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Encre d'époque.
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2 avril 2021

Rien n'est à personne : du communisme au commun retour aux origines de Yolène Dilas-Rocherieux

 

 

Rien n'est à personne communisme


Résumé :

 

Rien n’est à personne : la formule pourrait résumer la doctrine communiste, fondamentalement hostile à la propriété privée, au nom d’une égalité radicale. Mais quelle est la véritable origine de ce programme révolutionnaire ? S’agit-il d’une invention utopiste du XIXe siècle, en réaction au sentiment de dépossession des classes ouvrières ? Ou d’une forme d’organisation naturelle des sociétés primitives avant le sacre de l’individu et du progrès ? La question est d’importance, car après la chute du bloc soviétique, qui a paru sonner le glas de cette idéologie, on la voit aujourd’hui réapparaître alors que la notion de « commun » devient le ferment des luttes écologistes ou anticapitalistes. Le communisme serait-il donc la solution aux défis du XXIe siècle ?

Des communautés villageoises archaïques aux zadistes, en passant par la République guaranie créée par les jésuites au Paraguay au XVIIe siècle, par Marx, Lénine et Rosa Luxemburg, une synthèse sur une vision du monde et du partage de ses richesses.

 

Avis :

 

Je pensais que l’histoire et la philosophie communiste existaient seulement depuis Marx. Je pensais que ça se résumé à des grèves, des syndicats, la guerre froide, les goulags, les dictateurs (Staline, Mao, Castro…), la Chine communiste mais finalement devenue capitaliste. Bref ! Autant dire que je ne connaissais que les grosses lignes et surtout des faits.

Savez-vous qu’en France l’idée de « commun » remonte à l’époque médiévale ? Savez-vous que le communisme a pour genèse la Bible ? Et que cette idéologie possède une longue réflexion notamment sous les Lumières ? Loin de toute société industrielle et capitaliste.
Si ce n’était pas le cas maintenant vous ne l’ignorez plus. Et ce livre va même plus loin car il montre qu’approcher le communisme s’est : interroger les notions comme « la nature » et le « sauvage », le « communisme » et le « socialisme » ; les moyens d’y parvenir : révolution, éducation… ; les figures de proue comme Lénine, Marx ; les sources qui les ont influencées et qui se sont aussi croisées, on retrouvera ici de la philosophie grecque ou encore le christianisme.

 

« Si les grands principes du judéo-christianisme et de la philosophie platonicienne se retrouvent dans nombres d’utopies reconnues comme communistes par les communistes – entre autres celles de Thomas More, de Tommaso Campanella, du curé Meslier, de l’abbé Mably et du philosophe Morelly –, ils ont aussi marqué l’action partisane de Gracchus Babeuf, d’Etienne Cabet ou de Wilhelm Weitling, lesquelles ont fusionné dans une même souffrance et la même demande  le pauvre et l’ouvrier. » pp. 55-56

 

Je ne vous cache pas que la lecture de ce livre, bien que simple, n’est pas toujours aisée, on peut vite se mélanger les pédales entre les différents courants et différentes idées. Un tableau récapitulatif, une chronologie, auraient été la bienvenue. Toutefois à défaut de tout retenir, on découvrira avec plaisir le commencement et l’évolution de cette idéologie politique. Et nous découvrions que des évènements contemporains trouvent un écho dans le passé plus lointain, à l’exemple de l’expérience dans le Surrey (Angleterre) du protestant Gerrard Winstanley qui s’était élevé contre les enclosures au XVIIè siècle et rappelle en cela un peu l’URSS, probablement plus que l’expérience des Levellers anglais « engagés pendant la Glorieuse Révolution de Cromwell (1642-1651) pour obtenir des réformes constitutionnelles, la tolérance religieuse, le libre-échange économique et l’égalité en droits. » p. 58.
Autre cas intéressant, et pour changer un peu d’endroit, en Rhénanie un prédicateur Thomas Münzer (XVIe) employa la force contre tout ce qui pouvait souiller le message divin originel. Ce dernier sera vu comme un précurseur par Ernst Bloch pour sa lutte des classes, alors que pour d’autres comme Ferdinand Lassale n’y voient qu’un fou religieux.
Tous ces cas montrent une chose essentielle néanmoins : cette idéologie n’est pas homogène comme nous aurions tendance à le croire. Des tensions, des divergences, la rendent multiple et un peu difficile à cerner.

 

Au final, le communisme possède une histoire, mais son avenir ne semble être qu’une grande utopie pourtant. Certes, le retour aux sources (tribalisme par ex.) pour échapper à la modernité, lui donne une continuité, mais je vois mal comment ils pourraient s’y prendre pour convertir une planète entière, et même déjà un pays ! (Et bonjour la merde.)
Toutefois, en guise de conclusion l’auteure imagine bien une façon de s’y prendre ou d’imaginer la chose : l’archaïsme, la société de compassion sans raison, un retour au source lorsque l’on imaginait que le commun était la règle, bref ce n’est pas les idées qui manquent. Le passé est riche.

 

En résumé, Yolène Dilas-Rocherieux qui a abordé cette question pour comprendre un milieu ouvrier qu’elle connaissait mais que les discours bien rodés faussaient, nous donne une belle synthèse de la philosophie communiste. Cependant vu la densité du matériel, une relecture s’impose pour moi. Le jour où j’aurai le temps.

 

Editions Vendémiaire.

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