Encre d'époque.

15 avril 2019

"A l'assaut ! La baïonnette dans la Première Guerre mondiale." de Cédric Marty

"Au mitan de la bataille.
Elle perce, et pique, et taille.
Verse à boire !
Pare en tête, et pointe à fond.
Buvons donc !"
Rosalie
de Théodore Botrel.

A l'assaut ! La baïonnette dans la Première Guerre mondiale Cédric Marty

Résumé :
"Baïonnette au canon ! " "En avant, à la baïonnette ! " Les conscrits de 1914 sont d'abord des fantassins, préparés à faire la preuve de leur bravoure lors d'assauts et de combats au corps à corps à l'arme blanche, où ils surpassent leurs ennemis et remportent la victoire. Pourtant, dans les tranchées, la réalité est tout autre. Sur un champ de bataille bien peu propice à l'héroïsme et face à la puissance destructrice des pluies d'obus, au feu de l'artillerie, aux attaques chimiques et aux raids de l'aviation, les soldats tombent en masse et sont tués à distance dans une guerre résolument moderne. Par-delà les mythes et les images d'Epinal, à hauteur d'hommes, la véritable histoire d'une arme devenue paradoxalement l'emblème de la Première Guerre mondiale.
Cédric Marty, docteur en histoire, travaille depuis plusieurs années sur l'histoire et les mémoires de la Grande Guerre.

Mon avis :
La Première Guerre mondiale (1914-1918), est une guerre qui marque une rupture dans "l’art" de faire la guerre. Contrairement à toutes les guerres européennes précédentes, elle n’est plus franchement de mouvement et d’assaut, et l’ennemi devient lointain voire invisible, même si ce schéma s'était déjà rpoduit en 1870. La mitraille, l’aviation, le gaz, les tranchées, ne favorisent effectivement pas la proximité.

Partant de ce postulat, comment expliquer alors que la baïonnette soit encore mythique dans les premières années de la Première Guerre mondiale ? Cette arme d’assaut n’étant pas faite pour la guerre moderne où l’artillerie tient la plus grande place ; pourquoi reste-elle un symbole de cette guerre ?

 Les images de la guerre :
Avant d’aborder la baïonnette parlons d’autres sujets que le livre aborde, comme celles de la vision de la guerre et de l’image du soldat, qui servent à comprendre pourquoi la baïonnette reste une arme mythique. En effet, difficile de comprendre ce mythe sans un arrêt sur image, puisque dans l’imaginaire français comme dans les arts picturaux, la guerre est vue comme un choc, un assaut où s’entremêle les belligérants, une attaque au corps à corps qui fait l’Homme et l’honneur.
Cette image sûrement surannée en 1914, donne de ce fait une mauvaise image de ce qui attend les soldats au front, tant à la population qu’au haut commandement dans les bureaux. Et même si ces derniers finissent par se rendre assez vite compte que cette guerre n’a que peu de trait en commun avec celles du passé, - quand bien même l’époque contemporaine a comporté quelques guerres nouvelles -, la baïonnette reste malgré tout dans l’armement du poilu. Valorisée et connectée à une image forte du soldat et de son mental.
Par ailleurs, les chefs bien à l’abri aiment l’image que renvoie la baïonnette. Celle de l’escrime, du combat honorable, qui permet de rejeter cette guerre sale, de position, cette guerre allemande qui fait des terrassiers et non des hommes. Comme on le constate, l’imaginaire devant les faits reste très important, malgré l'évidence.

J’en arrive donc au soldat, le deuxième point important de la réflexion de Cédric Marty. Pourquoi le soldat ? Parce qu'à l'époque point de soldat sans sa baïonnette, car outre la représentation qu'on se fait de la guerre qui rend nécessaire la baïonnette, cette arme est vue comme un vecteur de force morale, que d’autres qualités comme l’intelligence, le physique parfait, l’agilité viennent compléter. Et bien sûr aucun ennemi n'y résiste.... Et surtout pas le soldat allemand lourd, passif, discipliné à l’excès, de fait peut apte à la guerre moderne qui demande de l’imagination, de l’adaptation, une rapidité de compréhension et de décision. D’ailleurs à lire les premiers journaux ils fuient tous en voyant la baïonnette. La chanson Rosalie ne raconte pas moins.
Bien évidemment cette image est fausse. Le soldat sait que la baïonnette ne fait pas de miracle, et il connaît la peur, la honte de ne pas être assez homme (cette guerre remet en question la virilité des hommes qui ont été bercés d’images viriles) ou de flancher devant l’épreuve. Sur ce point, l’auteur qui a fait un beau travail sur la mentalité du soldat, montre d’ailleurs à quel point le regard des compagnons d’infortune peut servir de béquille et encourager le soldat. Mais cela ne suffit pas toujours, la folie guette et le suicide aussi. (Oui, il y a des suicides dans les tranchées, souvent avant les assauts.)
Avec une telle vision que je ne fais qu’effleurer ici, on a déjà un aperçu de la vision de cette arme, de l’image qu’elle porte et de l’homme qui la porte. Mais quid de la réalité, sur le terrain ?

Source: Externe

Démystifier le mythe :
On s’en doute déjà, elle en est éloignée, et l’auteur va bien le mettre en avant en abordant notamment les statistiques qui indiquent que les morts et blessés par armes blanches - et donc la baïonnette (cette petite lame au bout de fusil) – ne font guère de dégât. Ceci s’explique par le fait que les armes à feu frappent plus vite et de plus loin. Le plus étonnant c’est que non ignorées par les Etats, ces statistiques ne changent pas l’opinion de l’état-major sur l’intérêt de cette arme et les discours qui vont avec, comme en atteste la mise en place d’exercice militaire à la baïonnette. Bien qu'en parallèle et avec les années de guerre l'image de l'efficacité de la baïonnette tend à s'effacer.
Outre ceci, l’historien va aussi présenter le décalage entre le haut commandement, et la guère réelle et non rêvée. L’écart entre ce qu’en dit les journaux et la réalité. Chemin faisant, cette démarche va lui permettre d’aborder la vision du poilu sur la baïonnette et plus généralement sur les discours officiels. Et là c’est intéressant car on découvre plusieurs choses.
Premièrement, l’énervement des combattants de tous grades sur ce qu’on dit à propos de cette arme et des effets supposés qu’elle a sur l’ennemi. Tous savent effectivement que l’ennemi ne fuit pas devant cette arme et qu’elle est peu utile. D’ailleurs, on va découvrir que la chanson Rosalie si elle fait plaisir à l’arrière ne fait pas la joie des poilus, puisqu’en effet pour ces derniers, usité et accepter cette dénomination c’est accepter tous les discours mensongers de l’état-major et les fausses représentations du front. Toutefois, comme va le souligner l’auteur la représentation de la baïonnette peut aussi exprimer l’envie de sortir de cette guerre qui s’éternise.
Et deuxièmement, on découvre aussi que la propagande n’est pas toute puissante, et j’avoue que j’ai particulièrement apprécié ce point, car on l’oublie parfois. Effectivement, avec la baïonnette, on a un bel exemple des désaccords qui règnent entre les discours officiels et plus personnels, qui trouvent aussi pour ces derniers leurs places dans les lettres des poilus comme dans les journaux. Ceci permet notamment de faire remarquer un point important de la mentalité des combattants qui veulent que l’arrière sache la réalité de cette guerre, la guerre des tranchées, celle où ils meurent et s’ennuient… Et des plumes plus ou moins professionnelles s’en font l’écho, on peut citer Gaston de Pawlowski, Paul Truffau, Léon Hudelle, Henri Barbusse... dans des journaux comme Le Journal mais aussi des livres par le biais des romans et témoignages.

Source: Externe
D'autres images sur ce cite très intéressant.
Pour ceux qui connaissent la Première Guerre mondiale, vous me direz qu’il existe aussi des témoignages qui parlent d’assaut à la baïonnette, d’exploits irrésistibles. C’est vrai. Mais l’auteur et les contemporains de 1914-1918, expliquent ceci par le fait que les poilus racontent ce que le public veut entendre et cherchent à se fondre dans l’idée dominante.

Ce que j’en pense :
J’ai adoré ce livre. Je ne pensais pas l’apprécier plus que ça, car la baïonnette, la guerre, les armes, ne sont pas mes sujets favoris en histoire, mais finalement je l'ai lu d'une traite. Ce dernier étant très accessible au lecteur lambda non spécialiste de ce sujet, je ne vois pas comment cela aurait été possible autrement de toute manière.
En outre, j'avoue que je suis admirative de voir comment en partant d'un objet emblématique, Cédric Marty est parvenu à aborder toute une époque sur pas mal de côté. J'en n'ai pas raconté les 3/4, mais sachez que jusqu'au bien de consommation il a élargi sa recherche ! Et pour moi cette immense base de recherche est réellement un signe de qualité du livre.

En résumé, c’est un livre à lire. Son sujet paraît aux premiers abords étonnant et on peut se demander ce qu’il y a à dire, mais à l’arrivée nous sommes bien servis et on en apprend énormément. Merci Monsieur.

Editions Vendémaire.

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28 mars 2019

"Propagande : la manipulation de masse dans le monde contemporain" de David Colon

 

"Comme le résume Patrick Besson, « les médias ont une mission impossible, quel que soit le régime politique : informer. En démocratie, le journaliste est aux ordres du capital. En dictature, à ceux du pouvoir. »" p 82

Propagande la manipulation de masse dans le monde contemporain

Résumé :

« Fake news », « infox », « post-vérité » : le monde contemporain ne cesse d’être confronté aux enjeux de l’information de masse. On croyait la propagande disparue avec les régimes totalitaires du XXe siècle mais, à l’ère de la révolution numérique et des réseaux sociaux, elle est plus présente et plus efficace que jamais. Chaque jour apporte ainsi son lot de désinformation, de manipulation, de rumeurs et de théories du complot. Loin de se résumer à la sphère politique et à la « fabrique du consentement », la propagande imprègne aujourd’hui tous les aspects de notre vie en société, les spécialistes du marketing, du storytelling ou les théoriciens du nudge s’efforçant d’influencer nos choix et comportements.

Embrassant plus d’un siècle d’histoire et couvrant un vaste espace géographique, David Colon explique les fondements et les techniques de la persuasion de masse dans le monde contemporain. Il montre que la propagande n’a cessé de se perfectionner à mesure que les sciences sociales et les neurosciences permettaient d’améliorer l’efficacité des techniques de persuasion, d’influence ou de manipulation.

Cet ouvrage percutant présente les acquis les plus récents de la recherche et permet de mieux cerner les ravages de la désinformation, hier comme aujourd’hui.

A travers une synthèse accessible et percutante, David Colon livre une contribution essentielle pour mieux cerner les ravages causés par la désinformation, hier comme aujourd'hui. 

Mon avis :

« La propagande est la fille de la démocratie. L’expérience totalitaire d’une propagande  poussée à son paroxysme, en conférant à ce mot une connotation péjorative, a longtemps masqué cette réalité : c’est dans la démocratie athénienne et la République romaine qu’est apparue la première forme de propagande  - en tant qu’ « effort organisé pour propager une croyance ou une doctrine particulière » -, c’est la Révolution française qui a posé les jalons de la propagande politique moderne, et ce sont les démocraties en guerre entre 1914 et 1918 qui ont inventé la propagande de masse, reprise ensuite par les régimes autoritaires et totalitaires. La propagande n’est donc pas le propre des régimes autoritaires, et encore moins l’envers de la démocratie. Non seulement, la propagande est née dans les régimes démocratiques, mais elle y a longtemps été perçue de façon positive. »
Aujourd’hui la propagande s’appelle : communication.
Depuis longtemps on sait que la population influe sur les décisions politiques, et les politiques en ont conscience... Alors autant diriger cette masse, se troupeau bêlant, pour qu’il aille dans le sens qu’on attend. C’est ainsi qu’a été mise au service d’une cause, la manipulation des esprits et des êtres humains par tous les moyens. Elle ne date bien sûr pas de l’époque contemporaine, mais c’est aujourd’hui et seulement depuis hier qu’elle a atteint un niveau jamais atteint.
Mais si la propagande agit sur toute la population, mettons toute de suite une chose au clair, elle ne touche pas que les plus « sous-développés », au contraire, elle agit d’avantage et mieux sur les populations fortement éduquées au fort niveau d’étude, car ils sont les plus à même de mieux comprendre les codes. Il s’avère donc que c’est eux les premières dupes de l’histoire.
Ça c’est un petit avant-goût du livre, allons voir ça de plus près maintenant.

Recherche et mode d’expression :

Je ne vais pas vous mentir ça va être difficile d’aborder cette partie, c’est tellement dense et il y a tellement de manière de l’exprimer que je ne vais pas arriver à parler de tout. Toutefois, je vais essayer de vous raconter l’essentiel.
Pour commencer, l’auteur David Colon va montrer comment science et propagande sont liées. En effet, grâce au progrès de la technologie et des sciences comportementales, il va présenter - par des études plus ou moins récentes - comment le cerveau réagit à certaines situations, images…, et comment ces avancées scientifiques sont utilisées par les organes de propagande pour mieux manipuler la population en leur présentant ce qui les intéresse ou les menace, afin de les pousser à aller dans le sens que l’on désire. Ceci passe dans pratique en jouant sur l’affect (très utilisé en propagande), la peur, le paraître..., et agit dans le sens de la consommation, de la sécurité, du patriotisme, etc.
Ces études comportementales montrent par ailleurs, comment le groupe, l’avis des autres, peuvent agir sur certains individus, et développent l’esprit grégaire dans la masse. Et oui, en groupe on aurait une tendance à suivre l’avis général, mais néanmoins je pense que la peur de la réaction des autres peut agir beaucoup à ce niveau-là. Ce que je veux dire, c’est que l’esprit grégaire peut se développer en cas de danger ou de manque de confiance en soi, je ne pense pas de fait qu’il faille tout mettre sur le compte du groupe et donc considérer ces études pour acquises.
La propagande ce n’est bien sûr pas que de la science, des recherches, c’est aussi du concret dans la vie de tous les jours. C’est ce que l’historien va montrer, en exposant les différentes manières d’expression de cette dernière. Il y a la publicité bien entendu qui est intimement liée avec la propagande, puisque s’est éveillé un désire, un besoin, la sécurité, l’exigence. Mais elle s’exprime aussi par l’art de la rhétorique ou dans les journaux en vidéo, en dessin, en photo, par exemple quand des illustrations agrémentent des phénomènes en utilisant des images d’autres époques, ou des images choc, ou prisent sous un certain angle, ou encore quand ils jouent sur des histoires à faire pleurer dans les chaumières (l’affect a pour faciliter d’amoindrir l’esprit critique).
Dans le domaine journalistique d’ailleurs, en ce qui concerne le visible et l’invisible, on a fini dans les conflits militaires par imposer une censure et un contrôle en amont de ce qui est possible à présenter au spectateur. La chose n’est pas nouvelle, on le voyait notamment durant la Première Guerre mondiale où les images du front étaient contrôlées et les dessins représentés des blessés heureux tout en critiquant l’allemand qui visait mal, mais la chose n’a pas disparu dans nos démocraties contemporaines. Et quand la politique s’en mêle, le détournement d’images présentées au journal télévisé ou à la presse, et donc au public, peut prendre des proportions énormes car ça peut favoriser des conflits en préparant l’opinion. La guerre en Irak par exemple.
Enfin, des choses bien plus anciennes indiquent que la propagande est vieille comme le monde, en atteste la vituperatio, le fait de jeter le discrédit sur l’adversaire, pour le discréditer lui, son parti et ses idées. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Effet qui peut être toutefois aggravé par la presse à la botte des lobbys et du pouvoir, et du « terrorisme intellectuel » qui acceptent difficilement les idées divergentes.
Bref ! La propagande c’est l’art de s’exprimer sur tous les supports - même ceux qu’on n’imagine pas (BD, film) - et l’art de se renseigner sur les dernières recherches sur le cerveau, afin de manipuler et préparer l’opinion.

Propagande : désinformation, rumeur, complot :
 
La désinformation, c’est cacher, amoindrir des faits, pour diverses raisons : militaire, économique, politique, comme par exemple lors de la crise de la vache folle que la commission des consommateurs a cherché à amoindrir pour éviter le mauvaise impact de la peur de cette maladie sur le marché. Pour la rumeur, qui ne part pas toujours d’une base fausse, elle peut être un outil de propagande en étant utilisée comme une arme de guerre pour déstabiliser l’ennemi. Le hic avec la rumeur, c’est qu’elle peut vite prendre de grosse proportion notamment grâce aux médias qui la relaient. Participant ainsi eux-mêmes à la fausse nouvelle. Le complot ne fonctionne pas vraiment différemment, ça part de vieilles histoires, de vieux fantasmes, et des groupes ou des personnes s’en resservent pour leur cause.
Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que ça existe et que c’est bien des armes au service de la propagande. Mais aussi parce que les études sur l’impact de ces « informations alternatives » indiquent un hyper-scepticisme ambiant et un manque d’esprit critique important dans le monde contemporain. Rien d’étonnant, car dans un monde où tout le monde ment et a partie liée avec quelque chose, la population a de plus en plus de mal à faire la part des choses.
La force de ces nouvelles alternatives, qui n’émanent pas forcément de groupes puissants et officiels, trouvent aussi leur force dans le fait qu’il n’y aurait pas de fumer sans feu, et aussi parce que l’exagération et la désinformation dans le camp qu’on cherche à dénigrer exsite aussi. Ceci instaure donc un climat de méfiance, et dans la complexité du monde, dont plus personne ne comprend rien (même pas les politiques) il est difficile de s’y retrouver. Et ça le livre va bien le mettre en avant.
Après je pense aussi qu’on peut expliquer cet intérêt pour « l’information alternative », car il arrive parfois que la personne ou le groupe discréditer régulièrement plus pour des idées qui dérangent et qui ont été exposées trop succinctement par manque de temps et pour garder intact l’intérêt de l’audimat, seraient victimes du règne de la bien-pensance. Outre ceci, je pense aussi que les gens en ont peut-être un peu marre de se voir commander ce qu’ils doivent penser. (Après c’est juste mon avis.)

Perte de confiance, où se trouve la vérité ?

Tout ceci fait cependant remarquer une chose. Il y a bien et belle une perte de confiance envers la doxa officielle, où l’on a tendance à voir des mensonges partout dans toutes les sources d’information possibles, sauf si on se sent proche des idées émises (et encore). Ceci s’explique notamment par le fait que les politiques paraissent toujours plus éloignés des réalités ce qui ne joue pas en faveur de la confiance, et s’explique aussi par le fait que les mensonges des journaux, leurs partis pris, les mensonges des politiques (exemple Tchernobyl), les lobbys, ont cassé la confiance des peuples favorisant de fait tout ce qui est complotisme, désinformation…
La contre-propagande, la désinformation, le complotisme, sont donc vraiment le symbole d’un manque de confiance et selon l’auteur une envie de se réapproprier le monde, le débat, l’histoire.
Toutefois, il ne faut pas oublier que dans le domaine de l’information et de la désinformation tout n’est pas coupé net. David Colon précise bien qu’un journal national peut dire un mensonge et pas un site considéré comme moins fiable, l’inverse est vrai aussi. Donc il ne faut pas basculer dans l’aveuglement et se dire : « c’est officiel, c’est donc forcément vrai. »
Enfin, selon moi, ce qui favorise aussi la nouvelle force de l’information alternative qu’elles soient fausse ou vraie, c’est que souvent elles ne sont pas dirigées par des grands groupes fortunés. Du coup je pense qu’on a un peu plus de mal à sentir la propagande, le matraquage d’idée, sans compter qu’ils paraissent plus proche du peuple que les grands médias. (Ce n’est que mon avis je le rappelle
Finalement, pour combattre tous les effets pervers de la propagande et de la contre-propagande, et retrouver la confiance, l’auteur préconise de rétablir l’honnêteté, la transparence, l’esprit critique, mais n’est-ce pas se montrer naïf ? Il y aura toujours des intérêts qui nous dépassent, donc l’honnêteté et la transparence…

Menace sur la démocratie :

Cette propagande et ses dérivés sont bien sûr des menaces pour la démocratie, et ce même si elle est fille de la démocratie. Par exemple dans le monde journalistique la propagande s’exprime par la censure ou l’autocensure, qui sont dues au fait que les groupes qui injectent de l’argent dans les journaux nationaux - et souvent dans plusieurs - imposent des silences si ça ne va pas dans leur sens. C’est ainsi que Libération aura l’ordre de ne pas parler du film Merci patron de François RUFFIN. Enfin, cette profession étant en crise, à la propagande s’ajoute aussi la peur du chômage, car très peu de journalistes aujourd’hui osent aller contre les intérêts qu’imposent les groupes afin de garder leur emploi.
Cependant, et s’il est vrai que les journaux ne sont pas parfaits et souvent pas ou peu pluriels, nous citoyens sommes aussi responsables de cette dérive. Comme l’atteste l’algorithme Facebook qui par exemple présente ce que la personne veut voir selon ses centres d’intérêt, ou la tendance de l’être humain à se rapprocher de ce qui représente ses idées. De plus le contrôle politique, militaire, les communiqués des lobbys, n’aident pas à sortir de l’ère manipulatoire dans laquelle la majorité de la population marche très bien par manque de lucidité.
Quoi qu’il en soit et comme va le montrer David Colon, tout ceci et autre, fait qu’au final  ça agit de manière nocive sur « l’espace public » cher à Jünger Habermas qui est un lieu de pluralité d’opinion et de débat ; car aujourd’hui chacun reste avec les gens qui partagent ses idées ou se tait par peur des représailles. Cette attitude fait donc qu’on s’éloigne de la définition même de nos démocraties qui est la pluralité des opinions et le partage de ces dernières.
Cela étant je me pose une question, peut-on en vouloir à l’espèce humaine d’agir ainsi ? Car n’oublions pas que dans le même temps la liberté d’expression est de plus en plus réduite et mal perçue… Et la justice se fait le bras armé des censeurs (surtout quand c’est politiquement incorrect), donc à mon sens il ne faut pas s’étonner non plus de ce comportement. La dénonciation est tellement prompte de nos jours, l’hystérie aussi, que rester entre soi c’est moins dangereux au final. Eh oui ! La multiplication des médias alternatifs, Internet, ne veut pas dire pour autant que l’espace public s’est agrandi.

Ce que j’en pense :

Je ne suis pas experte en propagande, et donc je ne peux pas dire que l’auteur avance n’importe quoi. Cependant j’ai quelques réflexions à faire sur ce livre.
A commencer par le fait que je le trouve trop occupé par un seul schéma : celui de la réussite de la propagande économique, politique, militaire, citoyenne, alors qu’il existe d’autres masses sur qui elle ne prend pas. Et quid justement des masses sur qui la propagande ne prend pas ? En effet, tout le monde n’est pas concerné par la politique, la consommation, et tout le monde n’a pas été nazi, socialiste ou encore communiste. Preuve qu’il y a des ratés dans cette propagande, qu’elle ne parle pas à tout le monde, et je trouve que cette limite n’a pas été mise assez en avant. L’auteur nous parle un peu de comment sont vus ces gens, quelles critiques ils supportent, mais pas du mécanisme qui fait fonctionner ces personnes qui refusent les codes, les pubs, les discours consuméristes ou alarmistes, et donc par leur comportement ou leur choix ne rentrent pas dans la théorie de masse que l’auteur a abordée. Je trouve qu’il s’est vraiment contenté de parler des gens chez qui ça fonctionne. J’ai eu l’impression en lisant ce livre qu’il n’y avait qu’une masse, or il est admis qu’il existe divers courant de penser, de vivre, de fonctionner, qui fait que l’approche par une masse homogène ne peut pas fonctionner. De fait la thèse de la propagande totale que l’auteur avance moi j’ai des doutes.
Pour continuer sur le sujet, j’aurai apprécié qu’il aborde un peu le monde non-occidental ou pas entièrement occidental. Effectivement, quand j’ai lu ce livre j’ai vu principalement la mise en avant de codes occidentaux, du monde occidental, mais là aussi qu’en est-il des autres parties du monde qui n’ont pas les mêmes codes, la même philosophie, la même religion, le même accès à l’information, etc. alors que la propagande existe tout autant dans ces coins de terre. Le ressort est probablement semblable (la peur, la joie, etc.) mais quid des techniques ? Des moyens ? De l’approche ? Est-elle dans ces parties du monde plus ou moins puissante ?
Ensuite, je reste aussi dubitative sur certains arguments avancés. L’auteur, comme je l’ai déjà dit, montre que les sciences humaines font parties des approches de la propagande et notamment la psychanalyse. Or la psychanalyse est réputée aujourd’hui pour être une philosophie peu sérieuse et peu valable, même si elle a évolué depuis il n’en reste pas moins qu’elle est sorti d’un cerveau de dégénéré et ceci quand bien même elle ait marqué son époque. De fait, je me demande si le rôle que l’auteur lui attribue n’est pas faux, et si on n’aurait pas plutôt intérêt de remplacer par exemple, le désir par le paraître, l’inconscient (auquel je ne crois pas, l’homme ne bâtit pas sa vie sur rien) par la persuasion et la manipulation. Pour rester sur le sujet, un argument sur les mangas m’a fait un peu fait tiquée aussi et ce n’est pas le seul.
Enfin, autre critique que j’ai, c’est les sources. Je ne sais pas si elles sont complètes dans le livre et si l’auteur les a bien résumées, mais si c’est le cas je n’ai pas peur de penser qu’il y a des sources discutables. Par exemple page 241, sur le thème de l’insécurité et sur ce que les psy appellent le syndrome du « grand-méchant monde ». D’après l’auteur et ses sources, il a été noté que dans 40% de villages exemptes de problème sécuritaire et sociale (ce que déjà j’ai du mal à croire), le fait de voir des images violentes au journal auraient favorisé en 2002 le vote du Front national. (Notez qu’on s’éloigne de la théorie du vote sanction). Par quel prodige cette étude peut affirmer ça, en se basant sur les votes dans des villages ? Je demande à savoir. Y a-t-il eu une enquête QCM (choix limités et orientés) ? Une enquête approfondie avec un intérêt pour les opinions et la vie de ces gens-là ? Ou alors rien si ce n’est un simple rapport sur le vote et les villages ?
Entre nous, un mec qui habite dans un coin paumé de France, peut très bien avoir lui-même vécu une agression chez-lui ou ailleurs, d’où son vote. Sa famille, ses amis aussi, d’où son vote. Et faut-il vraiment habiter à 10 km d’un fait divers pour se sentir concerner par un problème ? Quand j’ai lu ce passage, j’ai vraiment eu l’impression que oui.
Alors je n’ai pas lu la source de l’auteur, et la source faut la prendre aussi avec des pincettes, mais tout de même j’aurai aimé un peu plus de renseignement dans ce livre, pour ce passage comme pour d’autres. Car ça sonnait trop comme des vérités indéniables et non contestables. Surtout que tout de suite derrière il appuie son exemple avec l’affaire Dreyfus, oubliant que l’antisémitisme était à l’époque déjà plus que séculaire, donc pas besoin de connaître des juifs pour être contre le militaire.

Bref ! En résumé, j’ai survolé ici le livre et il y a encore plein d’autres choses à dire dessus. Alors le mieux pour vous, c’est de le lire car il est utile pour mieux connaître les ficelles de la propagande et de sa némésis, et prendre conscience de cette propagande/communication qui ne sert pas forcément une juste cause. Mais pour moi ce livre en appelle un deuxième afin de montrer les limites de la propagande, car quand on écoute l’auteur c’est propagande à 100%, or je trouve ça très pessimiste et pas forcément vrai. Il y a du monde qui refuse le monde en étant au-delà de l’hyper-scepticisme, du complotisme, etc. Il y a des gens qui vivent le monde selon leurs propres idéaux, leur propre vécu, donc la propagande totale et toute puissante moi j’ai un peu du mal à y croire. On est certes tous un peu mouton mais il y a divers degrés, et cette différence dans la masse je la trouve absente du livre, même si curieusement David Colon montre que les statistiques ne concernent jamais à 100% la population.


Merci aux
éditions Belin et Babelio.

Extraits :

 

"La concentration des médias a des conséquences sur la qualité de l’information, la première d’entre elles étant d’encourager la censure. Si les interventions directes des actionnaires sont rares, elles n’en sont que plus spectaculaires. Ainsi, le 31 mai 2015, sur Canal +, le PDG de M6 Nicolas de Tavernost justifie la déprogrammation en septembre2012 d’un reportage de l’émission Capital consacré à la téléphonie par la nécessité de ne pas contrarier ses clients. En septembre 2015, Vincent Bolloré bloque la diffusion d’un documentaire sur un système d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent organisé par le Crédit Mutuel, partenaire de Canal +, avant de mettre un terme à l’émission qu’il a proposé. Enfin le 9 mars 2016, l’intersyndicale du journal Le Parisien, racheté en octobre 2015 par le groupe LVMH de Bernard Arnault, révèle que le film de François Ruffin, Merci patron, ne sera pas chroniqué par le quotidien,  « ordre [ayant] été donné aux confrères du service culturel-spectacle qui avaient visionné le long métrage de ne pas le chroniquer, fût-ce en deux lignes ».
Toutefois, l’autocensure est plus fréquente et plus discrète que la censure : il suffit en effet de ne pas parler des sujets qui fâchent l’actionnaire. Comme l’écrit Julia Cagé, l’autocensure est un problème plus grave que la censure, car « plus difficile à réguler », et d’autant plus aigu qu’en raison de la concentration et de la fragilisation économique du secteur, elle gagne du terrain. La précarité, en effet, progresse parmi tous les journalistes, confrontés à des réductions d’effectifs drastiques. […] En France, le nombre total de journaliste baisse depuis 2016 et plus du quart des journalistes sont pigistes ou demandeurs d’emploi. En réduisant le nombre d’actionnaires, la concentration réduit du même coup le nombre d’employeurs potentiels et donc les possibilités pour les journalistes au chômage de retrouver un travail, ce qui accroît du même coup la propension à l’autocensure des journalistes en place. « C’est elle, écrit Laurent Greilsamer, qui vous rend aimable avec les annonceurs pur ne pas effrayer la publicité. C’est elle qui émousse les plumes et les voix pour ne pas déplaire aux puissants. C’est encore elle qui vous fait céder à vos préjugés. » Au demeurant, les deux plus grandes grèves de l’histoire de l’audiovisuel français, celle de l’ORTF en 1968 et celle d’iTélé, reprise par Vincent Bolloré, à l’automne 2016, se sont traduites par le départ, de gré ou de force, de la plupart des grévistes."
P.79-80

"L’un des ressorts fondamentaux de la propagande est du reste le recourt à l’émotion, qui vise à contourner ou affaiblir le jugement. […] Enfin, la propagande cherche moins à faire adhérer à une orthodoxie qu’à une orthopraxie. « Le but de la propagande moderne, écrit Ellul, n’est plus de modifier les idées, mais de provoquer une action. Ce n’est plus de faire changer d’adhésion à une doctrine, mais d’engager irrationnellement dans un processus actif. […] .» Le but ultime de la propagande n’est pas de changer d’opinion mais d’obtenir un vote, un don, un engagement (dans un parti, dans l’armée), ou toute autre action." P.15

 

21 mars 2019

Prochain article

 

Prochaine article sur le blog le livre de David Colon

Propagande : la manipulation de masse dans le monde contemporain.

 Propagande la manipulation de masse dans le monde contemporain

A bientôt :)

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09 mars 2019

"Les cages de la Kempeitaï : Les français sous la terreur japonaise. Indochine, mars-août 1945" de Guillaume Zeller

 

Les cages de la Kempeitaï Guillaume Zeller

Résumé :

9 mars 1945. Les Japonais s’emparent de l’Indochine française alors que l’issue de la guerre du Pacique en faveur des Alliés ne fait plus le moindre doute. Après ce coup de force, ponctué de nombreux massacres, des milliers de Français, civils ou militaires, sont déportés dans des camps, incarcérés dans des prisons ou assignés à résidence.

Ces hommes et ces femmes connaissent des conditions de détention effrayantes dans les cachots et bagnes qui jalonnent la péninsule du nord du Tonkin jusqu’au sud de la Cochinchine. Sous la surveillance de la Kempeitaï, surnommée la « Gestapo japonaise », ils participent à des travaux harassants, souffrent de la faim et de la soif, subissent coups et tortures quand ils ne sont pas entassés dans des cages à tigres fétides d’où ils ne voient jamais le jour.

On estime que plus de 3 000 Européens sont morts pendant cette période. Les rescapés, dont les grands-parents de l’auteur, ont toujours été convaincus de ne devoir la vie qu’aux explosions nucléaires d’Hiroshima et Nagasaki. Ces Français du bout du monde demeurent pourtant oubliés, écrasés entre la libération de la métropole et la guerre d’Indochine qui s’annonce, quand ils ne sont pas soupçonnés de complaisance envers le régime de Vichy. Plus de 70 ans après, il est temps que cette tragédie occupe sa juste place dans l’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Mon avis :

Alors que la fin de la guerre approche, le 9 mars 1945 le Japon - qui avait particulièrement marqué de sa présence le territoire asiatique - attaque l’Indochine alors française. La résistance du régime français colonial face à cette attaque surprise, ne fait pas long feu par manque de moyen, bien qu’elle ne manque pas de bravoure. Inéluctablement, l’armée française tombe entièrement, par conséquent, le Japon a le champ libre pour se poser en nouveau maître du pays et saper le travail français.
Les grands-parents de l’auteur qui disent devoir leur vie à la bombe atomique faisaient parties de ces victimes oubliées et méprisées en leur temps et encore aujourd’hui. A la faveur de ce livre, Guillaume Zeller tente de réparer cette erreur, afin de nous montrer que les français d’Indochine étaient loin d’être des planqués ou des vichystes, afin de nous montrer combien les français mais aussi la population autochtone a souffert de cette présence japonaise. 

Politique :

Mais avant d’en arriver-là, Guillaume Zeller va commencer par nous montrer la complexité de la politique et de la situation en Indochine.
Tout d’abord, il faut savoir qu’avant la défaite française de 1940, le Japon, la Thaïlande et d’autres courants politiques intérieurs n’ont pas de position extrêmement belliqueuse envers le pouvoir français (excepté les communistes). L’opposition est certes présente, mais la France étant un pays encore jugé fort, personne ne songe à l’attaquer de front. Toutefois, avec la défaite de juin 1940 et malgré le dernier coup d’éclat de la marine française lors de la bataille de Koh Chang, la donne va changer et va aboutir sur des positions ouvertement belliqueuses contre le régime du protectorat français en Indochine.
Pour commencer, et contrairement à ce qu’on peut penser, ces oppositions ne sont pas que japonaises. En effet la Thaïlande, le communisme, les mouvements sectaires comme le caodaïsme mettent aussi à mal le régime français déjà fragilisé. Ces courants qui sont largement soutenus par le Japon qui se présente en libérateur de l’Asie et gardien de l’identité asiatique (même si dans les faits c’est plutôt une colonisation qui chasse l’autre), le gouvernement français sous la houlette de l’amiral Decoux tente de les contrer, notamment en réduisant dans le respect des coutumes les inégalités entre autochtones et français, et en visitant les empereurs du Laos, du Cambodge et du Vietnam. Sans grand succès, comme le montrera la suite de l’histoire…
Ceci, ne doit cependant pas faire oublier dans la complexité de la situation, que le pire ennemi de l’Indochine reste le Japon. Ce pays qui a plutôt les coudées franches depuis son retrait de la SDN en 1933 - même si son idéologie colonisatrice avait commencé bien avant -, se trouve aussi favorisé par les concessions dangereuses, qu’elles soient militaires ou commerciales, qui lui ont été accordées par Vichy, qui sait qu’un affrontement avec le Japon serait forcément néfaste pour la population française comme pour le maintien du régime français en Indochine.
Néanmoins, à ce niveau-là il ne faudrait pas croire qu’il y a eu collaboration comme en France. Certes, le général Decoux gouverneur général de l’Indochine française à partir de 1940, a une position ambivalente avec les japonais. Toutefois il serait injuste de croire qu’il n’a pas cherché à défendre la souveraineté française en Indochine, comme l’atteste certaines de ses démarches pour limiter les concessions françaises ou encore le fait qu’il ne se soit pas opposé à la résistance française en Indochine. Quand bien même il ne pouvait pas se piffer le général Mordant chef de cette même résistance dès 1943. D’ailleurs à l’épuration, le jugement de Decoux se clôturera par un non-lieu.
Mais alors me direz-vous, pourquoi cette « entente » avec le Japon à virer en massacre, en arrestation, avec le coup de force du 9 mars 1945 connu sous le nom d’opération meigô ? Tout simplement, parce qu’ils savent que la résistance française est active contre la présence japonaise - même si elle n’est pas la plus favorisée qui soit -, d’autre part parce que malgré la défaite qui s’annonce, le Japon cherche vraiment à faire tomber le régime français.

Se met en alors en place un régime de terreur…

Source: Externe

Terreur :

J’avais entendu parle de la Kempeitaï dans deux romans, Le don de la pluie de Twan Eng Tan et Le destin des Parques d’Olivier Nourry. J’avais donc déjà une belle vision de cette "gestapo japonaise" que ça soit dans l’Indochine ou dans les colonies anglaises comme la Malaisie. Mais ça restait toutefois du roman… Dans ce livre de Guillaume Zeller ça va aller plus loin dans le détail sordide. En effet, ce dernier ne va pas manquer de nous abreuver d’information sur les pratiques de l’armée du Mikado. Que ça soit la torture qui ne manque pas d’imagination, l’emprisonnement, le travail forcé dans les camps de la mort, le viol et la prostitution forcée, les exécutions de soldats ou de civils… et tout ça touche autant les hommes, les femmes mais aussi les enfants comme au camp de Paksong.
Je vous passe les détails, que je vous laisserai découvrir avec le livre, mais on sent quand on lit ces pages, qu’il y a une volonté de briser les corps pour briser les esprits. Par ailleurs, l’horreur japonaise n’a rien  à envier à celle des nazis.
L’avantage de cette démarche, au-delà du catalogue des horreurs qu’elle expose, c’est que l’auteur va en profiter pour rétablir la vérité sur les victimes de ce régime japonais, comme quand par exemple il parle des prisonniers de l’armée française. Avec force de détail, Guillaume Zeller va bien monter qu’ils ont été de fervents combattants contre les japonais, et que le mépris qu’ils ont connu par la métropole ensuite ou par les « français de 1945 » est tout bonnement injuste, puisqu’ils ont en effet souvent été considérés comme faisant partie de l’armée de Vichy. Les procès étaient d’ailleurs orientés de manière à ce qu’ils soient présentés ainsi, toutefois, dans les faits ce n’est absolument pas le cas et l’auteur rétablit cette vérité.
Certes, c’était l’armée française sous le commandement de Vichy, mais une armée qui a œuvré malgré tout le 9 mars 1945 pour la France sans regarder son étiquette. De fait, quand on parcourt ce livre, on voit qu’il y a eu un décalage énorme qui s’est créé entre la vision de la métropole qui calque Vichy sur l’Indochine et les faits, et forcément cette vision est erronée et ne correspond en rien à la réalité.
Outre le monde militaire, l’auteur va montrer aussi que les civils ont été eux-mêmes mal jugés par la métropole, comme l’atteste leur combat sans fin pour se faire reconnaître comme victime de guerre. Comme l’Indochine c’est exotique et loin de l’Europe, forcément dans l’esprit de l’époque les abus japonais, les restrictions, la faim, la fuite dans la jungle, les camps de la mort, la souffrance... est forcément moindre, pourtant là aussi ce n’est pas le cas.
Enfin, dans le domaine de la terreur, il faut aussi faire mention de la terreur de bombes américaines qui tombent sur des cibles indochinoises (où les morts ne seront pas forcément japonais), et de la terreur qu’exerce les groupes nationalistes ou le Viet Min sur les français, en atteste le massacre de la cité Héraud en septembre 1945.
Mais après la terreur et ses massacres, vient le temps de l’injustice…

Injustice :

Comme je l’ai déjà un peu développé, les habitants comme les soldats d’Indochine, passent pour des planqués, des vichystes, et ne sont que peu reconnus comme des victimes de guerre. Toutefois, comme va l’indiquer l’auteur, l’injustice peut prendre une autre forme tout aussi terrible pour ces gens qui ont vécu l’enfer et qui pourrait se résumer par quelques mots : défaut de justice et défaut d’action. Et oui, on pourrait penser que la capitulation du Japon entraîne le désarmement des soldats, l’arrestation en masse de ces derniers et de leurs généraux, et ben non, rien de tout ça ! Ceci au grand dam des français qui ont vécu l’horreur japonaise, et qui pour certains d’entre eux sont encore après la capitulation, captifs des japonais, vu qu’il a été décidé que le désarmement se ferait par les chinois et les anglais, et que les japonais devaient en attendant maintenir l’ordre. (On marche sur la tête, imaginez ça 30 secondes à Paris avec les allemands.)
Parmi les autres injustices fortement ressenties par ces français, il y a aussi le manque d’entrain des autorités françaises à vouloir juger ces personnages qui se baladent encore librement dans la rue après le conflit. On peut ajouter à cela aussi, le fait que beaucoup de nippon passeront à travers les mailles du filet de la justice, aidés par les chinois – Nankin c’est visiblement loin –  ou grâce au gouvernement français qui pour réduire les rangs du Viet Min qui ont accueilli les déserteurs japonais, n’hésite pas à se montrer très magnanime avec les ennemis d’hier pour inciter les japonais à rentrer chez eux. (!)
Nonobstant ceci, n’oublions pas cependant qu’il y a quelques procès qui débouchent sur des condamnations, mais très peu et beaucoup par contumace…

Dernier problème :

Le Japon tombé et renvoyé chez lui, on pourrait croire que le problème de l’Indochine française est réglé, il n’en est rien. Soutenu par les américains pour chasser les japonais, puis les français (décidément les américains sont doués pour faire de leurs alliés des ennemis cf. Ben Laden),  Ho Chi Minh déclare l’indépendance de l’Indochine française et engage des actions violentes contre les français et métis eurasiens. Et alors que débute la Guerre d’Indochine qui s’inscrit dans le contexte de la Guerre froide, l’exil finira par avoir raison de cette population française indochinoise, qui aura vécu une guerre bien plus longue qu’ici.

 

Source: Externe
Ho Chi Minh

En résumé :

Comme on le voit, l’histoire de ce livre qui se concentre particulièrement sur quelques mois de 1945, montre la complexité de la situation en Indochine avant et après la capitulation japonaise. On a une belle vue d'ensemble et on remarque que les japonais ne sont pas la seule préoccupation française, vu que le livre va plus loin en abordant la question américaine, du Viet Min, et des mentalités. En plus de ceci, l’auteur va aussi montrer l’injustice et l’oubli qu’a subi cette population alors que sa souffrance fût tout aussi terrible qu’en métropole.
Un livre à lire donc, pour découvrir plus en profondeur une guerre, une situation, qui sont oubliées des manuels scolaires. Gros coup de cœur pour ma part.

Editions Tallandier.

(Marque Page : La fabrique de Ga - Joyeuse.)

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05 mars 2019

Prochain article

 

Bientôt sur le blog, un livre sur une page méconnue de l'histoire de France, de la Seconde Guerre mondiale, du Japon :

Les cages de la Kempeitaï de Guillaume Zeller

Les cages de la Kempeitaï

 

A bientôt :)

Edit : avis ici.

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14 février 2019

"Antivax : la résistance aux vaccins du XVIIIème siècle à nos jours" de F.Salvadori & LH.Vignaud

 

"Une pomme par jour éloigne le médecin, pourvu que l'on vise bien." Winston Churchill

Antivax la résistance aux vaccins du XVIIIème siècle à nos jours

Résumé :

Selon une enquête récente, plus de 40 % des Français considèrent que les vaccins ne sont pas sûrs. La rougeole s’étend sur notre territoire, la diphtérie réapparaît en Europe, le monde voit s’éloigner la possibilité d’une prochaine éradication de la poliomyélite, seuls 20 % des infirmiers se vaccineraient contre la grippe saisonnière… Comment expliquer cette vague de méfiance, menaçant de faire resurgir en Occident des maladies que l’on pensait disparues ?
Oppositions religieuses, arguments écologiques, préventions contre une industrie Big Pharma et un État Big Brother… Si internet facilite aujourd’hui la diffusion de théories conspirationnistes, la plupart des courants « antivax » modernes reprennent des arguments nés dès le XVIIIe siècle. Pasteur lui-même ne fut-il pas en son temps accusé d’être un spéculateur vantant les mérites d’un procédé qui aurait fait plus de victimes que la maladie elle-même ?
Une enquête sur trois siècles d’oppositions à une révolution médicale, qui fait le point sur toutes les polémiques actuelles à la lumière des débats du passé.

Mon avis :

 Je l’avoue. Je n’ai que très peu confiance envers les laboratoires, étant donné qu’il ne se passe pas une année sans qu’éclate un scandale sanitaire ou une mise en garde liée à un médicament ou un vaccin. Par ailleurs, la position du gouvernement et des labos qui ont tendance à minimiser les scandales, à mentir pour laver tout soupçon ou à exagérer pour rien, renforce cette méfiance que j’ai envers le monde de la recherche médicale (ce n’est pas un hasard si je me dirige le plus possible vers les plantes brutes ou HE).
Toutefois, je précise, que je ne suis pas entièrement contre, et je reconnais que certains vaccins sont utiles, - même si je critique vivement la dictature vaccinale de Madame la Ministre de la Santé Financière (Agnès Buzyn) et du gouvernement financier dont elle fait partie. On a beau dire que c’est la santé, la médecine reste un commerce, ne soyons pas aveugles.

Rassurez-vous, je ne suis pas en train de vous raconter ma vie. Si je vous parle de ceci, c’est parce qu’à la fin de cet avis je ne sais absolument pas si je serai partiale, donc je préfère préciser maintenant que je suis pour mais aussi contre les vaccins, ce qui veut dire que mon avis va forcément s’en ressentir. Donc, le mieux pour vous, sera de vous faire votre propre avis en lisant ce livre.

Vaccin et recherche :

Pour en venir au livre, je dois dire que j’ai apprécié ce bouquin sur le point de vue historique et pour plusieurs raisons. 
Tout d’abord, parce que les auteurs vont remonter les siècles pour nous apprendre les prémices de la vaccination dans le monde, et nous dire comment celle-ci a débarqué en Europe avec Lady Montagu la femme d’un ambassadeur anglais.

Ensuite, j’ai apprécié découvrir les évolutions, les tâtonnements de la recherche sur les vaccins et aussi ses conséquences, qu’elles soient bénéfiques via la diminution de certaines maladies, mais aussi néfastes avec ses échecs et ses morts.
Pour continuer, l’autre atout non négligeable de cette remontée historique, c’est qu’elle va aussi nous permettre de suivre à travers quelques petits passages, l’évolution des pratiques dans la médecine comme par exemple la naissance de la déontologie. Partant d’aucun code déontologique où les essais sur les orphelins, les prisonniers, les gens de rien étaient considérés comme allant de soi, on va découvrir vers le milieu du 19ème siècle et l’affaire du Dr. Neisser la naissance des premières règles déontologiques qui interdisent les expériences sur des sujets non consentants.
Enfin et pour finir, j’ai aimé découvrir tout l’historique de la pensée anti et pro vaccin. Et là j’ai découvert à ma grande surprise, que beaucoup de combats et d’idéologies que je croyais très actuels ne le sont pas et se retrouvaient déjà à l’époque dans la lutte anti-vaccin, comme le combat contre la vivisection par exemple (même si j’ai un vague souvenir d’avoir lu quelque part que Victor Hugo s’y opposait).

 Politique et résistance :

 L’histoire de la recherche, de la médecine, la naissance de la technique c’est une chose, mais quid de la politique vaccinale et de sa résistance ?
Là aussi, les auteurs vont nous gâter, et nous montrer que les querelles et résistances autour de la politique vaccinale ne datent pas d’aujourd’hui. On va d’ailleurs découvrir que le refus du vaccin cache souvent divers combats et idées. Par exemple, les vaccins ce n’est pas bien car ça vient d’une femme (Lady Montagu) ; ce n’est pas bien car c’est trop barbare ; ce n’est pas bien, car c’est un appel à ne pas respecter les bonnes mœurs, etc., etc. Il y a plein d’arguments avancés par les anti-vaccins, qui va de l’argument misogyne à l’argument complotiste, en passant par l’argument naturaliste, qui je pense dans le livre va dans l’extrême et n’est pas le schéma le plus juste, le plus répandu et le plus nuancé qui soit.    
Toutefois, il est important de souligner que dans le lot il y a des résistances un peu plus sérieuses. A commencer par la résistance politique, comme celle de ces politiciens qui ont peur que l’on favorise les vaccins « pour abandonner toute politique sociale et sanitaire à l’égard des populations misérables », ou celle de ces autres politiciens qui avancent que vacciner l’armée c’est un acte antipatriotique, vu que cette opération crée des soldats tous mous. Même si cette idée n’est pas sans fondement, la vaccination fatiguant en effet les humains quand elle ne les rend pas malade. Churchill lui-même va s’en plaindre.
On peut aussi avancer dans les résistances sérieuses, la résistance citoyenne (je vais dire) ; où l’on voit que rejeter la vaccination c’est rejeter le comportement dictatorial des politiques qui imposent la vaccination et s’immisce ainsi dans le cadre privé, tout en revendiquant dans le même temps la propriété de son corps.
Enfin on pourrait aussi avancer les idées religieuses, même si les auteurs soulignent que la religion sert parfois juste de prétexte pour rejeter ce qui vient de « là-bas ».
Bref ! Les arguments ne manquent pas et souvent l’idée va plus loin que la vaccination.
Quoi qu’il en soit, tous ces arguments et d’autres reviennent depuis que la vaccination existe, voilà pourquoi entre autre je n’ai pas précisé les dates vu que beaucoup de ces raisonnements sont encore valables aujourd’hui avec un peu d’actualisation. Toutefois, il faut bien nuancer les époques, aujourd’hui je ne pense pas que les gens très branchés natures (à part quelques sectes, celles qui ont l’air d’être dans le livre si jamais ça existe) iraient encore dire que la nature et l’hygiène guérissent tout, y compris de la rage. Même si bien sûr la bonne hygiène de vie et la prévention évitent pas mal de maladie, on nous emmerde bien assez avec ça.

 Maintenant, en ce qui concerne la politique vaccinale que je n’ai pas encore abordé, on peut noter outre la prévention et les plans de l’OMS abordés dans le livre, que cette dernière est assez violente dans l’ensemble et dans les pays quand il s’agit de faire face à la résistance, et ceci à toutes les époques ; la violence passant notamment par des amendes, par l’obligation de vaccination quitte à faire usage de la force sur des citoyens, des prisonniers... où à les menacer comme aujourd’hui en France on menace les enfants d’interdiction d’école.

Cependant, il ne faut pas croire non plus que la politique vaccinale n’est vu que de manière mauvaise partout dans le monde, ce livre va bien le souligner. En effet, dans certains pays en développement cette dernière colle plutôt avec l’image de la modernité. Par ailleurs, soulignons que même dans nos pays elle n’est pas forcément mal vue. La résistance n’étant jamais à 100%.

Mais alors pourquoi une telle violence, pour quelque chose qui semble aller de soi ? Là aussi le livre va aborder la problématique, même si je trouve que ça n’a pas toujours été d’une bonne manière. 
En effet, les auteurs vont bien aborder que le manque de transparence ; les décisions hâtives ou tardives des politiques ; les intérêts pharmaceutiques ; la politique de la peur comme par exemple avec la grippe H1N1 ; les mensonges des laboratoires ; les lanceurs d’alerte… jouent en défaveur des vaccins. Toutefois, en ce qui concerne les lanceurs d’alerte, j’ai trouvé que l’approche des auteurs était pleine de mépris et sans considération pour ces derniers. Ceci sous prétexte qu’ils ne sont pas des vrais scientifiques, et sous prétexte que ce qu’ils reprochent au vaccin n’est pas démontrable voire vérifiable, et au pire ne doit pas remettre en cause la balance bénéfices/risques. Certes, la critique des auteurs était sur beaucoup de point justifiée et nécessaire, mais est-ce que ça méritait un tel ton ?
Enfin, autre chose qui pour moi (ce n’est pas dans le livre) joue en défaveur des vaccins, c’est aussi le fait que le gouvernement dramatise trop les morts et les risques liés aux maladies. Je trouve que c’est un argument dur à avaler dans notre pays, vu que la varicelle, la rougeole ou encore la grippe ne font pas tant de dégât que ça. Certes, il y a bien quelques morts, mais dramatiser ces morts alors qu’à côté il y 150000 mort par attentat, agression, cancer lié à la pollution et je ne sais quoi d’autre où l’Etat n’agit pas tant que ça, je trouve que ça fait un peu désordre. Mais ça c’est mon avis.

Pour faire court, comme on le voit la mauvaise communication, le comportement de certains laboratoires et chercheurs (un exemple est cité dans le livre), la confiance aveugle envers les vaccins par les gouvernements, le refus d’écouter ceux qui se plaignent, n’encouragent pas la confiance. Pas plus, que les campagnes de vaccination qui ne jouent pas la carte de l’honnêteté, en omettant de préciser qu’un vaccin ne protège pas à 100% et présente des risques pas toujours inscrit sur la notice. (Je n’ai pas souvenir d’avoir lu que Gardasil favorisait le déficit hormonal et donc à terme la ménopause. Putain qu’est-ce que je regrette de l’avoir fait.)

Mon point de vue :

Mon point de vue à la lecture de ce livre est bizarre. J’ai adoré ce livre pour tout l’historique qu’il propose, mais par contre j’ai beaucoup moins apprécié le ton des auteurs par moment. Oui parfois et même souvent je suis d’accord avec eux, les anti-vaccins avancent des arguments ahurissants et ceci quel que soit les époques. Oui je suis d’accord avec les auteurs, la nature ne fait pas toujours des miracles et n’est pas toujours la meilleure protection, mais elle n’est pas non plus la pire. Cependant, la position pro-vaccin des auteurs qui auraient tendance à faire comme l’Etat, à dire que les vaccins sont généralement sans risques, m’a énervée prodigieusement et ceci même s’ils admettent à côté quelques petits risques liés aux vaccins.
Un vaccin n’est pas sans risque, ce n’est pas un acte anodin non plus, de fait oui j’ai mal pris la position des auteurs à minimiser les risques à 3 cas sur 10 000 pour les vaccins, et dans le même temps appuyer fortement sur les « potentiels » risques des petites maladies infantiles… Si quelque chose est grave dans un cas, pourquoi ça ne serait pas tout aussi grave dans l’autre cas ? Pourquoi condamner ou juger ces gens qui n’ont pas envie d’être les 3 cas sur 10 000 que la notice indique ? (Quand encore la notice indique tous les effets secondaires).

En résumé, si on enlève le ton des auteurs, sur un point de vue historique et anthropologique j’ai adoré ce livre. J’ai découvert beaucoup, j’ai levé les yeux au ciel souvent, je me suis énervée régulièrement.  Toutefois, ça ne changera pas ma position sur certains vaccins que je juge trop dangereux (Hépatite B ; Gardasil) ou inutile comme celui de la grippe. Quoi qu’il en soit, c’est un livre à lire, au moins pour tout le côté historique qui est très intéressant et nous en apprend beaucoup.

Éditions Vendémiaire.

Extrait :

« On voit ici que la médecine n’est jamais mieux attaquée que par elle-même. Et que les sciences qui la sous-tendent peuvent être « malscience », comme l’évoque Nicolas Chevassus-au-Louis dans l’ouvrage du même nom, qui sonne l’alarme sur la fraude qui serait en hausse dans les laboratoires. Son ampleur est difficile à évaluer, mais 2% des scientifiques reconnaissent avoir fabriqué, falsifié ou manipulé des données pour publication, et un tiers avoue un comportement parfois « déviant » pour publier. Car au-delà de leur fonction première de communication de résultats à la communauté scientifique, les publications sont devenues des outils d’évaluation des carrières et des institutions de recherche. » P.232

 

 

Source: Externe

 

 

 

06 février 2019

"La tondue 1944-1947" de P. Frétigne & G. Leray

 

La tondue 1944-1947

Résumé :

3e édition, revue et augmentée.

La photographie dite de la « Tondue de Chartres », prise par Robert Capa le 16 août 1944, est sans doute le document le plus représentatif du phénomène de l’épuration sauvage qui a entaché la Libération de la France au cours de l’été 1944. Or, elle a beau être mondialement connue, avoir été publiée dans un nombre considérable de publications et d’ouvrages, avoir suscité émotions et commentaires, rares sont ceux qui connaissent l’histoire véritable de ses protagonistes.
Au fil d’un long travail de recherche au sein des archives, il a enfin été possible de reconstituer l’itinéraire familial et politique de cette femme martyrisée qui traverse, son enfant dans les bras, une foule hostile : victime sacrificielle, ou coupable avérée ?
À l’issue de cette enquête, c’est une société provinciale en proie aux déchirements idéologiques, mais aussi aux querelles de voisinage, aux ambitions et aux rancœurs de tous ordres, qui resurgit devant nous, avec une saisissante précision dans le détail.
3e édition augmentée de nouvelles informations sur les acteurs de l’affaire, et de l’intégralité du dossier judiciaire.

Mon avis :

1939-1945, c’est la Seconde Guerre mondiale. Très vite après la défaite française en juin 1940 et l’invasion des allemands, les sympathisants allemands se montrent. Simone Touseau née en 1921, germanophile, fait partie de ceux-là. Travaillant pour les allemands, ayant un compagnon allemand (qui sera le père de son fils), elle est aussi l’amie de la pro-nazi Ella Meyer.
Simone Touseau c’est cette "Tondue de Chartres", fixée pour l’éternité par l’objectif du photographe Capa. A cette tondue germanophile et proche des allemands, on reproche au moment de la libération - outre ses sympathies allemandes - d’avoir dénoncé quatre voisins pour avoir écouté la radio anglaise, dont deux ne reviendront pas... Qu’en est-il vraiment ?
Après une enquête rendue difficile par les variantes d’écriture et de date, les auteurs vont finalement nous donner peut-être la clef, du moins leur clef, de ce mystère. A-t-elle était accusée à tort ou non ?

Simone Touseau :

Après une description d’usage des protagonistes, les auteurs vont commencer par nous expliquer que les accusations de sympathie avec l’ennemi que l’on reproche à Simone Touseau, ne sont pas une erreur. En effet, selon les témoignages d’époque Simone Touseau n’a jamais caché sa germanophilie, par intérêt de tout ce qui « est mis à l’index ».
Selon les auteurs, ce comportement pro-allemand serait exacerbé par son côté prétentieux et son ambition ; elle n’accepterait pas le déclassement social qu’a vécu ses parents au lendemain de la Première Guerre mondiale, et refuserait de prendre pour exemple sa sœur Annette qui sacrifie son salaire afin d’aider ses parents.
Enfin, ce côté rebelle, pourrait peut-être aussi s’expliquer par le fait que sa famille n’est pas issue du schéma traditionnel qui voudrait que le père de famille soit le chef de cette dernière, puisqu’en effet c’est la mère qui commande à la maison.
Si je vous parle de cela, c'est que tout cela à son importance. En effet, ce tempérament orgueilleux et rebelle, donnera très vite à Simone une réputation d’effrontée, qui, on s’en doute, ne sera pas franchement appréciée par le voisinage et jouera contre elle à la libération, comme l’attesteront les reproches dressés contre le père de famille de ne pas avoir été le mâle alpha dans la maisonnée. Toutefois, vu sa collaboration avec l’ennemi allemand – et je ne parle pas de son histoire d’amour –, on peut aussi affirmer que le respect des moeurs ne sont pas les seuls éléments qui dictent les témoignages. Reste maintenant à voir si tous disent la vérité, et si les accusations peuvent être toutes acceptées sans discussion.

Quelle vérité ? :

Comme je le disais dans l’intro, Simone Touseau a travaillé volontairement pour les allemands et avait pour amie Ella Meyer, une suisse pro-allemande qui fuira lors de la libération de Chartres. Il n’en faut donc pas plus pour qu’on lui reproche la dénonciation de quatre voisins, qui sont aussi à peu de chose près les voisins d’Ella Meyer. On a vu également, que les mœurs de la jeune fille et de la famille ont joué énormément dans la suspicion. Mais pour un juge, au lendemain de la libération et dans un pays qui crie vengeance, reste à faire la part des choses ; car peut-on affirmer que les accusations de dénonciation ne sont que des mensonges et se basent sur les préjugés, quand à côté cette famille a eu de bons rapports avec les allemands ?
Difficile à dire. Toutefois, force est d’admettre avec les pièces d'archives que les auteurs ont ressortis, que les accusations de dénonciation ne reposent pas sur grand-chose de tangible. En effet, les charges pleuvent mais les preuves manquent, et finalement on va s’apercevoir qu’à part supputer, rien - excepté la sympathie allemande - ne peut être prouvé avec certitude contre Simone Touseau et sa mère. Les témoignages se basant seulement sur des impressions, des convictions et quelques scènes qui ne laissent pas de traces où transparaît en plus les histoires de voisinage et les opinions sur cette famille.  Donc, autant dire que les pièces à charge sont biaisées pour ce dossier. (Et pour combien d’autre aussi ?)
Finalement, devant le manque de preuve concrète, le juge condamnera Simone Touseau pour ses sympathies pro-allemandes mais pas pour la rafle de février 1943. Néanmoins et nonobstant cet état de fait, pour les auteurs tout porte à croire que la dénonciatrice est Ella Meyer. Morte de son bel âge en 2016 et qui a bénéficié d’un non-lieu, car la dame aurait retourné sa veste et sauvé quelques têtes. Mais le hic avec cette théorie très plausible, c'est que les auteurs ne l'ont pas plus creusée que ça.

Règlement de compte :

Enfin un autre atout de ce livre que j’ai beaucoup apprécié, réside dans la description du jour de la libération de Chartres. Je ne parle pas des combats et de ses stratégies, mais de cette fureur qui a pris possession des esprits et qui profitent de cette justice expéditive pour régler leurs comptes ; qu’ils soient amoureux, comme le cas de Yvonne S. arrêtée par son ex-amant, ou plus personnels… Beaucoup de ces enthousiastes de l'épuration sont des résistants de la onzième heure, ils profitent donc de cet évènement pour faire oublier leur léthargie pendant l’occupation, et ça leur enlève forcément quelques neurones...
Bref ! Ce livre montre à voir un peu plus que l’affaire de la « Tondue de Chartres », et en ça c’est aussi excellent.

En résumé, c'est un livre à lire pour cette histoire de la "Tondue de Chartres" (que je n'ai fait que très vite résumer), mais aussi pour avoir une bonne vision de la mentalité de l'époque. Par ailleurs, c'est un excellent livre qui montre les difficultés des jugements après la libération. Un livre à lire donc, et en plus de ça un livre qui se lit comme un roman.

Editions Vendémiaire.

Source: Externe

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01 février 2019

"Le loup, une histoire culturelle" de Michel Pastoureau

 

Le loup une histoire culturelle

 

Résumé :

Dans l'imaginaire européen, quelques animaux jouent un rôle plus important que les autres et forment une sorte de « bestiaire central ».
Le loup en fait partie et en est même une des vedettes. Il occupe déjà cette place dans les mythologies antiques, à l'exemple de la louve romaine, qui a nourri Romulus et Rémus, du loup Fenrir, destructeur du panthéon nordique, et des nombreuses histoires de dévorations, de métamorphoses et de loups-garous. Ces derniers sont encore bien présents au Moyen Âge, même si la crainte du loup est alors en recul. Les bestiaires dressent du fauve un portrait négatif et le Roman de Renart en fait une bête ridicule, bernée par les autres animaux et sans cesse poursuivie par les chasseurs et les paysans. La peur du loup revient à l'époque moderne. Les documents d'archives, les chroniques, le folklore en portent témoignage : désormais les loups ne s'attaquent plus seulement au bétail, ils dévorent les femmes et les enfants. L'étrange affaire de la Bête du Gévaudan (1765-1767) constitue le paroxysme de cette peur qui dans les campagnes ne disparaît que lentement.
Au xxe siècle, la littérature, les dessins animés, les livres pour enfants finissent par transformer le grand méchant loup en un animal qui ne fait plus peur et devient même attachant. Seuls la toponymie, les proverbes et quelques légendes conservent le souvenir du fauve vorace et cruel, si longtemps redouté.

Mon avis :

Que peut nous apprendre sur une époque un loup ? Pour qui n’est pas habitué à l’histoire cette question peut paraître saugrenue ; pourtant dans ce livre l’historien médiéviste Michel Pastoureau va nous montrer de manière simple, efficace et rapide que le loup peut nous apprendre beaucoup sur l’époque qui l’utilise. La chose est rendue possible à l’historien grâce à sa recherche de code récurrent, d’image employée, d’écrit, qu’il replace dans le contexte d’époque. Et après lecture de ce livre, le moins que l’on puisse dire c’est que le loup est bavard.

Pour débuter son livre, l’auteur va commencer par nous montrer ce que le loup renvoie comme image selon les régions et les époques. Partant des mythologies d’Europe en passant par le christianisme, l’historien va nous dévoiler les diverses images qu’il peut refléter dans les sociétés d'époque, - en sachant tout de même que les bons et mauvais côtés se retrouvent dans toutes les périodes.
C’est ainsi qu’on découvrira pour commencer, que dans la mythologie nordique il possède une image plutôt négative à cause de la légende de Fenrir, alors que dans les mythologies grecque et celte, l’image est plutôt bénéfique puisqu’il accompagne régulièrement les dieux celtes comme Lug ou Cernunnos dans leurs déplacements et est un attribut d'Apollon. Alors qu'avec Rome c'est encore une autre histoire, l'image est double.
Avec le christianisme cependant, l’image tend à se stabiliser. Si la Bible est peu prolixe à son sujet, les hommes d’église par la suite sont plus bavards. Ils font du loup un faux prophète ou un animal rusé, et s’en servent aussi pour mettre en évidence la puissance des hommes de Dieu face au mal, comme dans la légende de Saint Blaise. Toutefois, comme le montre cet extrait ci-dessous, l'image du loup peut être adoucie pour calmer l'imagination des populations d'époque.

"L'histoire lupine la plus célèbre de l'hagiographie médiévale est celle du loup Gubbio, en Ombrie, un loup colossal, vorace, insatiable et particulièrement cruel qui terrorisait la ville et la contrée. Saint François d'Assise (1181-1226), qui avait eu vent de ce fléau, vint à la rencontre de la bête et lui parla chrétiennement. Il l'appela "Frère loup", lui reprocha son comportement, tout en reconnaissant que c'était la faim qui le poussait à agir ainsi. Puis il demanda de s'amender et de faire la paix avec les habitants de Gubbio, qui en échange, promit-il le nourriraient. Le fauve ferma son énorme gueule, inclina la tête, s'agenouilla devant la le saint et fit comprendre qu'il se soumettait. Le pacte fut respecté : les gens de Gubbio donnèrent régulièrement à manger au loup, qui désormais vécut familièrement parmi eux et devint une sorte d'animal protecteur de la cité. Quand il mourut de vieillesse, il fut pleuré de tous les habitants. Tuer le loup, le diaboliser, le domestiquer : telles ont été les premières stratégies médiévales pour lutter contre le fauve et contenir les peurs - justifiées ou non - qu'il faisait naître. Mais cela n'a pas suffit. A l'époque féodale, les clercs ont donc eu recours à un autre moyen pour le rendre moins effroyable et menaçant : le bafouer, l'humilier, le ridiculiser. Ce fût le rôle des fables et des contes d'animaux, particulièrement du Roman de Renart." P.44

Tout cela est certes bien beau, mais sachez que l’auteur va au-delà de l’image que le loup renvoie dans les religions et mythes. Ne fuyez pas encore ! La suite est meilleure.
En effet, il va montrer comment dans le domaine temporel les loups ou au moins le son du mot, va être utilisé sur quelques blasons de riche famille afin de faire référence au nom de famille ou au prénom, où toutefois le loup y garde sa force brutale.
"C'est en Navarre et en Galice que les armoiries au loup sont les plus nombreuses. Il ne s'agit pas tant d'un emprunt à la faune locale (les loups abondent dans les forêts du nord de l'Espagne) mais d'un usage fréquent à toute l'Europe : choisir une figure héraldique dont le nom forme un jeu de mots avec celui de la famille ; de telles armoiries sont dites parlantes". P. 84

Néanmoins, si dans l’image il garde sa puissance, dans la littérature il en va tout autrement. Bien sûr dans les fables (même dans les fables antiques) et les contes qui remontent à cette époque comme le Petit Chaperon rouge (an mil), le loup est encore féroce. Cependant, l'auteur va nous montrer que dans le temps sa représentation peut changer, et servir par exemple à moquer la politique, les moeurs nobles, comme on le voit à l’époque Féodale dans le Roman de Renart (écrit comme ses représentations).
Outre ceci et toujours dans le domaine temporel, Michel Pastoureau va aussi nous faire découvrir que le loup peut même être le sujet d'écrits scientifiques comme l'atteste certains bestiaires de médecine, et même être un livre de stratégie amoureuse comme dans le Bestiaires d’Amour, quand il n'est pas seulement une source de croyance et de superstition.
Des croyances et superstitions que l'époque actuelle essaye de faire disparaître en réhabilitant le loup dans l’opinion publique. Les religions européennes étant lointaines, les contes pour enfants ou encore certains travaux de zoologues participent effectivement à améliorer son image.

"Du XV au XVIII siècle, les loups constituent partout, ou presque, un fléau, et leurs victimes ne sont plus seulement des moutons ou des chèvres, comme dans l'Antiquité ; ce sont des enfants, voire des adultes lorsque sévit la rage. Tous documents d'archives, tous les registres paroissiaux, toutes les chroniques, l'affirment et le confirment : sous l'Ancien Régime, lorsque certaines circonstances sont réunies - hivers interminables, famines épidémies, guerres - les loups attaquent les humains et mangent les cadavres des soldats. le nier, comme le font aujourd'hui certains éthologues et zoologues, est malhonnête." P.107

Les religions lointaines, OK. Vous vous demandez peut-être pourquoi je vous ai dit cela.
Tout simplement parce que le contexte a énormément joué dans la peur ou la méfiance du loup. Et la religion n’y est bien sûr pas étrangère avec ses écrits comparatifs, ou encore avec la chasse au loup-garou qui se fait en même temps que la chasse aux sorcières dès la fin du Moyen-âge. Toutefois, Michel Pastoureau va montrer comment la conjoncture joue aussi sur la peur du loup.
En effet, l'auteur a remarqué que les crises climatiques, agricoles, sociales, favorisent cette peur, puisque la faim les fait rôder proche des villes et villages, et les rend particulièrement féroces. Ce qui lui permet d’affirmer cela, c’est aussi le fait que pendant deux siècles (12 et 13ème) la peur du loup semble diminuer avant de revenir vers la fin de l'époque médiévale. Ces deux siècles correspondant effectivement a une accalmie, puisque cette période est marquée par une reprise de la culture, la puissance des villes… avant que la guerre de 100 ans, le retour de la peste et le schisme d’occident renversent toute cette stabilité. Tout ça dès le 14ème siècle. Ils ont été gâtés à l’époque !

Temporel, spirituel, conjoncturel, mythique, littéraire, voilà donc le panel d'approche que propose ce livre. Tout cela est certes parfait, mais avant de finir je dois dire que ce livre possède un autre petit atout : l'auteur va aborder rapidement ses autres domaines de recherche comme sur les couleurs. Ceci va lui permettre de battre en brèche des petites choses avancées par des psychanalystes tarés sur les contes, mais aussi chemin faisant, nous donner l'envie de lire ses autres livres sûrement tous aussi passionnants (ça tombe bien, j’en ai trois autres sous la main).

En résumé, c’était une lecture très enrichissante. Autant visuellement qu'en connaissance. L’auteur nous donne pour l’Europe la longue évolution du loup dans les divers supports d’expression, en abordant tant le côté légendaire que scientifique d’époque, sans oublier l'époque contemporaine. Un livre à lire donc, et à lire sans peur de se faire croquer.


Merci à Babelio et aux éditions du Seuil.

Extrait :

"La bibliographie consacrée à ce conte [le chaperon rouge] est un océan. Peu d'exégètes cependant se sont intéressés à la question essentielle, celle de la couleur : pourquoi rouge ? Il est possible d'avancer plusieurs réponses qui, loin de se contredire ou de s'infirmer se complètent et s'enrichissent. Le rouge peut tout d'abord revêtir une fonction emblématique, c'est-à-dire caractériser l'ensemble du récit et annoncer sa fin tragique : c'est le rouge de la violence, de la cruauté, des chairs sanglantes déchirées par le loup. Préférables cependant sont les explications de type historique. Ainsi l'habitude en milieu rural de faire porter aux enfants une pièce de vêtement rouge pour mieux surveiller ; ou bien la coutume pour une jeune fille de revêtir les jours de fête sa plus belle robe : or une belle robe est toujours une robe rouge. Peut-être en va-t-il pour notre conte : pour se rendre chez grand-mère, circonstance festive, elle porte son plus beau vêtement, un chaperon rouge. Une explication savante est encore plus solidement fondée : celle qui associe la couleur du vêtement et le rouge de la Pentecôte. Une version ancienne du conte précise en effet que la petite fille est née le jour de la Pentecôte : on peut imaginer que dès sa naissance, un jour exceptionnel et de si bon augure, elle a été vouée au rouge, couleur de l'Esprit-Saint. Ce rouge protecteur serait censé éloigner les forces du mal. Il n'a pas mal rempli son rôle.
Pus fragiles sont les hypothèses avancées par la psychanalyse, notamment Bruno Bettelheim dans son ouvrage célèbre la Psychanalyse des contes de fées. Le rouge du chaperon aurait une connotation sexuelle : la fillette ne serait plus une jeune enfant mais une adolescente pubère ou prépubère qui "aurait très envie de se retrouver dans le lit avec le loup" [...]. La dévoration sanguinaire dans le lit serait une métaphore de la perte de la virginité : la jeune fille n'aurait pas tant perdu sa vie que son innocence. [...] Une telle explication, maintes fois reprise et développée, laisse l'historien perplexe. Non pas à cause de son côté racoleur, mais en raison de son caractère anachronique. Depuis quand le rouge est la couleur des premiers émois sexuels ? Il est permis de se le demander. Certes, cette couleur est depuis longtemps celle de la luxure et de la prostitution, mais ce n'est pas ce qui est en jeu dans ce conte. Au Moyen Âge, lorsque apparaissent les plus anciennes versions de cette histoire, les premiers élans des sens ne sont pas associés au rouge mais au vert, couleur symbolique des amours naissantes et des sexualités enfantines." P. 100-102

 

 

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25 janvier 2019

"La souffrance et la gloire : le culte du martyre de la Révolution à Verdun" de M. Briard & C. Maingon

 

 "Le gouvernement révolutionnaire, déchristianisateur, a besoin de martyrs pour enraciner la foi nouvelle. Sont ainsi érigés au rang de "martyrs de la liberté" aussitôt après leur mort des hommes politiques tels Le Peletier de Saint Fargeau et Marat à Paris ou Chalier à Lyon, et de valeureux garçons, comme Agricol Viala dans le Midi et Joseph Bara dans l'Ouest."
L'histoire de France vue par les peintres
de D. Casali & C. Beyeler.

 

La souffrance et la gloire

 Résumé :

« La République nous appelle, / Sachons vaincre ou sachons périr ! » Ces paroles du Chant du départ révolutionnaire de Marie-Joseph Chénier pourraient, un siècle plus tard, être reprises par les Poilus de 1914. Car les troupes qui se sont fait décimer dans les tranchées de Verdun avaient hérité de 1789 une profonde culture du sacrifice.
Une véritable propagande d’État, nourrie de récits légendaires, de cérémonies commémoratives et de toute une imagerie d’Épinal, a en effet vu le jour dès les premiers combats de la République, en 1792. Elle a durablement façonné l’imaginaire national, dans un culte de la souffrance qui s’est perpétué en 1914-1918, et dont les monuments aux morts témoignent avec une force pathétique. Pour la première fois, deux spécialistes de chaque période collaborent pour révéler les liens sanglants qui unissent Grande Guerre et Révolution française.

Mon avis :

Depuis la Révolution et son culte de la liberté pour lutter contre la tyrannie des rois, l’héroïsation touche les plus humbles citoyens. Exit la seule gloire réservée aux maréchaux, aux généraux, aux nobles, la nation doit être reconnaissante à tous ceux qui ont pris les armes pour lutter contre l’oppression, héros de ces nouveaux temps.
La Révolution et les guerres qui ont suivi, n’inventent pas vraiment le héros, mais elles le massifient.
Cette massification et sa représentation ne se fait pas sans arrière-pensée, et est source d’engagement aussi. Lesquels sont-ils ? Et comment depuis la Révolution les discours ont évolué ? Car si les combats sont toujours source de souffrance, la prise en compte des héros, à, elle changeait.

La figure du héros :

Mais tout d’abord avant d’aller plus loin, il convient de s’interroger sur qu’est-ce qu’un héros ?
Pour la Révolution, c’est ce soldat qui a pris les armes contre l’oppression des rois des diverses monarchies d’Europe, et qui n’a pas hésité a exalté son amour de la patrie et de la liberté malgré les blessures qui l’ont touché : « j’ai un bras de moins, mes amis, mais ce n’est rien, vive la République. ».  Pour la Révolution, c’est aussi celui qui a donné sa vie, et sacrifié ses intérêts pour le plus grand nombre.
En ce qui concerne la grande guerre (14-18), les auteurs vont nous montrer que ce n’est pas franchement différent, mise à part que l’ennemi a changé. En effet, le patriotisme qui triomphe depuis le 19ème siècle historien (on va dire que ça commence à la Révolution même si d'autres le font commencer en 1815), n’a pas vraiment changé durant ce siècle et il arrive en 1914 aussi puissant qu’il était alors, puisque l’enseignement l’inculquait dès le plus jeune âge. Et à cette époque comme avant, on n’apprécie toujours autant ce soldat héroïque qui ne demande qu’à combattre l’ennemi malgré ses douleurs et ses membres arrachés.

 "L'Ecole républicaine, laïque, gratuite et obligatoire depuis 1881, est par ailleurs un pilier de la culture patriotique devenue la religion commune de la France au-delà des divergences sur le régime. Les cours d'histoire axés sur les conquêtes napoléoniennes et de grandes figures militaires républicaines [...], les lectures mettant en scène des héros d'un autre temps (mythe gaulois de Vercingétorix [...]), l'exercice physique et militaire, la création de bataillons scolaires dans les écoles primaires de garçons (1882) ont contribué à fonder l'imaginaire de l'héroïsme martial. On distribue aux petits écoliers des carabines en bois et des exercices de tir réels sont pratiqués sous les préaux des écoles. [...] L'Ecole défend une vision patriotique et humaniste, exalte le soldat héroïque, fustige l'ennemi à partir de 1915, mais n'encourage pas la guerre, ni la violence. Plus que tout elle participe au deuil collectif que vit la France. Dès 1916, l'hymne de Victor Hugo, "Aux morts pour la patrie", résonne unanimement dans les écoles de France comme une nouvelle Marseillaise." P. 31-32

Cette figure du héros qui va combattre par amour pour la patrie, les images du héros, les légendes qui vont avec – même si on n’ignore pas l’exagération de certaines histoires – sont appréciées avec ferveur à toutes les époques et servent la propagandes, mais quid de la réalité derrière cette image ?
On s’en doute déjà, cela n’a rien à voir, mais on va en apprendre un peu plus surtout si, comme nos auteurs, on compare les époques pour mieux voir l'évolution.
En effet, on peut déjà noter une nette différence sur l’appel à combattre entre la Révolution et 1914. Fruit d’une longue élaboration qui débtute avec la Convention, la circonscription fonctionne bien mieux en 1914 que lors de la période révolutionnaire, par conséquent en 1914 les volontaires sont bien moins nombreux que lors des guerres révolutionnaires, et peu partent avec enthousiasme. Même s’il existe pour 14-18 des exemples de soldats qui se sont engagés bien volontairement et avec toute la fougue de leur jeunesse pour défendre la patrie, comme le plus jeune soldat français Corentin Jean Carré.
On peut ensuite souligner, que pour ces martyrs de la sauvagerie, la légende du héros est douloureusement teintée de réalisme et donc loin de la propagande. Non, le héros ne demande pas à retourner au combat, il redoute au contraire d’y « retourner se faire casser la gueule » comme l’écrit une main anonyme sur un journal de l’époque. Non, il n’est pas souriant à l’extrême comme l’indique plusieurs illustrations, acceptant son sort avec sourire. Le retour est en effet particulièrement douloureux, même s’il existe chez certaine personne une fierté de montrer sa blessure. Du moins de ne pas la cacher. Et non, les images de propagande de l’époque, ne représentent pas la réalité du soldat.

Rien de nouveau pour ce dernier point je vous l’accorde, mais ce qui a été intéressant à découvrir c’est de voir l’évolution dans le temps de la représentation du soldat. Car en effet, les diverses représentations n’ont pas toujours été « propres », par exemple, à l’époque révolutionnaire les mutilés sont exposés avec gloire. Certes pour valoriser le discours révolutionnaire, mais ils ne sont pas cachés et on les valorise même lors des assemblées. Néanmoins, avec le temps, déjà avec les guerres napoléoniennes, les auteurs vont souligner que la représentation de la réalité va changer peu à peu d’objectif ou de modèle.
Avec la Première Guerre mondiale, on peut représenter des morts, mais seulement des morts allemands ; on peut représenter des blessés pour mettre en avant la prise en charge médicale ou se moquer des ennemis qui ne savent pas tirer, mais on ne peut pas représenter la
désintégration des corps pour la réalité, car la guerre exige beaucoup de mensonge, un moral d’acier et une unité. Notons que se rejet des mutilés va aussi s'exprimer sur les monument aux morts.

"A travers le thème de la blessure, la presse insiste surtout, sur la modernité des structures sanitaires au début de la guerre, les ambulances et les trains. Plutôt que de montrer le drame humain, on préfère illustrer le conflit sous un jour pittoresque (la vie dans la tranchées par exemple), louer les chefs militaires, saluer les actes héroïques des poilus. Tout ce qui a trait à la souffrance est atténué, caché, au point de livrer des images quasi mensongères." P.116

Toutefois certains peintres, comme le peintre allemand Otto Dix, vont les représenter eux et leurs misères. Par ailleurs, il est intéressant de noter que les mutilés de guerre ne sont pas absents des cérémonies du souvenir et sont présents « comme les représentants du pacifisme » selon l’historien V. Auzas. Même si ceux présents lors du traité de Versailles, représentent clairement un sentiment anti-allemand et le prix de la victoire justifiant le sacrifice et les réparations.

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 Et après la guerre ? :

Nous avons vu la propagande et ce qu’elle cachait autour des soldats lors des conflits. Nous avons vu la réalité derrière la propagande. La paix revenue, que faire maintenant de ces corps et esprits mutilés ? La prise en charge du soldat ne date pas de la Révolution, l’Hôtel des Invalides mis en place par Louis XIV le prouve. Mais la Révolution abolissant l’Ancien Régime, que reste-t-il de cette aide ? Comment s’exprime sa bienfaisance ?
La Révolution va tout bonnement améliorer le système royal des pensions. En effet, les pensions versées depuis l’ordonnance royale de 1764 réservées aux soldats seront après cet évènement versées aux membres de la famille, pas sans résistance toutefois puisque certains membres de la Convention comme Chasset fustige l’aide élargie aux frères et sœurs. Mais sous peine de perdre leurs soutiens, la Convention rejette son argument, car en se montrant généreux envers tous, cette dernière tient le rôle que l'Église tenait autrefois et assure ainsi son soutien. Toutefois, cette aide élargie ne doit pas faire oublier le fait que tout le monde ne touche pas la même pension, en effet selon la blessure et les conséquences qu’elles auront sur la vie future du blessé, une échelle de pension militaire voit le jour en 1793.
Encore faut-il pouvoir prouver qu’on a été blessé lors d’un conflit et passer les tracas administratifs qui vont avec, qui déjà dès la Révolution et ses suites, a du mal à suivre l’afflux de dossier (décidément c’est bien dans les gênes de l’administration française ^^). Pour 14-18, les problèmes des blessés sont toujours présents, les progrès sont encore nécessaires et vont d’ailleurs assez vite car les anciens combattants se regroupent en association.
Pour l'aide aux soldats, la loi de 1853 sur les pensions n’est faite que pour les militaires de métier et est par conséquent obsolète, voilà pourquoi le 31 amrs 1919 apparaît la Charte du combattant qui instaure le droit à la réparation qui n’existe pas avant cela. Cette loi concerne les soldats autant que leur proche, et engage l’état à verser une indemnité aux soldats, aux victimes de guerre ou leurs ayant-droits. Cela indique aussi que le soldat n’a plus à justifier son état. A la différence de la période Révolutionnaire et Républicaine.
A ceci s’ajoute aussi, et pour continuer dans l’enjeu social et patriotique, d’autres à côté comme les emplois réservés aux veuves ou encore aux soldats dès 1923 dans l’administration. Cependant, selon les auteurs, cela sera sans réel efficacité car l’administration fait sa résistance en refusant d’employer des anciens combattant, c’est au final environ 150 000 personnes qui en profiterons entre les deux guerres. Notons aussi que dans le domaine privé les patrons refusent aussi leur ancien personnel comme le montre d’ailleurs si bien le roman Au revoir là-haut.
Seulement, ces pensions, ces aides, cette reconnaissance, cette dette morale, ne met pas à l’abri de la précarité financière que des associations tentent d'aténuer. Par exemple les pensions varient en fonction de la blessure (on retrouve l’idée de la Convention cité plus haut) et de l’évolution de celle-ci, et pour les veuves la pension cesse d’être revalorisée après un second mariage. Et en attendant le second mariage (pour celles qui se remarient), heureusement leur travail leur permet de gagner un peu mieux leur vie, mais chez les anciens combattants beaucoup hésitent à reprendre un travail malgré la rééducation professionnelle proposée par le pays, car ils ont peur de voir leur pension baisser ou trouvent qu’ils en ont fait bien assez pour l’Etat.
Mais ce problème de pension, n’est pas le seul frein à la réintégration des soldats. Effectivement, les soldats blessés, mutilés ou fragile psychologiquement ont beaucoup de mal à dépasser leur diminution physique, ce qui fait qu’ils restent entre eux ou qu’ils dressent autour d’eux un mur de silence qui rend le rapport à l’autre, y compris à sa famille, difficile. L'incompréhension peut aussi venir de la famille qui ne sait plus comment faire avec ces revenants.
Enfin pour clore cette partie et toujours dans l’idéologie de la dette morale, l’Etat propose de payer et d’entretenir les prothèses qui depuis la Révolution ont beaucoup progressé. Au lendemain de la grande guerre, elles s’adaptent même pour que les hommes puissent reprendre leur travail aux champs afin de combler la pénurie de main d’œuvre dans les campagnes, quand ce n’est pas l’outil agricole qui est repensé pour s’adapter aux mutilés.

Source: Externe

Conclusion :

Voilà pour les principaux sujets abordés dans le livre.
En résumé, je conseille le livre pour le tour d’horizon complet qu’il propose sur les conséquences de ces conflits, l’évolution du droit, et les divers blocages qui résultent de ces conflits qu’ils soient financiers, matériels, personnels. Toutefois, un petit bémol pour moi dans certaines parties qui concernent la Révolution, l'étalage d'exemple sur quasi ressemblant sur les blessés sont un peu fatiguants, cependant sa disposition qui sépare clairement dans chaque chapitre la partie révolutionnaire et la Première Guerre mondiale, rend la lecture facile à suivre. Toutefois, j’ai préféré la période de la grande guerre. Bref ! Un lire à lire pour aborder la mentalité des conflits, des combats et des opinions qui en découlent. 

18 décembre 2018

"Dagobert : Roi des Francs" de Maurice Bouvier-Ajam

 

Dagobert

Résumé :

S’il n’avait inspiré la célèbre chanson populaire, Dagobert (604-639) serait peut-être resté dans les oubliettes de l’Histoire. Pourtant, ce roi des Francs qui succéda à Clotaire II en 629 marqua son temps, et à travers lui c’est tout le VIIe siècle que nous revivons. Dagobert sut s’entourer d’habiles conseillers, comme saint Éloi ou saint Ouen, pour faire de son royaume une puissance prospère, unie, honorée et redoutée de ses voisins. En réformant sans cesse, il se montra, en dépit de sa légendaire étourderie, un administrateur et un politique de génie. Maurice Bouvier-Ajam nous restitue fidèlement cette époque – ses moeurs politiques, son organisation économique et sociale, ses pratiques religieuses – d’autant plus brillante qu’elle est l’une des seules éclaircies dans la nuit mérovingienne.

Mon avis :

Le Moyen-âge et peut-être plus particulièrement l’époque mérovingienne, est un âge que l’on imagine volontiers obscur, violent, idiot, avec des rois sanguinaires, stupides, qui ne pensent qu’à faire la guerre et rien d’autre. Et il est vrai que les conflits et meurtres ultérieurs et postérieurs à Dagobert peuvent difficilement faire penser à autre chose ; mais qu’en est-il vraiment lors de l’époque dagobertienne ?

Portrait et personnalité :

Il est un peu compliqué d’être exhaustif sur ce roi et cette époque, les sources manquants les historiens composent avec ce qu’ils trouvent. Toutefois, ils peuvent (visiblement) affirmer certaines choses, à commencer par la personnalité et la politique de Dagobert qui est assez proche de l’idée que ce fait la chanson, en le présentant comme un « bon roi » puisque le règne de Dagobert apparaît comme un temps de pause, de bénédiction, en ces temps troublés par les histoires de la dynastie mérovingienne ou des grands du royaume.
Bon, comme « le bon roi Henri » (Henri IV) assurément à la lecture de ce livre on s'aperçoit qu'il est, mais qu'en est-il plus précisément ?
Sur le plan de la personnalité tout d'abord, il apparaît au fil de ces pages qu’il est fidèle en amitié, ses plus proches conseillers ; Ega, Ouen, Eloi... seront toujours proches de lui et leurs avis comptera beaucoup pour lui. Il apparaît aussi – et cela s’explique par le fait qu’il ait voyagé dans le royaume et suivi l’éducation de L’école du palais – qu’il est une personne très intelligente qui a tôt connaissance des faiblesses du royaume et une idée très précise de ce qu’il veut faire pour y remédier. Là, la politique monarchique de Brunehaut l’inspirera par exemple énormément, et ceci même si ce n’est pas une personne qu’il porte dans son cœur.
Néanmoins, n’allez pas croire que « le bon roi Dagobert » fut un roi exemplaire, et même un enfant écoutant son père. En effet, comme va l’indiquer l’auteur il est franchement têtu. Il écoute certes les avis de ses conseillers et amis, mais s’il a une idée en tête il ne l’a pas ailleurs. Et par ailleurs il fait montre d’une certaine impatience à gouverner en tenant tête à son père, tout comme Louis XI le fera avec Charles VII.  Est-ce cette précocité qui en est la raison ? Probablement.

Enfin sur le physique, là aussi visiblement l’historien peut en esquisser un rapide portrait. Dagobert apparaît (comme son frère Caribert) être un enfant chétif et un adulte fragile sur le plan de la santé. Il est visiblement assez « difforme » à cause de cette santé fragile, cela étant il mènera quand même une vie agréable et sera jouir des plaisirs de la vie. Il ne se fera pas moine si vous voyez ce que je veux dire…

Politique :

Un peu plus haut, je vous ai laissé apercevoir que la chanson populaire qui en fait un « bon roi » n’est pas fausse sur le plan politique ; en quoi Dagobert se distingue des rois et des reines mérovingiens ? Pourquoi dit-on qu’il apporte un dernier éclat à cette dynastie ? 

Comme je l’ai déjà dit Dagobert s’est inspiré – du moins dans l’idéal – de la politique de Brunehaut qui rêvait d’un état centralisé et absolutiste. Dagobert avait en effet compris qu’un roi qui gouvernait seul, était plus à même d’assurer la stabilité du regnum que les appétits des grands s’empresser de disloquer dès qu’il y avait une faille dans le système. Toutefois dans les faits cela va s’avérer être un peu différent.
En effet, la politique de Dagobert se rapproche davantage du féodalisme que de la monarchie absolue, puisqu’il va devoir composer avec l’appétit et le caractère des grands, en leur reconnaissant notamment certains privilèges comme l’hérédité des charges qui contribuera à instaurer le féodalisme. Autre chose qui montre aussi une certaine faiblesse royale, c’est le fait que Dagobert devra adapter sa politique aux circonstances, notamment pour calmer les jalousies ou les révoltes, c’est ainsi par exemple qu’il nommera son fils Sigebert II au royaume d’Austrasie - sans toutefois oublier d’assurer ses arrières.
Enfin, dans l’idée aussi le féodalisme est présent, puisqu’il favorise les recommandations et les hommages si chers à cette époque.

Cependant, un certain ordre royal apparaît plus affirmer dans le même temps, tout n’est donc pas pré-féodalisme et il faut se garder de cette vision. Car en effet, dès la mort de son père il va prendre toutes les rênes en main, en commençant déjà par écarter son frère de la succession de la couronne - même si pour des raisons politiques il en fera le vice-roi d’Aquitaine. Il va aussi à côté, renforcer la justice royale face aux justices inférieures et locales, et même tenter de lutter contre les abus en imposant des hommes d’églises.
Enfin, dernier exemple dans la logique du "lien à la couronne" et d'affirmation du pouvoir, il va octroyer des diplômes royaux d’immunité pour contrer certains pouvoirs locaux trop puissants et gourmands, cela étant on remarquera assez vite avec ceci que même en voulant bien faire, ces immunités favoriseront elles aussi l’autonomie de ces terres et donc le féodalisme - même si ce dernier arrive bien après le règne de Dagobert. (On ne va pas tout lui mettre sur le dos non plus !)
Bref ! tout cela montre qu’il est point facile de gouverner parfaitement et de trouver des solutions à tout. On voit aussi que Dagobert a navigué entre sa vision et les circonstances toute sa vie. Mais comme il a conscience de ces faiblesses gouvernementales, et même s’il fait preuve (parfois) d’une certaine naïveté, il est important de noter qu’avant sa mort il va essayer de réformer certaines choses pour maintenir la solidarité nationale face aux réalités.


Illustration.


Pièce représentant Caribert II

Pays :

Toutefois, ce livre ne fait pas qu’aborder la politique administrative de Dagobert (et je n’ai même pas approché la politique extérieure, ni la politique militaire), il aborde aussi, et entre autres chose, tout ce qui est vie économique et religieuse du royaume. C'est-à-dire tout ce qui touche réellement la vie des gens dans leur quotidien que l'on va un peu découvrir.
Et pour commencer, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a eu une belle embellie sans suite sous le règne de ce roi, notamment économique. Alors certes, le royaume ne retrouve pas la prospérité de l’époque romaine, même si le commerce se développe le crédit reste par exemple très bas. Mais toutefois, certaines choses permettent à l’auteur d’affirmer qu’il y a une embellie profitable à la population, comme le fait que chaque métier ait ses spécialistes par exemple. En effet, pour Bouvier-Ajam le mélange de métier laisse présager qu’une personne trime plus pour vivre, qu’une personne qui ne pratique qu’un art.
« Cet incroyable foisonnement des métiers de la ville ne durera pas. Il est indiscutablement et limitativement dagobertien. Il est typique de l’embellie dagobertienne. Le raz-de-marée de la fin du 7ème et du 8ème désorganisera tout, mêlera tout, contraindra les hommes qui veulent vivre à pratiquer plusieurs industries, plusieurs commerces, au hasard des possibilités, et condamnera à la disette ou à la mort ceux qui n’arrivent plus à produire correctement, suffisamment. Les métiers seront bien moins nombreux à l’apogée carolingien qu’ils ne le furent à l’apogée dagobertien, et c’est bien plus tard que la société médiévale retrouvera une certaine exubérance professionnelle qui découvrira en grande partie dans le système des jurandes son équilibre dynamique. » P. 447
Un autre exemple d'embellie, enfin ça aide à l'embellie. C'est le meilleur contrôle de la frappe de monnaie avec St Eloi qui va donner plus de stabilité aux échanges, même si le « troc » reste encore une belle base vu que les métaux précieux sont plutôt rares.
Quant à la religion, là aussi on peut en dire plusieurs choses. Déjà il va l’associer à sa politique toute sa vie, et il va notamment la renforcer à la fin de sa vie pour en faire le ciment de l’unité du royaume - tout en développant en parallèle les solidarités entre les régions.
Il va aussi compter dessus pour adoucir les jugements dans les juridictions plus petites, et dans le même temps renforcer son rôle dans l’enseignement de l’époque, l’aide aux pauvres, aux esclaves, etc. D’ailleurs les veuves, les orphelins, les esclaves, relèveront désormais de la juridiction de l’évêque.
« Veuves, orphelins et affranchis sont dorénavant soustraits à la justice comtale, et ressortissent au tribunal de l’évêque. L’évêque devra, de surcroît, se préoccuper par tous les moyens possibles du sort des esclaves : il est évident que cette consigne vise à utiliser contre les maîtres abusifs les seules menaces qui les touchent vraiment, celles de sanctions dans l’au-delà. » P. 222
Mais en parallèle et même s'il compte beauoup dessus, il est intéressant de remarquer que même si Dagobert est un roi pieux dans une époque qui connaîtra beaucoup de saint, il ne bascule pas pour autant dans l’extrême comme l'atteste le fait, qu'il ne forcera pas plus que ça la conversion des juifs demandé par le Pape et l’Empereur byzantin. De même il interdira aussi toutes violences contre les païens, et s’il y en a elles seront punies.
On voit donc que la religion tient une place importante chez Dagobert et auprès du peuple, au point de favoriser l'essor économique, notamment dans tous les territoires nouvellement convertis.
« Partout où la religion royale s’installe, l’économie s’organise et le style « national » de vie s’impose. Des domaines se confirment ou s’instituent sur les territoires devenus pénétrables ; des villages, des hameaux, se créent ou se vivifient ; les échanges se développent ; les terres cultivables s’accroissent, les rendements s’améliorent, même les spécialisations progressent. Les résultats pratiquent de l’évangélisation sont inappréciables : l’unité nationale s’accroit et la conjecture du pays s’améliore.
Les agglomérations des régions converties gardent leur originalité mais, les contacts se développant avec le reste du pays, les dissemblances s’estompent ; partout de nouvelles formes d’artisanat surgissent et le commerce se ramifie. L’Eglise contribue à une certaine uniformisation des institutions : souvent elle développe plus encore son action sociale dans les « nouveaux pays » que dans les anciens. »
P. 304

En conclusion, on peut clairement dire que c'était un "bon roi" et qu'il a eu à coeur de protéger les faibles et de bien faire. Vous remarquerez cependant, que je vous ai parlé durtout de politique, de la religion et de l'économie, sujets généralement premiers dans l'histoire, mais je tiens à préciser que ces points ne sont pas les seuls à être abordés par l'auteur, la ville, les corps de métiers... sont autant de sujet qu'il a touché dont je ne vous ai pas parlé, pour ça il vous faudra lire le livre.

La vision de l’auteur :

Enfin, dernier point, que j’ai plutôt apprécié c’est la vision de l’auteur sur le sujet. On peut peut-être noter un peu trop d’enthousiasme vis-à-vis de Dagobert, certes. Mais les mises en garde de l’auteur qui souligne bien que le règne n’est pas parfait, que le diable y joue son jeu, qu’il faut se garder d’en faire un règne idéal même si ce règne est une plage de paix dans une époque troublée, rajoute à ce livre une sincérité non désagréable.
« Oh ! il faut évidemment éviter toute exagération qui conduirait à donner un aspect paradisiaque à une époque qui en était fort dépourvue. Cette époque a ses sauvageries, ses terribles misères, ses tragiques imperfections. La description de l’embellie ne saurait les taire puisque, malgré leur présence, il y a eu tout de même et très nettement, embellie. » P. 421
Toutefois, je ne garantis pas l’entière exactitude du livre, car comme je n’ai encore pas lu un livre sur Dagobert je ne peux savoir si la vision de l’auteur est juste ou faussée. Je ne doute pas que ça soit juste et de sa technique d'historien, mais pour réellement faire mon opinion j’aime lire d’autres livres et voir si certaines choses sont battues en brèche ou au contraire affirmer. Je vous en reparlerai donc quand je lirai l’autre livre de Dagobert que j’ai sur mes étagères.

En résumé, j’ai adoré ce livre qui est un tableau complet du règne de Dagobert. Le judiciaire, la société et sa construction, la personnalité du roi, sa politique, la population et son comportement, tout est abordé avec assez de précision malgré le manque de source. Un livre à lire pour appréhender un règne bien mal connu.

 

Editions Tallandier.

Extrait :

"Il serait assurément faux de croire que la pénétration barbare s'est produite sans heurt et sans violences : les réactions contre les premières incursions suffisent à prouver que la résignation des autochtones était loin d'être acquise, et que les intentions des arrivants étaient loin d'être pacifiques ou même simplement colonisatrice. Mais il a tôt fallu admettre la méthode romaine de la tentative d'assimilation, reconnaître les zones d'accueil ou accepter un partage de terres, abandonner es contrées au Barbare arrivé le premier contre engagement de sa part à les défendre contre tout nouvel arrivant." P. 37