Encre d'époque.

06 juillet 2019

"Des maquis du Morvan au piège de la Gestapo : André Rodneay, agent de la France libre" de Joël Drogland

 

 

« Nous vous exprimons une nouvelle fois toute notre satisfaction pour les résultats que vous obtenez et la qualité de votre travail malgré les difficultés inhérentes à l’action de l’ennemi et les lourdes tâches que nous vous confions.
Nous vous témoignerons notre confiance et notre compréhension en vous donnant, dans la mesure de nos possibilités, tous les moyens qui vous sont nécessaires. »
Bureau de Londres.
p. 86

Des maquis du Morvan au piège de la Gestapo André Rodneay, agent de la France libre deJoël Drogland

Résumé :

Dans la nuit du 12 septembre 1943, l’agent français André Rondenay atterrit sur le sol de la France occupée. Ce jeune polytechnicien de 30 ans, évadé des camps de prisonniers allemands, vient d’être formé par les services secrets anglais, après son recrutement par le BCRA qui le considère comme l’un de ses meilleurs atouts.
Les missions de celui qui va devenir le représentant de la France libre auprès de la Résistance intérieure pour l’ensemble de la zone Nord sont de la plus haute importance : direction du plan Tortue visant à retarder d’au moins huit heures l’arrivée des Panzers sur les lieux du futur débarquement, destructions d’industries vitales pour l’armée allemande, sabotages de chemins de fer…
Mais sa mission la plus difficile sera d’unir les maquis du Morvan, divisés en organisations aux orientations politiques parfois diamétralement opposées, pour en faire un des plus puissants bastions de la Résistance française. Dans cette entreprise à haut risque, il devra faire face aux pires calomnies venant de son propre camp, jusqu’à ce que, trahi et arrêté, il soit exécuté par les agents de la Gestapo, de l’Abwehr et de la Milice qui l’avaient traqué sans relâche, à quelques jours de la libération de Paris. En suivant le parcours d’un héros de la guerre de l’ombre, Joël Drogland nous emmène au plus près de la vie des combattants clandestins, retraçant leurs victoires, mais aussi leurs défaites et leurs luttes fratricides.

Avis :

 L’historien Joël Drogland raconte le parcours d’un homme parachuté en France en septembre 1943 peu après la mort de Jean Moulin. Homme de la Résistance et homme de l’ombre, André Rondenay (DMR) est un homme de valeur et de combat qui a en charge en France plusieurs missions de premières importances : unir le maquis du Morvan, diriger des actions contre les allemands… Pourtant, André Rondenay est un homme oublié de l’histoire, et son rôle a été minimisé par le Général de Gaulle, ce livre est une manière de le faire sortir de l’ombre et de lui rendre le rôle qui a été le sien.

Une vision globale de la résistance :

Avant de parler de André Rondenay – Jarry dans la Résistance –, je tiens à dire avant toute chose, que ces pages vont plus loin que la vie d’un seul homme. En effet, après lecture de ce livre, je peux dire que bien plus qu’un homme j’ai découvert de l’intérieur le monde de la Résistance. Et après coup j’affirme que je n’en connaissais rien.
En effet, alors que je les pensais pendant le conflit tous frères de combat, solidaires entre eux et au-delà de la politique, il s’est avéré que ce n’est pas du tout le cas... Malgré le coude à coude d’un maquis à l’autre, d’une personne à l’autre, les tensions sont bien réelles et peuvent rendre la vie dure aux chefs, notamment en favorisant les suspicions, les traîtres, les querelles politiques. Rondenay en fera les frais avec les chefs de la Résistance et Londres, étant donné qu’il représente pour le COMAC  « la subordination aux Alliés » à l’époque où celui-là possède une forte influence communiste. Mais j’insiste, la solidarité existe néanmoins, par exemple des armes, des hommes circulent d’un maquis à l’autre et Rondenay faisait fi des engagements politiques.

Le maquis du Morvan photo février 1944. Source ici.
Au-delà des conflits et des tensions, ce que j’ai apprécié avec ce livre c’est qu’il est aussi un focus sur toute l’organisation de la résistance. Je dois avouer que j’ai été impressionné de découvrir qu’il y avait des grades, des soldes, des promotions, des couples, des ententes avec les chefs d'usine avant les bombardements, et tout un système d’organisation afin de faciliter la vie des maquis, des jeunes souvent plein de vie. Par exemple, j’ai découvert, que sans les villages alentours qui les aidé en fournissant ou vendant des vivres ; en prévoyant une chambre pour les blessés ; une pièce pour des réunions ; des médecins pour les soigner et qui rejoignent parfois le maquis ; etc. ; ben ces maquis n’auraient pas tenu. Certes, comme le dit l’auteur tous les paysans ne sont pas des résistants, et le maquis leur acheté aussi des provisions elles ne sont pas forcément données, mais néanmoins ces villages sont un exemple d’engagement certain contre les allemands. En parlant de village, ceux aux alentours des maquis vont souvent manger cher, et pas que dans le Morvan (autour de chez-vous il doit en avoir aussi, j’en connais un pas très loin de chez-moi).
« Tous les paysans ne sont pas des résistants mais on peut affirmer que les maquis, qui s’installent toujours à proximité d’une ou de plusieurs fermes, d’un hameau ou d’un village, parfois dans une grange, n’auraient pas pu se fonder et se maintenir sans eux. Les fermiers fournissent du ravitaillement, de l’eau et de la nourriture […] et bien souvent participent à des actions. Ils mettent également à disposition leurs chariots à bœufs pour transporter du matériel ou le ravitaillement. » p.53-54

André Rondenay : Jarry.

Audacieux, persévérant, intelligent avec des valeurs, voilà comment je définirai cet homme. Prisonnier au début de la guerre, il s’évade du camp avec des faux papiers allemands. Il décide de rejoindre l’Angleterre via l’Espagne non sans péripéties. Une fois à Londres, il se rapproche des organisations combattantes, où là il sera approché par la BCRA qui remarque les qualités de cet homme. Il suit ensuite une formation avec le SOE, et le 27 août 1943 le général de Gaulle signe son ordre de mission. Quelques jours plus tard il retourne en France.
Installé à Paris, ces missions sont nombreuses. Il doit d’abord mettre en place le plan Tortue (qui doit ralentir l’arrivée des allemands vers la zone du débarquement), coordonner les plans Vert et Violet, et mettre en place des actions de sabotages industriels dans la région parisienne. En outre, une fois évacué dans le Morvan après plusieurs arrestations sur Paris, il devra réunir la résistance et s’occuper de sa gestion en plus d’autres actions contre l’ennemi.
Tout ce travail, lui attire apparemment beaucoup d’admiration de Londres comme de ses proches. Cependant, cela lui attire aussi quelques ennemis…
J’en ai parlé un peu plus haut, avec le COMAC, les chefs de la Résistance, les communistes, mais ses pires ennemis restent les allemands. De fait, il faut l’éliminer à tout prix, c’est ainsi qu’il va être approché par Henri Dupré, agent de l’Abwehr ; et pour le faire tomber ce dernier va jouer sur les conflits internes de la Résistance. En accusant au passage Jarry d’intelligence avec l’ennemi.
Cependant, ce n’est pas une balle tirée par un résistant qui va tuer Rondenay - il y a assez de suspicion autour de Dupré pour que cela n’arrive pas. C’est une autre balle, après un coup de filet de la Gestapo à Paris, qui va faire tomber plusieurs têtes de la résistance dont André Rondenay. Ce dernier, prisonnier, torturé, interrogé, est mis avec ses camarades dans un train en partance pour l’Allemagne avec des milliers d’autres personnes, retiré du convoi au dernier moment, - alors que les Alliés sont aux portes de Paris -, il est conduit avec d’autres compagnons en forêt de Domont où il sera fusillé le 15 août 1944 (et non 1945 comme s’est marqué page 126, il y a une petite coquille). A l’endroit même où « Breton » le dénonciateur a été fusillé le 5 août 1944.

henri duprè
Henri Dupré

Enquête historique :

Henri Duprè qui sort de la guerre couvert de gloire, sera finalement arrêté et exécuté pour son rôle auprès des allemands. Il est acquis pour tout le monde qu’il a trahi le groupe de Rondenay. Toutefois, l’auteur, sans dédouaner Dupré qui est clairement coupable d’intelligence avec l’ennemi, pense que finalement l’arrestation du petit groupe passe par l’entourage de Rondenay et Grout de Beaufort qui aurait été infiltré. Et là il y a toute une liste de nom dans le livre.
Enfin un autre personnage trouble existe dans cette affaire et qui sera inquiété mais sans plus : l’homme politique André Mutter. Réputé comme résistant mais visiblement trouble. Tellement trouble que l’affabulateur, le calomniateur, Dupré compte un peu sur lui lors de son procès. Oui, calomniateur, affabulateur, comédien, Henri Dupré c’est tout ça à la fois.
Cependant, ces ennemis, ces agents français proches des allemands, ne doivent pas faire oublier qu’il y a beaucoup de gens au sein de la Résistance qui auraient aimé bien voir Jarry tomber. On ne va pas les accuser mais c’est une réalité qui existe.
« Il a été parfois pénible et décevant de constater que les dissentiments entre divers chefs de la Résistance avaient porté la méfiance ou les haines réciproques à un tel degré d’acuité que certains ont à peine caché leur soulagement et même leur satisfaction d’apprendre la disparition tragique de leurs rivaux de la scène clandestine. Les sentiments et les agissements imprudents qui en découlèrent n’ont pas été un des moindres éléments du succès des  entreprises ennemis contre les réseaux » Constat du commissaire Vallecalle rapporté par l’auteur. p.169

Le mot de la fin :

En résumé, et en plus de la vie d’André Rondenay, ce livre montre à voir la vie de la résistance, leurs actions, les difficultés tant au niveau matériel que relationnelle.  Il parle aussi des dessous politiques de la résistance qui sont intéressants à connaître. On regrettera juste que ce livre est parfois difficile à suivre, tant il y a de nom ! Cependant pour les principaux, l’auteur a glissé à la fin des mini biographies bien utiles pour se repérer (surtout au début). Il a glissé en sus quelques annexes très intéressantes pour connaître le rôle de la Résistance, les organismes de combat et les exactions allemandes, qui complètent bien les connaissances et la vision d’ensemble que cherche à donner le livre. Alors en conclusion et malgré les petits points négatifs, c’est un livre à lire car après ça vous verrez vraiment ce qu’était la résistance.


Editions Vendémaire.


01 juillet 2019

"Le sabordage de la noblesse : mythe et réalité d'une décadence" de Fadi El Hage

 

 

le sabordage de la noblesse fadi el hage

Résumé :

Au XVIIIe siècle, la noblesse française comme l'aristocratie, minorité ô combien plus "médiatisée", sont perçues comme décadentes par la grande majorité du peuple de France. Rongée par les dissensions internes, minée par les rumeurs et les scandales, contestée dans sa légitimité à revendiquer une supériorité sociale, la noblesse paraissait au plus grand nombre indigne de sa vocation à servir le royaume. Elle vivait alors la clôture d'un cycle, dont 1789 ne serait que l'ultime conséquence. En somme, et l'image perdure jusqu'à nos jours, la noblesse, en dérogeant à l'honneur, aurait perdu sa raison d'être. Mais y avait-il, dans les faits, une inconscience collective de la noblesse ? Pour démêler le vrai du faux, Fadi El Hage retrace son histoire au XVIIIe, dans toutes ces composantes, de l'aristocratie versaillaise aux vieilles familles prestigieuses mais désargentées, sans oublier la noblesse de robe. Fondé sur une relecture des sources et l'étude de documents inédits, cet essai novateur invite le lecteur à s'interroger sur la place et le rôle d'une noblesse victime autant de fantasmes que de l'image sociale et morale qu'elle renvoyait au public.

Mon avis :

 La critique de la noblesse ne date pas de l’époque moderne, déjà lors de la Guerre de Cent Ans elle avait été critiquée pour ne pas remplir son rôle. Au 18ème siècle, la litanie revient avec peut-être plus de force qu’avant étant donné la multiplication des écrits (journaux, romans, mémoires…) et la progression de l’alphabétisation dans les villes. Cette critique venant de tous les côtés, y compris de la noblesse, que raconte-elle exactement ? Que nous indique-t-elle sur ce siècle qui va se clore par la Révolution ? A toutes ces questions, Fadi El Hage va y répondre à travers plusieurs points.

Critiques :

Pour commencer, Fadi El Hage va nous montrer que la critique de la noblesse vient autant de l’opinion publique que de la noblesse elle-même, - qui ne supporte pas pour une partie d’entre-elle cette perte d’identité.
Que dénonce cette critique exactement ? Le comportement décadent de la noblesse à qui on reproche de préférer l’oisiveté, l’argent, le luxe, le pouvoir, au mépris des intérêts de la nation et de la vertu.
Ces reproches peu glorieux, et qui malgré les rumeurs et les exagérations ne sont pas immérités pour autant, indiquent déjà à l’époque que la noblesse en se comportant de manière si basse, si frustre, ne peut plus se prévaloir de sa supériorité ni expliquer ses privilèges. Surtout quand à côté la petite noblesse, la bourgeoisie, a autant voire plus de mérite.

Expression de la critique :

Cette critique et vision de la noblesse sont certes intéressantes à découvrir, mais si on peut les étudier aujourd’hui c’est notamment grâce aux écrits qu’elles ont laissé, et ce qu’on peut dire là-dessus c’est que l’historien Fadi El Hage a tapé large dans ses recherches. En effet, des mémoires plus ou moins directes, au roman comme Manon Lescaut en passant par la réflexion historique avec Montesquieu, l’auteur va montrer que tous les supports peuvent servir à l’approche critique de la noblesse. Montrant de ce fait que la situation interroge et interpelle déjà pas mal à l’époque.
"L'oisiveté représentait un danger. Louis-Antoine Caraccioline dit rien d'autre dans son roman moraliste Les Derniers Adieux de la maréchale de *** à ses enfants (1769), dans lequel il lance un appel à la jeune noblesse d'épée :
Vous êtes les descendants d'une multitude d'aïeux que la Patrie compte au nombre de ses héros : leur sang ne circula dans leurs veines que pour se répandre et pour guérir les maux que l'ennemi faisait à l'Etat. C'est à ce prix qu'ils acquirent la noblesse dont vous jouissiez, et dont vous ne pouvez vous prévaloir qu'autant que vous les imiterez. On perd sa noblesse aux yeux de la raison et de la probité, quand on ne s'en sert que pour vivre dans le faste et dans la mollesse, que pour se donner des airs de hauteur et de fierté." p.87
T
outefois et comme va l’indiquer l’historien moderne, ces écrits ne sont pas que des critiques nobiliaires ou des mises en garde adressées à la noblesse. En effet, dans la ligné de Polybe et de l'anacyclose de Platon, les réflexions de l’époque comme celles de Fénelon, peuvent aussi être une critique du despotisme monarchique initié par Louis XIV, et qui a dévoyé l’organisation du pouvoir par la domestication de la noblesse. Fénelon va en effet reprocher à Louis XIV d’avoir donné le pouvoir à des bourgeois ou des plus petits nobles, et voudrait donc revenir à quelque chose de plus noble en fermant les portes à l’évolution sociale. Outre Fénelon, on pourrait aussi citer Saint Simon pour ses écrits contre la noblesse - qui cachent mal parfois un orgueil blessé -, mais aussi pour ses écrits qui donnent quelques réflexions politiques pour sortir la noblesse de l’impasse où elle s’est mise, par exemple quand il prêche pour une régularisation de la noblesse et des privilèges.

fénélon
Fénélon (1651-1715)

Vision globale :

Au-delà de la critique de la noblesse, ce que j’ai apprécié avec ce livre, c’est qu’il nous montre à voir la vision de la monarchie par les sujets. Et ce qu’on peut dire c’est que le roi perd en sacralité dans toutes les strates de la population, entre ceux qui critiquent le coût d’un sacre et ceux qui critiquent son comportement, tous les sujets, en tout cas une bonne partie, ont une opinion dessus.
D’ailleurs, et puisque je parle du comportement, il a été intéressant de découvrir que le mauvais comportement de la noblesse est en partie la faute du roi dans les esprits du temps. En effet, Louis XV en s'éloignant des armées et en se conduisant comme le premier des débauchés, ne donne pas l’exemple à sa noblesse, donc qu’elle aille mal, qu’elle ait un comportement décadent, c’est un peu normal quand on regarde le comportement du roi. 

louis xv
Louis XV (1710-1774)

Au-delà de la vision de la monarchie par les sujets, l’autre atout du livre c’est qu’il décrit la mentalité du peuple à la vieille de la Révolution. Grâce à cela, on sent déjà, et surtout à travers la petite noblesse (brimée notamment par l’édit de Ségur) et les roturiers, que les gens veulent être jugés pour ce qu’ils ont entre les deux yeux, pour leurs capacités réelles. On sent poindre une envie d’évolution sociale, que Louis XIV avait rendue possible, et le refus d’un code suranné qui exclut une bonne partie de la population des charges importantes parce qu’ils ne sont pas nés du bon côté.
Bref ! Fadi El Hage va montrer que l’idée d’égalité s’inscrit déjà dans les consciences et que la Révolution ne fait qu’acter ce qui était déjà en marche dans les esprits et un peu dans les faits, et de fil en aiguille cela sonné déjà la fin de la noblesse. D’ailleurs puisque je parle de la Révolution, l’auteur a une petite théorie sur son rapport avec les nobles plutôt intéressante, mais je n’en dirai pas plus.
Enfin et parce que la vision est plus globale en sortant de l'approche comportementale, il est intéressant de voir que la noblesse n’est pas décadente que par son comportement, les lois qui la régissent peuvent aussi poser des problèmes à sa durée, ainsi que la consanguinité et les mœurs.

Le mot de la fin :

En conclusion, on voit que la noblesse s'est bien sabordée d'elle même, même si les rumeurs ont parfois joué contre elle. On voit en outre que l'évolution des mentalités a aussi joué contre elle, et que cet ordre était finalement voué à s'éteindre car n'étant plus adapté au temps.
En Résumé, ce livre possède une approche large et complète de sa problématique, et il y aurait encore beaucoup à écrire dessus, je n'ai pas abordé la polysynodie, pas plus développé que ça la Révolution, la République des lettres, le pouvoir royal, les nobles et leurs activités, etc. Mais quoi qu'il en soit, j’ai beaucoup aimé la lecture de cet ouvrage qui donne à voir la noblesse et la Révolution comme on les a rarement vues. Indéniablement à lire, surtout qu’il se lit très facilement.

 

Les éditions Passés Composés.

21 juin 2019

"Empires illusoires : les paris perdus de la colonisation" de Bouda Etemad

 

Empires illusoires les paris perdus de la colonisation

Résumé :

Les Anglais auraient voulu faire de l'Amérique du Nord une seigneurie féodale et transformer profondément la civilisation des Indes ; les Français étaient persuadés de pouvoir implanter une colonie de peuplement agricole en Algérie ; tous pensaient exploiter sans difficultés les ressources de l'Afrique et y contrôler les systèmes de production... Or, quelle qu'ait été la puissance de ces empires, ils ont dû faire le deuil de leurs ambitions face à l'écart béant entre ce qu'ils avaient imaginé et la réalité des terres qu'ils entendaient dominer.
Comment se brisent les rêves des colonisateurs ? Comment, à leur corps défendant, doivent-ils modifier leurs plans d'aménagement des territoires, d'encadrement des populations, et revoir à la baisse leurs prétentions jusqu'à la déroute et l'effondrement de tout ce qui avait été bâti ?
En un essai dense et documenté, nourri d'analyses approfondies des débats politiques et intellectuels du temps, Bouda Etemad en arrive à une conclusion radicale : les empires coloniaux sont illusoires, et cela tient à l'ignorance et à l'esprit de coercition dont font preuve leurs bâtisseurs, lorsqu'ils prétendent transformer des milieux et des sociétés dont la complexité les dépasse de très loin.

Mon avis :

Quand il y a colonisation il y a trois principaux objectifs : apporter le progrès, s’enrichir et contrôler le territoire. Ceci implique donc une idéologie, toute sorte d’investissements, mais aussi une politique pour favoriser ses investissements ; à travers l’approche de quatre colonies Bouda Etemad va nous montrer l’adaptation et  l’échec des métropoles face à la réalité du terrain, et ceci dans divers domaines et plusieurs époques.

Il va ainsi montrer que l’échec des colonies résulte de divers facteurs, comme celui des populations coloniale et métis qui peuvent être source de tension, d’indépendance et de mauvais comportement comme c’est le cas en Virginie et dans l’Empire Espagnol par exemple. L’auteur va aussi indiquer que ces précédents peuvent servir d’exemple au refus d’intégrer par la suite des métis dans la politique coloniale mais aussi de faire venir des blancs porteurs de trouble, comme c’est le cas en Inde avec la Compagnie des Indes orientales qui participe à la direction du pays.
Bouda Etemad, va cependant montrer que l’échec des colonies ne vient pas que des métis et colons, mais vient aussi de la mauvaise politique des métropoles. Cette dernière peut pousser à la révolte comme avec la Tea Party à Boston en 1773, mais aussi à la pauvreté et à l’exploitation des autochtones, où l’habitant « indigène » est assommé d’impôt afin de le forcer à travailler pour la métropole comme c'est le cas en Afrique.
Mais cette politique conduit aussi à de mauvais choix plus stratégiques comme le souligne un contemporain de la colonisation algérienne Louis-André Pichon, quand il dit notamment que c’est une erreur de ne pas s’appuyer sur les autochtones et de mettre à leur tête des français, afin de pouvoir diriger et contrôler correctement le pays, à l’exemple des anglais en Inde ou de l’Empire Ottoman en Algérie avant la conquête française qui était dirigé par des turcs. Dans le but bien sûr d’assurer une pérennité française.

L’échec c’est une chose - et il y a bien d‘autres raisons à l’échec -, mais avant cela il y avait l’adaptation des colonies. Cette adaptation indique donc que les européens ont buté sur des réalités et qu’il fallut adapter une politique en fonction de cela afin de s'affirmer un peu plus sur ces terres étrangères. Comme ce fut par exemple le cas en Algérie, où les colons ont réclamé les mêmes droits qu’en métropole, voire des droits supérieurs comme des avantages fiscaux, mais aussi d’avoir à Paris des représentants. En Virginie, cela passe un temps par l’instauration d’un régime militaire pour dominer les colons soi-disant incapables de se tenir et donc mettant en danger la survie de la colonie.
Ces exemples comme bien d’autres dans le livre (la rationalisation du système d'exploitation, la naturalisation des populations européennes, l'investissement fébrile en Afrique, etc.) indiquent donc qu’il y a beaucoup d’ajustement sur le terrain. Ceci représente donc finalement une politique qui se fait un peu sur le tas, selon les besoins et l’évolution des choses et montre donc le mauvais calcul des métropoles puisque le plan de base ne fut pas respecté.

La mauvaise approche des politiques coloniales (ce qui veut dire qu’il y a eu des décisions tranchées), l’adaptation des empires, sont, certes, une part importante du livre mais ne sont pas tout. En effet, l’avantage du livre c’est qu’il ne s’arrête pas que sur des résultats et des actions, mais s’intéresse à tout le cheminement de la pensée qu’il y a eu en amont et pendant la colonisation. Et là on va se rendre compte que personne n’avait la même vision sur la colonisation et la manière de coloniser. Il y en avait même qui était contre parce qu’elles n’auraient rien apporté, comme le pense pour l’Algérie le Baron de Lacuée.
« Le commerce d'exportation que nos fabriques pourront faire avec ce royaume sera nul, parce que les habitants ne consomment rien ou presque rien de ce que produisent nos fabriques ; que les denrées que nous en tirerons seront en petite quantité, donneront peu de profit, et que, sans posséder cette colonie nous pouvons nous procurer ces mêmes avantages.
Le seul parti que nous ayons à prendre c'est d'abandonner promptement [...] ces rivages barbares. » p.124

Ces pensées en amont et pendant la colonisation, sont intéressantes à approcher car on voit qu’elles sont multiples et butes souvent face aux terrains, face aux intérêts, face aux force en présence, face aux politiques, mais aussi face à ce qu’on imagine comme pour l’Inde par exemple. En effet, la politique prônée par la Compagnie des Indes orientales qui ne veut surtout pas de colon dans la colonie, est en opposition totale avec celle de certains gouverneurs, notamment Bentinck, qui lui aimerait favoriser l’implantation britannique par l’investissement étrangers et la venue des blancs, afin de favoriser dans le même temps un souffle de modernité tant industriel que civilisateur sur l’Inde, ceci avec le partenariat des autochtones qui pour certains croient aux bienfaits de l'Angleterre pour avancer sur le chemin de la modernité.
« La présence de settlers et de leurs descendants ne présenterait que des avantages : meilleurs diffusions des valeurs et des savoirs occidentaux, essentielles au bien-être de la  population indienne ; introduction facilitée de capitaux et de techniques européens, seuls à même de développer les ressources naturelles du pays ; création entre gouvernants et gouvernés, indispensable à la stabilité et à la consolidation de la domination britannique. Autrement dit, restreindre la présence européenne c’est aller contre la prospérité et la pérennité de l’empire en Inde ». p.88
Le rêve de Bentinck n'a jamais été réalisé, mais j’ai cité cet exemple parce qu’il représente l'affrontement de deux idées politiques contradictoires, mais aussi parce qu’il est intéressant de voir que là où a échoué l’Empire britannique - la modernisation du pays -, les autochtones importants y ont cru, mais déçus, ce manque est devenu un motif de scission. Ici, c’est principalement la déception d’une promesse non tenue qui fait l’échec.

En résumé, c’est un livre que j’ai apprécié lire, même s’il n’a pas toujours était facile sur certains passages. Toutefois et malgré ceci, j’ai apprécié découvrir la trahison des idéologies, de découvrir le fait que les métropoles coloniales ont buté face à la réalité, de découvrir un peu plus les terrains de la colonisation, les politiques improvisées mais aussi les politiques déçues. 


Editions Vendémiaire.

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15 juin 2019

"Quand le lys terrassait la rose" de Daniel de Montplaisir

 

 

quand le lys terrassait la rose daniel de montplaisir

Résume :

Jamais, dans l'histoire du monde, deux démocraties ne se sont fait la guerre. Mais avant qu'elles ne le deviennent, que de massacres ! Ainsi l'Angleterre et la France se sont-elles affrontées, souvent avec une incroyable violence, durant sept cent quarante-neuf ans. Chacune a essayé d'envahir l'autre, ou de la dominer, ou de l'empêcher d'en dominer d'autres. Toutes deux ont justifié l'appellation mutuelle d'"ennemi héréditaire". Pour bâtir ensuite une paix, puis une alliance, qui dure maintenant depuis deux cents ans. Et pour construire ensemble une Union européenne, que l'une des deux s'apprête à quitter. On attribue à saint Augustin l'aphorisme "nul ne peut prédire ce que sera le passé". C'est sans doute pourquoi l'impression dominante de la longue histoire du couple franco-britannique donne l'Angleterre toujours victorieuse et la France toujours vaincue. Ce qui est faux, du moins sur le plan militaire. Durant leur millénaire face-à-face, les deux pays ont participé à une trentaine de guerres, seuls ou dans le cadre de coalitions, et se sont combattus au cours de deux cents batailles majeures. On sait rarement que la France a en remporté les deux tiers. Ce livre, fruit d'une minutieuse recherche, en retrace le cheminement.

Mon avis :

Ce livre se finit avec la dernière victoire française contre l’Angleterre, le 17 juin 1815. Il s’ouvre avec la défaite de Waterloo le 18 juin 1815, où Napoléon perdit devant le général anglais Wellington. Montrant une fois pour toute, que l’Angleterre était décidément une nation gagnante face à la France, Waterloo c’est en quelque sorte rejouer Azincourt. Pourtant Waterloo n’est pas une victoire anglaise, elle est surtout une victoire prussienne. Premièrement, car l’armée sous les ordres de Wellington n’est que peu anglaise, mais surtout parce que les troupes de Wellington ont été soulagées et renforcées par le Maréchal Blücher à un moment décisif de la bataille. Waterloo pour les anglais est une « défaite gagnée ».
« Toutefois, malgré leur apport, vers dix-huit heures, Wellington croit la partie perdue : « Nu-tête, adossé à un arbre, il voyait sans bouger son armée battue. Elle fuyait autour de lui. Son désespoir était au comble. J’ai vu des larmes sortir de ses yeux » a rapporté l’un de ses officiers d’état-major. Mais, une heure plus tard, le gros de l’armée prussienne, avec à sa tête le vieux maréchal Blücher, le soldat le plus déterminé d’Europe à combattre Napoléon, vole enfin au secours des Anglais. Dès lors, la tendance s’inverse […]. » p.13
D
’accord Waterloo n’est pas une victoire 100% anglaise, cela n’empêche pourtant point la défaite française face à l’anglais quand bien même les anglais ne soient pas seuls sur le terrain. Et c’est vrai. Et seul ou pas, dans l’imaginaire, l’anglais reste doué au combat en témoigne Québec, Crécy (1346), Azincourt (1415) qui fut la grande défaite de la noblesse française lors de la Guerre de Cent Ans.

Pourtant, c’est méconnaître l’histoire de penser ainsi. Comme va le montrer l’auteur, 700 ans de batailles, d’échanges de poudre et de coup d’épée, nous lient à l’Angleterre, penser qu’elles furent toutes des victoires anglaises, est faux. Pour rétablir une certaine vérité dans l’imaginaire collectif, il est temps de lire ce livre.
Je ne dirai toutefois pas qu’il faut le lire par chauvinisme, cela serait absurde. Mais il est à lire pour se rendre compte à quel point la France et l’Angleterre sont liées (ceci bien avant la Guerre de Cent ans), pour voir l’évolution du système de l’armée et de ses armes, pour connaître les causes des conflits, pour voir que l’Angleterre est aussi française.

« Qu’est-ce que l’Angleterre ? Une colonie française qui a mal tourné », aurait déclaré Clemenceau :

Diable ! Qu’est-ce que je dis là ? L'Angleterre française ?! Il est vrai que j’ai pris un sacré raccourci, on ne parle pas encore de nation française en 1066 et Guillaume le Conquérant n’a jamais combattu pour le Roi Philippe 1er, comme son armée au demeurant. Cependant, quand le normand Guillaume va combattre en Angleterre pour récupérer le trône qui selon lui, lui échoit, il est malgré tout et comme son armée, franco-normand, et aussi vassal du Roi Philippe 1er. De plus, sa future aristocratie anglaise sera française. Alors pensez-vous toujours que les français sont si nuls que ça ?

« A Bayeux, le monument aux morts britanniques de la Seconde Guerre mondiale porte cette inscription : Nos, a Gulielmo victi, victoris patrium liberavimus (« Nous, vaincu par Guillaume, avons libéré la patrie du vainqueur ») ». P.38

bayeux tapisserie

Résistance anglaise contre les Normands.

Bouvines (17/07/1214) ; Castillon ((17/07/1453) ; Calais (07/01/1453) ; Fontenoy (11/05/1745), et bien d’autres victoires en atteste, la France a gagné plus d’une guerre face à la perfide Albion, et ce livre est une succession de ces triomphes. Toutefois, il est aussi le livre de ces défaites, ce qui peut paraître un peu long, mais qui est nécessaire pour comprendre que la guerre, c’est un jour gagner et l’autre perdre, c’est avancer et reculer, que c’est souvent aussi recommencer. La Guerre de Cent Ans en est l’exemple parfait, ce livre aligne les démonstrations comme l’armée aligne ses soldats.

L’ennemi de mon ennemi, est mon ami :

Aujourd’hui comme hier, il est important d’avoir des amis en politique afin d’asseoir sa puissance et d’éviter d’être mangé par le voisin. Il y aussi des intérêts à voir une personne au pouvoir plutôt qu’une autre, voyez l’opposition armagnacs-bourguignons lors de la Guerre de Cent Ans qui va faire durer ce confit longtemps. De fait, quand on parle de guerres franco-anglaises, ce n’est pas tout à fait juste, il y a tout un tas d’alliance à côté. Souvenez-vous par exemple Bouvines, qui fut une coalition anglaise et germanique (+ le comté de Flandre) contre la France de Philippe Auguste. Jean sans Terre voulant récupérer ses possessions françaises dont il avait été privé (commise) par le roi qui était son suzerain, avait fait pour ça appel à d’autres royaumes.
L’Angleterre n’est cependant pas le seul pays à avoir des alliés, la France aussi possède les siens, une des première d’entre-elle et fidèle : l’Ecosse, toujours présente quand il faudra faire chier l’Angleterre. Une alliance qui sera réactivée plus d’une fois au cours de l’histoire, et qui marchera aussi dans l’autre sens, le roi de France aidant le roi écossais. « L’écosse « épine dans l’épiderme anglais et pion dans la politique française » ».
Comme vous le voyez, chacun y trouve son intérêt, soit pour séparer les fronts, soit pour gagner des terres, par exemple la bataille qui se clôtura par Bouvines devait si elle avait tourné en défaveur du Roi de France, disséquer le royaume de France entre les gagnants.
« Dans l’immédiat, le roi de France revient dans sa capitale plus auréolé de sa victoire que ne le fut jamais aucun de ses prédécesseurs. Bouvines est, de fait, la première grande bataille rangée remportée par un Capétien, elle devient la bataille. Le roi écrit à l’Université de Paris : « Louez Dieu ! Nous venons d’échapper au plus grave danger qui nous ait jamais menacés. » Et c’est vrai. Clercs, bourgeois et peuple de la capitale avaient compris, ou pressenti, que se jouait à Bouvines non pas le trône des Capétiens, mais bien la survie du royaume des lys, qu’auraient dépecé ensemble Anglais et Germains. » p.71

Ce qui m’emmène à un autre point du livre, la naissance du sentiment national que l’auteur va mettre en avant par petite touche et montrer ainsi que le 19ème siècle n’a pas créé les nations, mais a fini de les concrétiser. Pourquoi ? Parce que depuis l’époque médiévale (avant ?) l’identité nationale s’est construite petit à petit, voyez Bouvines, voyez la Guerre de Cent Ans - on ne voulait pas d’un roi anglais -, voyez la Guerre de Succession d’Espagne où Louis XIV réunit tout un peuple en lançant un appel en juin 1709 où il met en avant « la justice et l’honneur du nom de FRANÇAIS ». (Décidément les mois de juin, c’est le mois des appels.)
Certes, les batailles ne sont pas les seules preuves du sentiment national, mais c’est peut-être la chose la plus évidente.

philippe auguste statue

Philippe Aguste (1165-1223)

Contre et avec l’anglais dans la marche du monde :

S’il est vrai que la guerre contre l’Angleterre a surtout eu lieu en Europe sur terre ou en mer. La guerre avec l’Angleterre s’est aussi exportée en Inde au niveau des comptoirs commerciaux et en Amérique, donnant à ce rapport belliqueux et plutôt européen une extension quasi mondiale. Et là aussi comme ailleurs, les défaites et les victoires s’enchaînent des deux côtés, et là encore les alliances vont jouer un grand rôle, par exemple anglais-hollandais-indiens contre les français et leurs alliés indiens.
Toutefois et malgré l’extension du conflit, il serait faux de croire que les relations avec l’Angleterre n’ont été quasiment que mauvaise. Outre le fait qu’un certain Louis fils du Roi Philippe Auguste a failli être roi d’Angleterre en succédant à Jean sans Terre que plus personne ne voulait voir au pouvoir, l’Angleterre et la France se sont parfois entendus quand les intérêts convergeaient. Enfin je dis la France, mais ce n’est pas tout à fait ça, Henri IV n’est alors pas soutenu par tout le pays et le siège de la Rochelle (1627-1628) ne concerne que les protestants et non la France entière. Chose amusante et par un petit tour dont l’histoire a le secret, c’est qu’en 1542 les protestants et les catholiques n’ont pas hésité à s’unir contre l’Angleterre pour récupérer Calais...
« La Rochelle, ne pouvant plus rien attendre de l’Angleterre capitule le 26 octobre en implorant le pardon de Louis XIII. Plus jamais aucune ville de France après ce jour ne sollicitera un concours étranger, l’idée d’appartenance à une nation l’emportant dorénavant sur l’allégeance religieuse. Mais subsistera longtemps dans les esprits, notamment d’hommes politiques, qu’il existe en France un « parti de l’étranger »  inlassablement prêt à se réactiver. » p.224

église des récollet détruite

Église des Récollets détruite suite aux bombardements anglais.

Militaire :

Ce livre aborde donc les relations entre les deux pays et les alliances diverses, mais il aborde aussi l’évolution des combats et de l’administration des armées. C’est-à-dire la manière de commander, de combattre et sa gestion.
On découvre ainsi que s’instaure petit à petit un ordre militaire, une armée permanente, et tout un système administratif et financier, qui remplace au fur et à mesure le système féodale, afin de monter en efficacité et pour éviter par exemple les compagnies de routier qui dévastaient le pays quand il était en paix. Les mercenaires ont parfois du bon, mais une fois qu’ils se retrouvent au chômage l’inconvénient c’est qu’ils se payent sur le pays. (Par contre ça, je ne sais plus si c’est dans le livre où si c’est moi qui le ressort de mes cours ^^)
Grâce à ce livre, on découvre aussi l’évolution de la guerre. Je le disais un pas en avant, un pas en arrière, mais c’est aussi à l’époque médiévale par exemple beaucoup de trêve et beaucoup de chevalerie qui se traduit surtout par de la mansuétude et le courage. Et au XXIème siècle ça choque voire fait sourire, cette manie polie de faire la guerre.
La guerre c’est aussi la ruse et l’audace, mais c’est surtout de l’artillerie. Que l’auteur va aborder par le génie des frères Bureau. Qui n’auront de cesse de perfectionner sous Charles VII le canon. Faisant ainsi des armées françaises une des plus redoutables qui donnera beaucoup de fils à retordre aux anglais.

Source: Externe

Siège d'Orléans avec l'artillerie.

Ce que j’en pense :

J’en pense que ça m’a rafraîchit la mémoire, ça a même complété mes cours de licence, donc que du bénef. J’ai vraiment appris des choses et ça c’était sympa, et je n’ai pas parlé de tout dans cet avis. Je vous laisse découvrir le reste à lecture du livre comme d’habitude.
Cependant, j’avoue que j’ai parfois trouvé ce livre un peu long, d’où le fait que j’ai mis longtemps à le lire car je le coupais avec d’autres lectures. L’histoire militaire c’est bien mais à petite dose, et là ce n’est que ça. C’est une succession de défaites et de victoires du coup ça peut faire un peu long, particulièrement quand il n’y a pas de personnage mémorable dans les batailles en question ou quand l'auteur n'aborde pas d'autres points plus administratif ou biographique par exemple. Mais ceci n’est qu’un petit inconvénient, que vous mettez une semaine ou deux mois pour le lire, à l’arrivée vous serez heureux de l’avoir lu : pour les idées reçues qu’il balaye ; pour les petites rappels historiques d’une époque à l’autre ; pour voir l’évolution des armées ; pour l'histoire, etc.
E
n conclusion, une lecture enrichissante.

 

Mareuil Éditions.

12 juin 2019

"Les racines de notre Europe sont-elles chrétiennes et musulmanes ?" de Guy rachet

 

"Un jour, des millions d’hommes quitteront l’hémisphère Sud pour aller dans l’hémisphère Nord. Et ils n’iront pas là-bas en tant qu’amis. Parce qu’ils iront là-bas pour le conquérir. Et ils le conquerront avec leurs fils. Le ventre de nos femmes nous donnera la victoire."
H. Boumediene (dans son discours à l’ONU en 1974)

"Je sais bien qu’il y a des musulmans « voltairiens » comme nous l’apprend, par exemple, M. Léger, mais sont-ils encore musulmans ? D’ailleurs ils sont si peu nombreux qu’ils ne risquent pas de transformer l’islam […]"
p. 404.

  "Pour ce qui concerne la tolérance au regard des juifs et des chrétiens - qui, en Espagne sont appelés "mozarabes" -, elle était relative, pouvait tourner en pogrom comme ce fut le cas dans cette même Andalousie, en 1066, où furent  massacrés quelques vingt mille juifs à Grenade, soit toute la communauté juive, mais il eut bien d'autres persécutions et massacres juifs en terre d'islam (voir Mark Cohen),
sans compter les milliers de chrétiens réduits en esclavage et déportés au Maroc par les Almoravides en 1126. [...]"
p. 275

guy rachet les racines de notre europe sont elles chrétiennes et musulmanes

 Résumé :

Les racines de l'Europe ? Voilà un sujet important et d'actualité. Guy Rachet, avec sa culture, se fondant sur une vaste documentation sérieuse, diversifiée, s'attaque. souvent avec verve et toujours avec courage, à ce débat voire à ce choc des civilisations. Textes et références à l'appui. Guy Rachet prouve que sur le socle des Celtes, Germains, Slaves, Latins, Hellènes s'est épanouie une civilisation novatrice et libératrice. Il atteste que le Moyen Âge européen n'a jamais été la période obscure et barbare que d'étranges " europhobes " ont professée. qu'il n'y a jamais eu de rupture avec la tradition gréco-romaine, et que, contrairement à l'islam dont le Coran a toujours été aux fondements de l'enseignement, celui des clercs du Moyen Age était établi avant tout sur la connaissance des auteurs latins dits " profanes ". Guy Rachet met ici en valeur la prodigieuse floraison d'art, de peinture. de sculpture, d'architecture (romane et gothique), de littérature, de philosophie et de science, qui marque cette période. Un ensemble qui fait de l'Europe du Moyen Age puis de la Renaissance un des joyaux de la civilisation. Il est patent que c'est à la Grèce que l'Europe doit ce qui la distingue dans le concert des peuples et des nations.

Mon avis :

Depuis plusieurs années, on essaye de nous faire croire, par un travestissement de l’histoire, que la France et même l’Europe devrait tout aux musulmans et à leur religion. On dit même que la France n’a jamais été chrétienne ! (J’invite tous ces idiots à regarder l’art français, le calendrier grégorien, son paysage avec ses calvaires, ses églises…, le sacre des rois de France qui font référence à la religion chrétienne, son histoire, et j’en passe pour qu'ils se rendent compte de leur stupidité.)
Ces assertions, que beaucoup considèrent véridiques, le sont-elles vraiment ? Du fait que l’on avance ceci pour justifier l’invasion islamique, et excuser le caractère belliqueux et raciste de ces gens-là (que l’on transpose souvent à tort et par bêtise chez les occidentaux), la question doit être posée sérieusement, est-ce vrai ? Ou est-ce que les musulmans s’attribuent des choses qui ne sont pas les leurs ? A ces questions, Guy Rachet va tenter d’y répondre avec beaucoup d’érudition. Je ne dis pas que tout est juste dans ces pages, je pense qu’on peut remonter un peu plus loin par exemple avec la cité souterraine de Cappadoce, mais quoi qu’il en soit c’est un fait, la civilisation européenne n’est pas née avec l’islam. La civilisation tout court d’ailleurs.
Même si, personnellement je suis contre le fait qu’on avance des bienfaits passé pour justifier des actes et une idéologie condamnable et bien actuelle comme l’islamisme ou encore l’immigration massive (notons que dans l’esprit de ces idiots utiles, ceci n’est valable que pour l’islam et non la colonisation européenne…), et même si je trouve parfaitement stupide de mettre en avant des faits passés qui sont depuis très longtemps dépassés par les sciences actuelles ( ce n’est pas les musulmans qui ont inventé le premier ordinateur, le bateau à vapeur, le moteur à explosion, les antibiotiques, les avions, la télévision, la science quantique, les satellites…), j’ai quand même voulu lire ce livre qui date de 2011, étant donné qu’il est toujours d’actualité. Et s’il s’est passé beaucoup de chose depuis, le côté historique, actualité et religieux n’en demeure pas moins vrai.

Âge d’or islamique, oui mais…

C’est un fait l’âge d’or islamique a vécu sur quelques siècles, jusqu’au 13ème siècle (ce qui laisse entendre un déclin avant cette date) comme en témoigne les nombreuses traductions du grecque faites en arabe. Pour qu’elles aient été faites en arabe, c’est qu’il a fallu quelques curieux chez les conquérants musulmans, c’est un fait, toutefois penser qu’elles viennent d’eux comme le pense les islamophiles est faux. En effet, comme va le dire ce livre – et pas que ce livre, je l’ai lu chez Gabriel Martinez-Gros –  les traductions se font du grec en arabe par les chrétiens comme les syriaques et les juifs ce qui les placent comme premier acteur de de la renaissance islamique.
« Plus de deux siècles plus tard al-Maqdisi assure, dans son Livre des provinces, que c’est seulement àTibériade qu’on trouve des scribes réputés, car aussi bien en Syrie qu’en Egypte on ne rencontre guère de musulmans cultivés et que le savoir est détenu par les chrétiens et les juifs »
p.242
O
utre les traductions, le monde islamique a eu ses penseurs comme Avicenne, Averroès, ces fameux philosophes dont on nous rabâche aujourd’hui les oreilles, et qu’on nous vend comme si la population entière avait été touchée par la grâce de la science et la de la philosophie découlant de ces gens-là. Mais savez-vous que ce n’est pas le cas ? Vu que ça ne sortait pas d’un cercle d’initié (comme dans le monde chrétien à la même époque en passant).
De fait et devant cette réalité, on peut se demander pourquoi nos islamophiles ne sont pas un peu plus honnêtes quand ils abordent ces hommes-là ? En précisant par exemple que la population n’était pas mêlée cette effervescence intellectuelle, mais que les philosophes ont eu quelques problèmes avec les musulmans bien croyants, comme Averroès qui fut maltraité par ses coreligionnaires en Andalousie sous les Almohades qui ont brûlé ses livres, et que une fois réfugié à Fez, « en 1195, il a été humilié devant une mosquée, obligé de s’agenouiller et battu par les bons musulmans de la ville ». (p.352)

En plus de ces sujets, pourquoi ils ne parlent pas de la crise des mutazilites quand ils abordent l’islam, ni des livres brûlés (pas qu’une spécialité islamique d’ailleurs) parce que la science ne pouvait s’entendre avec le Coran ? Pourquoi ? Si ce n’est que pour dissimuler finalement, qu’on est loin de la civilisation éclairée, tolérante et brillante qu’on essaye de nous vendre aujourd’hui. Les quelques penseurs intelligents et curieux que l’islam a eu, ne fait pas la brillance d’un peuple, surtout quand il n’y a aucune répercussion sur la civilisation entière, ce qui n’est pas le cas de l’Occident où le savoir circulent et les idées aussi.
Quoi qu’il en soit la renaissance islamique a bien eu lieu, mais elle s’est basée sur le savoir greco-romain et n’a pas été non plus exempte d’erreur. De plus, elle possède dans le monde musulman nombre d’opposant comme Al-Ghazâlî.

L’Occident médiévale, un monde pas si sombre :

Outre s’interroger sur le manque de sincérité des islamophiles (les islamistes on connait déjà la réponse), Guy Rachet partant des temps anciens, va nous montrer aussi point par point les mensonges des islamo-collaborateurs et des islamistes, en ressortant de l’oubli (volontaire ou pas) tout ce qui a fait les sciences antiques mais aussi médiévales européennes. Aborder l’une et l’autre, c’est montrer d’une part que l’on attribue des inventions aux musulmans à tort, comme par exemple la géométrie que l’on dit être une invention arabe islamique, alors que le premier traité de géométrie connu a été écrit par le grec Hippocrate de Chios, et d’autre part c’est montrer que toute la science médiévale européenne ou arabe s’est faite sur la science grecque (qui elle-même repose parfois sur d’autres sciences), et que de fait l’époque médiévale européenne n’avait en rien oublié la science et la pensée grecque et romaine. En témoigne : la Renaissance Carolingienne et son école palatine ; la cité des livres qu’est le Mont Saint-Michel ; la pensée d’Aristote traduite en latin par Boèce au 6ème siècle ; la traduction de l’ Ethique à Nicomaque d’Aristote par Burgondio de Pise un peu plus tard ou encore sa traduction directement du grec au latin de Gallien avec De sanitate tuenda (abrégé Tekhnê) ; l’enseignement universitaire et de ses ancêtres, les écoles cathédrales et monastiques avec le savoir profane et religieux (cf. l’abbaye de Paraclet pour les femmes savantes) ; etc., etc. La liste est longue comme un jour sans pain.
Bien sûr les musulmans ont apporté des choses à l’Europe et l’auteur le dit clairement quand il aborde certain côté des mathématiques ou encore de la médecine, mais ce n’est pas aussi important qu’on voudrait le faire croire. L’Europe n’a pas entendu après eux pour mener de son côté ses traductions et ses recherches, ni fonder ses écoles.
Enfin je parle des sciences grecques et des philosophies grecques, mais l’université médiévale occidentale possède aussi son importance, avec sa pensée et ses exercices comme la disputatio. En outre, des clercs peuvent avoir eu une grosse influence dans la pensée occidentale comme avec Pierre Abélard par exemple. Enfin, je voudrais attirer l’attention sur le programme des universités occidentales qui passait avec la théologie par le trivium et le quadrivium, et souligné qu’on est loin du bourrage de crâne islamique qui passait et passe encore aujourd’hui par la retenue entière du Coran, qui est la base de l'enseignement dans le monde islamique. D’ailleurs c’est ce que disait al-Nawawî dans ses commentaires « il faut propager la science, selon cette parole de Dieu… ». Seul Tolède semble faire figure d’exception plus tard.

« Déjà, par ces simples énumérations, on voit que l’éducation du jeune clerc médiéval est loin de l’enseignement pratiqué dans le monde musulman où la première étude était celle du Coran qu’il fallait savoir par cœur. Car tout enseignement se faisait dès le départ, à parti du texte du Coran. Ce que confirme Ibn Khaldoun (Discours, t. 2, p. 898-899) : « La source (asl) de toutes les sciences traditionnelles, ce sont les prescriptions du Coran et de la Sunna – c’est-à-dire de la Loi révélée par Dieu et Son Apôtre – ainsi que toutes les sciences connexes nécessaire à leur utilisation : c’est le cas, notamment, de la philologie arabe, car l’arabe est la langue de l’islâm et de la Révélation coranique. Il y a un grand nombre de sciences traditionnelles, car c’est le devoir de tout musulman, légalement capable, de connaître ses obligations religieuses. […]»
« Apprendre le Coran aux enfants est la marque de l’islâm, écrit plus loin Ibn Khaldoun. Les musulmans l’ont adopté et le pratiquent dans toutes leurs cités… Le Coran est donc devenu le fondement de l’instruction et sert de base à toutes les acquisitions ultérieures. En effet, rien ne s’enracine plus fortement dans l’esprit que ce qu’on a appris dans son enfance : tout le reste se construira là-dessus ».

[Après un interlude sur Tolède] Il n’en demeure pas moins que le savant musulman est visiblement marqué par la religion et la pratique du Coran. La lecture même d’un grand nombre de texte arabes, quelle que soit l’époque de sa rédaction, lasse par ces refrains sans cesse répétés : si l’on nomme Allah, on invoque sa grandeur et on requiert sa bénédiction, si l’on évoque Mahomet, on ajoute toujours que son nom soit béni et même Ibn Khaldoun termine ses chapitres en assurant qu’Allah en sait plus que lui, dans une optique musulmane, on s’en douterait ; obsessions d’actes de foi qui usent le lecteur, qu’on ne retrouve jamais cher les autres chrétiens pour aussi engagés, soient-ils dans leur religion » p.318
Qu’on le veuille ou non, les traductions occidentales directement du grec, le programme et les exercices médiévaux pratiqués à l’université, en sachant qu’il existait des universités spécialisées dans le droit, la médecine… font partie d’une culture éclairée qui montre que l’Occident ne vit pas un dans un âge sombre et religieux à l’époque médiévale. Quand on voit les cathédrales merveille de science comment le penser ?! Quand on connaît l’existence des Goliards comment le penser, ils sont la révolte même !

Les crimes des autres aussi :

Au-delà de la déconstruction de la légende lumineuse islamique qui s’opposerait à l’Europe sombre malgré son art et sa culture - rappelons à tout fin utile, que l’Europe n’a jamais eu de cesse d’évoluer après l’époque médiévale, il y a eu la Renaissance du 15-16ème siècle, les Lumières, la Révolution industrielle, la Révolution technologique, les Droits de l’Homme, la Libération de la femme, etc. - notre auteur va aussi se faire un malin plaisir de rappeler quelques faits historiques, qu’il semble important de rappeler dans cette époque de repentance réclamée et exigée à tout bout de champ.
Si on ne peut nier les crimes perpétrer par les chrétiens (ce que l’auteur ne cherche absolument pas à faire, il n’a pas l’air de les porter vraiment dans son cœur non plus), il est absurde de croire que seuls les chrétiens ont été des colonisateurs, des conquérants ou encore des esclavagistes. En effet, les musulmans (c’est là qu’on aperçoit de la mauvaise foi légendaire de Taubira et d’autres) ont eu leurs colonies (voir la Grèce et le massacre de Chio), leur esclavagisme plus conséquent et long que celui de l’Occident, ainsi que leurs croisades en Orient et Occident. Eh oui ! Bien idiot celui qui pense que les pays musulmans aujourd’hui ont toujours été musulmans. Avant d’être musulman ou partiellement musulman, le Moyen-Orient, l’Afrique, le Maghreb, l’Inde, l’Europe, étaient des pays juif, chrétien, païen, hindouiste, bouddhiste, zoroastrisme, et ils sont devenus musulmans par la force. Le sang versé excluant d’emblée un changement en douceur ! Aucun empire ne se crée d'ailleurs pacifiquement. Les massacres des croisades qu’ils ont perpétrés dans le Languedoc et la Provence, sont une réalité partout où les musulmans sont passés, Mahomet lui même s'en est fait une spécialité. Et encore aujourd’hui ça ressemble à ça, avec en plus l’utilisation du droit parce qu’ils se servent du droit pour mettre à mort ce qui n’est pas musulman. Ils retournent les Droits de l’homme contre nous.
Mais pour en revenir au livre, la question se pose ; pourquoi quand on parle de civilisation islamique, on met sous silence et scellé ces faits ? Pourquoi très peu de gens les dénoncent ? Pourquoi, en plus des violences françaises en Algérie, on ne dit pas que l’invasion de ce territoire a libéré des esclaves européens et mis fin aux razzias ? Pourquoi tout ça est sous silence ? Pourquoi l’idéologie politique et religieuse interdit de faire une approche rationnelle de l’histoire ? Et pourquoi elle ne doit mettre en avant que les méfaits de l’Occident et pas de l’Orient dans le même temps ? Qu’on mette à jour l’histoire oui, mais la réécrire ou la taire non.
Enfin, le pourquoi on s’en doute, c’est soi-disant pour ne pas stigmatiser cette population qui se stigmatise très bien seule et faciliter l’intégration dont elle ne veut pas, c’est aussi pour tenter de se faire des amis chez les ennemis, mais par quel prodige une démocratie, un monde sensé, ne peut plus aborder toutes les questions en histoire ? Et qu'on traite de révisionniste toutes les personnes qui le font quand cela est justifié, récemment encore Sylvain Gouguenheim.

Une envie politique d’écrire :

Outre vouloir rétablir la vérité historique, qui colle soit dit en passant avec d’autres lectures et mes cours, il y a aussi toute une réflexion politique dans ce livre de la part de l’auteur qui est intéressante. Cette réflexion n’est pas nouvelle et depuis 2011 bien d’autres personnes l’ont eu ;  comme d’autre Guy Rachet s’inquiète à juste titre du joug musulman qui s’étend sur l’Europe, et tente d’instaurer la charia en cherchant à annihiler la laïcité, l’égalité homme-femme, l’Europe et ses valeurs en détournant les Droits de l’homme à leurs avantages. Plus d’une fois dans ces pages, il dénonce les paroles de musulman (Tarik Ramadan…) et le comportement de l’Europe face à ces attaques islamistes plus ou moins « soft ».
Il s’inquiète aussi de tous ces idiots utiles, bien ou rien pensants, ces aveugles européens, ces collabos, qui les soutiennent dans leurs revendications intégristes, intolérantes, arrogantes et promettant de facto un avenir bien sombre sous la religion du dieu imaginaire Allah.
Vu la virulence du livre, quand bien même l’auteur tape sur les musulmans comme sur les chrétiens, on pourrait penser ce Monsieur islamophobe (c’est tendance en ce moment), mais vu la connaissance du Monsieur sur le monde islamique (ce qui prouve son intérêt et sa curiosité) et ses positions anticoloniales dans sa jeunesse, on peut d’emblée écarter cette facilité. Il a écrit ce livre par soucis de rigueur scientifique. Surtout que l’auteur ne renie ni l’âge d’or islamique ni les quelques avancées utiles qu’ont apporté cette civilisation. En mettant toutefois en garde, sur ce qui a été exagéré par but politique et en rappelant qu’apporter des connaissances ne veut pas dire que le peuple qui en profite était ignare. Pouvons-nous dire que le monde islamique aujourd’hui soit entièrement ignare quand bien même il profite très largement du savoir et des sciences occidentales ?

Le mot de la fin :

En conclusion, c’est un livre à lire et même à relire tellement l’érudition est incommensurable. A notre époque, ce livre ne peut faire que du bien même si certaines choses peuvent être discutées car l’histoire n’est pas une science dure. Toutefois, toutes les traductions Occidentales, tous les faits historiques sont vrais. Idem pour l'actualité.
Cependant, malgré la somme du savoir de ce livre, nous ne pouvons que déplorer son existence qui n’existe que parce qu’un jour des fous du politiquement correct, des collaborateurs islamistes, des islamistes, ont décidé de réécrire l’histoire et non la mettre à jour ; ceci afin de faire plaisir à une population arrogante et problématique sur toute la planète, tout en abaissant dans le même temps une autre partie du monde pour satisfaire leurs ambitions politiques et personnelles, mais aussi pour se donner une image ouverte qui se rapproche plus au final d’un libéralisme politique qui pointe en dictature.

Extraits :

« L'incompétence et le parti pris de Jack Goody éclatent une fois encore sur ce point de l’art et de la sculpture. Comme pour légitimer la position négative et stérilisante de l’islam face aux arts plastiques, il cherche à laisser entendre que la création artistique n’est pas un phénomène naturel propre à l’homme, et pour étayer ce ridicule sous-entendu, à l’évidence dépourvu de tout fondement comme le démontre l’existence des sculptures et bas-reliefs aussi bien préhistoriques que sumériens, égyptiens, babyloniens, assyriens, perses et bien d’autres civilisation, il déclare que « même en Grèce la sculpture figurative ne s’imposa réellement qu’à l’époque classique qui succéda à une longue période géométrique où tout motif figuratif était proscrit ». Je ne peux éviter de noter cet indigent raccourci dans lequel est passée sous silence toute la période dite archaïque qui dure plus d’un siècle et nous a laissé quelques merveilles comme les kouroi et le koré de l’Acropole d’Athènes. Par ailleurs, on ne voit nulle part dans les textes grecs qu’il y ait eu une quelconque interdiction d’autant que cette affirmation est fausse puisque sur les vases géométriques sont souvent représentées des figurines qui annoncent dans une certaine mesure toute la grande céramique figurative qui annoncent dans une certaine mesure toute la grande céramique figurative dont la perfection est atteinte par les vases attiques à figures rouges et noires. Les exemples sont nombreux. Je me contenterai de citer tel cratère corinthien (au British Museum, donc dans le pays de notre auteur) daté du VIIIe siècle avant notre ère, représentant un homme emmenant une femme par la main, couple qui selon certains, serait Pâris et Hélène. Et, naturellement, sans compter les représentations plastiques de ce même siècle et des siècles suivants (la statuaire dite classique ne commençant qu’au Ve siècle),  ornements figurés plaqués sur des objets en bronze ou statuettes modelées dans diverses matières, tout cela précédant les séries de kouroi et koré datées dans leur majorité du VIe siècle.
Et un peu plus loin (p.67) il assure que les « pères de la Révolution française étaient farouchement hostiles à la représentation, non seulement picturale ou plastique, mais aussi théâtrale. » Déjà, si cette affirmation était exacte, cela n’apporterait aucun élément à son assertion première, mais, visiblement il n’a sans doute jamais entendu parler de David et moins encore de Louis Boilly (1761-1845) qui peignit en 1794 « le Triomphe de Marat » et « l’Arrestation de Charlotte Corday », de François-André Vincent qui fit en 1792 le portrait du comédien Dazincourt lequel triomphait sur les scènes de Paris en pleine Révolution, ni de Joseph Benoît Suvée qui peignit comme David des scènes antiques à la même époque, ni de Charles Meynier qui peignit en 1793 le tableau allégorique de la France encourageant les sciences et les arts… » p.384-385

« Une lecture attentives du Coran ne permet pas de dissimuler comme tendant à le faire les musulmans modernes afin de laisser croire que l’islam est, comme ils déclarent sans vergogne, une religion de paix et de tolérance, le côté intolérant, violent, meurtrier de certaines sourates par quoi, pour ne prendre qu’un exemple, on doit bien admettre que les talibans ont pu justifier tout leur comportement en se fondant sur ces dites sourates (même cette interdiction qui a pu scandaliser ou amuser d’aucuns tant elle parut ridicule, faite aux femmes de faire claquer les semelles de leurs chaussures : sourates XXIV, an-Nûr, verset 31). Je n’ignore pas que ces sourates doivent être replacées dans leur contexte, qu’elles ont été données pour des raisons politiques, voire personnelles, mais cela n’empêche pas de nombreux musulmans, à commencer par les intégristes, les interprètent à la lettre. Et ils ont raison, car reconnaître que Mahomet (ou ses successeurs qui ont fixé le canon coranique) les a conçues dans telle ou telle conjoncture donc qu’elles n’ont qu’une valeur transitoire, pour des besoins politiques, suivant certaines circonstances où l’appui d’Allah devenait décisif, c’est nécessairement admettre d’emblée que l’ensemble du Coran n’a jamais été dictées au prophète par l’intermédiaire d’un ange envoyé par Allah, mais simplement conçues sur le moment pour des raisons de stratégies personnelle, ce qui revient à dire que l’Envoyé d’Allah n’est jamais qu’un imposteur ! » p.224

« Je suis un lecteur et dans une certaine mesure un admirateur (mais non sans quelques restrictions) des travaux d’Alain de Libera. Or, mon étonnement a été suscité par ce passage de son livre, Penser au Moyen Âge. Ainsi écrit-il (p.114)) : « Si le modèle du rapport entre la philosophie et la religion a trouvé sa première expression dans le monde arabo-musulman, le modèle de la « crise » ou du « drame de la scolastique » utilisé pour penser la spécificité du Moyen-Âge latin s’avère en réalité, un modèle d’importation. C’est dans le monde musulman que s’est effectuée la première confrontation de l’hellénisme et du monothéisme ou, comme on dit, de la raison et de la foi. Si, donc, on définit l’ « intellectuelle médiéval » par le choc supposé de ces deux postulations contradictoires, il faut toujours garder que l’ « acculturation philosophique » de l’Europe n’a pas été une simple acquisition de technique intellectuelles : la « crise » elle-même, son régime conceptuel, sa structure mentale ont été acquis en même temps que les instruments de sa réalisation concrète. »
Quelle conception de Libera a-t-il donc de la raison, de l’hellénisme et du monothéisme pour déclarer que la première confrontation entre les deux premières propositions et la seconde s’est effectuée dans le monde musulman ? Car c’est bien dans l’Antiquité, on peut dire dès les épîtres de saint Paul, et plus symboliquement lors de son séjour à Athènes, que s’est produite la première confrontation entre l’hellénisme, porteur de raison, et du monothéisme totalement irrationnel. Et l’on retrouve cette confrontation chez les « penseurs » chrétiens, déjà chez Tertullien qui oppose le portique de Salomon à celui d’Athènes (figure de rhétorique  car il s’agit d’une allusion au stoïcisme, adopté en réalité par Tertullien – voir son De Pallio – et totalement étranger à la théologie juive figurée ici par le portique de Salomon). Elle parvient à un apogée avec Justin et surtout Origène chez les Pères grecs, et avec Augustin dans le monde latin ; pour finalement tenter de fusionner chez Boèce et Cassiodore.
Et c’est bien avant que la philosophie arabe ne parvienne à trouver ses repères (et même ne naisse !) que l’Occident latin va non pas acculturer, ce qui sous-entend emprunter un apport étranger, la raison et la philosophie, mais développer une philosophie rationnelle héritée directement de la Grèce d’un côté, avec le texte philosophique attribué par les chrétiens à Denys l’Aréopagite et dans une grande mesure avec Jean Scot Erigène (v.810-v.877) et de la pensée hellénistique latinisée, par toute une tradition.
Visiblement, Jean Libera inverse les données car l’acculturation s’est produite chez les musulmans qui ont emprunté aux Grecs un aspect de leur philosophie et aux chrétiens bien des aspects de leur théologie. » p. 302

« Et maintenant, qui a entendu les Maria Menocal et autres Jean Mouttapa stigmatiser la prise de Constantinople par les Turcs de Mehmet II, alors qu’il s’agissait d’une ville fondée par Byzas, Grec de Mégare vers 667 avant notre ère, et donc grecque depuis plus de 21 siècles ! Je ne puis faire mieux ici que de renvoyer aux pages teribles que Jacques Heers consacre à la prise de la ville at aux massacres qui s’en suivent. Je fais l’impasse sur les préparatifs du siège, terrifiants, la traitrise de transfuge comme ce maître bronzier hongrois nommé Orbain ou Orban qui forgea dans les ateliers du sultan d’énormes cannons, ou des Albanais devenus les mercenaires des envahisseurs. A la page 254 commence le récit des massacres qui « n’eurent de fin que lorsque les guerriers ottomans et ceux de leurs troupes axillaires renégats pour une bonne part, leur fureur de tuer apaisée et s’avançant au cœur de la cité songèrent davantage à courir aux trésors et aux esclaves. » Et Jacques Heers cite alors un auteur contemporain de ces horreurs qui nous rapporte que : « ils volent, dérobent, tuent encore ici et là, font captifs femmes, enfants, vieillards, jeunes gens, moines, hommes de tous âges et conditions. » Et il est encore question des religieuses violées par les équipages des galères avant d’être vendues aux enchères. Pendant trois jours des bandes de pillards s’étant partagé la ville, l’écumèrent de la sorte à la recherche de ceux qui auraient pu se cacher dans les maisons. Les reliques furent  dépecées, les vases sacrés enlevés, des crucifix montrant le Christ coiffées de bonnets rouges, Sainte-Sophie devenue une écurie, avant que le sultan n’en prenne possession et ne la transforme en mosquée. Enfin, selon une coutume chère aux musulmans qui l’appliquèrent dans la piraterie qu’ils imposèrent au monde méditerranéen jusqu’à la conquête de l’Algérie, ils gardèrent en otages les Vénitiens et les Génois  qui pouvaient représenter l’espoir d’une bonne rançon.

Dès lors, et pendant plus de 2 siècles, les Turcs vont ravager et finalement enlever quelques-unes des plus belles et prestigieuses îles grecques de la Méditerranée dans laquelle avait fleuri la plus grande des civilisations, dans lesquelles étaient née l’Europe, Chypres, Rhodes, la Crète, mais en vain tenteront-ils d’arracher Malte aux chevaliers de Rhodes, anciennement Hospitaliers de Saint-Jean, installés dans cet archipel par Charles Quint. Toutes ces conquêtes se firent dans la violence et le sang, et l’on oublie trop facilement que, après avoir ainsi ravagé et occupé les îles de la Méditerranée orientale, toujours avides de conquêtes les Turcs assiégèrent donc Malte pendant six mois en 1565, un siège à propos duquel les chroniqueurs de l’époque rapportent la cruauté des envahisseurs et les massacres qu’ils perpétrèrent. Pr ailleurs ils n’auront de cesse de conquérir le reste de l’Europe. Les Balkans et la Grèce ont ainsi été dévastés et occupés, et leurs armées se porteront jusqu’aux portes de Vienne qu’ils assiègeront une première fois en 1529 avec une armée estimé à 120 000 hommes, et une seconde fois en 1683.
[…]
Car il a fallu aux peuples soumis, des décennies, voire des siècles de combats et de sacrifices, une énergie farouche, un mépris de la mort, un sens prodigieux du sacrifice, pour se libérer peu à peu de ce joug insupportable. Mais non sans martyrs : rappelez-vous le siège et la prise de Missolonghi, les massacres de Chio (à propos desquels nos islamophiles ne se sont jamais indignés), pour ne citer que les ravages faits en Grèce qui ont, en leur temps, ému toute l’Europe. Et je ne parlerai pas du million d’Arméniens massacrés au début du XXè siècle, ce que les Turcs persistent à nier ! Au reste, si l’on parle des massacres et des déportations des Arméniens en 1915 et 1916, à la suite de la prise du pouvoir des « Jeunes Turcs » en 1909, qui prônèrent une guerre sainte contre les chrétiens, on oublie que les premiers massacres de chrétiens en Arménie et dans ce qui allaient devenir l’Irak, ont commencé en 1895 et 1896. On oublie aussi la guerre qui s’est terminée en 1922 par la prise de Smyrne par les Turcs et l’incendie de la plus grande partie de cette ville, fondée par les Grecs et grecques depuis plus de trois millénaires, et le massacre d’une partie de sa population grecque.
[…]
Qui vient nous dire que les Turcs sont des Européens susceptibles d’intégrer la nouvelle Europe, eux qui dès leur apparition hors des steppes et les montagnes d’Asie centrale n’ont plus cessé de conquérir, de massacrer, d’imposer leurs mœurs, leur religion, de détruire tout ce qui est à la source de notre Europe, le monde grec !  […] Eux dont l’influence islamique a fait que, dans ces terres jadis si fécondes, sévit à notre époque les crimes de sang, qu’ils prétendent crimes d’honneurs, meurtres des filles insoumises qu’ils vont perpétrer jusque dans les pays d’accueil comme l’Allemagne dont ils méprisent visiblement la civilisation et les lois. Cette agressivité de nombreux Turcs installés en Europe, et notamment en Allemagne, se manifeste d’ailleurs bruyamment. Ainsi en est-il de l’organisation inter européenne, le Milli Görüs qui ne se gêne pas pour parler de la « barbarie européenne », déclarer que « la démocratie est une erreur occidentale », d’accuser les juifs d’être des « vampires suceurs de sangs », et de conclure que leur « communauté est un moyen au service d’un but : islamiser la société. »» p.400

« Le danger réel réside dans une invasion plus ou moins pacifique, plus ou moins feutrée, l’invasion peu discernable de musulmans qui se prétendent réformistes, démocrates et qui, sous couvert d’intégration cherchent à occuper ce qu’on peut appeler des « postes clefs. » Cette infiltration en France par ces réseaux islamistes a été nombreuses fois dénoncée aussi bien dans la presse que dans des livres, sans d’ailleurs émouvoir les idiots, les mêmes que les communistes appelaient les idiots utiles. L’Express, parmi d’autres hebdomadaire, a dénoncé dans son numéro du 17 avril 2003 ce réseau de « croyants purs et durs répartis entre Lille, Strasbourgs, Lyon, Marseille, Montpellier, Toulouse et Bordeaux, tous passés par l’Université, jeunes, intelligents et cyniques, bien placés à l’UOIF » qui constitue l’avant-garde des néo-islamistes. Lesquels auraient fait passer des consignes clandestines par l’intermédiaire de cédéroms numérotés du disque de Carla Bruni, Quelqu’un m’a dit. Les « axes de ce combat » définis dans ces fiches, au nombre de 70, porteraient sur la prise des commandes de la république pour parvenir à instaurer en France une République islamique. Je ne sais ce qui peut avoir de vrai dans cette enquête, mais ce qui ne peut échapper à l’attention du moins prévenu des innocents, ce sont les islamistes, notamment ceux de ce qu’on a pu appeler Londonistan, qui affirmaient haut, aussi bien dans les journaux qu’à la télévision, qu’un jour les Européennes seront voilées et règnera sur l’Europe ce que j’appellerai non pas le soleil mais la nuit obscure d’Allah. L’arrogance des jeunes bigotes porteuse de voile (rêvent-elles aussi de burqa) ? Celle des musulmans qui réclament non seulement des mosquées, des boucheries hallal, des heures réservées aux femmes dans nos piscines municipales, sans compter ceux qui, en France voudraient interdire la lecture de nos auteurs les plus chers qui ont forgés nos libertés, des Voltaires, Diderot et autres, que de jeunes fanatiques refusent d’aborder dans nos classes, ce sont là des avancées des islamistes qui éprouvent de cette manière les faiblesses de la République afin de la déstabiliser.

Cette volonté d’interdiction de la connaissance de nos écrivains, notamment de ceux des Lumières qui ont fait éclater le carcan de la religion, s’est encore manifestée en décembre 2005. Des associations musulmanes locales et des gens de la mosquée de Genève ont eu le front d’oser demander l’interdiction de représenter la pièce de Voltaire, Le fanatisme ou Mahomet le Prophète, au Théâtre de Carouge à Genève et à Saint-Genis-Pouilly dans l’Ain. Heureusement le maire de cette dernière commune a refusé de se plier à l’oukase des musulmans, mais le préfet s’est couché en tentant d’expliquer que cela n’impliquait pas les musulmans mais le fanatisme des catholiques !  Car, à l’évidence, les musulmans ne sont ni fanatiques ni intolérants, contrairement aux catholiques… Ce qui n’a pas empêché ces braves gens installés chez nous d’incendier la porte d’entrée du collège et de lancer des pierres sur les pompiers qui intervenaient, tandis que la pièce se donnait sous la protection de la police ! (Voir le Figaro du 12 décembre 2005, article de Corinne Caillaurd, p.12). A ce train-là, dans combien de temps nous autres Européens n’auront plus qu’un droit, nous taire et lire leur Coran ? En revanche, de zélés serviteurs des ambitions musulmanes ‘toujours les mêmes idiots utiles) montrent le plus grand soin pour complaire à leurs futurs maîtres. Témoin, par exemple, cet agent de l’aéroport de Bâle-Mulhouse qui s’est autorisé à demander (ou exiger ?) à une agence de publicité de retirer des affiches de lingerie féminine « par respect pour les pèlerins musulmans qui se rendent à la Mecque ». L’entrefilet du journal qui rapporte ce fait ahurissant, soit le Figaro du 23 décembre 2005, p.7, laisse entendre qu’on a obtempéré puisque « la direction a fait remettre les affiches le lendemain. » On peut ainsi constater que les musulmans n’ont rien à envier au puritanisme victorien de l’Angleterre du XIXé siècle. […] Et  non contents d’imposer aux pays qui les accueillent béatement, soit au reste du monde, à ce Dar al-Harb haï ou méprisé.

Un programme qui n’est jamais que l’aboutissement d’un processus que le grand arabisant américain Bernard Lewis démontre parfaitement dans son étude Le Langage politique de l'islam, qui pourrait se résumer par cet extrait :
« Jusqu’à ce jour, le monde est partagé en deux, la maison de l’Islam (Dar-al-Islam), où s’imposent la domination et la loi de l’islam, et la maison de la Guerre (Dar al-Harb) qui couvre le reste du monde. Entre les deux existe un état de guerre moralement nécessaire, juridiquement et religieusement obligatoire, jusqu’au triomphe final et inévitable de l’islam sur l’incroyance. Selon les livres de droit, cet état de guerre pourrait être interrompu si besoin était, par un armistice ou une trêve de durée limitée. Il ne pouvait pas se conclure sur une paix, mais seulement par une victoire finale ».
Je pourrais citer quantité de déclarations d’islamistes qui mettent en évidence cette constations de Bernard Lewis. Je me contenterai de rappeler celle d’un chef d’Etat européen (Bosniaque musulman) Alija Izetbegovic. Dans ce qu’on a appelé sa « Déclaration islamique » faite en 1970 et reprise en anglais en 1991 afin de lui assurer une plus large diffusion, il déclare, entre autres que : « Il ne peut exister de paix ou de coexistence entre la foi islamique et des institutions sociales et politiques non islamiques » Ce qui le conduit à conclure que : « Le mouvement islamique doit et peut prendre le pouvoir dès qu’il est moralement et numériquement capable de détruire le pouvoir non islamique existant ». (Cité par Bat Ye'or 2005, p. 210, avec références à l'appui.) » p. 409

« Ibn  Khaldoun écrit, en effet, que "quand les musulmans entreprirent la conquête de l'Iran, ils y trouvèrent une quantité extraordinaire de livres et de recueils scientifique et (leur général) Sa'ad ibn Waqqâs écrivit à Omar ibn-al-Khattab pour lui demander la permission de les prendre et de les distribuer aux musulmans avec le reste du butin. Mais Omar En conséquence, conclut  lui répondit : "Jette-les à l'eau ! S'ils renferment un guide pour la Vérité, Allah nous en a donné le meilleur. Et s'ils ne contiennent que des mensonges, Allah nous en a débarassés." En conséquence, concut Ibn Khaldoun, les soldats musulmans jetèrent les livres à l’eau ou au feu, et c’est ainsi que la science de Perses a disparu et qu’il n’en est rien resté. » Belle conclusion qui va à l’encontre de ce que prétendent certains auteurs tels les organisateurs de l’exposition à l’Institut du Monde Arabe (IMA) sur l’Âge d’or de la dite science, suivis par les journalistes qui ont participé  à l’apologie de la science arabe, accumulant un nombre impressionnant d’erreurs ou d’affirmations gratuite, qui citent la science des Perses l’une des sources de la science arabe. Au demeurant, parallèlement à ces erreurs, on ne peut qu’être choqué par des prétentions non seulement dépourvues de tout fondement mais qui sont de volontaires contrevérités historiques. » p.249

« Je ne sais sur quels textes se fondent certains auteurs comme par exemple, ceux qui ont rédigé la présentation de l’exposition sur l’âge d’or de la science arabe, organisée à l’institut du monde arabe, qui mentionnent la science des anciens Babyloniens et des Perses parmi les sources de la science arabe sans pour autant justifier de quelque manière que ce soit ces assertions qui me semblent donc totalement infondées. Les textes « babyloniens » qu’on peut qualifier de scientifique étaient rédigés en babylonien cunéiforme, langue et écriture complètement oubliées dès la fin de l’époque grecque, soit au cours des deux derniers siècles précédent notre ère. Occupée par les Grecs pendant pendant plus de deux siècles, la Babylonien était en rupture totale avec son passé qui n’avait que la cunairement substitué au cours des trois siècles de l’occupation des Perses sous la dynastie des Achéménides (VI- IV siècle avant JC), renversée par Alexandre le Grand. A l’époque des Abbassides, soit plus d’un millénaire après la fin de l’empire achéménide, non seulement plus personne ne savaient lire les cunéiformes, mais on en ignorait même l’existence, les tablettes cunéiformes  sumériennes et akkadiennes (l’assyrien et le babylonien procédant tous deux de cette dernière langue) n’ayant été rendues au jour et finalement décryptées et traduites qu’à la suite des travaux archéologues et philologues européens au 19ème siècle. 
Il nous a été conservé en grec quelques traditions historico-mythologiques babyloniennes et phéniciennes qui n'ont aucun caractère scientifique. Quant à ce qui concerne la Perse antique, il ne nous est parvenu que le corpus de textes de l'Avesta, préservé par les anciens sujets de l'empire sassanide qui avaient trouvé refuge en Inde. Les textes de l'Avesta, en langue pehlevi, dialecte persan, sont entièrement religieux et appartiennent au culte zoroastrien. Ibn Khaldoun nous apprend que toute la "science" et la littérature persanes ont été détruites par les envahisseurs musulmans. Seuls les poètes persans ont retrouvé des éléments d'une tradition pehlevi restée entièrement littéraire, et visiblement ignorée des Arabes, les quels ne savaient pas le persan. Cr les musulmans parlant le persan sont les iraniens ayant reçu des noms arabes suivant l'obligation de l'islam. Si l'on sait, cependant que l'Hémégistè de Ptolémée a été traduit en pehlevi au IIIè siècle, à l'époque sassanide, tout ce que nous savons sur une possible science perse préislamique ne tient qu'à quelques allusions chez les auteurs arabes. Ainsi nous ont-ils conservé le souvenir de l'existence de Tables royales (astrologie) dont il y aurait eu plusieurs versions entre 450 et 640. » p.255.256


10 juin 2019

Prochain article

 

quand le lys terrassait la rose daniel de montplaisir

Prochain article sur le blog :

Quand le lys terrassait la rose de Daniel de Montplaisir.

Il y en aura probablement un autre avant, d'ici deux jours environ, mais je garde la surprise. :)

A bientôt.

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28 mai 2019

"Les fils de Canaan : l'esclavage au Moyen-Âge" de Sandrine Victor

 

  Sandrine Victor Histoire esclavage Moyen age

Résumé :

L’esclave, tel qu’on se le représente généralement c’est tantôt l’homme-bétail de l’Antiquité, pliant le genou sous les coups de fouet des pharaons, tantôt l’homme-machine de l’époque contemporaine, chaînes aux pieds dans les plantations de coton nord-américaines… Quant au Moyen Âge, on l’a longtemps cru réservé à un autre type de subordination, celle du serf, attaché à la terre et au seigneur.
Or, à rebours de ces idées reçues, la chute de l’Empire romain est loin d’avoir marqué la fin de l’esclavage. Bien au contraire, les nombreux conflits du temps, des intrusions mongoles aux raids vikings, ont assuré la pérennité de cet asservissement de l’homme par l’homme : du bassin méditerranéen aux confins septentrionaux en passant par les terres byzantines, l’esclavage fut un phénomène très largement répandu durant les mille ans que dura l’époque médiévale.
Slaves transitant vers les contrées méridionales, populations d’Afrique noire vendues par les commerçants ibériques, chrétiens en terre d’islam, musulmans en terre chrétienne, les esclaves sont partout, aussi bien en ville qu’à la campagne, affectés à des tâches domestiques, artisanales, industrielles, dans une diversité de situations et de statuts qui a longtemps dissuadé les historiens de considérer le phénomène dans son ensemble – c’est précisément le défi que relève aujourd’hui cet ouvrage pionnier.

Mon avis :

On entend souvent parler de l’esclavage dans l’antiquité. On entend aussi souvent parler de l’esclavage pour l’époque moderne avec la traite triangulaire atlantique. Pour ceux qui ont eu de la curiosité, ils ont aussi entendu parler ou lu sur l’esclavage dans les pays musulmans.
Au-delà de ça, il est vrai que l’on entend peu parler du commerce d’esclave par les juifs, ou encore de l’esclavage à l’époque médiévale que l’on confond souvent avec le servage. Sans être exhaustif - la question est large - ce livre va réparer cet oubli historique, en n’abordant donc l’esclavage au moyen-âge dans divers points d’Europe et d’Orient, réparti sur la grande période de cette époque. A peu près 1000 ans.

Définition :
Enfin, je dis aborder l’esclavage, mais sachez que c’est quand même difficile. En effet, ne croyez pas qu’aborder cette question pour une période qui peut manquer d’archive et de cohésion, s’avère facile même pour une historienne comme Sandrine Victor pourtant spécialiste de l’histoire économique et sociale du bas Moyen Âge. Cette dernière va en effet très vite nous mettre dans le bain, en nous montrant d’entrée la complexité du langage qui peut très vite mener l’historien dans l’erreur ou la globalisation, comme avec par exemple le mot mancipium qui peut désigner un serf chasé (un ouvrier avec une terre) ou l’ouvrier non chasé et non libre : l’esclave. Et c’est d’ailleurs souvent cet emploi de terme qui mélange les états, qui fera dire à des  historiens que l’esclave c’est le serf médiéval, le servage étant la finalité de l’esclavage pratiqué par les romains.
C’est donc cette idée reçue que l’autrice remet en cause, en montrant que l’esclavage n’a pas disparu avec Rome pour réapparaître comme par enchantement à l’époque moderne, serfs et esclaves se côtoient mais ce n’est pas la même chose. En témoigne la diversité des mots qui les désignent, et la multitude de loi ou coutume qui jalonne l’époque et aborde l’esclavage, même si pour l’historien ça peut vite devenir un casse-tête.

« La différence entre  serf et esclave peut tenir au fait que, dans le cas de l’esclave, il s’agit pour le maître de posséder une personne, tandis que dans le cas du servage, il s’agit pour le seigneur d’avoir un pouvoir indirect sur elle par le biais de la possession de la terre. » p.26

Pratiques et règles :
Des lois, des règles coutumières, des chartes, des conciles, qui gèrent la question des esclaves : commerce, protection, punition, affranchissement, etc. il y’en a plein. Rien n’échappe aux droits dans ce domaine, de fait en tant qu’historienne, Sandrine Victor les a forcément interrogés. Outre la complexité, ce que l’on peut dire ici en premier, c’est que là aussi ça bouge pas mal, et qu’il est impossible d’en sortir un schéma unique. C’est toujours très varié selon les régions et encore les époques. Comme pour les mots, on a de tout. Pour preuve, la différence de traitement des esclaves fugitifs entre la ville de Toulouse qui ne restitue pas l’esclave quand bien même il soit demandé par le maître suite à une charte de 1226, alors que l'Église préconise de le rendre tout en demandant la clémence envers le fugitif. (Et c’est un exemple parmi tant d’autre).
Toutefois, nous savons tous que les lois sont faites pour être détournées ou pas appliquées, et c’est ce que nous allons découvrir aussi quand l’autrice va mettre en parallèle le droit et la pratique. Quand elle aborde notamment la vente des esclaves, par exemple il était techniquement interdit de vendre ses coreligionnaires (musulmans ou chrétiens) et pourtant il n’était pas rare de voir que cela se faisait. Il était aussi amusant de constater que parfois le droit pouvait se montrer ambivalent, en interdisant par exemple aux juifs la possession d’esclaves chrétiens mais en parallèle les autoriser à les vendre. (!)
Enfin puisque je parlais de protection et de punition inscrite dans le droit, j’ai trouvé très intéressant l’approche de l’auteure qui nous montre à voir le statut de l’esclave, de voir la manière dont il est traité. Mal, corvéable à merci, prisonnier de son maître… ça va de soi, mais aussi dans le même temps protégé par des lois, des conciles comme celui de Worms (876), ou encore par aussi l’intérêt de l’acheteur - ça ne lui sert à rien d’avoir un esclave impotent. Enfin, sur l’affranchissement qui est aussi inscrit dans le droit, j’ai apprécié que l’historienne se penche sur l’après, c’est-à-dire sur la vie une fois l’esclave libre ou partiellement libre.
Quoi qu’il en soit retenons une chose, la multiplication des lois sur l’esclavage, montre que le phénomène n’est pas rare.

Réflexions sur l’esclavage :
On a abordé la définition impossible, le droit et la pratique, quid de la philosophie de l’esclavage ? Parce que oui, ça peut être philosophique comme approche, comme dans le monde chrétien par exemple. En effet, dans le monde chrétien et comme l’esclavage dérange - on dit que Saint Eloi racheta lui-même des esclaves - on tente de motiver ce dernier par une approche morale, physique, psychologique mais aussi biblique qui peut avoir des échos avec l’antiquité et Aristote. Cette pratique prouve surtout que cette question dérange, car comme le souligne justement Madame Victor on ne justifie pas quelque chose qui coule de source.
Donc, comment justifie-t-on l’esclavage au moyen-âge ? Par divers moyens, mais principalement par la religion. Eh oui ! Grosso modo, l’esclavage ne serait que le résultat du péché originel dans le christianisme (par ailleurs ne méritant pas d’en faire grand cas, car la vie terrestre est une souillure), s’expliquerait chez les juifs par le fait que l’esclave est bien traité donc ne vit pas dans un état honteux, et chez les musulmans parce que c’est social et une tradition dans la société arabique. Je précise que certains de ces textes prévoient d’ailleurs le traitement de l’esclave, mais rappelez-vous, la théorie et la pratique sont souvent différentes.
« Dieu crée les hommes libres et égaux, mais cet état ne peut être assumé dans un monde marqué par la Faute. » (Pensée d’Augustin.)
Cependant, croire que tout le monde est d’accord avec les textes fondateurs est faux. Effectivement, il faut savoir que même justifié il existe des voix qui s’élèvent contre cet état, en Occident il y a notamment Smaragde de Saint-Mihiel qui veut abolir l’esclavage, sans parler de ceux qui demandent plus d’humanité dans le traitement des esclaves, car l’esclave est en quelque sorte ton semblable.
En quelque sorte, oui (vous ne rêvez pas j’ai bien écrit cela), car là réside une autre réflexion de l’esclavage ; l’esclave est vu comme un homme inférieur, mais est aussi considéré comme un objet ou un animal, et ceci sans que ça soit pour autant contradictoire. Il est inférieur juridiquement, il n’est pas libre, il est soumis à son maître, il ne peut pas faire ce qu’il veut, pourtant il est protégé dans le même temps car il possède d’une part une certaine valeur marchande - il y a eu un investissement -, et d’autre part parce qu’il est aussi reconnu humain, étant donné qu’on le compare à une créature que dieu à puni. Et une créature humaine, puisqu’on en fait un homme pensant qui ne doit pas se plaindre de la place que dieu lui a administrée.
Ok, on justifie l’esclavage au moyen-âge, mais est-il toujours fort ? La réponse est non, du moins pour l’Occident où l’esclavage disparaît entièrement ou quasiment au fur et à mesure qu’on avance au moyen-âge, d’ailleurs vu qu’il y a moins de conquête en Europe l’esclavage diminue automatiquement. Avant de repartir à l’époque moderne, plus ou moins selon les pays.

Pour l’esclavage pratiqué par les juifs, je me souviens juste que sont des marchands d’esclave, qu’en est-il d’une baisse je ne sais plus ! Je ne sais même plus si c’est abordé tellement ce livre est dense.
Quant aux musulmans, on sait qu’ils ont eu plus d’esclave que la Chrétienté, et que l’apogée des razzia se situe du 16ème à la fin du 17ème siècle, signe que la pratique de l’esclavage est encore courante avant cette date. Enfin on peut noter pour cette communauté, que la volonté de posséder des esclaves peut être un motif de guerre, conclusion, l’Afrique est une terre vaste, l’Europe aussi.

Source: Externe

Quel travail ?
Un esclave c’est de la main d’œuvre, et on imagine souvent le pire du travail ce qui est vrai. Un esclave travail dans les champs, les mines, fait du terrassement, des tâches domestiques, en ville comme à la campagne. Toutefois, l’autrice va nous montrer qu’un maître peut aussi  guider son esclave dans le monde marchand ou artisanal, en lui faisant apprendre par exemple un métier. C’est ainsi qu’à Marseille en 1488 que deux esclaves sont mis en apprentissage chez un corailleur, aux frais bien évidemment du maître.
Enfin on peut aussi acheter des esclaves pour leur savoir-faire, des potiers sarrasins à Marseille  qui viennent compléter avec leur technique, les techniques déjà en vigueur à l’époque, ou encore des scribes dans le monde musulman qui copient en arabe ce que les juifs et chrétiens traduisent dans cette même langue.

Au final, le travail dépend du besoin du maître, qui peut aussi le cas échéant louer son esclave.

En conclusion :
Comme vous le constatez avec cet avis qui n’en dit pas les 3/4, je n’ai pas abordé la pression psychologique sur l’esclave, les mariages, les fuites, les subtilités de tout ça et j’en passe (comme toujours je vous laisserai lire le livre), la question de l’esclavage à l’époque médiévale est complexe étant donné la diversité qui règne à cette époque. Il est en effet impossible de tirer une conclusion englobant tout un monde sur un seul schéma, quand bien même ce dernier ait une évolution dans son raisonnement.
Toutefois, on peut en sortir certains éléments, quand on aborde notamment le droit et la pratique, l’explication de l’esclavage, le travail etc., etc. ; que ça soit clair, l’impossibilité de faire une étude globalisante ne veut pas dire qu’on ne peut rien dire, et c’est exactement ce qu’a fait l’historienne Sandrine Victor qui en brosse un portrait général avec minutie qui permet de voir la complexité du phénomène.

Dans l’ensemble cela est bien raconté, on a tous quelque chose à apprendre, mais pour être honnête j’avoue que parfois c’était raconté de manière un peu assommante, enfin dans deux passages en ce qui me concerne : la géographie des courants esclavagistes et les mots. Nonobstant ces freins, ce livre est lisible par tous et je ne pense pas que des connaissances en histoire changent grand-chose, à part peut-être si vous n’avez jamais entendu parler du droit coutumier et encore je ne suis pas certaine. Bref ! Voilà un livre où s'attarder.

Editions Vendémiaire.

 

Source: Externe

 

21 mai 2019

"Allons-nous sortir de l'histoire ?" de Jacques Julliard

 

"Il ne faut pas oublier l’hostilité avec laquelle la gauche a accueilli Alexandre Soljenistyne, qui justement se réclamait d’une philosophie des droits de l’homme et de la souveraineté de l’Etat. Cette philosophie universaliste prétendant privilégier ce qui unit les hommes au détriment de ce qui divise aboutit paradoxalement au communautarisme, c’est-à-dire à mettre en avant ce qui distingue les hommes entre eux : leur religion, leur ethnie. L’islamo-gauchisme est l’une des manifestations de ce paradoxe. Il dévoie l’essence de la philosophie des droits de l’homme, héritière de la pensée chrétienne et des Lumières. De l’universalisme, on arrive bizarrement au communautarisme. Nous touchons là, je crois, l’un des aspects les plus inquiétants de cet islamo-gauchisme qui légitime les philosophies différentialistes dans les milieux de gauche, normalement hostiles à ces courants."
p.157

"Ce "souci du monde" fait aussi partie de notre identité. Il n'empêche : que je ne vois pas pourquoi la France serait le seul pays au monde à ne pas avoir droit à une identité."
p.108."

allons nous sortir de l'histoire Julliard

Résumé :
«La France pourrait pour la première fois quitter la place qui fut toujours la sienne à l’avant-garde de l’Histoire. Pis que cela, si l’on en croit certains : il ne lui resterait plus qu’à méditer sur l’irréductible diversité de ses origines et sur les crimes qu’elle n’aurait cessé de commettre.
Eh bien ! Cette vision lacrymale et pénitentielle de l’Histoire de mon pays ne sera jamais la mienne ; je ne l’accepterai jamais.
Ce que nous vivons aujourd’hui n’est rien de moins qu’un changement d’époque. Au moment où s’affirment les grandes puissances régionales du monde de demain, l’Europe fait preuve d’une incroyable impuissance. Et la France se trouve bien seule et bien démunie, en proie à des déchirements intérieurs. Or elle n’a d’unité que dans son passé, d’avenir qu’en Europe, de raison d’être que dans l’universalité de ses valeurs. »
Les analyses de Jacques Julliard publiées précédemment dans Le Figaro sont ici réunies pour la première fois, accompagnées d’une introduction inédite. Le travail du journaliste rejoint celui de l’historien pour dresser le portrait édifiant de la France d’aujourd’hui, mettant en lumière les démons qui l’assaillent et esquissant les défis qu’elle a à relever, sans oublier ce qui a toujours fait sa force : sa vocation à être la patrie de l’universel.

Mon avis :
Ce livre est un condensé de réflexion de Jacques Julliard journaliste et historien, sur la politique, l’islam, le monde, la littérature… Certaines de ces réflexions ne datent pas d’aujourd’hui et peuvent s’avérer plus ou moins inexactes avec les évènements, d’autres ne sont que des possibilités, l’histoire n’ayant pas pour fonction de prédire l’avenir, on ne prendra donc que ce qui nous intéresse. On pourra aussi être d’accord ou ne pas l’être, avec ces articles. Quoi qu’il en soit, il faut saluer la démarche de l’auteur, qui de gauche et historien, ne joue pas de ces côtés pour bloquer la réflexion et les débats que le monde actuel impose.
Au contraire même ! Là où la gauche adore jouer du point Godwin, du mensonges et du pathos pour protéger ses petits chouchous que sont les musulmans et les immigrés, l’auteur va à l’inverse du courant, dénoncer cette pratique et l’intimidation par la menace que la gauche impose, notamment par son bras armé qu’est la justice.

Quitte à aller contre le courant. Il va dénoncer aussi la trahison des idéaux de gauche par la gauche, que sont : la laïcité ; l’égalité homme-femme (que les féministes et gauchistes pro-islamistes bafouent et méprisent parce que l’islam est dans leur tête la religion des pauvres et des victimes dixit l’auteur) ; la nation (alors que la gauche ancienne n’était pas étrangère à la terre de France) ; l’école (dont on a baissé le niveau pour permettre aux derniers arrivants de suivre le programme, ceci au nom de la religion égalitaire qui favorise la médiocrité).
"Mais il n'y a pas que la laïcité. A l'école, on a substitué systématiquement le principe d'égalité - par peur de stigmatiser ceux qui ont un retard culturel, entendez les enfants d'immigrés - au principe de l'école républicaine, qui a toujours été une école d'égalitié mais aussi d'excellence. Le recul de la France dans le domaine de l'éducation et des sciences est profondément préoccupant. Si la gauche cesse d'être le parti de la science, je ne sais plus ce que c'est !
Quand on fait de la république, de la nation et de la France le symbole de colonialisme et de racisme, on pratique un amalgame scandaleux. La France a, comme tous les peuples, beaucoup de cadavres dans le placard. [...] Qu'on arrête de nous jeter à la tête le reproche d'un identitarisme stigmatisant et excluant. Je suis pour l'identité française. Elle est avec Michelet, cette personne, et avec de Gaulle, cette princesse rêvée que nous avons tous dans le coeur. Il faut une sorte de perversion de l'intelligence pour faire de l'attachement des français à leur identité une marque de réaction ou d'intolérance. c'est absurde.
[...] La France a commis des crimes, je l'ai toujours combattus, mais passer son temps à demander aux Français de faire pénitence, c'est le pétainisme, ce n'est pas la République."

Comme vous le voyez, la gauche va donc s’en prendre plein la poire et ce n’est pas pour me déplaire je l'admets. L’auteur va effectivement critiquer l’aveuglement, les mensonges, les raisonnements stupides, les discours honteux, la médiocrité notamment intellectuelle de la gauche, qui est pourtant son parti de prédilection. Il ne va pas oublier la droite dans ses réflexions, puisque la droite s'est accaparée les idées gauchistes anciennes et a fait aussi ses bêtises, mais ce n’est pas le plus présent.
  Cependant, toute cette critique, n’est pas là que pour critiquer et dénoncer des faits, elle s’accompagne aussi d’une démarche explicative. En effet, Jacques Julliard va donner son explication sur l’inversement des valeurs de gauche. La religion égalitaire et des droits de l’homme détournés en sont une, mais selon l’auteur, les gauchistes d’aujourd’hui et d’hier tentent à travers leurs actions de s’approprier des combats et des gloires passés, comme l’anticolonialisme actuel qui cherche à condamner la France à une politique pénitentielle éternelle et à devoir abandonner son identité, car dans l’esprit gauchiste seul les « victimes » ont le droit à une identité. (!)  L’auteur, n’aborde néanmoins pas le côté psychologique qui pourrait expliquer cette haine de soi, il en laisse le soin aux psys.
Retenons seulement que les islamo-gauchistes dont Edwyn Plenel ou encore Libération et Télérama sont des exemples, sont des crétins qui disent des énormités, mais qui hélas arrivent à figer les débats avec des mots stupides du genre « pas d’amalgame » ou « les heures sombres de l’histoire ». Ils sont aussi en plus, des gens violents tendance collaborationniste (mais ça on le sait déjà tous). M'est avis, si en 39-45 il ne fallait pas habiter à côté d’une personne extrémiste de droite sous peine d’être dénoncé, aujourd’hui la tendance s’inverse est vaut mieux pas habiter à côté d’un gauchiste.

 Cette réflexion ne comporte cependant pas qu’une critique de la gauche – même si pour moi c’est ce qui a de plus présent –, elle aborde aussi des réflexions sur d’autres sujets comme Macron, la politique ou encore l’Europe. Une Europe que l'auteur voudrait française & allemande afin que l’on fasse encore partie de l’histoire, car l’Europe des 27 c’est ingérable. S’il a raison pour les 27, j’avoue ne pas suivre pour autant son opinion, car je suis contre l’UE. Cette Europe dictatoriale et envahissante, qui méprise ses peuples et leurs opinions, qui marche main dans la main avec l’islamisme, les lobbys et les passeurs, franchement très peu pour moi. Je veux bien d’une UE, mais pas celle-là. Par ailleurs je ne suis pas si pessimiste que l’auteur, je suis certaine qu’une belle vie en dehors de l’Europe est possible, et elle finira bien par arriver étant donné que l’UE est sur sa fin. Mais passons.

Jusqu’à maintenant, j’ai surtout abordé la réflexion politique du journaliste où l’histoire bien sûr se joint. Toutefois ce livre ne comporte pas que cela.  En effet, si l’auteur croit en l’Europe, il croit aussi en la littérature. Bien sûr, ce sujet va lui permettre d’aborder encore la politique, tant les programmes scolaires que la personnalité des grands hommes politiques du passé, qui étaient quasiment tous d’excellents écrivains. Toutefois, et sur l’affaire de quelques pages, il va aussi en faire un éloge dans laquelle la littérature est une clé de l’avenir ; par l’intelligence qu’elle procure (encore faut-il ne pas lire n’importe quoi) mais aussi par ce retrait du monde qu’elle permet. Ce retrait au monde qui permet de réfléchir, de s’interroger, de se vider, de s’oublier, et qui s’oppose de fait violemment à la société trop pressée, trop connectée et lumineuse actuelle. Cette société qui occupe tellement l’esprit qu’il devient difficile de se concentrer sur les problèmes et de réfléchir.  "La règle numéro un du totalitarisme est d'occuper en permanence l'esprit des gens, afin qu'ils ne demeurent jamais seuls avec eux-mêmes."
Aborder la lecture, c’est aussi aborder les intellectuels. Là aussi l’auteur à de belles réflexions. Une particulièrement qui m’a énormément plu : un intellectuel doit savoir rester seul. Car seul l’intellectuel est « synonymes de lucidité et de courage », alors que quand ils chassent en bande « ils deviennent le plus souvent un groupe dangereux et dominé par les passions ».
« Individuellement ce sont des défenseurs des droits de l’homme ; collectivement, ce sont des sycophantes. Dans une période récente, on les a vu ouvrir des listes de proscriptions pour dénoncer un écrivain, un collègue, suspect de déviation ou de mauvais esprit. Quitte à le désigner implicitement au couteau des assassins. Lorsqu’ils chassent en bande, les intellectuels se muent en une sorte de Père Ubu collectif qu’aucune sottise, aucune lâcheté, aucune cruauté ne sauraient faire reculer. Je tire une conclusion : ne donnez jamais de pouvoir politique à un intellectuel, vous en faites un flic. »

 En résumé, c’est un livre intelligent et hautement intéressant à lire, où toute cette réflexion doit nous emmener à nous poser la question sur l'avenir de la France et son utilité dans le monde. L’auteur avance ses opinions respectueusement, après on n’adhère ou pas. Toutefois, le fait que cet homme ait atteint l’âge de 86 ans, et a donc vu beaucoup du passé, assure une bonne réflexion sur le présent plaisante à lire et à réfléchir, même si j’avoue que ce n’est pas suffisant et peut-être pas forcément juste.

Editions Flammarion.

(Marque page : Fabrique de Ga - Joyeuse.)

Extraits : (les parenthèses noires dans les extraits sont mes petites réflexions).

"La laïcité :

Elle fut longtemps le critère privilégié de l’affrontement gauche-droite. Etait de gauche qui était laïque, et de droite qui ne l’était pas. […]
Aujourd’hui, au prix d’un tête-à-queue soudain, dont l’histoire offre peu d’exemples, les signes ont été inversés. On ne trouve plus guère à droite que des « laïques-bien-sûr ! », et de plus en plus à gauche des « laïques-oui-mais… ». La raison invoquée, on la connaît. La gauche compassionnelle a pour principal souci de ne pas traumatiser les musulmans, encore moins de les stigmatiser. Si la gauche républicaine s’était préoccupée de ne pas stigmatiser les catholiques, elle n’aurait jamais fait la loi de séparation de 1905, qui a ssuré à la France un siècle de paix religieuse. […]

L’école  :

C’est un livre entier qu’il faudrait lui consacrer. Je me contenterai donc de dire que la gauche a abandonné, au nom d’un alignement égalitaire sur les plus médiocres, les idéaux d’excellence intellectuelle et de civisme sur lesquels elle avait été fondée. Certes, dans ce domaine la droite fait aussi mal et parfois pire. Mais l’école n’était pas son patrimoine à elle, son idéal moral et comme sa raison d’être. C’est encore un terrain que la gauche dans sa fuite en avant a déserté en jetant derrière elle des paquets de billet de banque pour donner le change et tromper la déception de ses maîtres d’école.

La sécurité :

Depuis quand la sécurité n’est-elle plus une valeur de gauche ? Pourquoi donc, quand la Sécurité sociale est sa fierté, la sécurité personnelle est-elle devenue son chiffon rouge ? Elle figure sous le nom de « sûreté » à l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme comme un droit naturel et imprescriptible Le but de la gauche a toujours été de donner à l’ensemble du peuple le degré de sécurité dont jouissent naturellement les classes les plus aisées. Il a suffi que Nicolas Sarkozy en fasse un malin usage pour que la gauche s’en détourne, comme ces animaux qui refusent toute nourriture dès lors qu’elle a été touchée par des mains étrangères.

La nation :

La Révolution française a fait de la nation le creuset vivant de la démocratie. Elle est une « âme, un principe spirituel » (Renan), « une personne » (Michelet). La volonté générale de Rousseau suppose une nation unie ; elle est incompatible avec le communautarisme. Les mânes de Danton, de Robespierre, de Lamartine, de Victor Hugo, de Blanqui, de Gambetta, de Jaurès, de Clémenceau, de Jean Moulin, de Gabriel Péri, de Marc Bloch doivent trembler de colère quand elles entendent une gauche mondialisée faire l’amour de la France une déviation identitaire.

Je pourrais continuer longtemps. Je ne fais, inutile Cassandre, que me lamenter sur les ruines du désastre qui s’annonce. Depuis des années déjà, le subconscient de la gauche est habité par l’instinct de mort. Cette gauche hors sol, cette gauche sans qualité, comme eût dit Musil, est semblable à ces bancs de baleines qui viennent s’échouer sur le rivage. Elles ne savent pas ce qu’elles font, nous ne le savons pas non plus, mais quelques chose nous murmure que ce qui est en cause, c’est la survie de l’espèce." p.126-128.



"Fascination pour la violence

Il y a un problème de l’islamo-gauchisme. Pourquoi et comment une poignée d’intellectuels d’extrême-gauche, peu nombreux mais très influents dans les médias et dans la mouvance des droits de l’homme, ont-ils imposé une véritable sanctuarisation de l’islam dans l’espace politique français ? Oui, pourquoi ces intellectuels, pour la plupart agnostiques et libertaires, se sont-ils pris de passion pour la religion la plus fermée, la plus identitaire, et, dans sa version islamiste, la plus guerrière et la plus violente à la surface du globe ? Pourquoi cette étrange intimidation, parée de plume de la morale ? Pourquoi ne peut-on plus parler de l’islam qu’en présence de son avocat ?
Le résultat est stupéfiant, aberrant. On vient en effet d’assister, en l’espace de deux ou trois ans, à la plus incroyable inversion de presque tous les signes distinctifs de la gauche, ceux dans lesquels traditionnellement elle se reconnaît et on la reconnaît.
Au premier rang d’entre eux, la laïcité. Longtemps, elle fut pour elle le marqueur par excellence pour s’opposer à la droite. Et voici que brusquement, elle est devenue suspecte à une partie de l’extrême-gauche intellectuelle, qui a repris sans vergogne à son compte les errances de Nicolas Sarkozy sur la prétendue « laïcité ouverte ». Car la laïcité de papa, dès lors qu’elle ne s’applique à l’islam, et non plus au catholicisme, apparaît soudain intolérante, voire réactionnaire. Pis que cela, elle charrierait avec elle de vagues relents de revanche catholique ! Depuis que l’Eglise s’y est ralliée, elle serait devenue infréquentable !
Or la République à son tour est devenue suspecte. N’a-t-elle pas une connotation presque identitaire, « souchienne » disent les plus exaltés, pour ne pas dire raciste ? N’est-elle pas le dernier rempart de l’universalisme occidental contre l’affirmation bruyante de toutes les minorités ? N’est-elle pas fondée sur ce qui rapproche les hommes plutôt que sur ce qui les distingue ? Un crime majeur aux yeux des communautarismes.
[…]
Il y a quelque chose d’insolite dans le néo-cléricalisme musulman qui s’est emparé d’une frange de l’intelligentsia. Parce que l’islam serait le parti des pauvres, comme ils le prétendent ? Je ne crois pas un instant ce changement de prolétariat. Du reste, allez voir en Arabie Saoudite si l’islam est la religion des pauvres. Je constate que l’islamo-gauchisme est né du jour où l’islamise est devenu le vecteur du terrorisme et de l’égorgement. (Pas un peu avant ?)
Pourquoi cette conversion ? Parce que l’intelligentsia est devenue, depuis le début du XXè siècle, le vrai parti de la violence. Si elle préfère la révolution à la réforme, ce n’est pas en dépit mais à cause de la violence. Sartre déplorait que la Révolution française n’eût pas assez guillotiné. Et si devait établir la liste des intellectuels français ont adhéré, au XXè siècle, les uns à la violence fasciste, les autres à la violence communiste, cette page n’y suffirait pas.
[…]
L’autre explication, […], c’est ce qu’il faut appeler la haine du christianisme. Il est singulier de voir ces âmes sensibles s’angoisser des progrès de la prétendue « islamophobie », qui n’a jamais fait un mort (je dirais très peu), hormis les guerres que se font les musulmans entre eux, quand les persécutions dont sont victimes par milliers les chrétiens à travers le monde ne leur arrachent pas un soupir." p.141-144.


"Nos sociétés sont multiculturelles et sont vouées à le devenir un peu plus chaque jour. La rapidité, le bon marché des transports, les énormes écarts de prospérité entre les nations font que les pays riches d’Europe et d’Amérique sont en train de devenir des mosaïques ethniques, tandis que les pays pauvres conservent pour l’essentiel leur identité. Pour les pays d’accueil, le communautarisme est une solution de facilité et une marque de candeur extrême. Pour permettre aux migrants de « conserver ses racines », on somme le pays d’accueil de renoncer aux siennes, ce que les populations locales n’acceptent pas ; elles ont l’impression d’être déracinées sur leur propre sol.
Ajoutez à cela un phénomène nouveau, qui est la marque propre à l’islamisme, et qui contraste avec l’immigration de passé : la détestation du pays hôte. (Je doute qu’il n’y ait que les islamistes dans le lot.) Le résultat, c’est ce cocktail détonant qui est en train de gagner l’Europe et que l’on appelle sommairement le populisme.
[…]
L’Europe, si le phénomène devait persister, ne lui survivrait pas. L’Allemagne, le Pays-Bas, les pays scandinaves l’ont reconnu depuis peu. La Belgique, le Royaume-Uni ne tarderont pas à le faire." p.146


"Vous dites que cela n’a rien à voir avec l’anticolonialisme. Mais ne peut-on pas dire sue les islamo-gauchistes ont dévoyé à leur manière le combat anticolonialiste ? On est par principe du côté des musulmans, on reproche à la France d’avoir des comportements d’Etat raciste et néocolonialisme…

Vous avez raison, l’islamo-gauchisme affiche un anticolonialisme rétrospectif. Beaucoup de gens dotés d’une âme militante déplorent de ne pas avoir pu mener les combats du passé qu’ils admirent. C’est comme cela qu’en 1968, les militants se réclamaient de la Résistance !
Certains mènent aujourd’hui les combats anticolonialistes qu’ils n’ont pas pu mener hier. Pour eux, tous les maux viennent de la colonisation. Je crois que Barack Obama l’a dit, mais il n’est pas le seul : il y a un moment où il faut savoir s’arrêter. Les gens du Tiers Monde ne sont plus des victimes, ils sont désormais les acteurs de leur destin. Ils doivent être jugés non plus sur leurs origines mais sur leurs actes. (D’où l’intérêt de ne plus les infantiliser, et mettre l’Afrique et ses migrants devants leurs responsabilités).
[…]

Dans cette bataille rétrospective, la principale tâche est de dénoncer tous ceux qui restent à leurs yeux des agents du colonialisme, du racisme et de l’occidentalisme. Il y a comme un regret d’une période où le monde était divisé en noir et blanc, ou plutôt en blanc et rouge, où les choses étaient simples et claires en deux camps constitués et la doctrine marxiste de la lutte des classes pour tout expliquer." p.156


" La haine de l’identité française. Dans l’expression de l’islamo-gauchisme, tout se passe comme si seuls les dominés, les anciens colonisés, avaient droit à une identité, mais non la France, parce qu’elle est coupable. Il s’agit là d’un néo-vichysime. En effet, Pétain n’a cessé de culpabiliser les français. Que disent aujourd’hui les islamo-gauchistes ? « Tout ce qui arrive à la France est naturel. » Je ne dis pas qu’ils justifient les attentats. Mais enfin, si la France est l’une des cibles privilégiées de l’islamisme, c’est peut-être selon eux, à mettre en relation avec son passé (quid pour ces gens des autres pays dont certains n’ont pas eu de colonie ?). Il y a donc comme un refus de l’identité française, ou, pour être plus précis, une réduction de l’identité française « aux jours les plus noirs de notre histoire » - selon l’expression qui, à force d’être ressassée, est devenue ridicule."p.161


"L'homme est un animal symbolique :
"Que de bruit pour un morceau de tissu !" s'en vont répétant les bons apôtres du communautarisme. Je parle évidemment du burkini. Comme si le maillot du Barça ou du PSG n'était pas un morceau de tissu. Comme si le drapeau tricolore, l’Union jack ou la bannière étoilée n'étaient pas des morceaux de tissu.
L'homme est un animal symbolique, capable - et c'est heureux - de transformer des affrontements réels en confrontations formelles. Personne ne s'y trompe.
Quand, en 1848, Lamartine impose le drapeau tricolore face au drapeau rouge, c'est bel et bien fondements du nouveau régime, de suffrage universel ou de lutte des classes qu'il est question. Quand, en 1873, le comte de Chambord ruine les chances d'une restauration monarchique en refusant le drapeau tricolore exigé par les orléanistes, il a bien conscience de l'enjeu réel du débat. "Et tout cela pour une serviette !", s'impatiente le pape Pie IX, ardent partisan de cette restauration. Sans mes principes, je ne suis qu'un gros homme boiteux", lui réplique le prétendant au trône.
Au-delà des "arguties juridiques", comme dirait Nicolas Sarkozy, c'est sorte de Kulturkampf d'un genre nouveau que nous imposent aujourd'hui les islamistes. Ils ne cachent pas que leur projet, grâce à des revendications formelles concernant l'alimentation, le vêtement, la ségrégation des sexes, est d'islamiser la société française. Dans la jeunesse musulmane, ces revendications ne cessent de progresser. Elles sont déjà majoritaires quant au port du voile par les femmes. Et l'Occident est pris au piège. Au nom du respect des libertés individuelles, il est condamné à tolérer le communautarisme. Son libéralisme juridique se fait l'agent malgré lui de l'asservissement des femmes musulmanes."

"L'islamo-gauchisme affaiblit la résistance des musulmans à une idéologie islamiste de nature et de tendance totalitaire. On pense toujours à l'intimidation qu'exerce l'islamo-gauchisme sur la population dans son ensemble, à travers les médias, mais ses principales victimes sont d'abord ceux qui se réclament de la liberté chez les musulmans, et notamment chez les musulmans de France. Ils sont confrontés à une menace morales, mais aussi parfois physique. Le quadrillage mis en place par l'islamisme dans les milieux musulmans en France est terrible. L'islamo-gauchisme a pour effet d'escamoter ce grave danger dont pâtissent nos compatriotes musulmans. Je crois tout à fait la volonté de liberté et même de laïcité chez-eux - je pense particulièrement aux femmes. Et il me semble que le mouvement féministe français ne fait pas son travail dans ce domaine. Il devrait aider les femmes musulmanes à sortir chacun de leur carcan au lieu de justifier le voile, qui n'est rien d'autres qu'un symbole de leur servitude et de la présence islamiste." p. 166-167

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09 mai 2019

Prochains articles

 

 

En parallèle au gros roman que je lis, Sauvage de Guillermo Arriaga (que je conseille), voici mes lectures historiques du moment. Ce qui veut dire bientôt des avis. :)
Allons-nous sortir de l'histoire
de Jacques Julliard, sera cependant le premier sur le blog.

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Voilà pour les nouvelles, bonne lecture à tous.
Q
ue ça soit roman ou document.

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06 mai 2019

"Léonard de Vinci" de Carlo Vecce

 

"Un autre des meilleurs peintres de ce monde méprise un art où il excelle et s'est entiché de philosophie ;
il a dans ce domaine des idées si étranges et tant de chimères qu'il ne saurait les peindre avec sa peinture."
Castiglione, Courtisan.

 carlo vecce

Résumé:
Léonard de Vinci, ou l’incarnation mythique, presque effrayante, du génie, et du génie universel : « aucun homme ne vint au monde qui en sût autant que Léonard », disait François Ier, guère démenti par la postérité, même si elle a consacré l’artiste avant de découvrir le savant, à la fin du XVIIIe siècle.
Mais le mythe n’a pas tué l’homme, tant Léonard a laissé de traces de ses pérégrinations dans l’Italie de la Renaissance. De cet enfant naturel, natif du village de Vinci, devenu un maître auquel les puissants font leur cour, nous découvrons jour après jour les espoirs, les projets, les toquades, mais aussi les contradictions : prodigue avec ses amants, Léonard tient la comptabilité de ses dépenses quotidiennes avec la précision d’un usurier. Ardent promoteur de la liberté intellectuelle, il se met pourtant au service de tyrans qu’il abandonne à la hâte lorsqu’ils tombent en disgrâce. Et quand il s’attaque à de grandes fresques murales promises à l’éternité, il expérimente des techniques nouvelles qui conduiront ces œuvres à la ruine.
C’est peut-être là le fil rouge de cette vie de Léonard : toujours rêver, toujours perfectionner, toujours inventer, au service de la peinture ou des mathématiques, de l’art de l’ingénieur ou de celui du poète.
Jusqu’à sa mort, il n’a guère le temps de peaufiner l’inachevé, comme cette ultime démonstration géométrique qui clôt ses carnets, interrompue, écrit le vieil homme, « parce que la soupe refroidit ».

Mon avis :
Le 15 avril n’est pas que le jour où la cathédrale Notre-Dame de Paris a brûlé, c’était aussi le jour de la naissance d’un des plus grand peintre, ingénieur, philosophe, scientifique… que la terre n'ait jamais porté, j’ai nommé Léonard de Vinci, dont nous avons fêté le 2 mai 2019 les 500 ans de sa disparition. De Léonard de Vinci, nous connaissons quelques tableaux, l’amitié qu’il lia avec François 1er Roi de France, son génie, sa procrastination, et éventuellement son attachement à Salaï. Mais finalement, quand on lit ce livre, on s’aperçoit qu’on en connaît juste les grandes lignes, que cette biographie de référence rendra au final moins brumeuses. Je ne vais pas vous mentir, ce livre est parfois difficile à suivre (ce n’est pas un hasard si c’est LA bio de référence), mais quand on arrive au bout, indéniablement on a découvert en profondeur la vie de cet homme.

L’artiste :
Ma première surprise d’ailleurs, fut de découvrir que Léonard de Vinci était assez éloigné de l’image de l’artiste humble que j’avais imaginé à cause de ses errances et sa procrastination. En effet, ce dernier ne doutait finalement pas de son talent qu’il sait défendre, ni de son art principal qu’est la peinture. Ce qui va lui faire écrire son Paragone ou parallèle des arts, qui ne plaira notamment pas à Michel-Ange et qui lui fera bien sentir quand ils devront travailler ensemble au Palazzo Vecchio à Florence. Ce qui toutefois n’empêchera pas ces artistes de s’inspirer mutuellement.
Outre cet artiste sûr de lui, j’ai découvert aussi que Léonard de Vinci était un artiste qui sortait de son atelier pas que pour fuir ou flâner mais aussi pour travailler, et expérimenter la matière, les huiles, au fur et à mesure de ses œuvres. Ce qui explique que parfois certaines œuvres comme La Cène s’abîmeront fort vite. Déjà du vivant de Léonard.

Après on peut découvrir aussi sur cet artiste, - si vous n’avez pas fait d’histoire d’art ou lu d’autres livres sur l’artiste -, un artiste pointilleux, qui regarde longuement les gens ou les animaux qu'il croise, afin de les peindre au plus proche de la réalité. Ce qui justifie que parfois il met très longtemps à réaliser ses œuvres comme le cheval de Sforza (qu'il ne réalisera pas.) En lisant ces pages, on peut aussi découvrir qu’il assiste à quelques dissections, qu’il suit les gens dans la rue parce le visage lui plaît ou l’intrigue.
Bref ! C’est un artiste qui cherche ses modèles, le mouvement des muscles, les visages, car il veut peindre la réalité.

Source: Externe
L'annonciation de Léonard de Vinci (1473).

L’esprit en ébullition constante, personnage recherché :
Et attention, transition toute trouvée ; en parlant de réalité, j’en viens maintenant à aborder l’esprit de cet homme.
On a vu que dans la peinture il veut se rapprocher au plus proche de la réalité, dans la vie il faut dire que c’est aussi son état d’esprit. Cet homme qui a appris beaucoup par lui-même, observera, raisonnera, doutera, cherchera… la vérité toute sa vie sur le monde ou l’univers. C’est un homme de son temps ! De fait, cet homme qui est plus philosophe que religieux, qui sait qu’il est peintre avec une culture immense, qui est ingénieur bien que rêveur, qui expérimente, sera souvent appelé auprès des puissants – même si ça prend un peu de temps – pour diverses missions : établir des cartes, prévoir un projet pour défendre Venise face au peuple Turc, organiser des fêtes (à l’époque c’est tout un symbole), construire des ouvrages hydrauliques, etc.
Par conséquent on se doute bien qu’il a côtoyé pas mal de puissants et intellectuels : Médicis, Louis XII, François 1er au crépuscule de sa vie, Sforza, le Magnifique, Machiavel, etc. La liste est immense !
C’est indéniable, Léonard de Vinci est une personnalité fort appréciée à l’époque, malgré quelques casseroles et sa lenteur à la réalisation d'oeuvre qui en exaspéra plus d’un.
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Autoportrait.

Derrière l’artiste, l’ingénieur, le philosophe :
Pour l’artiste ou le monde de l’art,  je pourrais parler du fait qu’il ait commencé à peindre dans l’atelier de Verrocchio, que d'une manière générale dans un atelier on retrouve plusieurs mains sur un tableau, mais je pense que j’ai assez parlé de l’artiste et des artistes. Il est temps de parler de sa vie privée.

Tout d’abord, en tournant ces pages, nous allons découvrir qu’avec sa famille, le courant ne passait pas. Il sera d’ailleurs exclu de l’héritage de son père par ses demi-frères, alors que lui quand il mourra il lèguera quelque argent à sa famille, - et il se fera encore critiqué ! (Sympa.) Outre ceci, ils lui contesteront aussi l’héritage de son oncle. (Sympa une seconde fois.)
Pour continuer, nous allons découvrir sa relation avec Salaï, une relation étrange mais qui visiblement a contenté le personnage, puisqu’il lui offrait beaucoup de chose et lui en passait beaucoup aussi. Pour ma part, je n’ai pas du tout apprécié Salaï et je me suis vraiment demandé pourquoi il a tenu à ce diable toute sa vie.
Ce livre nous fait aussi aborder l’artiste de manière très privée. On va découvrir qu’il se teint en blond pendant très longtemps - pas envie de vieillir visiblement -, qu’il se verra en philosophe comme en atteste son autoportrait, qu’il respecte la vie animale et n'hésite pas à acheter des oiseaux pour les lâcher derrière. De plus, grâce à ses nombreux déménagements on va découvrir grâce à ses inventaires, ses lectures, qui accueillent beaucoup l'antiquité, les sciences, en plus de la religion.

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Baptême du Christ de Verrocchio dont Léonard dessina un ange (1472-1475).

Petit point personnel :
Maintenant mon petit point personnel sur le livre. Outre le fait qu’il est moyennement facile à lire car l’auteur va très loin dans les explications, il y a deux trucs qui m’ont fait un peu tilter.

La première, Léonard de Vinci à deux dates de naissance, soit le 15 soit le 14 avril. Une erreur de frappe ou je ne sais pas. Et la deuxième, plus « grave », c’est l’auteur qui se contredit un peu dans son texte. Sur ce point, le seul exemple que j’ai remarqué c’est quand Carlo Vecce parle de l’arrivée de De Vinci à Rome, au service de Julien II de Médicis frère du pape Léon X. A ce moment Carlo Vecce écrit et affirme, qu’il admira l’œuvre de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine et se fascina sans doute pour la scène du Déluge, alors que quatre pages plus loin, il va écrire que Léonard « avait probablement eu l’occasion d’admirer les fresques ». Certes, probablement qu’il a vu toutes les œuvres de Raphaël, Michel-Ange et compagnie quand il est allé à Rome, mais si c’est "probablement" dans le texte, comment être sûr qu’il se fascina réellement pour le déluge ? Je veux bien admettre que Léonard de Vinci est fasciné par l’eau, mais de là à dire qu’il bloque sur cette scène particulièrement, je ne franchirai pas le pas si je n'en étais pas certaine, et l'auteur là tient un double discours. Bien sûr ce n'est pas grave, mais ça chagrine un peu. Cependant, ceci n’enlève en rien le travail colossal de l’écrivain sur ce personnage et son sérieux, car parfois il précise bien que c’est « peut-être » et pas « sûr ».
Enfin, avant de conclure, je tiens à souligner l'utilité des quelques photos et de la chronologie. Ca nous aide bien à retenir et repérer les grands moments de la vie de Léonard de Vinci.

En résumé, comme c’est de saison je vous invite vivement à lire cette biographie réputée de référence. Il faut être patient et concentré, certes, mais promis vous ne regretterez rien.Vous allez découvrir Léonard, l'Italie et son histoire, et aussi le monde de l'art. Que du bénéfique.

Editions Flammarion.

Source: Externe
La Vierge et l’Enfant avec Sainte Anne et Saint Jean Baptiste de Léonard de Vinci. (Etude)

(Oui le marque-page représente Notre-Dame de Paris.^^)