"Les Égéries de la Révolution" de Jean et Marie-José Tulard
"Tu te dis l'unique auteur de la Révolution Robespierre ! Tu n'en fus, tu n'en es, tu n'en seras éternellement que l'opprobre et l'exécration...
Chacun de tes cheveux porte un crime...
Que veux-tu ? Que prétends-tu ? De qui veux-tu te venger ? De quel sang as-tu soif encore ? De celui du peuple ?"
Olympe de Gouge
Résumé :
Séduire au risque d’en mourir : tel fut le sort de plusieurs héroïnes de ce livre dont le rôle politique sous la Révolution s’acheva sur l’échafaud. Ainsi d’Olympe de Gouges ou de Mme Roland…
On l’a oublié ou négligé : de grandes figures féminines tentèrent d’infléchir le cours de la Révolution dans un sens ou dans un autre. La plupart s’efforcèrent d’influencer des hommes politiques du temps – de là leur nom d’« égéries » – faute de pouvoir se faire entendre à la tribune et participer aux grandes décisions. Une revendication que les révolutionnaires ne cessèrent d’étouffer. Et pourtant, n’étaient-ce pas les femmes qui avaient ramené le roi de Versailles à Paris ou contribué à la chute de la monarchie ?
Voici l’histoire de la Révolution vue sous un autre jour, expliquant, entre autres, le renoncement du duc d’Orléans à la régence après la fuite du roi ou la chute inattendue de Robespierre le 9 Thermidor.
Dans les coulisses de la scène politique, ne fallait-il pas chercher l’égérie ?
Mon avis :
La Révolution française est un phénomène qui marque une coupure dans l’histoire de France. Elle marque la rupture avec l’Ancien Régime et montre une nouvelle manière de penser, où l’égalité entre français serait la nouvelle norme. Entre français oui, mais pas entre français et françaises, puisque la femme est exclue de la vie politique… Pourtant malgré cet état de fait, la femme a joué son rôle dans cette Révolution : elle a manifesté ; elle a écrit ; elle s’est exprimée ; elle est même passée sous le couperet de la guillotine. Ceci montre donc que la femme a eu son rôle dans cette Révolution qu’on a souvent faite homme. Monsieur et Madame Tulard, vont nous rappeler qui étaient ces femmes. Ce qu’elles ont fait et ce qu’elles sont devenues.
Assassina de Marat par Baudry (1860)
Nous connaissons bien sûr Olympe de GOUGE qui s’est opposée à Robespierre et a milité en politique ; Théroigne de MERICOURT l’amazone de la Révolution qui finira dans un asile et servira d’exemple pour rappeler aux femmes quelle était leur place dans la société ; Charlotte CORDAY qui assassina le tyran Marat dans sa baignoire ; mais il en existe bien d’autres venant de tous les milieux. Et c’est là le premier avantage de ce livre, c’est que de la bourgeoisie à la noblesse, en passant par le bas-peuple, on va avoir droit à un tour d’horizon complet de ces femmes révolutionnaires ou mise en cause dans la Révolution, et découvrir grâce à cela l’intimité des salons avec Madame NECKER et HELVETIUS, les dessous de la politique avec Madame ROLAND ou encore avec Madame TALLIEN, et enfin la rue en colère avec Reine AUDU ou Claire LACOMBE.
Cependant, ce n’est pas un classement par classe sociale que les auteurs ont favorisé, en effet ils ont plutôt pris soin de catégoriser les égéries révolutionnaires en fonction de leurs actions et du moment politique. En clair, ils n’ont pas mélangé les égéries de la Terreur avec celles du Directoire, ce qui est un excellent atout pour ne pas se mélanger dans cette période bouillonnante. 
Portrait de Germaine de Staël par Marie-Eléonord Godefroid.
En plus de découvrir ces femmes ou jeunes filles qui ont laissé leur trace dans l’histoire par leurs combats, leurs actes, leurs écrits et venant de tous les milieux, ce livre est aussi un plus pour approfondir la Révolution. Si en effet on voit très vite que les femmes ont joué un rôle dans cette Révolution auprès d’hommes plus ou moins influents, en secret ou au grand jour, que ça soit en politique ou juste pour réclamer du pain, ces pages vont aussi nous permettre d’approcher un peu mieux ces hommes de la Révolution, leur caractère et leurs actions. Ainsi que les tensions ou les alliances qui pouvaient se créer entre eux au fil des circonstances et donc avoir des conséquences politiques. En plus on va avoir une meilleure vision des complications politiques et de l'ambiance révolutionnaire avec ses faux procès, arrestations arbitraires, etc.
Outre aborder l’influence des femmes auprès des hommes et donc discerner ce qu’elles ont cherché à favoriser en politique avec plus ou moins de réussite, côtoyer les hommes de la Révolution permet de percevoir aussi la limite de ces derniers à la cause féminine ou à leurs demandes. De voir aussi la manière dont ils les considéraient.
Enfin, et en plus des combats de ces révolutionnaires qui parfois rejoignent celui des hommes, j’ai trouvé très intéressant de découvrir le portrait de ces femmes : leur intelligence ; leur panache ; leur force ; la fermeté de leur croyance ; leur courage de s’opposer à une politique avec par exemple Madame de LAROCHEJAQUELEIN ou leur courage face à la mort comme Madame ROLAND qui va à la guillotine en souriant. Qu’elles soient du peuple ou pas, qu’on soutienne leurs idées ou non, il est indéniable qu’on ne peut être qu’émerveillé devant « la force du sexe faible ». Même si avant cela en France – et même dans le monde – il n’a jamais manqué de femmes brillantes et entreprenantes : Christine de Pizan, Vigée le Brun, la Grande Mademoiselle, etc.
Club patriotique de femmes de Jean-Baptiste Lesueur (1791)
Bref ! Tout ce livre permet donc de découvrir le rôle de la femme lors de la Révolution qu’il soit officieux ou officiel, ainsi que celui des hommes. Il permet de voir en plus que la cause féminine est vraiment née avec la Révolution, quand bien même elle a essayé de la bâillonner et tenté de lui rappeler son rôle au foyer. Notamment à travers le décret d’interdiction de « toutes sociétés populaires exclusivement féminines » du 27 octobre 1793.
Cependant, ne nous leurrons pas les filles, la femme n’atteindra pas la liberté et l’égalité avec la Révolution. La graine est plantée mais la plante mettra du temps pour être prête à la cueillette. Leurs excès les ont desservis (maintenant que j’y pense, on retrouve cet excès aujourd’hui avec le féminisme communautariste (intersectionnalisme)). Mais quand même, il est indéniable que le combat pour l’égalité de la femme a gagné son nom à cet instant précis, même si avant d'autres ont eu l'idée.
En résumé, c’était une lecture intéressante malgré le fait qu’elle soit parfois un peu longue, on découvre beaucoup sur la Révolution, ses femmes, ses hommes, ses idées, ses combats, et les liens qui unissent tous ces points. Par contre il est recommandé de connaître un peu cet évènement sinon vous aurez du mal je pense.
Editions Robert Laffont.
Note sur 3 :

J'ai trouvé une chaîne Youtube qui parle de la Révolution de 1789 en plusieurs vidéos, pour ceux qui ne maîtrisent pas trop ou du tout le sujet mais qui veulent lire ce livre. Chaîne Youtube L'Histoire nous le dira et c'est une excellente base à ce livre pour ceux qui ne connaissent pas la Révolution.
Les origines - HNLD Révolution française tome 1
