"Comme le résume Patrick Besson, « les médias ont une mission impossible, quel que soit le régime politique : informer.
En démocratie, le journaliste est aux ordres du capital. En dictature, à ceux du pouvoir. »"
p 82

 

Propagande la manipulation de masse dans le monde contemporain

Résumé :

« Fake news », « infox », « post-vérité » : le monde contemporain ne cesse d’être confronté aux enjeux de l’information de masse. On croyait la propagande disparue avec les régimes totalitaires du XXe siècle mais, à l’ère de la révolution numérique et des réseaux sociaux, elle est plus présente et plus efficace que jamais. Chaque jour apporte ainsi son lot de désinformation, de manipulation, de rumeurs et de théories du complot. Loin de se résumer à la sphère politique et à la « fabrique du consentement », la propagande imprègne aujourd’hui tous les aspects de notre vie en société, les spécialistes du marketing, du storytelling ou les théoriciens du nudge s’efforçant d’influencer nos choix et comportements.

Embrassant plus d’un siècle d’histoire et couvrant un vaste espace géographique, David Colon explique les fondements et les techniques de la persuasion de masse dans le monde contemporain. Il montre que la propagande n’a cessé de se perfectionner à mesure que les sciences sociales et les neurosciences permettaient d’améliorer l’efficacité des techniques de persuasion, d’influence ou de manipulation.

Cet ouvrage percutant présente les acquis les plus récents de la recherche et permet de mieux cerner les ravages de la désinformation, hier comme aujourd’hui.

A travers une synthèse accessible et percutante, David Colon livre une contribution essentielle pour mieux cerner les ravages causés par la désinformation, hier comme aujourd'hui. 

Mon avis :

« La propagande est la fille de la démocratie. L’expérience totalitaire d’une propagande  poussée à son paroxysme, en conférant à ce mot une connotation péjorative, a longtemps masqué cette réalité : c’est dans la démocratie athénienne et la République romaine qu’est apparue la première forme de propagande  - en tant qu’ « effort organisé pour propager une croyance ou une doctrine particulière » -, c’est la Révolution française qui a posé les jalons de la propagande politique moderne, et ce sont les démocraties en guerre entre 1914 et 1918 qui ont inventé la propagande de masse, reprise ensuite par les régimes autoritaires et totalitaires. La propagande n’est donc pas le propre des régimes autoritaires, et encore moins l’envers de la démocratie. Non seulement, la propagande est née dans les régimes démocratiques, mais elle y a longtemps été perçue de façon positive. »
Aujourd’hui la propagande s’appelle : communication.
Depuis longtemps on sait que la population influe sur les décisions politiques, et les politiques en ont conscience... Alors autant diriger cette masse, se troupeau bêlant, pour qu’il aille dans le sens qu’on attend. C’est ainsi qu’a été mise au service d’une cause, la manipulation des esprits et des êtres humains par tous les moyens. Elle ne date bien sûr pas de l’époque contemporaine, mais c’est aujourd’hui et seulement depuis hier qu’elle a atteint un niveau jamais atteint.
Mais si la propagande agit sur toute la population, mettons toute de suite une chose au clair, elle ne touche pas que les plus « sous-développés », au contraire, elle agit d’avantage et mieux sur les populations fortement éduquées au fort niveau d’étude, car ils sont les plus à même de mieux comprendre les codes. Il s’avère donc que c’est eux les premières dupes de l’histoire.
Ça c’est un petit avant-goût du livre, allons voir ça de plus près maintenant.

Recherche et mode d’expression :

Je ne vais pas vous mentir ça va être difficile d’aborder cette partie, c’est tellement dense et il y a tellement de manière de l’exprimer que je ne vais pas arriver à parler de tout. Toutefois, je vais essayer de vous raconter l’essentiel.
Pour commencer, l’auteur David Colon va montrer comment science et propagande sont liées. En effet, grâce au progrès de la technologie et des sciences comportementales, il va présenter - par des études plus ou moins récentes - comment le cerveau réagit à certaines situations, images…, et comment ces avancées scientifiques sont utilisées par les organes de propagande pour mieux manipuler la population en leur présentant ce qui les intéresse ou les menace, afin de les pousser à aller dans le sens que l’on désire. Ceci passe dans pratique en jouant sur l’affect (très utilisé en propagande), la peur, le paraître..., et agit dans le sens de la consommation, de la sécurité, du patriotisme, etc.
Ces études comportementales montrent par ailleurs, comment le groupe, l’avis des autres, peuvent agir sur certains individus, et développent l’esprit grégaire dans la masse. Et oui, en groupe on aurait une tendance à suivre l’avis général, mais néanmoins je pense que la peur de la réaction des autres peut agir beaucoup à ce niveau-là. Ce que je veux dire, c’est que l’esprit grégaire peut se développer en cas de danger ou de manque de confiance en soi, je ne pense pas de fait qu’il faille tout mettre sur le compte du groupe et donc considérer ces études pour acquises.
La propagande ce n’est bien sûr pas que de la science, des recherches, c’est aussi du concret dans la vie de tous les jours. C’est ce que l’historien va montrer, en exposant les différentes manières d’expression de cette dernière. Il y a la publicité bien entendu qui est intimement liée avec la propagande, puisque s’est éveillé un désire, un besoin, la sécurité, l’exigence. Mais elle s’exprime aussi par l’art de la rhétorique ou dans les journaux en vidéo, en dessin, en photo, par exemple quand des illustrations agrémentent des phénomènes en utilisant des images d’autres époques, ou des images choc, ou prisent sous un certain angle, ou encore quand ils jouent sur des histoires à faire pleurer dans les chaumières (l’affect a pour faciliter d’amoindrir l’esprit critique).
Dans le domaine journalistique d’ailleurs, en ce qui concerne le visible et l’invisible, on a fini dans les conflits militaires par imposer une censure et un contrôle en amont de ce qui est possible à présenter au spectateur. La chose n’est pas nouvelle, on le voyait notamment durant la Première Guerre mondiale où les images du front étaient contrôlées et les dessins représentés des blessés heureux tout en critiquant l’allemand qui visait mal, mais la chose n’a pas disparu dans nos démocraties contemporaines. Et quand la politique s’en mêle, le détournement d’images présentées au journal télévisé ou à la presse, et donc au public, peut prendre des proportions énormes car ça peut favoriser des conflits en préparant l’opinion. La guerre en Irak par exemple.
Enfin, des choses bien plus anciennes indiquent que la propagande est vieille comme le monde, en atteste la vituperatio, le fait de jeter le discrédit sur l’adversaire, pour le discréditer lui, son parti et ses idées. « Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». Effet qui peut être toutefois aggravé par la presse à la botte des lobbys et du pouvoir, et du « terrorisme intellectuel » qui acceptent difficilement les idées divergentes.
Bref ! La propagande c’est l’art de s’exprimer sur tous les supports - même ceux qu’on n’imagine pas (BD, film) - et l’art de se renseigner sur les dernières recherches sur le cerveau, afin de manipuler et préparer l’opinion.

Propagande : désinformation, rumeur, complot :
 
La désinformation, c’est cacher, amoindrir des faits, pour diverses raisons : militaire, économique, politique, comme par exemple lors de la crise de la vache folle que la commission des consommateurs a cherché à amoindrir pour éviter le mauvaise impact de la peur de cette maladie sur le marché. Pour la rumeur, qui ne part pas toujours d’une base fausse, elle peut être un outil de propagande en étant utilisée comme une arme de guerre pour déstabiliser l’ennemi. Le hic avec la rumeur, c’est qu’elle peut vite prendre de grosse proportion notamment grâce aux médias qui la relaient. Participant ainsi eux-mêmes à la fausse nouvelle. Le complot ne fonctionne pas vraiment différemment, ça part de vieilles histoires, de vieux fantasmes, et des groupes ou des personnes s’en resservent pour leur cause.
Pourquoi je vous parle de tout ça ? Parce que ça existe et que c’est bien des armes au service de la propagande. Mais aussi parce que les études sur l’impact de ces « informations alternatives » indiquent un hyper-scepticisme ambiant et un manque d’esprit critique important dans le monde contemporain. Rien d’étonnant, car dans un monde où tout le monde ment et a partie liée avec quelque chose, la population a de plus en plus de mal à faire la part des choses.
La force de ces nouvelles alternatives, qui n’émanent pas forcément de groupes puissants et officiels, trouvent aussi leur force dans le fait qu’il n’y aurait pas de fumer sans feu, et aussi parce que l’exagération et la désinformation dans le camp qu’on cherche à dénigrer exsite aussi. Ceci instaure donc un climat de méfiance, et dans la complexité du monde, dont plus personne ne comprend rien (même pas les politiques) il est difficile de s’y retrouver. Et ça le livre va bien le mettre en avant.
Après je pense aussi qu’on peut expliquer cet intérêt pour « l’information alternative », car il arrive parfois que la personne ou le groupe discréditer régulièrement plus pour des idées qui dérangent et qui ont été exposées trop succinctement par manque de temps et pour garder intact l’intérêt de l’audimat, seraient victimes du règne de la bien-pensance. Outre ceci, je pense aussi que les gens en ont peut-être un peu marre de se voir commander ce qu’ils doivent penser. (Après c’est juste mon avis.)

Perte de confiance, où se trouve la vérité ?

Tout ceci fait cependant remarquer une chose. Il y a bien et belle une perte de confiance envers la doxa officielle, où l’on a tendance à voir des mensonges partout dans toutes les sources d’information possibles, sauf si on se sent proche des idées émises (et encore). Ceci s’explique notamment par le fait que les politiques paraissent toujours plus éloignés des réalités ce qui ne joue pas en faveur de la confiance, et s’explique aussi par le fait que les mensonges des journaux, leurs partis pris, les mensonges des politiques (exemple Tchernobyl), les lobbys, ont cassé la confiance des peuples favorisant de fait tout ce qui est complotisme, désinformation…
La contre-propagande, la désinformation, le complotisme, sont donc vraiment le symbole d’un manque de confiance et selon l’auteur une envie de se réapproprier le monde, le débat, l’histoire.
Toutefois, il ne faut pas oublier que dans le domaine de l’information et de la désinformation tout n’est pas coupé net. David Colon précise bien qu’un journal national peut dire un mensonge et pas un site considéré comme moins fiable, l’inverse est vrai aussi. Donc il ne faut pas basculer dans l’aveuglement et se dire : « c’est officiel, c’est donc forcément vrai. »
Enfin, selon moi, ce qui favorise aussi la nouvelle force de l’information alternative qu’elles soient fausse ou vraie, c’est que souvent elles ne sont pas dirigées par des grands groupes fortunés. Du coup je pense qu’on a un peu plus de mal à sentir la propagande, le matraquage d’idée, sans compter qu’ils paraissent plus proche du peuple que les grands médias. (Ce n’est que mon avis je le rappelle
Finalement, pour combattre tous les effets pervers de la propagande et de la contre-propagande, et retrouver la confiance, l’auteur préconise de rétablir l’honnêteté, la transparence, l’esprit critique, mais n’est-ce pas se montrer naïf ? Il y aura toujours des intérêts qui nous dépassent, donc l’honnêteté et la transparence…

Menace sur la démocratie :

Cette propagande et ses dérivés sont bien sûr des menaces pour la démocratie, et ce même si elle est fille de la démocratie. Par exemple dans le monde journalistique la propagande s’exprime par la censure ou l’autocensure, qui sont dues au fait que les groupes qui injectent de l’argent dans les journaux nationaux - et souvent dans plusieurs - imposent des silences si ça ne va pas dans leur sens. C’est ainsi que Libération aura l’ordre de ne pas parler du film Merci patron de François RUFFIN. Enfin, cette profession étant en crise, à la propagande s’ajoute aussi la peur du chômage, car très peu de journalistes aujourd’hui osent aller contre les intérêts qu’imposent les groupes afin de garder leur emploi.
Cependant, et s’il est vrai que les journaux ne sont pas parfaits et souvent pas ou peu pluriels, nous citoyens sommes aussi responsables de cette dérive. Comme l’atteste l’algorithme Facebook qui par exemple présente ce que la personne veut voir selon ses centres d’intérêt, ou la tendance de l’être humain à se rapprocher de ce qui représente ses idées. De plus le contrôle politique, militaire, les communiqués des lobbys, n’aident pas à sortir de l’ère manipulatoire dans laquelle la majorité de la population marche très bien par manque de lucidité.
Quoi qu’il en soit et comme va le montrer David Colon, tout ceci et autre, fait qu’au final  ça agit de manière nocive sur « l’espace public » cher à Jünger Habermas qui est un lieu de pluralité d’opinion et de débat ; car aujourd’hui chacun reste avec les gens qui partagent ses idées ou se tait par peur des représailles. Cette attitude fait donc qu’on s’éloigne de la définition même de nos démocraties qui est la pluralité des opinions et le partage de ces dernières.
Cela étant je me pose une question, peut-on en vouloir à l’espèce humaine d’agir ainsi ? Car n’oublions pas que dans le même temps la liberté d’expression est de plus en plus réduite et mal perçue… Et la justice se fait le bras armé des censeurs (surtout quand c’est politiquement incorrect), donc à mon sens il ne faut pas s’étonner non plus de ce comportement. La dénonciation est tellement prompte de nos jours, l’hystérie aussi, que rester entre soi c’est moins dangereux au final. Eh oui ! La multiplication des médias alternatifs, Internet, ne veut pas dire pour autant que l’espace public s’est agrandi.

Ce que j’en pense :

Je ne suis pas experte en propagande, et donc je ne peux pas dire que l’auteur avance n’importe quoi. Cependant j’ai quelques réflexions à faire sur ce livre.
A commencer par le fait que je le trouve trop occupé par un seul schéma : celui de la réussite de la propagande économique, politique, militaire, citoyenne, alors qu’il existe d’autres masses sur qui elle ne prend pas. Et quid justement des masses sur qui la propagande ne prend pas ? En effet, tout le monde n’est pas concerné par la politique, la consommation, et tout le monde n’a pas été nazi, socialiste ou encore communiste. Preuve qu’il y a des ratés dans cette propagande, qu’elle ne parle pas à tout le monde, et je trouve que cette limite n’a pas été mise assez en avant. L’auteur nous parle un peu de comment sont vus ces gens, quelles critiques ils supportent, mais pas du mécanisme qui fait fonctionner ces personnes qui refusent les codes, les pubs, les discours consuméristes ou alarmistes, et donc par leur comportement ou leur choix ne rentrent pas dans la théorie de masse que l’auteur a abordée. Je trouve qu’il s’est vraiment contenté de parler des gens chez qui ça fonctionne. J’ai eu l’impression en lisant ce livre qu’il n’y avait qu’une masse, or il est admis qu’il existe divers courant de penser, de vivre, de fonctionner, qui fait que l’approche par une masse homogène ne peut pas fonctionner. De fait la thèse de la propagande totale que l’auteur avance moi j’ai des doutes.
Pour continuer sur le sujet, j’aurai apprécié qu’il aborde un peu le monde non-occidental ou pas entièrement occidental. Effectivement, quand j’ai lu ce livre j’ai vu principalement la mise en avant de codes occidentaux, du monde occidental, mais là aussi qu’en est-il des autres parties du monde qui n’ont pas les mêmes codes, la même philosophie, la même religion, le même accès à l’information, etc. alors que la propagande existe tout autant dans ces coins de terre. Le ressort est probablement semblable (la peur, la joie, etc.) mais quid des techniques ? Des moyens ? De l’approche ? Est-elle dans ces parties du monde plus ou moins puissante ?
Ensuite, je reste aussi dubitative sur certains arguments avancés. L’auteur, comme je l’ai déjà dit, montre que les sciences humaines font parties des approches de la propagande et notamment la psychanalyse. Or la psychanalyse est réputée aujourd’hui pour être une philosophie peu sérieuse et peu valable, même si elle a évolué depuis il n’en reste pas moins qu’elle est sorti d’un cerveau de dégénéré et ceci quand bien même elle ait marqué son époque. De fait, je me demande si le rôle que l’auteur lui attribue n’est pas faux, et si on n’aurait pas plutôt intérêt de remplacer par exemple, le désir par le paraître, l’inconscient (auquel je ne crois pas, l’homme ne bâtit pas sa vie sur rien) par la persuasion et la manipulation. Pour rester sur le sujet, un argument sur les mangas m’a fait un peu fait tiquée aussi et ce n’est pas le seul.
Enfin, autre critique que j’ai, c’est les sources. Je ne sais pas si elles sont complètes dans le livre et si l’auteur les a bien résumées, mais si c’est le cas je n’ai pas peur de penser qu’il y a des sources discutables. Par exemple page 241, sur le thème de l’insécurité et sur ce que les psy appellent le syndrome du « grand-méchant monde ». D’après l’auteur et ses sources, il a été noté que dans 40% de villages exemptes de problème sécuritaire et sociale (ce que déjà j’ai du mal à croire), le fait de voir des images violentes au journal auraient favorisé en 2002 le vote du Front national. (Notez qu’on s’éloigne de la théorie du vote sanction). Par quel prodige cette étude peut affirmer ça, en se basant sur les votes dans des villages ? Je demande à savoir. Y a-t-il eu une enquête QCM (choix limités et orientés) ? Une enquête approfondie avec un intérêt pour les opinions et la vie de ces gens-là ? Ou alors rien si ce n’est un simple rapport sur le vote et les villages ?
Entre nous, un mec qui habite dans un coin paumé de France, peut très bien avoir lui-même vécu une agression chez-lui ou ailleurs, d’où son vote. Sa famille, ses amis aussi, d’où son vote. Et faut-il vraiment habiter à 10 km d’un fait divers pour se sentir concerner par un problème ? Quand j’ai lu ce passage, j’ai vraiment eu l’impression que oui.
Alors je n’ai pas lu la source de l’auteur, et la source faut la prendre aussi avec des pincettes, mais tout de même j’aurai aimé un peu plus de renseignement dans ce livre, pour ce passage comme pour d’autres. Car ça sonnait trop comme des vérités indéniables et non contestables. Surtout que tout de suite derrière il appuie son exemple avec l’affaire Dreyfus, oubliant que l’antisémitisme était à l’époque déjà plus que séculaire, donc pas besoin de connaître des juifs pour être contre le militaire.

Bref ! En résumé, j’ai survolé ici le livre et il y a encore plein d’autres choses à dire dessus. Alors le mieux pour vous, c’est de le lire car il est utile pour mieux connaître les ficelles de la propagande et de sa némésis, et prendre conscience de cette propagande/communication qui ne sert pas forcément une juste cause. Mais pour moi ce livre en appelle un deuxième afin de montrer les limites de la propagande, car quand on écoute l’auteur c’est propagande à 100%, or je trouve ça très pessimiste et pas forcément vrai. Il y a du monde qui refuse le monde en étant au-delà de l’hyper-scepticisme, du complotisme, etc. Il y a des gens qui vivent le monde selon leurs propres idéaux, leur propre vécu, donc la propagande totale et toute puissante moi j’ai un peu du mal à y croire. On est certes tous un peu mouton mais il y a divers degrés, et cette différence dans la masse je la trouve absente du livre, même si curieusement David Colon montre que les statistiques ne concernent jamais à 100% la population.


Merci aux
éditions Belin et Babelio.

Note :

bien

 

Extraits :

"La concentration des médias a des conséquences sur la qualité de l’information, la première d’entre elles étant d’encourager la censure. Si les interventions directes des actionnaires sont rares, elles n’en sont que plus spectaculaires. Ainsi, le 31 mai 2015, sur Canal +, le PDG de M6 Nicolas de Tavernost justifie la déprogrammation en septembre2012 d’un reportage de l’émission Capital consacré à la téléphonie par la nécessité de ne pas contrarier ses clients. En septembre 2015, Vincent Bolloré bloque la diffusion d’un documentaire sur un système d’évasion fiscale et de blanchiment d’argent organisé par le Crédit Mutuel, partenaire de Canal +, avant de mettre un terme à l’émission qu’il a proposé. Enfin le 9 mars 2016, l’intersyndicale du journal Le Parisien, racheté en octobre 2015 par le groupe LVMH de Bernard Arnault, révèle que le film de François Ruffin, Merci patron, ne sera pas chroniqué par le quotidien,  « ordre [ayant] été donné aux confrères du service culturel-spectacle qui avaient visionné le long métrage de ne pas le chroniquer, fût-ce en deux lignes ».
Toutefois, l’autocensure est plus fréquente et plus discrète que la censure : il suffit en effet de ne pas parler des sujets qui fâchent l’actionnaire. Comme l’écrit Julia Cagé, l’autocensure est un problème plus grave que la censure, car « plus difficile à réguler », et d’autant plus aigu qu’en raison de la concentration et de la fragilisation économique du secteur, elle gagne du terrain. La précarité, en effet, progresse parmi tous les journalistes, confrontés à des réductions d’effectifs drastiques. […] En France, le nombre total de journaliste baisse depuis 2016 et plus du quart des journalistes sont pigistes ou demandeurs d’emploi. En réduisant le nombre d’actionnaires, la concentration réduit du même coup le nombre d’employeurs potentiels et donc les possibilités pour les journalistes au chômage de retrouver un travail, ce qui accroît du même coup la propension à l’autocensure des journalistes en place. « C’est elle, écrit Laurent Greilsamer, qui vous rend aimable avec les annonceurs pur ne pas effrayer la publicité. C’est elle qui émousse les plumes et les voix pour ne pas déplaire aux puissants. C’est encore elle qui vous fait céder à vos préjugés. » Au demeurant, les deux plus grandes grèves de l’histoire de l’audiovisuel français, celle de l’ORTF en 1968 et celle d’iTélé, reprise par Vincent Bolloré, à l’automne 2016, se sont traduites par le départ, de gré ou de force, de la plupart des grévistes."
P.79-80


"L’un des ressorts fondamentaux de la propagande est du reste le recourt à l’émotion, qui vise à contourner ou affaiblir le jugement. […] Enfin, la propagande cherche moins à faire adhérer à une orthodoxie qu’à une orthopraxie. « Le but de la propagande moderne, écrit Ellul, n’est plus de modifier les idées, mais de provoquer une action. Ce n’est plus de faire changer d’adhésion à une doctrine, mais d’engager irrationnellement dans un processus actif. […] .» Le but ultime de la propagande n’est pas de changer d’opinion mais d’obtenir un vote, un don, un engagement (dans un parti, dans l’armée), ou toute autre action." P.15