son fils Sigebert II au royaume d’Austrasie - sans toutefois oublier d’assurer ses arrières.
Enfin, dans l’idée aussi le féodalisme est présent, puisqu’il favorise les recommandations et les hommages si chers à cette époque.

Cependant, un certain ordre royal apparaît plus affirmer dans le même temps, tout n’est donc pas pré-féodalisme et il faut se garder de cette vision. Car en effet, dès la mort de son père il va prendre toutes les rênes en main, en commençant déjà par écarter son frère de la succession de la couronne - même si pour des raisons politiques il en fera le vice-roi d’Aquitaine. Il va aussi à côté, renforcer la justice royale face aux justices inférieures et locales, et même tenter de lutter contre les abus en imposant des hommes d’églises.
Enfin, dernier exemple dans la logique du "lien à la couronne" et d'affirmation du pouvoir, il va octroyer des diplômes royaux d’immunité pour contrer certains pouvoirs locaux trop puissants et gourmands, cela étant on remarquera assez vite avec ceci que même en voulant bien faire, ces immunités favoriseront elles aussi l’autonomie de ces terres et donc le féodalisme - même si ce dernier arrive bien après le règne de Dagobert. (On ne va pas tout lui mettre sur le dos non plus !)
Bref ! tout cela montre qu’il est point facile de gouverner parfaitement et de trouver des solutions à tout. On voit aussi que Dagobert a navigué entre sa vision et les circonstances toute sa vie. Mais comme il a conscience de ces faiblesses gouvernementales, et même s’il fait preuve (parfois) d’une certaine naïveté, il est important de noter qu’avant sa mort il va essayer de réformer certaines choses pour maintenir la solidarité nationale face aux réalités.


Illustration.


Pièce représentant Caribert II

Pays :

Toutefois, ce livre ne fait pas qu’aborder la politique administrative de Dagobert (et je n’ai même pas approché la politique extérieure, ni la politique militaire), il aborde aussi, et entre autres chose, tout ce qui est vie économique et religieuse du royaume. C'est-à-dire tout ce qui touche réellement la vie des gens dans leur quotidien que l'on va un peu découvrir.
Et pour commencer, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a eu une belle embellie sans suite sous le règne de ce roi, notamment économique. Alors certes, le royaume ne retrouve pas la prospérité de l’époque romaine, même si le commerce se développe le crédit reste par exemple très bas. Mais toutefois, certaines choses permettent à l’auteur d’affirmer qu’il y a une embellie profitable à la population, comme le fait que chaque métier ait ses spécialistes par exemple. En effet, pour Bouvier-Ajam le mélange de métier laisse présager qu’une personne trime plus pour vivre, qu’une personne qui ne pratique qu’un art.
« Cet incroyable foisonnement des métiers de la ville ne durera pas. Il est indiscutablement et limitativement dagobertien. Il est typique de l’embellie dagobertienne. Le raz-de-marée de la fin du 7ème et du 8ème désorganisera tout, mêlera tout, contraindra les hommes qui veulent vivre à pratiquer plusieurs industries, plusieurs commerces, au hasard des possibilités, et condamnera à la disette ou à la mort ceux qui n’arrivent plus à produire correctement, suffisamment. Les métiers seront bien moins nombreux à l’apogée carolingien qu’ils ne le furent à l’apogée dagobertien, et c’est bien plus tard que la société médiévale retrouvera une certaine exubérance professionnelle qui découvrira en grande partie dans le système des jurandes son équilibre dynamique. » P. 447
Un autre exemple d'embellie, enfin ça aide à l'embellie. C'est le meilleur contrôle de la frappe de monnaie avec St Eloi qui va donner plus de stabilité aux échanges, même si le « troc » reste encore une belle base vu que les métaux précieux sont plutôt rares.
Quant à la religion, là aussi on peut en dire plusieurs choses. Déjà il va l’associer à sa politique toute sa vie, et il va notamment la renforcer à la fin de sa vie pour en faire le ciment de l’unité du royaume - tout en développant en parallèle les solidarités entre les régions.
Il va aussi compter dessus pour adoucir les jugements dans les juridictions plus petites, et dans le même temps renforcer son rôle dans l’enseignement de l’époque, l’aide aux pauvres, aux esclaves, etc. D’ailleurs les veuves, les orphelins, les esclaves, relèveront désormais de la juridiction de l’évêque.
« Veuves, orphelins et affranchis sont dorénavant soustraits à la justice comtale, et ressortissent au tribunal de l’évêque. L’évêque devra, de surcroît, se préoccuper par tous les moyens possibles du sort des esclaves : il est évident que cette consigne vise à utiliser contre les maîtres abusifs les seules menaces qui les touchent vraiment, celles de sanctions dans l’au-delà. » P. 222
Mais en parallèle et même s'il compte beauoup dessus, il est intéressant de remarquer que même si Dagobert est un roi pieux dans une époque qui connaîtra beaucoup de saint, il ne bascule pas pour autant dans l’extrême comme l'atteste le fait, qu'il ne forcera pas plus que ça la conversion des juifs demandé par le Pape et l’Empereur byzantin. De même il interdira aussi toutes violences contre les païens, et s’il y en a elles seront punies.
On voit donc que la religion tient une place importante chez Dagobert et auprès du peuple, au point de favoriser l'essor économique, notamment dans tous les territoires nouvellement convertis.
« Partout où la religion royale s’installe, l’économie s’organise et le style « national » de vie s’impose. Des domaines se confirment ou s’instituent sur les territoires devenus pénétrables ; des villages, des hameaux, se créent ou se vivifient ; les échanges se développent ; les terres cultivables s’accroissent, les rendements s’améliorent, même les spécialisations progressent. Les résultats pratiquent de l’évangélisation sont inappréciables : l’unité nationale s’accroit et la conjecture du pays s’améliore.
Les agglomérations des régions converties gardent leur originalité mais, les contacts se développant avec le reste du pays, les dissemblances s’estompent ; partout de nouvelles formes d’artisanat surgissent et le commerce se ramifie. L’Eglise contribue à une certaine uniformisation des institutions : souvent elle développe plus encore son action sociale dans les « nouveaux pays » que dans les anciens. »
P. 304

En conclusion, on peut clairement dire que c'était un "bon roi" et qu'il a eu à coeur de protéger les faibles et de bien faire. Vous remarquerez cependant, que je vous ai parlé durtout de politique, de la religion et de l'économie, sujets généralement premiers dans l'histoire, mais je tiens à préciser que ces points ne sont pas les seuls à être abordés par l'auteur, la ville, les corps de métiers... sont autant de sujet qu'il a touché dont je ne vous ai pas parlé, pour ça il vous faudra lire le livre.

La vision de l’auteur :

Enfin, dernier point, que j’ai plutôt apprécié c’est la vision de l’auteur sur le sujet. On peut peut-être noter un peu trop d’enthousiasme vis-à-vis de Dagobert, certes. Mais les mises en garde de l’auteur qui souligne bien que le règne n’est pas parfait, que le diable y joue son jeu, qu’il faut se garder d’en faire un règne idéal même si ce règne est une plage de paix dans une époque troublée, rajoute à ce livre une sincérité non désagréable.
« Oh ! il faut évidemment éviter toute exagération qui conduirait à donner un aspect paradisiaque à une époque qui en était fort dépourvue. Cette époque a ses sauvageries, ses terribles misères, ses tragiques imperfections. La description de l’embellie ne saurait les taire puisque, malgré leur présence, il y a eu tout de même et très nettement, embellie. » P. 421
Toutefois, je ne garantis pas l’entière exactitude du livre, car comme je n’ai encore pas lu un livre sur Dagobert je ne peux savoir si la vision de l’auteur est juste ou faussée. Je ne doute pas que ça soit juste et de sa technique d'historien, mais pour réellement faire mon opinion j’aime lire d’autres livres et voir si certaines choses sont battues en brèche ou au contraire affirmer. Je vous en reparlerai donc quand je lirai l’autre livre de Dagobert que j’ai sur mes étagères.

En résumé, j’ai adoré ce livre qui est un tableau complet du règne de Dagobert. Le judiciaire, la société et sa construction, la personnalité du roi, sa politique, la population et son comportement, tout est abordé avec assez de précision malgré le manque de source. Un livre à lire pour appréhender un règne bien mal connu.

 

Editions Tallandier.

Extrait :

"Il serait assurément faux de croire que la pénétration barbare s'est produite sans heurt et sans violences : les réactions contre les premières incursions suffisent à prouver que la résignation des autochtones était loin d'être acquise, et que les intentions des arrivants étaient loin d'être pacifiques ou même simplement colonisatrice. Mais il a tôt fallu admettre la méthode romaine de la tentative d'assimilation, reconnaître les zones d'accueil ou accepter un partage de terres, abandonner es contrées au Barbare arrivé le premier contre engagement de sa part à les défendre contre tout nouvel arrivant." P. 37


07 décembre 2018

Prochain article

 

 En cours d'écriture :

IMG_20181207_212045

 

A bientôt :)

Posté par Florell à 23:17 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

25 novembre 2018

Portrait : Paracelse (supérieur à Celse)

 

"Paracelse était le plus grand et le plus dangereux des fanfarons, maître dans l'art d'assassiner les gens par la chimie." Guy Patin.

 

Résultat de recherche d'images pour "bâle paracelse"

Bâle en Suisse

Né en Suisse en 1493 ou 1494 d’un père médecin et professeur de chimie auprès de qui il apprend et découvre cette matière, Paracelse de son vrai nom Theophrastus, est connu pour être un précurseur de la médecine moderne puisqu’il préconise l’usage de substance chimique dans ses remèdes. De fait, il rejette la médecine traditionnelle d’Avicenne, de Galien et d’Aristote, mais aussi les pratiques plus anciennes et traditionnelles comme les baumes, les infusions dont les médecins cités plus haut font partie des défenseurs.
Mi génie et mi fou pour notre monde contemporain, Paracelse n’est toutefois pas un chimiste fantaisiste sans une formation solide, puisqu’il obtient son doctorat de médecine à l’université de Ferrare en 1516, après avoir suivi plusieurs cours dans différentes universités (Vienne, Wittenberg, Bâle…).
Mais l’obtention de son diplôme ne calme pas les envies de voyages de l’homme. En effet, après ses études il continue de voyager en Europe et même au-delà comme en Russie, à Constantinople, en Terre Sainte, etc. Ces pérégrinations, on s’en doute, permettent de perfectionner son art de la médecine et de la chirurgie, avec un certain succès dans le domaine des blessures suite à son expérience dans l’armée, où on le voit rejeter les méthodes traditionnelles d'emplâtre au fumier, pour un traitement plus efficace qui se base sur le drainage du sang et du pus dans le cas des blessures.

Le malade imaginaire de Honoré Daumier (19ème)

 En 1526-27 toutefois, ses voyages prennent fin et il s’installe à Strasbourg. Là, il exerce sa profession de médecin et de chirurgien avec succès, ce qui lui vaut très vite une bonne réputation qui dépasse très vite les limites de la ville et de ses environs, comme le prouve l’appel de l’éditeur J. Froben qui habite à Bâle à qui il soigne sa jambe. (A Bâle toujours, le philosophe Erasme, qui loge chez l’éditeur, fera aussi appel à lui.)
Tous ces succès fait que le conseil de Bâle lui offre une place de médecin qui est indissociable de l’enseignement à l’université. Toutefois, tout ne va pas pour le mieux pour notre médecin, car il rencontre beaucoup d’opposition à cette nomination, malgré tout effective en 1527.
Agé de plus de 30 ans, notre homme est donc bien établi et semble enfin avoir trouvé une place sûre et la sécurité. Pour autant il est insatisfait de sa situation. En effet, enseigner dans la plus pure des traditions ne l’intéresse pas, Paracelse étant un novateur, un esprit, veut enseigner ce qu’il sait, ce qu’il a appris, ce qu’il a expérimenté. Voilà pourquoi très vite après sa nomination, il s’oppose à cet enseignement dogmatique qu’il juge archaïque par le coup d’éclat de la Saint Jean 1527, où il brûle le Canon d’Avicenne et condamne les enseignements de Galien et Hippocrate. Il propose alors aux étudiants, de venir assister à ses cours en langue allemande.

Résultat de recherche d'images pour "paracelse"

Vous vous en doutez, un tel comportement n’est pas franchement admis dans la communauté scientifique universitaire, Paracelse est donc expulsé de cette dernière. Vous pensez alors que rien ne peut être plus pire pour notre homme ? Détrompez-vous. J. Froben qui meurt d’apoplexie au même moment, renforce le doute sur l’efficacité de ses remèdes dans l’opinion. Ce climat bouillonnant où beaucoup de personnes se mettent à le critiquer notamment sur ses tarifs, fait qu’on veut le poursuivre pour outrage. C'est ainsi que notre médecin, et pour éviter la prison, fuit alors la ville de Bâle en pleine nuit.
En fuite, Paracelse se remet donc à voyager de ville en ville où il exerce la médecine. En parallèle il écrit des ouvrages (on lui en attribut 230) qui traitent de médecine, de philosophie, de mathématiques, d’astrologie, de magie… Montrant ainsi que c’est un touche à tout, et qu’il se fait des idées sur beaucoup de chose. Il n’hésite pas non plus à croiser les domaines pour établir sa théorie sur la médecine où se mêle : astrologie, philosophie, alchimie (même s’il ne l’a jamais réellement pratiqué), la vertu.


Mais après une vie remplie, pleine d’enseignement, de voyage, de secousse et d’audace, notre savant de la Renaissance meurt en 1541 à Salzbourg à l’âge de 48 ans après avoir légué tous ses biens aux pauvres. Il est enterré dans le cimetière de l’église Saint Sébastien où repose Mozart.

***

Homme curieux, s’intéressant à tout, Paracelse est considéré comme un novateur, un précurseur de la médecine moderne, et c’est vrai qu’il a aidé à faire évoluer la médecine y compris la psychologie dont il est un précurseur aussi. Toutefois et même si c'est un génie, il faut bien souligner que tout n’était pas à prendre dans sa vision et ceci déjà à l'époque, comme l’atteste ses livres de magie, l’intervention de l’astrologie dans sa vision de la médecine, ou encore ses remèdes contenant du mercure par exemple et qui n’étaient pas sans danger. Mais pour autant la médecine lui doit cependant beaucoup. Important à souligner aussi, il n’est pas non plus le seul homme de l’époque à remettre en cause la médecine de l’époque, le fameux anatomiste André Vésale en fait aussi partie. Quoi qu'il en soit, on peut souligner l’audace de cet homme précurseur - fondateur avec d’autres - de la médecine moderne et qui représente à merveille son époque changeante.

Tombe de Paracelse

 

Source : Histoire et civilisation n°30 : juillet - août 2017.

Posté par Florell à 20:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , ,

20 novembre 2018

"La couronne offerte : le saint-simonisme et la doctrine de l'espérance" de Robert B. Carlisle

 

La couronne offerte le saint-simonisme et la doctrine de l'espérance de Robert B

Résumé :

Claude-Henri de Saint-Simon, penseur fécond et original, avait prophétisé l'avènement d'une nouvelle société, différente de celles qu'on avait connues dans le passé. Ainsi devait se substituer aux derniers soubresauts de l'ordre ancien - que la Révolution française de 1789 avait achevé de détruire - le règne des savants, des artistes et des industriels, dont l'énergie et la créativité, convenablement encadrées, instaureraient une période de paix et de prospérité sans précédent. Grâce à la coopération de toutes les classes sociales, "la classe la plus pauvre et la plus nombreuse" sortirait de sa condition. Ses disciples, dont Prosper Enfantin, créeront la religion saint-simonienne, dont le versant rationnel et technique sera mis en place sous le Second Empire, à travers des réalisations considérables. Robert B. Carlisle nous raconte la genèse de cette aventure fascinante, méconnue, qui influencera la politique industrielle de notre pays. "Les saint-simoniens, affirme-t-il, ont creusé la fondation intellectuelle de la France moderne (...) [Ils] n'étaient pas totalement des hommes ou des femmes raisonnables. S'ils l'avaient été, personne ne leur aurait prêté la moindre attention."

Mon avis :

« L’industrie est éminemment pacifiste. Instinctivement elle repousse la guerre. Ce qui se crée ne peut pas se concilier avec ce qui tue. »

 « À chacun selon ses capacités, à chaque capacité selon ses œuvres. » Saint Simon.

Pour celui qui n’a jamais entendu parler du Saint-Simonisme avant, voici une définition rapide tirée de la toile pour expliquer le courant : « Doctrine économique et sociale, élaborée par le comte de Saint-Simon (1760-1825) et ses disciples, qui préconise l'association, l'amélioration du sort des plus nombreux, l'effacement du politique au profit de l'économie et qui est à l'origine de plusieurs tendances de la pensée moderne (industrialisme, socialisme, positivisme, technocratie, internationalisme). » J’ajouterai en plus, que c’est un courant qui a été aussi mis en pratique par des hommes politiques en France comme Napoléon III, Louis Philippe, et des hommes plus simples via des projets comme le canal de Suez. Comme vous le voyez, ce n’est donc pas un courant tout à fait sans importance.

Présentation des personnages :

Mais pour commencer, je tiens à préciser que ce livre ne parle pas que des actions politiques, sociales, journalistiques, etc. des saint-simoniens. En effet, il va déjà nous décrire les divers personnages qui ont contribué à la naissance de cette philosophie, Saint Simon bien sûr - personnage un peu fantasque je trouve -, et ensuite ses disciples qui donneront vraiment naissance au saint-simonisme. Tout cela bien sûr pour mieux aborder le rôle de chacun, que ça soit sur un point de vue pratique (secrétariat, comptable…) ou encore pour mieux comprendre les influences que chacun ont pu avoir sur le mouvement comme l’Enfantin avec le féminisme. Bien sûr, vu qu’aucun être humain n’est identique, il va aussi être question des tensions qui a existé entre les membres, conduisant parfois à des ruptures ou des malentendus comme au moment de la question religieuse et de la femme.
Mais, pour être franche, les parties qui parlaient des tensions, des comportements, étaient les parties qui m’intéressaient le moins, je les trouvais un peu soporifiques et pas toujours intéressantes.

Saint Simon

Doctrine :

Toutefois, celles qui parlaient de la doctrine, des actions, du procès, etc. là ça me plaisait davantage, car il était vraiment question de ce qui m’intéressait à découvrir à propos de ce courant. (Oui, j’avoue que je ne connaissais pas ce courant que je l’ai découvert avec ce livre.)
C’est-à-dire sa pensée ; la fin de la concurrence pour la coopération, l’esprit industriel, le capitalisme pour le bien de tous, l’intégration de tous pour exclure les conflits sociaux et les révolutions, le féminisme et l’androgynie de Dieu, la religion (où là je me suis perdue), le mariage, la propriété, la nouvelle hiérarchie sociale, etc. Ainsi que les polémiques auxquelles le courant a pu être mêlé, comme la révolte ouvrière de Lyon, les procès à cause des idées  - car elles troublaient l’ordre publique -, ou encore les accusations dictatoriales et nationalistes. Pour en revenir vite au procès, j’ai d’ailleurs adoré découvrir comment en plein procès ils jugeaient les juges et la société. La société, le système, étant mauvais et les juges incompétents, ils étaient en clair mal placés pour faire des réflexions sur l’idéologie de Saint Simon. Tant d’audace pour l’époque, c’est magnifique.

Bref ! Ce que j’ai découvert était pas mal et même surprenant, puisqu’en lisant la dernière phrase du résumé, j’étais partie sur l’idée que c’était tout simplement des fous sans importance.
Certes, j'ai toujours cette notion de fous, d’utopistes, mais un côté sérieux vient maintenant recouvrir cela, car en lisant ce livre on s’aperçoit que c’était assez organisé et aussi assez écouté finalement. De plus, quand il y a tant d’influence dans les projets, les philosophies politiques, les hommes politiques, il est en effet difficile de ne pas prendre ce courant avec un minimum de sérieux. (Même si je me demande quand même pour certains politiciens, s’ils avaient consciences d’être des saint-simoniens.)
Quoi qu’il en soit pour la doctrine, je suis ravie d’avoir lu ce livre pour la découverte, et voir les influences et visions lointaines sur l’avenir. Car il est vrai que beaucoup de chose de cette doctrine marque encore l’actualité en plus de l’histoire.

Image associée

Mon avis :

Toutefois si le livre m’a ouvert la porte sur une connaissance importante des 19ème et 20ème siècles, je ne suis pas si emballée par ce dernier. En effet, comme je l’indiquais plus haut, j’ai trouvé certains passages de présentation ou de description trop longs et assez inintéressants, puisqu'il n’y a vraiment que le mouvement dans sa pensée et son action qui me plaît à découvrir. Par ailleurs l’historien et écrivain du livre Robert B. Carliste me semble parfois trop impliqué pour être pris entièrement au sérieux, même si ce qu’il dit peut être vrai, mais pour ça il faudrait que je lise d’autres livres sur le sujet (et c’est prévu).

En résumé, c’était une lecture fort instructive, mais quelques longueurs et points m’ont agacés. Voilà pourquoi je ne conseille ce livre réellement qu’aux initiés ou aux gens assez patients.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/6f/Obelisque_alexander.jpg

Obélisque des Romanov en Russie. Retouché sous le commuisme où le nom de Saint Simon apparaît avec d'autres.

 

02 novembre 2018

"Variation sur l'Ancien Régime" de Guy Chaussinand-Nogaret

 

variation sur l'ancien régime

Résumé :

Un souverain régnant sans discernement, la corruption répandue partout, un clergé hypocrite assurant sa domination par l'intolérance... Les stéréotypes ont la vie dure sur l'Ancien Régime, référence obligée pour qui veut stigmatiser un système politique et social auquel nous aurions heureusement échappé grâce à la Révolution. Autant d'idées reçues héritées du XIXe siècle, que l'un des plus grands spécialistes du XVIIIe siècle français conteste ici avec force, à travers des études de cas très précises et documentées : fonctionnement de la cour, rôle des femmes, puissance de l'opinion... D'ailleurs, si l'Ancien Régime était si mauvais, survivrait-il encore, sous tant de formes, dans nos institutions actuelles ? Une réflexion décapante sur nos pratiques politiques. Et une contribution au débat jamais clos sur ce qui serait le meilleur système de gouvernement.

Mon avis :

Censeur, despotique, terrible… telles sont les images qui circulent sur l’Ancien Régime. Bien sûr ces images ne sont pas tout à fait fausses, l’édit de Fontainebleau, les querelles jansénistes, la censure, etc., sont là pour nous le rappeler. Toutefois, arrêter l’Ancien Régime à ces images dominantes serait une erreur, puisque ce régime politique qui a duré plusieurs siècles a connu plusieurs mutations (beaucoup au 18ème siècle), ainsi que plusieurs rois et ministres aux personnalités diverses, changeant ainsi la perception uniforme que l’on peut en avoir. Ces variations qui indiquent que rien n’est statique, et montre que parfois on peut avoir un regard décalé par rapport à la réalité, Guy Chaussinand-Nogaret va nous faire la grâce de les aborder.

La réalité des idées reçues :

Comme je le disais un peu plus haut, tout ce qu’on peut dire de terrible sur l’Ancien Régime n’est pas faux. Il est en effectivement vrai, que la monarchie française était despotique et jouait de la censure afin de mieux contrôler le royaume. Les livres imprimés aux frontières, l’aventure mouvementée de l’encyclopédie, ou encore les lettres de cachets, la réforme Maupeou comme la suppression du droit de remontrance des parlements sous Louis XIV, le prouve.
Il est vrai aussi qu’il existe un certain immobilisme réel et dans les esprits, comme l’atteste les freins que pose la religion, et les arguments que les nobles avancent pour garder et récupérer du pouvoir que l’absolutisme a bridé. En outre, la convocation des Etats Généraux de la fin du règne de Louis XVI montre bien cette société encore vue et divisée en trois ordres.
Cependant, comme l’auteur va le montrer à travers le 18ème siècle, l’image que l’on a de ce régime n’est pas tout à fait juste, même si elle n’est pas entièrement fausse.

 

Source: Externe

Versailles.

 Un monde en mouvement :

 En effet, l’ancien régime n’est pas un monde quasi statique et dictatorial qui se serait libéré d’un coup à la Révolution, l’envie de changement est déjà là et fait déjà parler d’elle avant ; Choiseul qui selon l’auteur ne va pas hésiter à aller contre la doxa officielle, la régence de Louis XV, l’avènement au pouvoir de riches bourgeois comme Colbert à la place de la noblesse, montre que ce gouvernement se transforme, se chamboule et commence à voir les choses différemment.
Idem pour la société, qui avec l’opinion publique, la déchristianisation des esprits et de l’espace public, et les Lumières qui fustigent la monarchie, la religion, les parlements (même si ce n’est que partiellement), se transforme et se libère.
Comme on le voit donc avec Guy Chaussinand-Nogaret, l’Ancien Régime à ses variations, ses nuances de gris, qu’il convient de souligner pour se rapprocher au plus proche de la réalité historique afin de sortir de l’image noire dont souffre ce régime politique. Toutefois une question se pose, puisque ce régime n’est pas si sombre, comment expliquer sa chute alors ?

 

Source: Externe

Philippe d'Orléans, Régent sous Louis XV.

La chute :

La réponse est simple et peut se résumer ainsi : le décalage entre la cour et le siècle. Et pour étayer cette réponse, qui est je pense celle de tous les historiens, l’auteur va avancer plusieurs arguments.
En vrac, on trouvera l’immobilisme de la cour qui ne veut pas voir son pouvoir ou ses privilèges réduits (Choiseul va tenter, il sera écarté) ; l’inefficacité d’un régime qui vit dans l’immobilisme et refuse d’évoluer dans sa généralité ; le mauvais calcul de Louis XVI en convoquant les États Généraux ; la méconnaissance par le roi de la nouvelle société née au 18ème siècle qui n’est plus celle des trois ordres et ni soumise ; ou encore l’idée que la population n’en peut plus d’être freinée et de ne pas être jugée pour son talent : « Le temps est venu de juger les hommes par ce qu’ils ont là, sous le front, entre les deux sourcils. » Mirabeau.
L’auteur va même avancer le fait que Louis XVI n’ait pas de maîtresse va coûter cher à la monarchie, car la maîtresse cristallise en temps normal toutes les passions et toutes les haines. Cela étant, comme un ministre peut très bien assumer ce rôle, j’avoue que j’ai un peu plus de mal avec cette théorie que l’auteur avoue lui-même être un peu bancale.
Bref ! Chaussinand-Nogaret avance diverses raisons, qui méritent pour certaines d’entre-elles (pas toutes citées) quand même des nuances. Comme le reste du livre au demeurant.

 

Source: Externe

Diderot.

Et je vais finir avec ça d’ailleurs. J’ai adoré ce livre pour tout ce qu’il nuance, précise, sur l’Ancien Régime (le gouvernement, les Lumières, les maîtresses…) même s’il est particulièrement axé sur le 18ème siècle, et pour l’honnêteté de l’auteur qui affirme lui-même que son livre n’est pas parfait. J’ai apprécié aussi les petites réflexions sur le système politique actuel, et les parallèles que l’on peut faire entre aujourd’hui et hier, d’ailleurs je ne suis toujours pas plus avancée sur la question : quel est le meilleur gouvernement ? Enfin, j’ai aussi apprécié la petite idée qui tue et qui affirme que la Révolution n’a rien inventé (là, il y a à creuser !).

« Il était acquis dès 1789, et l’historiographie n’a pas manqué de le confirmer, qu’un monde nouveau était né le jour de la prise de la Bastille. Première journée révolutionnaire, ce 14 juillet mémorable effaçait d’un coup dix siècles d’histoire et ouvrait la voie à une modernité épanouie dans la négation de tout ce qui avait jusqu’alors défini l’Etat monarchique, la pratique politique, la condition des sujets, la hiérarchie des états et les valeurs sur lesquelles reposait tout l’édifice social. Et si tout cela n’était qu’une fiction, une catharsis destinée à chasser les démons que la conscience nationale redoute parce qu’ils imposent encore aujourd’hui leur présence et leur pouvoir ? Et si 1789 s’était borné à établir le procès-verbal, dresser l’état des lieux, prendre acte d’une situation depuis longtemps acquise ? Et s’il s’était contenté de transformer l’usage en droit ? En effet, la Constitution sanctionna, plus qu’elle n’inventa, tous les acquis des décennies antérieures et alla peu au-delà des audaces que les deux siècles bourboniens, et surtout le dernier, avaient fait entrer dans les faits tant au plan social que dans les domaines plus instables de la pensée et de l’idéologie. » (p.49)

Toutefois, et malgré le fait que je conseille ce livre grandement, car il encourage à avoir d’autres méthodes de recherche et de réflexion sur cette période, j’ai quand même quelques bémols à partager. Premièrement ce livre reste trop en surface, de fait pour une personne qui connaît mal l’Ancien Régime ou le 18ème siècle, je pense qu’il ne convient pas car il ne développe pas assez les situations. Enfin, deuxièmement, je le trouve trop court pour aborder correctement les nuances que l’auteur avance, ce livre est trop rapide à mon sens. Cela n’enlève rien à son excellence, mais j’aurai aimé que l’auteur argumente un peu plus certains points qu’il avance. Cela étant, je le trouve magnifique quand même et pour moi il fait partie de ces livres à lire.

 

Extrait :

« Pendant longtemps et jusqu’au règne de Louis XV, le gouvernement d’un seul ne fut pas sérieusement conteste et jusqu’à sa remise en cause par le mouvement philosophique il fut accepté sans réticence, apparaissant aux yeux des commentateurs comme la forme la plus parfaite de gouvernement.
Accoutumés à la séparation des pouvoirs et au régime représentatif, le gouvernement d’un seul, assimilé à la dictature et au totalitarisme, nous apparaît comme un régime monstrueux ; il n’en allait pas ainsi à l’époque classique de l’Ancien Régime où ce type de gouvernement était justifié par l’histoire et par la volonté divine, car Dieu avait institué les rois pour gouverner ses créatures et inspirait leurs décisions. Il en allait ainsi partout et pas seulement dans les États catholiques. La religion dans laquelle baignait toute la société était un frein puissant à la toute-puissance du roi dont les scrupules de conscience pouvaient le porter à la mansuétude ; mais tout dépendait de la personnalité du monarque qui pouvait être débonnaire, autoritaire ou indifférent. Cependant la religion était aussi un poison qui autorisait toutes les cruautés. Le jour du sacre, le roi jurait de combattre l’hérésie et d’anéantir tout ce qui bravait l’orthodoxie royale en vertu du principe : un roi, une seule foi. » (p.30)

Posté par Florell à 16:35 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,


05 octobre 2018

"Une diversité menacée : les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l'islamisme" de Joesph Yacoub

  

Une diversité menacée les chrétiens d'Orient face au nationalisme arabe et à l islamisme

 

Résumé :

Aujourd’hui, les chrétiens d’Orient sont menacés. Alors que notre monde est fait de diversité ethnique, culturelle, linguistique et religieuse,le Moyen-Orient se vide de cette richesse et se prive d’un apport essentiel pour favoriser la compréhension entre les groupes et les minorités. Mais pourquoi en est-on arrivé là ? Comment cette diversité a-t-elle été gérée, voire malmenée dans le monde arabe ? Que dire d’un tel drame ?
À travers des rappels historiques indispensables, Joseph Yacoub cible deux menaces principales. Dans sa volonté d’arabisation à outrance, le nationalisme arabe, fût-il laïcisant, s’est montré par choix idéologique peu respectueux des chrétiens, comme on l’a vu en Syrie et en Irak. À cela s’est ajoutée la montée d’un islam radical et violent, dont les nouvelles formes atteignent l’Occident même. Face à cette tragédie qui rappelle à maints égards le génocide de 1915, qui toucha Assyro-Chaldéens-Syriaques et Arméniens, il s’agit tout à la fois de comprendre et de suggérer quelques pistes concrètes en termes d’alternative pour que survive ce christianisme autochtone et apostolique, fortement enraciné et universel, riche de culture et de modernité.

Mon avis :

J’ai enfin fini le livre et je peux affirmer que certains passages n’étaient pas faciles à lire. Cela étant c’était une lecture très intéressante qui rejoint d’ailleurs ma lecture du Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, où les pays musulmans tenaient la première place.
Il le rejoint, mais pas tout à fait non plus, toutefois ils se complètent bien. En effet si le Livre noir est un état des lieux actuels de la situation des chrétiens dans le monde, celui de Monsieur Joseph Yacoub va surtout développer l’aspect historique, politique et culturel de la question chrétienne en Orient. Certes il va aborder un peu l’actualité en parlant notamment du calvaire des otages chrétiens, mais ce n’est pas la part la plus grosse du bouquin. Les trois aspects cités plus haut, remplissent vraiment le livre.

Déjà d’un point de vue historique et culturel, Joseph Yacoub va rappeler que les chrétiens étaient là avant et ont donc participé activement à l’histoire et à la culture de ces pays, notamment par des débats via les innombrables écoles antiques (Antioche, Alexandrie…) et aussi via les chrétiens syriaques qui ont eux-mêmes fortement participé à l’âge d’or islamique avec les juifs. Sans eux les musulmans n’auraient probablement pas eu grand-chose du savoir antique. D'ailleurs l'âge d'or peut être aussi plus tardif et contemporain.
"L'histoire ne s'arrête pas à la fin du 13ème siècle, période qui correspond généralement au déclin. Sous l'influence des idées de la Modernité occidentale, des voyageurs et des missionnaires, le 19ème siècle fut un tournant. Il a donné un élan sans précédent qui marque le retour de la langue et de la littérature syriaques (classique et moderne) après des siècles de régression. Les voyages d'études en Occident se multiplient. A partir de 1840, le syriaque connaîtra une floraison de publications autochtones et des traductions, accompagnées d'anthologies, de grammaires et de dictionnaires. Depuis les revues se sont multipliées. A l'époque moderne et contemporaine, les chrétiens ont participé activement à la renaissance arabe comme théoriciens, acteurs et traducteurs." Page 176

Ensuite et toujours pour les mêmes catégories, il va rappeler dans un but pédagogique et par soucis de vérité historique, ceux qui étaient là avant les chrétiens (babyloniens, grecques, juifs…) et qui ont eux-mêmes laissé leur trace dans l’histoire de ces pays.
L’auteur va même plus loin en dépassant les frontières orientales, en parlant de ce que les chrétiens d’Orient ont apporté à l’Occident, notamment des hommes d’église comme Jacques premier évêque de la Tarentaise. Ceci dans le but de montrer les liens qui uni le christianisme d’Occident et d’Orient, et rappeler par ces petits points que l’Occident devrait aujourd’hui adopter une position plus ferme sur les problèmes que traverses les chrétiens d’Orient, comme par exemple au niveau des discriminations (qui sont énormes et ont toujours été car l’Islam est une religion discriminatoire de base).
De même, Joseph Yacoub rappelle via quelques citations de chrétiens d’Orient, que l’Occident devrait un peu plus les écouter, et notamment quand ils dénoncent le manque de réciprocité dans le traitement des hommes et des femmes en orient à cause de la religion.
« Nous, chrétiens syriens, souhaiterions seulement être traités dans ce pays à majorité musulmane comme les musulmans le sont en Europe dans les pays de tradition chrétienne. […] Et nous en voulons un peu aux Occidentaux de ne pas avoir appuyés pour demander l’application de la réciprocité. » (Propos de François Abou Mokh, évêque. Page 201.)    

Et effectivement, on peut comprendre que ça énerve, si ici les musulmans ont trop de droit qui fait que l’Europe est envahie par l’islamisme au nom des Droits de l'Homme détournés, il faut bien penser que les chrétiens d’Orient n’en ont pas autant chez eux qui est pourtant leurs terres ancestrales. Ce qui est anormal on en convient.

Comme vous commencez peut-être déjà à le voir, ce livre n’est pas qu’un livre d’histoire, qui retracerai dans de grandes lignes précises l’Histoire de l’Orient depuis l’époque de la Mésopotamie. En effet, il est aussi un appel à changer pour les pays musulmans, notamment en remettant dans l’Histoire de ces pays les peuples et cultures qui étaient là avant et qui ont laissé des traces matérielles et immatérielles dans les paysages, dans les langues, dans les cultures, et qui sont pourtant absents des musées ou des livres d’histoire à cause du nationalisme arabe et de l'islamisme. Comme le dit joliment l’auteur « L’homme n’est pas un être abstrait, né ex nihilo. Il est le produit de l’histoire. », un pays c'est pareil, et il serait temps pour les musulmans de s’en rappeler...
Pour continuer dans la description du livre, j’ai laissé voir aussi dans les lignes un peu plus hautes, que ce livre était aussi un appel à l’Occident qui devraient appuyer le principe de réciprocité et soutenir les chrétiens d’Orient dans leur demande d’égalité ; toutefois il est bon de préciser que ces pages ne sont pas qu’un « appel », puisque ce bouquin est aussi un état de fait.
Un état de fait en montrant notamment que même laïc ou imprégné de bon sentiment, les pays musulmans et/ou arabes (difficile de séparer ces deux termes) restent imprégnés de cette culture religieuse qui concerne le plus gros pourcentage de la population, de fait et à cause de cela il existe une réelle difficulté de liberté et d’égalité pour les populations non musulmanes. L’auteur décrit notamment la situation irakienne qui fait un pas en avant, un pas en arrière, entretient le flou, et tout cela dans la même constitution !
Cela étant et pour une touche d'espoir (?), l'auteur nous montre à côté qu’il existe au moins un pays musulman non arabe, le Kirghizistan, qui est purement et simplement laïc – notamment grâce à l’occupation soviétique – et qui n’hésite pas à partir à la recherche de son passé chrétien nestorien. Si cela laisse de l’espoir et montre que la laïcité et la diversité sont possibles en terre islamique (même si ça ne concerne pas un pays arabe), il ne faut pas non plus oublier comme le précise l'auteur que ça reste aussi un pays assez faible et jeune, qui n’est pas à l’abri d’un retournement d’idée à cause de violence. Mais voilà, l’auteur a eu l’honnêteté de parler de ce pays et ceci malgré sa passion chrétienne. Et j'insiste sur ce dernier point car il est vrai qu'il cache mal ses passions, mais d'un côté tout ce qui écrit là est juste, donc ça se comprend qu'il vive cet effacement de l'histoire très mal lui qui est né en Syrie. Nous même en Occident on ne le vit pas mieux d'ailleurs...

En résumé, et comme vous le devinez ce livre est nécessaire pour comprendre le présent des minorités en terre musulmane et voir leur traitement. C’est accessoirement un bon complément au Livre noir de la condition des chrétiens dans le monde, et un excellent bouquin pour prendre de la distance sur les sempiternels discours de l'amitié entre religion, puisqu'ici l'auteur montre bien que ça doit aller plus loin qu'une supposée amitié ; toutefois c’est très « difficile » à lire car on est vite saturé par l’information. Donc à lire, oui, mais doucement et calmement, et ne pas hésiter à relire des passages si besoin.

Source: Externe

 

Extraits : 

"Au confluent de l'Orient et de l'Occident, accepter le principe de réciprocité de traitement. Les musulmans qui revendiquent, à juste titre, des droits et des libertés publiques pour eux en Occident, devraient aussi avoir le souci de ces mêmes droits dans leurs pays d'origine pour tous ceux qui ne partagent pas la religion musulmane, comme les chrétiens et les autres minorités. Défendre cette diversité menacée les honorerait, car on est loin de l’égalité de traitement."

 "Les syriaques ont traité de tous les sujets. Si les intellectuels nationalistes arabes avaient pris la peine de chercher, ils y auraient trouvé des idées y compris sur le patriotisme et la justice sociale, sujets qu'ils chérissaient.
La pensée syriaque embrasse en effet tous les domaines du savoir, religieux, philosophique, éthique, moral, juridique, politique, spirituel, ascétique, poétique, historique, linguistique, grammatical, encyclopédique... Autrement dit, contrairement à ce que certains affirment, elle ne se limite pas à la dimension religieuse malgré son importance. Son âge d'or commence à fleurir à partir du 4ème siècle, qui vit depuis le début des publications et des traductions du grec en syriaque et des contributions de grand intérêt."

Posté par Florell à 11:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

01 octobre 2018

Le Japon et l'ère Meiji.

 

Résultat de recherche d'images pour "japon"

Vue Fujiyama.

 Depuis 1639 le sakoku (période de fermeture japonaise au monde) commence avec l’expulsion des missionnaires chrétiens. Les nippons ne peuvent quitter l’endroit et personne ne peut s’en approcher sur ordre du shogun Tokugawa Ieyasu, qui fondera une dynastie de shoguns qui dirigera le pays durant cette période, l’empereur ne gardant qu’un pouvoir symbolique.
Au 19ème siècle, avec l'ère Meiji, ce Japon féodal est appelé à prendre fin. En effet, sous la menace de l'Occident et surtout des États-Unis, le Japon est contraint d’ouvrir ses ports et de s’ouvrir au commerce. En 1854 un traité est signé dans ce sens par le Japon. Les transformations entraîneront un changement de gouvernement, c’est la fin des shoguns, du Japon féodal, des samouraïs...
L'année 1867 marque ce grand changement avec l’avènement du nouvel empereur Mutsuhito qui meurt en 1912 (fin de l’ère Meiji). Le Japon alors se modernise. Le japon change.

  Un modèle, des modèles :

 Tous les changements impliquent généralement le fait de suivre un ou des modèles ; c’est le cas du Japon qui en suit deux : la Chine pour le confucianisme, l’Occident pour forger un nouveau système éducatif et politique avec par exemple une armée moderne, une constitution… Pour jeter les bases de ce nouveau pays, le Japon n’hésite d’ailleurs pas à s’aider d’allemands, de français, d’anglais..., et à se révolutionner en abolissant les privilèges des samouraïs ou encore des daimyo, qui se reconvertissent avec succès ou pas selon les personnes. En effet si certains intègrent le nouveau gouvernement, d’autres comme certains Samouraïs se retirent dans leur maison et pleurent un paradis perdu, quand ils ne luttent pas pour le rétablir, comme l’atteste la rébellion de Satsuma en 1877 qui verra la défaite d’anciens samouraïs.

 La bataille de Shiroyama

La bataille de Shiroyama.

Pour autant, penser que le Japon oublie ses origines et bascule totalement dans le modernisme occidental, serait faux. En effet, si le Japon évolue à la manière d’un pays occidental et adopte beaucoup de ses codes pour l’éducation, les vêtements, la nourriture, la musique, le calendrier…, le traditionalisme existe toujours en parallèle. Un exemple qui prouve cette cohabitation visible est la rue, comme l'atteste les diverses représentations japonaises où le kimono côtoie l’habit européen. Dans les esprits aussi il existe cette part traditionnelle et occidentale qui se côtoient comme l’indique l’auteur de l’article avec l'écrivain japonais Natsume Soseki.
Toutefois, il est bon de souligner que le modernisme occidental n’a pas que du bon. En effet la position de la femme se dégrade en se calquant sur le modèle européen, et l’expansionnisme européen encourage celui du Japon qui cherche à augmenter ses ressources de matière naturelle. C’est ainsi qu’il regarde vers l’ouest, vers l’Asie.

Inoue

Artiste, Inoue Yasuji.

 Rejet et volonté expansionnisme :

 Mais ce regard vers l’ouest va être suivi de plusieurs effets.
Le premier, la guerre. Comme je l’ai déjà écrit, il y a une volonté expansionnisme, c’est ainsi que la Corée, la Manchourie et la Chine vont se retrouver sous le feu des conflits avec pour résultante l’imposition du Japon. Autre effet de cet expansionnisme, c’est le rejet des modèles, et plus particulièrement de la Chine dès 1894 qui est vu comme une nation décadente vu que l’occident lui dicte sa conduite. De ce fait le Japon va rejeter ce qui possède une identité trop chinoise comme le bouddhisme (qui sera persécuté) et commencer à affirmer dans le même temps et sur la longueur son essence, via le bushido ou le shintoïsme qui devient alors religion d’état.

torri

Torii shintoïsme.

Enfin, un dernier effet, c’est cette affirmation face à l’occident. Le Japon s’est ouvert sous la menace occidentale, une menace qui l’inquiétait alors. Mais en 1904 -1905 – et même un peu avant – cette peur commence à disparaître puisque le Japon se dresse face à la Russie qui perdra. Ce qui fera l’effet d’un coup de tonnerre dans le monde occidental, et qui fera comprendre que la Japon n’est plus aussi maniable et peut rivaliser. Ce que confirmera la suite de l’histoire, vu que le monde nippon se posera jusqu’en 1945, en défenseur de l’identité asiatique face aux blancs. Ça sera d’ailleurs dans les discours colonialistes et guerriers.
Bref ! Avec les défaites de la Russie, on voit que le Japon réaffirme son essence et sa liberté, et n’hésite plus à se poser contre l’occident.

 Après 1945 :

 En septembre 1945, après le largage de deux bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, le Japon capitule face aux Etats-Unis. Le pays se redconstruit alors avec l’aide de la première puissance mondiale dans un contexte de Guerre Froide. Dans le même temps, il intègre notamment les valeurs occidentales avec la production de masse à bas-prix, puis l’innovation technique, devenant ainsi un des meilleurs (si ce n’est le meilleur),  pays technologiques au monde.
En parallèle, les esprits se redessinent aussi, certains côté de la pensée japonaise comme le bushido - qui a énormément servi à l’idéologie guerrière - s’estompe, sans pour autant disparaître comme l’indique les mangas ou encore la discipline. Toutefois, toute cette modernité ne plaît pas à tout le monde comme l'indiquera la mort par seppuku de l'écrivain Yukio Mishima qui a écrit notamment le magnifique Une soif d'amour. Mais malgré tout, on peut affirmer que le Japon s’est énormément occidentalisé, même si ce pays fonctionne encore à sa manière et avec son identité. (Et ce n’est pas une mauvaise chose.)

Résultat de recherche d'images pour "toyota robot"

 

Source : Histoire et civilisation magazine n°42 septembre 2018.

Pour aller plus loin : Nouvelle histoire du Japon de Pierre-François Souyri.

Posté par Florell à 19:25 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

10 septembre 2018

"Le bathyscaphe d'Alexandre : l'homme et la mer au Moyen-Âge" du Collectif Questes

 

 

S7302282

Résumé :

Elle abrite la baleine qui engloutit Jonas, les sirènes qui perdirent les compagnons d’Ulysse, les monstres Charybde et Scylla ; elle sert de décor aux amours tragiques de Tristan et Iseult ; elle est parcourue par le sous-marin d’Alexandre et le navire de saint Brendan… La mer, au Moyen Âge, est un univers fantasmé, légendaire, inquiétant.
C’est aussi un espace central dans la géographie et l’économie de cette époque. Des expéditions vikings aux explorations portugaises, des pirates qui l’écument aux pèlerins embarqués pour la Terre Sainte, de la prospérité des ports italiens ou hanséatiques à l’assèchement des marais hollandais, c’est tout un monde qui se dessine alors, que l’homme apprend peu à peu à connaître, à parcourir, à exploiter, et bientôt à se disputer…
Nourri par les recherches les plus récentes, appuyé sur des exemples concrets, c’est à un voyage au long cours, sur les flots tumultueux de l’histoire, que convie cet ouvrage.

Mon avis :

Au moyen-âge, la mer est une étendue d’eau qui comporte ses légendes grecques, nordiques, bibliques, où toutes les plus folles histoires sont de mises.
La mer au moyen-âge, est une inconnue qui fait rêver sur un ailleurs qui permet l’enrichissement et l’aventure, tout en levant néanmoins les inquiétudes par ses profondeurs, ses monstres, ses dangers qui emportent loin de leur foyer les hommes…
La mer au Moyen-âge, c’est une étendue mouvante, dangereuse, intrigante, nourricière et nécessaire, mais la mer c’est aussi la terre par la création d’embarcation, de port, de commerce…
Comme on le voit, la mer n’est donc pas qu’un espace où l’on navigue mais un sujet qui pose bien des problèmes et des questions ; des problèmes et des questions qu’une équipe de chercheur se propose de poser et de résoudre.

Quelle vision de la mer ?

Déjà dans l’antiquité grecque la mer à ses légendes, Poséidon en est le maître et les sirènes perdent les marins. Au moyen-âge ces légendes anciennes ne sont jamais  éloignées, on retrouve par exemple mention des sirènes, qu’elles soient de plume ou d’écaille, dans les bestiaires français  du 12ème – 13ème siècle comme dans celui du clerc normand Gervaise. Toutefois, à ces visions antiques, se rajoute au moyen-âge d’autres visions de la mer, notamment par l’allongement d’un bestiaire monstrueux avec des créatures étranges comme le poisson-moine, ou encore avec la Bible et ces légendes comme celle de Jonas avalé par une baleine, qui finit de créer dans l’imaginaire de ces êtres médiévaux des images sombres sur ce cétacé qui devient un être monstrueux, trompeur, meurtrier en se faisant passer pour une île où des marins accostent, avant de plonger dans les profondeurs avec ces hommes sur son dos… Cependant et comme vont le montrer ces chercheurs, la symbolique du moyen-âge étant parfois double, certains auteurs en font un être qui rappellerait la vierge et la bonne image de la mère comme dans le bestiaire  et le lapidaire du Rosarius.

Comme je viens de vous le raconter par ces quelques exemples tirés du livre, et comme va le montrer cette équipe de jeunes chercheurs, la mer est objet de beaucoup de fantasme au moyen-âge car elle est en plus très liée à Dieu et même au Diable, mais pour autant il serait faux de croire qu’elle n’est qu’un objet de fantasme. En effet, à cette époque comme dans l’antiquité, elle est source aussi de beaucoup de question, par exemple on s’interroge sur les raisons de sa salinité ou encore sur les raisons des marées que l’on attribue à la respiration du monde, mais qui seront toutefois vite attribuées à la lune comme on le découvre dans ces pages.

 Enfin, les auteurs de cet ouvrage vont aussi avoir à coeur de nous montrer que grâce aux récits passés, on peut en apprendre un peu plus sur la mer et la mentalité des hommes médiévaux, en regardant les récits où cette dernière est personnage ou décor. Dans le récit de Tristan et Iseult par exemple, la mer est amer par son goût, mais comme amer veut dire aussi aimer au moyen-âge, elle est donc représentative de l’amour et des différents états que l’amour peut donner ; tumultueuse, mortelle, calme, coupée du monde, un obstacle… Dans un autre récit Le roman d’Alexandre, où Alexandre le Grand descend dans le monde qui se soustrait à la surface, elle est aussi un miroir du monde et un monde qui apporte connaissance et réflexion. Enfin, pour finir, dans les Pays du Nord, la terre est femme tandis que la mer est homme, comme l'indique la Saga du roi Sigurd le Croisé.
Bref ! Comme vont l’indiquer ces chercheurs, à cette époque la mer occupe bien plus l’esprit des Hommes qu’aujourd’hui, et elle est source d’innombrable métaphore.

Mais la mer n’est pas qu’imaginaire :

Dans le paragraphe précédent j’ai développé beaucoup l’imaginaire qui a trait à la mer, mais il ne faut pas oublier que la mer est une réalité depuis toujours et pour tous. Et la réalité de la mer, beaucoup d’habitants vont la vivre au quotidien. Déjà à cause des razzias vikings ou musulmanes qui écartent du rivage les habitants qui vont plus se diriger vers l’intérieure des terres jusqu'à temps que la sécurité revienne, mais aussi par le commerce qui est une des premières impulsions au développement des villes, ou encore par la nécessité de main d’œuvre et de se nourrir. En période de jour maigre ou encore l’hiver quand la saison des champs est terminée, la mer est une ressource de nourriture non négligeable pour les habitants comme pour les seigneurs.

Pour en revenir à la nécessité de main d’œuvre, en lisant ces pages on s’aperçoit qu’elle est diverse et touche l'entièreté de la population là aussi, car ça peut aller de l’embauche de plusieurs pilotes qui connaissent sur le bout des doigts les passages difficiles complétant ainsi les avancées scientifiques de l’époque, à l’embauche de marins ou à l’enrôlement de force. Ceci n’étant pas impossible dans un monde féodal où « les seigneurs peuvent généralement trouver des marins pour leurs navires en adaptant les corvées pour en faire des services en mer » c’est « une corvée de rame » comme dans les Cyclades. Même page, on découvre aussi que pour trouver des rameurs, « les états peuvent accorder des exemptions d’impôts ou accorder des grâces aux criminels qui acceptent de s’engager ».

Enfin, pour montrer que la mer touche tout le monde, on peut citer aussi les corsaires et pirates. Si ça n'a rien d'étonnant pour un roi de faire appel à eux, un plus petit seigneur, n’hésitera pas lui non plus à faire appel à ces gens - pas si marginaux que ça d’ailleurs, puisque parfois ce sont des nobles comme en France -, en cas de besoin. Mais je n’en dis pas plus pour vous donner envie de lire ce livre, - en tout cas pour moi ce passage qui parle de corsaire et de pirate, c’est une des plus belles découvertes que j’ai faite avec ce bouquin. J'ai réellement trouvé ça surréaliste.

Toutefois n’oublions pas et comme va le souligner le livre, que la difficulté de trouver du personnel naviguant vient des dangers de la mer. Qu’ils soient humains ou naturels, personne ne les ignorent ; la mer inquiète.

Un contrôle sur les mers ?

La question des pirates, des corsaires, amène tout naturellement à s’interroger sur les lois qui régissent la mer. Comme je viens de l’écrire il existe des lois, des règlements... sur la terre ferme pour la main d’œuvre, les intérêts financiers des seigneurs, mais quid de la mer ? De l’espace mer ? Cet espace qui n’appartient à personne et en même temps à tous ceux qui naviguent dessus. Trop immense pour être contrôlé et n’existant pas de droit international maritime, la mer finalement se gouverne à échelle locale. Certes le commerce, les flottes importantes… peuvent être une manière de gouverner ces mers (thalassocratie), de briller internationalement, mais dans la réalité c’est plutôt chaque pays qui applique ses règles sur ses rivages, s’adaptant ainsi aux cas et aux besoins, comme l’indique le cas des pèlerinages, le droit d’épaves, les actes de piraterie qui poussent parfois les pays à vouloir faire appliquer leurs lois dans des pays qui ne sont pas les leurs, par exemple l’Egypte avec les Pisans.
Bref ! Comme on le constate en lisant ces pages, le droit en mer n’est pas inexistant, il est cependant très difficile de le faire appliquer et même impossible à s’accorder dessus. En effet, il est laborieux de choisir le droit applicable en mer car tous les marins d'un bateau ne sont pas d’un même pays, et en plus par définition un bateau voyage d’un port à un autre. Donc, même si on voit l’apparition d’un droit marin ou encore de certaines règles de conduite, rien n’est pour autant stable et rien n’est facile. Et dans ce domaine aussi, l’évolution et l’adaptation sont permanentes, montrant ainsi la capacité d'adptation de ces gens et leur recherche d'amélioration.

« En termes juridiques et judiciaire, la mer appartient donc avant tout à ceux qui la parcourent, lesquels gardent jusqu’à la fin du Moyen Âge une marge de manœuvre certaine vis-à-vis de la terre ferme. Pourtant, les hiérarchies se renforcent : tandis que les pouvoirs disciplinaires du commandant de bord sur son équipage augmentent, il a lui-même les mains de plus en plus étroitement liées par les exigences  de ses commanditaires restés au port. De plus, si la haute mer reste libre, les puissances riveraines tendent à s’assurer la juridiction exclusive sur les eaux bordant les côtes, sans pour autant y admettre de limites précises. La mer devient un espace de conquête pour le droit, et le droit s’édicte de plus en plus sur terres. »

Technologie :

Enfin, pour bien montrer que la mer est une réalité pour tous, les auteurs vont montrer que les inventions, la technologie, touche à peu près tout le monde. Effectivement, de la boussole qui nous arrive de Chine, à la création de la latitude, en passant par l’évolution des bateaux qui n’efface pas les créations précédentes mais fusionne avec les nouvelles avancées selon les besoins et les terrains, les auteurs vont bien mettre en avant que la mer est source de progrès matériels ; pour améliorer la navigation, la sécurité des ports…
Mais comme je le disais au début du paragraphe, la technologie n’est pas réservée qu’à ceux qui naviguent, les humains qui habitent non loin du littoral gagnent du terrain sur la mer avec les polders, aménagent les bords avec des moulins, des salines ou encore des pêcheries. Bref ! Là aussi le livre nous en apprend beaucoup sur la rationalisation de l’espace mer et de son rivage, et sur la manière dont les hommes et les femmes ont apprivoisé cet espace.

En résumé et même si je n’ai pas tout abordé ici - faut bien que je vous laisse un peu de surprise quand vous lirez ce livre -, je dirais qu’au premier abord ce livre est excellent pour découvrir un peu plus le rapport entre la mer et les hommes au moyen-âge ;  notamment parce qu’il nous fait prendre conscience de l’importance de cet espace dans l’esprit des hommes et dans l’histoire. Vu que cet espace est plus souvent étudié en géographie, ce livre d’histoire permet vraiment une autre vision.
Toutefois, j’avoue que je l’ai trouvé un peu soporifique, mais pour être franche je ne pense pas que ça soit le livre le problème. En effet, la mer en document ou en roman, est un sujet qui m’endort et ne m’intéresse pas plus que ça. Alors, pourquoi je l'ai lu ? Parce que je voulais apprendre et parce que en Licence d'histoire je n’ai pas étudié une fois la mer (et tant mieux car je crois qu’au partiel je me serais pendue). Mais voilà, je pense qu’il faut avoir un peu le pied marin pour l’apprécier entièrement. Ou au moins aimer voyager ailleurs que dans le temps. Mais quoi que j’en dise, c’est un livre à lire, car il y a beaucoup de chose à apprendre, et enfin, vous verrez la mer différement.

Éditions Vendémiaire.

Expo BNF sur la mer.

Résultat de recherche d'images pour "la mer au moyen âge"

06 septembre 2018

Prochains articles du blog

 

 

Prochaines chroniques :

 

Le Bathyscaphe d'Alexandre : la mer au Moyen-âge du collectif Questes (oui j'ai marqué plein de page).

Et un article sur le Japon paru dans Histoire et civilisation, (oui j'ai envie de vous faire partager mes autres lectures sur l'histoire).

 

IMG_20180906_213332

 

Voilà les gens, à bientôt et bonne lecture à tous :)

 

Posté par Florell à 21:42 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags :

14 août 2018

"Mandrin le voleur d'impôts" de Yves Jacob

 

Mandrin le voleur d'impôts

Résumé :

Dans ces temps déraisonnables, les collecteurs d'impôts étaient considérés comme d'odieux pillards et le peuple, acculé à la misère, applaudissait aux exploits d'un hors-la-loi.
Louis Mandrin, né en 1725 dans les montagnes du Dauphiné, était déjà entré dans la légende quand il mourut en 1755, roué vif sur la place de Valence. Pendant deux ans, à la tête d'une cinquantaine de compagnons d'armes, il avait vengé les humbles en rançonnant les puissants et en bafouant l'autorité royale.
Mais les légendes estompent parfois les aspects les plus passionnants de la réalité. Qui était le vrai Mandrin ? Un personnage fier, ambitieux, intelligent sinon honnête, entraîné dans l'illégalité par une sorte de fatalité familiale…

Mon avis :

Un livre qui n’est plus récent, mais que j’ai trouvé il y a quelques années d’occase. Enfin lu après toutes ces années en attente, je dois dire que je tombe de haut. Je l’avais imaginé héros, il n’est qu’un scélérat. Je l’avais imaginé Robin des Bois, prenant aux riches et donnant aux pauvres, et ben pas du tout. S’il vend au début aux pauvres à bon marché, par la suite il partait avec sa bande et son argent obtenu par la force et l’intimidation, dépenser l’argent en Savoie ou encore en Suisse, qui voyaient là un excellent revenu et une excellente manière de se moquer du royaume de France.

 Mandrin avant Mandrin :

Louis Mandrin est le premier enfant d’une famille de neuf enfants, à 17 ans il devient chef de famille suite au décès de son père. Suite à ce décès, apparaît la véritable nature de Mandrin qui se rapproche de celle de sa mère ;  une nature violente, avide, persuasive. Mais aussi facile à se tourner dans l’illégalité. En effet, à cette époque déjà Mandrin a une tendance à ne pas respecter son voisin ni les jugements, car il cumule déjà quelques procès et histoire avec violence. En parallèle, il connaît aussi un déboire avec la Ferme Général, à cause d’une histoire de mule, cette dernière sera la raison, où plutôt une des raisons, pour laquelle il s’en prendra à ces hommes.
Mais si avec toutes ces histoires Louis Mandrin reste un homme vivant encore dans la légalité, avec l’assassinat des frères Roux il bascule dans l’illégalité. De là commence sa vie de contrebandier, qu’il commence en intégrant la bande de Bélissard.

Accessoirement les frères ne sont pas forcément mieux, un d’ailleurs sera condamné à mort pour fausse monnaie.

 La naissance de Mandrin le contrebandier :

 Intégrant la bande de Jean Bélissard, mais devenant très vite le chef de la troupe, Mandrin se démarque du truand de base par son goût de la mise en scène, son intelligence, son amabilité et son audace. Mandrin voit loin et grand.
Niveau caractère, il s’adoucit aussi et comme à l'armée il veut que ces hommes se tiennent correctement. Mandrin a en effet l’esprit militaire. A côté de cela, il se montre même courtois avec ses victimes, même si le ton intimidant n’a absolument rien de courtois dans les faits. Les gens chez qui il s’invite sont souvent terrifiés, et ça se comprend.
Cela étant s’il se montre courtois, presque honnête, faisant au début - et pour le plus grand plaisir de la population - des affaires en revendant moins cher des produits ; Mandrin n’en reste pas moins un fléau. Le fléau des fermiers généraux, de la maréchaussée, des débitants de tabac et de leur famille et serviteurs (pauvres serviteurs souvent malmenés, alors qu’ils ne sont que des serviteurs…).  Violences terribles, meurtres, intimidations, avec ces gens-là Mandrin et son groupe ne sont jamais tendres.
Par ailleurs, Mandrin profitera de sa position pour tuer le juge e
t sa fille de 18 mois, qui a fait condamner son frère. En parallèle, il libérera aussi certains prisonniers des prisons qui grossiront sa bande.

Alors on pourrait penser que comme c’est souvent des fermiers généraux qui sont malmenés, ce n’est pas grave ; et d’un côté c’est vrai, mais voilà, parfois la violence de la troupe se répercute sur la population, comme à Beaune qui sera traumatisé de son passage. Cela étant il trouvera toujours des complices, des admirateurs (et parfois très haut placé) pour l’aider à échapper aux armées du roi.

 La lutte contre Mandrin :

Ce qui m’a impressionné en lisant ce livre, c’est la lutte contre Mandrin. Comme déjà dit, elle ne fût point aisée à cause de ses complices-admirateurs, mais elle fut un tel déploiement de force que j’en suis restée presque bouche bée. Je savais que la troupe de Mandrin était immense, mais je n’aurai jamais imaginé que le Ministre de la Guerre allait envoyer, Dragon et Volontaires de Flandres et du Dauphiné à la chasse de cette bande. J’imaginais plus une autre organisation de la maréchaussée, un « pas de chance » dans l’arrestation, mais en tout cas pas ça. Un tel déploiement de force.

Chose un peu moins connue mais intéressante à savoir aussi, c’est que la lutte contre Mandrin est aussi extérieure à la France, comme l’atteste les moult lettres qui iront en Savoie pour demander l’arrestation de cette bande par l’autorité du pays. Cependant, celles-ci seront sans grand effet, vu que les Mandrins dépensent en Suisse et en Savoie - qui appartient à l’époque au Royaume de Sardaigne – le fruit de leur campagne, faisant donc vivre les gens du coin. Ce qui les rend plutôt sympathiques et intéressants pour l’économie locale. Mais ce comportement complaisant avec les brigands et sachant que la France n'a rien à attendre de son voisin, fera que la France enlèvera Mandrin en Savoie en toute illégalité suite à une dénonciation, créant ainsi un incident diplomatique. Où j’avoue que je n’ai pas très bien compris le comportement de Louis XV, vu le modeste royaume que représente la Sardaigne.

 La légende de Mandrin :

 Une autre partie intéressante du livre est la description de la légende de Mandrin. Aujourd’hui Mandrin est dans l’esprit des gens un héros, un Robin des Bois, comment en effet ne pas avoir de sympathie pour cet homme en écoutant La complainte de Mandrin ? Mais si pour moi la légende dorée vient de s’effondrer, il est quand même intéressant de noter que sa légende a commencé à s’écrire de son vivant ; puisque Mandrin, contrebandier audacieux, intelligent, aimable et presque honnête, s’attire la sympathie de la foule, par le fait qu’il s’en prend à un système pourri : la Ferme générale. Source de bien des malheurs. De fait, il n’en faut pas plus à la population, pour faire de cet homme un héros généreux au grand cœur avec les petites gens, même si cela s’avère faux.
Mais qu’importe le vrai et le faux, parce qu'il représente la lutte conte un système injuste, il recevra malgré tout beaucoup de sympathie jusqu’à ces derniers instants.  Derniers instants qui rendront Mandrin encore plus populaire. Jugé trop vite par le tribunal de Valence (un des plus sévères à l’époque) il sera roué vif, mais son courage devant cette épreuve, où pas un son ne s’échappera de sa bouche, finira d’en donner une image de héros. Que la Révolution va graver dans le marbre, et les mandarinades dans la bouche des gens.

« Passants, honorez de vos pleurs
Celui qui fit la guerre aux vices !
Il courrait après les honneurs
Il ne trouva que des supplices.
Si, pénétrés de ses malheurs,
Vous voulez savoir son histoire,
Interrogez-en l’Univers,
Ou la déesse Mémoire
Qui parle dans ce dernier vers :
CI-GÎT MANDRIN, CI-GÎT LA GLOIRE. »

 Mais ces louanges n’empêchent pas des écrits plus critiques.

 Ce que je n’ai pas aimé dans le livre :

Si j’ai adoré découvrir l’histoire de Mandrin, que l’auteur a replacé dans la complexité du système financier de l’époque, et que j’ai adoré découvrir la fin des contrebandiers après Mandrin (là le gouvernement de Sardaigne se montrera plus coopératif vu le changement de comportement de la bande et le banditisme qui touchera aussi la Savoie), il y a cependant deux choses que je n’ai pas appréciées dans ce livre.
Tout d’abord, le ton de l’auteur, où par quelques mots et phrases on voit qu’il admire énormément Mandrin, et ce malgré les crimes qu’il a commis. Par ailleurs, et à la différence d’Yves Jacob, je n’irai pas dire que l’armée a perdu un grand commandant. Mandrin n’est pas du genre à supporter la hiérarchie et les ordres, quand bien même il voulait rentrer dans l’armée du roi.

Enfin, je n’aime pas non plus l’excuse avancée par l’auteur et par d’autre je pense, qui dit que le système « par la nature même de ses institutions, a tendance à provoquer la violence ». Dire cela dans une biographie de Mandrin, c’est oublié que Louis n’était déjà pas honnête à la base, et qu'il ne lui fallait pas grand chose pour laisser parler sa part sombre. En effet point besoin de l’histoire des mules ou des frères Roux, pour voir que cet homme avait déjà un comportement de brigand. Cette excuse pourrait être valable pour d’autres gens plus honnêtes (même si j’ai du mal avec cette « idéologie »), mais pas pour lui. En tout cas pour moi.

 

En résumé, (et si vous avez tout lu je vous dis bravo) c’est un livre agréable à lire et que je conseille de lire, vu qu’il est encore facile de se le procurer d’occasion. Cela étant, comme il n’est pas très récent et qu’il manque des informations, j’aurai aimé savoir s’il y a eu des répercussions sur la population suite aux razzias, je ne sais pas si tout est encore à prendre. Donc à compléter par d’autres livres sur le sujet.