"Il ne faut pas oublier l’hostilité avec laquelle la gauche a accueilli Alexandre Soljenistyne, qui justement se réclamait d’une philosophie des droits de l’homme et de la souveraineté de l’Etat. Cette philosophie universaliste prétendant privilégier ce qui unit les hommes au détriment de ce qui divise aboutit paradoxalement au communautarisme, c’est-à-dire à mettre en avant ce qui distingue les hommes entre eux : leur religion, leur ethnie. L’islamo-gauchisme est l’une des manifestations de ce paradoxe. Il dévoie l’essence de la philosophie des droits de l’homme, héritière de la pensée chrétienne et des Lumières. De l’universalisme, on arrive bizarrement au communautarisme. Nous touchons là, je crois, l’un des aspects les plus inquiétants de cet islamo-gauchisme qui légitime les philosophies différentialistes dans les milieux de gauche, normalement hostiles à ces courants."
p.157

"Ce "souci du monde" fait aussi partie de notre identité. Il n'empêche : que je ne vois pas pourquoi la France serait le seul pays au monde à ne pas avoir droit à une identité."
p.108."

allons nous sortir de l'histoire Julliard

Résumé :
«La France pourrait pour la première fois quitter la place qui fut toujours la sienne à l’avant-garde de l’Histoire. Pis que cela, si l’on en croit certains : il ne lui resterait plus qu’à méditer sur l’irréductible diversité de ses origines et sur les crimes qu’elle n’aurait cessé de commettre.
Eh bien ! Cette vision lacrymale et pénitentielle de l’Histoire de mon pays ne sera jamais la mienne ; je ne l’accepterai jamais.
Ce que nous vivons aujourd’hui n’est rien de moins qu’un changement d’époque. Au moment où s’affirment les grandes puissances régionales du monde de demain, l’Europe fait preuve d’une incroyable impuissance. Et la France se trouve bien seule et bien démunie, en proie à des déchirements intérieurs. Or elle n’a d’unité que dans son passé, d’avenir qu’en Europe, de raison d’être que dans l’universalité de ses valeurs. »
Les analyses de Jacques Julliard publiées précédemment dans Le Figaro sont ici réunies pour la première fois, accompagnées d’une introduction inédite. Le travail du journaliste rejoint celui de l’historien pour dresser le portrait édifiant de la France d’aujourd’hui, mettant en lumière les démons qui l’assaillent et esquissant les défis qu’elle a à relever, sans oublier ce qui a toujours fait sa force : sa vocation à être la patrie de l’universel.

Mon avis :
Ce livre est un condensé de réflexion de Jacques Julliard journaliste et historien, sur la politique, l’islam, le monde, la littérature… Certaines de ces réflexions ne datent pas d’aujourd’hui et peuvent s’avérer plus ou moins inexactes avec les évènements, d’autres ne sont que des possibilités, l’histoire n’ayant pas pour fonction de prédire l’avenir, on ne prendra donc que ce qui nous intéresse. On pourra aussi être d’accord ou ne pas l’être, avec ces articles. Quoi qu’il en soit, il faut saluer la démarche de l’auteur, qui de gauche et historien, ne joue pas de ces côtés pour bloquer la réflexion et les débats que le monde actuel impose.
Au contraire même ! Là où la gauche adore jouer du point Godwin, du mensonges et du pathos pour protéger ses petits chouchous que sont les musulmans et les immigrés, l’auteur va à l’inverse du courant, dénoncer cette pratique et l’intimidation par la menace que la gauche impose, notamment par son bras armé qu’est la justice.

Quitte à aller contre le courant. Il va dénoncer aussi la trahison des idéaux de gauche par la gauche, que sont : la laïcité ; l’égalité homme-femme (que les féministes et gauchistes pro-islamistes bafouent et méprisent parce que l’islam est dans leur tête la religion des pauvres et des victimes dixit l’auteur) ; la nation (alors que la gauche ancienne n’était pas étrangère à la terre de France) ; l’école (dont on a baissé le niveau pour permettre aux derniers arrivants de suivre le programme, ceci au nom de la religion égalitaire qui favorise la médiocrité).
"Mais il n'y a pas que la laïcité. A l'école, on a substitué systématiquement le principe d'égalité - par peur de stigmatiser ceux qui ont un retard culturel, entendez les enfants d'immigrés - au principe de l'école républicaine, qui a toujours été une école d'égalitié mais aussi d'excellence. Le recul de la France dans le domaine de l'éducation et des sciences est profondément préoccupant. Si la gauche cesse d'être le parti de la science, je ne sais plus ce que c'est !
Quand on fait de la république, de la nation et de la France le symbole de colonialisme et de racisme, on pratique un amalgame scandaleux. La France a, comme tous les peuples, beaucoup de cadavres dans le placard. [...] Qu'on arrête de nous jeter à la tête le reproche d'un identitarisme stigmatisant et excluant. Je suis pour l'identité française. Elle est avec Michelet, cette personne, et avec de Gaulle, cette princesse rêvée que nous avons tous dans le coeur. Il faut une sorte de perversion de l'intelligence pour faire de l'attachement des français à leur identité une marque de réaction ou d'intolérance. c'est absurde.
[...] La France a commis des crimes, je l'ai toujours combattus, mais passer son temps à demander aux Français de faire pénitence, c'est le pétainisme, ce n'est pas la République."

Comme vous le voyez, la gauche va donc s’en prendre plein la poire et ce n’est pas pour me déplaire je l'admets. L’auteur va effectivement critiquer l’aveuglement, les mensonges, les raisonnements stupides, les discours honteux, la médiocrité notamment intellectuelle de la gauche, qui est pourtant son parti de prédilection. Il ne va pas oublier la droite dans ses réflexions, puisque la droite s'est accaparée les idées gauchistes anciennes et a fait aussi ses bêtises, mais ce n’est pas le plus présent.
  Cependant, toute cette critique, n’est pas là que pour critiquer et dénoncer des faits, elle s’accompagne aussi d’une démarche explicative. En effet, Jacques Julliard va donner son explication sur l’inversement des valeurs de gauche. La religion égalitaire et des droits de l’homme détournés en sont une, mais selon l’auteur, les gauchistes d’aujourd’hui et d’hier tentent à travers leurs actions de s’approprier des combats et des gloires passés, comme l’anticolonialisme actuel qui cherche à condamner la France à une politique pénitentielle éternelle et à devoir abandonner son identité, car dans l’esprit gauchiste seul les « victimes » ont le droit à une identité. (!)  L’auteur, n’aborde néanmoins pas le côté psychologique qui pourrait expliquer cette haine de soi, il en laisse le soin aux psys.
Retenons seulement que les islamo-gauchistes dont Edwyn Plenel ou encore Libération et Télérama sont des exemples, sont des crétins qui disent des énormités, mais qui hélas arrivent à figer les débats avec des mots stupides du genre « pas d’amalgame » ou « les heures sombres de l’histoire ». Ils sont aussi en plus, des gens violents tendance collaborationniste (mais ça on le sait déjà tous). M'est avis, si en 39-45 il ne fallait pas habiter à côté d’une personne extrémiste de droite sous peine d’être dénoncé, aujourd’hui la tendance s’inverse est vaut mieux pas habiter à côté d’un gauchiste.

 Cette réflexion ne comporte cependant pas qu’une critique de la gauche – même si pour moi c’est ce qui a de plus présent –, elle aborde aussi des réflexions sur d’autres sujets comme Macron, la politique ou encore l’Europe. Une Europe que l'auteur voudrait française & allemande afin que l’on fasse encore partie de l’histoire, car l’Europe des 27 c’est ingérable. S’il a raison pour les 27, j’avoue ne pas suivre pour autant son opinion, car je suis contre l’UE. Cette Europe dictatoriale et envahissante, qui méprise ses peuples et leurs opinions, qui marche main dans la main avec l’islamisme, les lobbys et les passeurs, franchement très peu pour moi. Je veux bien d’une UE, mais pas celle-là. Par ailleurs je ne suis pas si pessimiste que l’auteur, je suis certaine qu’une belle vie en dehors de l’Europe est possible, et elle finira bien par arriver étant donné que l’UE est sur sa fin. Mais passons.

Jusqu’à maintenant, j’ai surtout abordé la réflexion politique du journaliste où l’histoire bien sûr se joint. Toutefois ce livre ne comporte pas que cela.  En effet, si l’auteur croit en l’Europe, il croit aussi en la littérature. Bien sûr, ce sujet va lui permettre d’aborder encore la politique, tant les programmes scolaires que la personnalité des grands hommes politiques du passé, qui étaient quasiment tous d’excellents écrivains. Toutefois, et sur l’affaire de quelques pages, il va aussi en faire un éloge dans laquelle la littérature est une clé de l’avenir ; par l’intelligence qu’elle procure (encore faut-il ne pas lire n’importe quoi) mais aussi par ce retrait du monde qu’elle permet. Ce retrait au monde qui permet de réfléchir, de s’interroger, de se vider, de s’oublier, et qui s’oppose de fait violemment à la société trop pressée, trop connectée et lumineuse actuelle. Cette société qui occupe tellement l’esprit qu’il devient difficile de se concentrer sur les problèmes et de réfléchir.  "La règle numéro un du totalitarisme est d'occuper en permanence l'esprit des gens, afin qu'ils ne demeurent jamais seuls avec eux-mêmes."
Aborder la lecture, c’est aussi aborder les intellectuels. Là aussi l’auteur à de belles réflexions. Une particulièrement qui m’a énormément plu : un intellectuel doit savoir rester seul. Car seul l’intellectuel est « synonymes de lucidité et de courage », alors que quand ils chassent en bande « ils deviennent le plus souvent un groupe dangereux et dominé par les passions ».
« Individuellement ce sont des défenseurs des droits de l’homme ; collectivement, ce sont des sycophantes. Dans une période récente, on les a vu ouvrir des listes de proscriptions pour dénoncer un écrivain, un collègue, suspect de déviation ou de mauvais esprit. Quitte à le désigner implicitement au couteau des assassins. Lorsqu’ils chassent en bande, les intellectuels se muent en une sorte de Père Ubu collectif qu’aucune sottise, aucune lâcheté, aucune cruauté ne sauraient faire reculer. Je tire une conclusion : ne donnez jamais de pouvoir politique à un intellectuel, vous en faites un flic. »

 En résumé, c’est un livre intelligent et hautement intéressant à lire, où toute cette réflexion doit nous emmener à nous poser la question sur l'avenir de la France et son utilité dans le monde. L’auteur avance ses opinions respectueusement, après on n’adhère ou pas. Toutefois, le fait que cet homme ait atteint l’âge de 86 ans, et a donc vu beaucoup du passé, assure une bonne réflexion sur le présent plaisante à lire et à réfléchir, même si j’avoue que ce n’est pas suffisant et peut-être pas forcément juste.

Editions Flammarion.

(Marque page : Fabrique de Ga - Joyeuse.)

Extraits : (les parenthèses noires dans les extraits sont mes petites réflexions).

"La laïcité :

Elle fut longtemps le critère privilégié de l’affrontement gauche-droite. Etait de gauche qui était laïque, et de droite qui ne l’était pas. […]
Aujourd’hui, au prix d’un tête-à-queue soudain, dont l’histoire offre peu d’exemples, les signes ont été inversés. On ne trouve plus guère à droite que des « laïques-bien-sûr ! », et de plus en plus à gauche des « laïques-oui-mais… ». La raison invoquée, on la connaît. La gauche compassionnelle a pour principal souci de ne pas traumatiser les musulmans, encore moins de les stigmatiser. Si la gauche républicaine s’était préoccupée de ne pas stigmatiser les catholiques, elle n’aurait jamais fait la loi de séparation de 1905, qui a ssuré à la France un siècle de paix religieuse. […]

L’école  :

C’est un livre entier qu’il faudrait lui consacrer. Je me contenterai donc de dire que la gauche a abandonné, au nom d’un alignement égalitaire sur les plus médiocres, les idéaux d’excellence intellectuelle et de civisme sur lesquels elle avait été fondée. Certes, dans ce domaine la droite fait aussi mal et parfois pire. Mais l’école n’était pas son patrimoine à elle, son idéal moral et comme sa raison d’être. C’est encore un terrain que la gauche dans sa fuite en avant a déserté en jetant derrière elle des paquets de billet de banque pour donner le change et tromper la déception de ses maîtres d’école.

La sécurité :

Depuis quand la sécurité n’est-elle plus une valeur de gauche ? Pourquoi donc, quand la Sécurité sociale est sa fierté, la sécurité personnelle est-elle devenue son chiffon rouge ? Elle figure sous le nom de « sûreté » à l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme comme un droit naturel et imprescriptible Le but de la gauche a toujours été de donner à l’ensemble du peuple le degré de sécurité dont jouissent naturellement les classes les plus aisées. Il a suffi que Nicolas Sarkozy en fasse un malin usage pour que la gauche s’en détourne, comme ces animaux qui refusent toute nourriture dès lors qu’elle a été touchée par des mains étrangères.

La nation :

La Révolution française a fait de la nation le creuset vivant de la démocratie. Elle est une « âme, un principe spirituel » (Renan), « une personne » (Michelet). La volonté générale de Rousseau suppose une nation unie ; elle est incompatible avec le communautarisme. Les mânes de Danton, de Robespierre, de Lamartine, de Victor Hugo, de Blanqui, de Gambetta, de Jaurès, de Clémenceau, de Jean Moulin, de Gabriel Péri, de Marc Bloch doivent trembler de colère quand elles entendent une gauche mondialisée faire l’amour de la France une déviation identitaire.

Je pourrais continuer longtemps. Je ne fais, inutile Cassandre, que me lamenter sur les ruines du désastre qui s’annonce. Depuis des années déjà, le subconscient de la gauche est habité par l’instinct de mort. Cette gauche hors sol, cette gauche sans qualité, comme eût dit Musil, est semblable à ces bancs de baleines qui viennent s’échouer sur le rivage. Elles ne savent pas ce qu’elles font, nous ne le savons pas non plus, mais quelques chose nous murmure que ce qui est en cause, c’est la survie de l’espèce." p.126-128.



"Fascination pour la violence

Il y a un problème de l’islamo-gauchisme. Pourquoi et comment une poignée d’intellectuels d’extrême-gauche, peu nombreux mais très influents dans les médias et dans la mouvance des droits de l’homme, ont-ils imposé une véritable sanctuarisation de l’islam dans l’espace politique français ? Oui, pourquoi ces intellectuels, pour la plupart agnostiques et libertaires, se sont-ils pris de passion pour la religion la plus fermée, la plus identitaire, et, dans sa version islamiste, la plus guerrière et la plus violente à la surface du globe ? Pourquoi cette étrange intimidation, parée de plume de la morale ? Pourquoi ne peut-on plus parler de l’islam qu’en présence de son avocat ?
Le résultat est stupéfiant, aberrant. On vient en effet d’assister, en l’espace de deux ou trois ans, à la plus incroyable inversion de presque tous les signes distinctifs de la gauche, ceux dans lesquels traditionnellement elle se reconnaît et on la reconnaît.
Au premier rang d’entre eux, la laïcité. Longtemps, elle fut pour elle le marqueur par excellence pour s’opposer à la droite. Et voici que brusquement, elle est devenue suspecte à une partie de l’extrême-gauche intellectuelle, qui a repris sans vergogne à son compte les errances de Nicolas Sarkozy sur la prétendue « laïcité ouverte ». Car la laïcité de papa, dès lors qu’elle ne s’applique à l’islam, et non plus au catholicisme, apparaît soudain intolérante, voire réactionnaire. Pis que cela, elle charrierait avec elle de vagues relents de revanche catholique ! Depuis que l’Eglise s’y est ralliée, elle serait devenue infréquentable !
Or la République à son tour est devenue suspecte. N’a-t-elle pas une connotation presque identitaire, « souchienne » disent les plus exaltés, pour ne pas dire raciste ? N’est-elle pas le dernier rempart de l’universalisme occidental contre l’affirmation bruyante de toutes les minorités ? N’est-elle pas fondée sur ce qui rapproche les hommes plutôt que sur ce qui les distingue ? Un crime majeur aux yeux des communautarismes.
[…]
Il y a quelque chose d’insolite dans le néo-cléricalisme musulman qui s’est emparé d’une frange de l’intelligentsia. Parce que l’islam serait le parti des pauvres, comme ils le prétendent ? Je ne crois pas un instant ce changement de prolétariat. Du reste, allez voir en Arabie Saoudite si l’islam est la religion des pauvres. Je constate que l’islamo-gauchisme est né du jour où l’islamise est devenu le vecteur du terrorisme et de l’égorgement. (Pas un peu avant ?)
Pourquoi cette conversion ? Parce que l’intelligentsia est devenue, depuis le début du XXè siècle, le vrai parti de la violence. Si elle préfère la révolution à la réforme, ce n’est pas en dépit mais à cause de la violence. Sartre déplorait que la Révolution française n’eût pas assez guillotiné. Et si devait établir la liste des intellectuels français ont adhéré, au XXè siècle, les uns à la violence fasciste, les autres à la violence communiste, cette page n’y suffirait pas.
[…]
L’autre explication, […], c’est ce qu’il faut appeler la haine du christianisme. Il est singulier de voir ces âmes sensibles s’angoisser des progrès de la prétendue « islamophobie », qui n’a jamais fait un mort (je dirais très peu), hormis les guerres que se font les musulmans entre eux, quand les persécutions dont sont victimes par milliers les chrétiens à travers le monde ne leur arrachent pas un soupir." p.141-144.


"Nos sociétés sont multiculturelles et sont vouées à le devenir un peu plus chaque jour. La rapidité, le bon marché des transports, les énormes écarts de prospérité entre les nations font que les pays riches d’Europe et d’Amérique sont en train de devenir des mosaïques ethniques, tandis que les pays pauvres conservent pour l’essentiel leur identité. Pour les pays d’accueil, le communautarisme est une solution de facilité et une marque de candeur extrême. Pour permettre aux migrants de « conserver ses racines », on somme le pays d’accueil de renoncer aux siennes, ce que les populations locales n’acceptent pas ; elles ont l’impression d’être déracinées sur leur propre sol.
Ajoutez à cela un phénomène nouveau, qui est la marque propre à l’islamisme, et qui contraste avec l’immigration de passé : la détestation du pays hôte. (Je doute qu’il n’y ait que les islamistes dans le lot.) Le résultat, c’est ce cocktail détonant qui est en train de gagner l’Europe et que l’on appelle sommairement le populisme.
[…]
L’Europe, si le phénomène devait persister, ne lui survivrait pas. L’Allemagne, le Pays-Bas, les pays scandinaves l’ont reconnu depuis peu. La Belgique, le Royaume-Uni ne tarderont pas à le faire." p.146


"Vous dites que cela n’a rien à voir avec l’anticolonialisme. Mais ne peut-on pas dire sue les islamo-gauchistes ont dévoyé à leur manière le combat anticolonialiste ? On est par principe du côté des musulmans, on reproche à la France d’avoir des comportements d’Etat raciste et néocolonialisme…

Vous avez raison, l’islamo-gauchisme affiche un anticolonialisme rétrospectif. Beaucoup de gens dotés d’une âme militante déplorent de ne pas avoir pu mener les combats du passé qu’ils admirent. C’est comme cela qu’en 1968, les militants se réclamaient de la Résistance !
Certains mènent aujourd’hui les combats anticolonialistes qu’ils n’ont pas pu mener hier. Pour eux, tous les maux viennent de la colonisation. Je crois que Barack Obama l’a dit, mais il n’est pas le seul : il y a un moment où il faut savoir s’arrêter. Les gens du Tiers Monde ne sont plus des victimes, ils sont désormais les acteurs de leur destin. Ils doivent être jugés non plus sur leurs origines mais sur leurs actes. (D’où l’intérêt de ne plus les infantiliser, et mettre l’Afrique et ses migrants devants leurs responsabilités).
[…]

Dans cette bataille rétrospective, la principale tâche est de dénoncer tous ceux qui restent à leurs yeux des agents du colonialisme, du racisme et de l’occidentalisme. Il y a comme un regret d’une période où le monde était divisé en noir et blanc, ou plutôt en blanc et rouge, où les choses étaient simples et claires en deux camps constitués et la doctrine marxiste de la lutte des classes pour tout expliquer." p.156


" La haine de l’identité française. Dans l’expression de l’islamo-gauchisme, tout se passe comme si seuls les dominés, les anciens colonisés, avaient droit à une identité, mais non la France, parce qu’elle est coupable. Il s’agit là d’un néo-vichysime. En effet, Pétain n’a cessé de culpabiliser les français. Que disent aujourd’hui les islamo-gauchistes ? « Tout ce qui arrive à la France est naturel. » Je ne dis pas qu’ils justifient les attentats. Mais enfin, si la France est l’une des cibles privilégiées de l’islamisme, c’est peut-être selon eux, à mettre en relation avec son passé (quid pour ces gens des autres pays dont certains n’ont pas eu de colonie ?). Il y a donc comme un refus de l’identité française, ou, pour être plus précis, une réduction de l’identité française « aux jours les plus noirs de notre histoire » - selon l’expression qui, à force d’être ressassée, est devenue ridicule."p.161


"L'homme est un animal symbolique :
"Que de bruit pour un morceau de tissu !" s'en vont répétant les bons apôtres du communautarisme. Je parle évidemment du burkini. Comme si le maillot du Barça ou du PSG n'était pas un morceau de tissu. Comme si le drapeau tricolore, l’Union jack ou la bannière étoilée n'étaient pas des morceaux de tissu.
L'homme est un animal symbolique, capable - et c'est heureux - de transformer des affrontements réels en confrontations formelles. Personne ne s'y trompe.
Quand, en 1848, Lamartine impose le drapeau tricolore face au drapeau rouge, c'est bel et bien fondements du nouveau régime, de suffrage universel ou de lutte des classes qu'il est question. Quand, en 1873, le comte de Chambord ruine les chances d'une restauration monarchique en refusant le drapeau tricolore exigé par les orléanistes, il a bien conscience de l'enjeu réel du débat. "Et tout cela pour une serviette !", s'impatiente le pape Pie IX, ardent partisan de cette restauration. Sans mes principes, je ne suis qu'un gros homme boiteux", lui réplique le prétendant au trône.
Au-delà des "arguties juridiques", comme dirait Nicolas Sarkozy, c'est sorte de Kulturkampf d'un genre nouveau que nous imposent aujourd'hui les islamistes. Ils ne cachent pas que leur projet, grâce à des revendications formelles concernant l'alimentation, le vêtement, la ségrégation des sexes, est d'islamiser la société française. Dans la jeunesse musulmane, ces revendications ne cessent de progresser. Elles sont déjà majoritaires quant au port du voile par les femmes. Et l'Occident est pris au piège. Au nom du respect des libertés individuelles, il est condamné à tolérer le communautarisme. Son libéralisme juridique se fait l'agent malgré lui de l'asservissement des femmes musulmanes."

"L'islamo-gauchisme affaiblit la résistance des musulmans à une idéologie islamiste de nature et de tendance totalitaire. On pense toujours à l'intimidation qu'exerce l'islamo-gauchisme sur la population dans son ensemble, à travers les médias, mais ses principales victimes sont d'abord ceux qui se réclament de la liberté chez les musulmans, et notamment chez les musulmans de France. Ils sont confrontés à une menace morales, mais aussi parfois physique. Le quadrillage mis en place par l'islamisme dans les milieux musulmans en France est terrible. L'islamo-gauchisme a pour effet d'escamoter ce grave danger dont pâtissent nos compatriotes musulmans. Je crois tout à fait la volonté de liberté et même de laïcité chez-eux - je pense particulièrement aux femmes. Et il me semble que le mouvement féministe français ne fait pas son travail dans ce domaine. Il devrait aider les femmes musulmanes à sortir chacun de leur carcan au lieu de justifier le voile, qui n'est rien d'autres qu'un symbole de leur servitude et de la présence islamiste." p. 166-167