"Le gouvernement révolutionnaire, déchristianisateur, a besoin de martyrs pour enraciner la foi nouvelle. Sont ainsi érigés au rang de "martyrs de la liberté" aussitôt après leur mort des hommes politiques tels Le Peletier de Saint Fargeau et Marat à Paris ou Chalier à Lyon, et de valeureux garçons, comme Agricol Viala dans le Midi et Joseph Bara dans l'Ouest."
L'histoire de France vue par les peintres
de D. Casali & C. Beyeler.

 

La souffrance et la gloire

 Résumé :

« La République nous appelle, / Sachons vaincre ou sachons périr ! » Ces paroles du Chant du départ révolutionnaire de Marie-Joseph Chénier pourraient, un siècle plus tard, être reprises par les Poilus de 1914. Car les troupes qui se sont fait décimer dans les tranchées de Verdun avaient hérité de 1789 une profonde culture du sacrifice.
Une véritable propagande d’État, nourrie de récits légendaires, de cérémonies commémoratives et de toute une imagerie d’Épinal, a en effet vu le jour dès les premiers combats de la République, en 1792. Elle a durablement façonné l’imaginaire national, dans un culte de la souffrance qui s’est perpétué en 1914-1918, et dont les monuments aux morts témoignent avec une force pathétique. Pour la première fois, deux spécialistes de chaque période collaborent pour révéler les liens sanglants qui unissent Grande Guerre et Révolution française.

Mon avis :

Depuis la Révolution et son culte de la liberté pour lutter contre la tyrannie des rois, l’héroïsation touche les plus humbles citoyens. Exit la seule gloire réservée aux maréchaux, aux généraux, aux nobles, la nation doit être reconnaissante à tous ceux qui ont pris les armes pour lutter contre l’oppression, héros de ces nouveaux temps.
La Révolution et les guerres qui ont suivi, n’inventent pas vraiment le héros, mais elles le massifient.
Cette massification et sa représentation ne se fait pas sans arrière-pensée, et est source d’engagement aussi. Lesquels sont-ils ? Et comment depuis la Révolution les discours ont évolué ? Car si les combats sont toujours source de souffrance, la prise en compte des héros, à, elle changeait.

La figure du héros :

Mais tout d’abord avant d’aller plus loin, il convient de s’interroger sur qu’est-ce qu’un héros ?
Pour la Révolution, c’est ce soldat qui a pris les armes contre l’oppression des rois des diverses monarchies d’Europe, et qui n’a pas hésité a exalté son amour de la patrie et de la liberté malgré les blessures qui l’ont touché : « j’ai un bras de moins, mes amis, mais ce n’est rien, vive la République. ».  Pour la Révolution, c’est aussi celui qui a donné sa vie, et sacrifié ses intérêts pour le plus grand nombre.
En ce qui concerne la grande guerre (14-18), les auteurs vont nous montrer que ce n’est pas franchement différent, mise à part que l’ennemi a changé. En effet, le patriotisme qui triomphe depuis le 19ème siècle historien (on va dire que ça commence à la Révolution même si d'autres le font commencer en 1815), n’a pas vraiment changé durant ce siècle et il arrive en 1914 aussi puissant qu’il était alors, puisque l’enseignement l’inculquait dès le plus jeune âge. Et à cette époque comme avant, on n’apprécie toujours autant ce soldat héroïque qui ne demande qu’à combattre l’ennemi malgré ses douleurs et ses membres arrachés.
"L'Ecole républicaine, laïque, gratuite et obligatoire depuis 1881, est par ailleurs un pilier de la culture patriotique devenue la religion commune de la France au-delà des divergences sur le régime. Les cours d'histoire axés sur les conquêtes napoléoniennes et de grandes figures militaires républicaines [...], les lectures mettant en scène des héros d'un autre temps (mythe gaulois de Vercingétorix [...]), l'exercice physique et militaire, la création de bataillons scolaires dans les écoles primaires de garçons (1882) ont contribué à fonder l'imaginaire de l'héroïsme martial. On distribue aux petits écoliers des carabines en bois et des exercices de tir réels sont pratiqués sous les préaux des écoles. [...] L'Ecole défend une vision patriotique et humaniste, exalte le soldat héroïque, fustige l'ennemi à partir de 1915, mais n'encourage pas la guerre, ni la violence. Plus que tout elle participe au deuil collectif que vit la France. Dès 1916, l'hymne de Victor Hugo, "Aux morts pour la patrie", résonne unanimement dans les écoles de France comme une nouvelle Marseillaise." P. 31-32

Cette figure du héros qui va combattre par amour pour la patrie, les images du héros, les légendes qui vont avec – même si on n’ignore pas l’exagération de certaines histoires – sont appréciées avec ferveur à toutes les époques et servent la propagandes, mais quid de la réalité derrière cette image ?
On s’en doute déjà, cela n’a rien à voir, mais on va en apprendre un peu plus surtout si, comme nos auteurs, on compare les époques pour mieux voir l'évolution.
En effet, on peut déjà noter une nette différence sur l’appel à combattre entre la Révolution et 1914. Fruit d’une longue élaboration qui débtute avec la Convention, la circonscription fonctionne bien mieux en 1914 que lors de la période révolutionnaire, par conséquent en 1914 les volontaires sont bien moins nombreux que lors des guerres révolutionnaires, et peu partent avec enthousiasme. Même s’il existe pour 14-18 des exemples de soldats qui se sont engagés bien volontairement et avec toute la fougue de leur jeunesse pour défendre la patrie, comme le plus jeune soldat français Corentin Jean Carré.
On peut ensuite souligner, que pour ces martyrs de la sauvagerie, la légende du héros est douloureusement teintée de réalisme et donc loin de la propagande. Non, le héros ne demande pas à retourner au combat, il redoute au contraire d’y « retourner se faire casser la gueule » comme l’écrit une main anonyme sur un journal de l’époque. Non, il n’est pas souriant à l’extrême comme l’indique plusieurs illustrations, acceptant son sort avec sourire. Le retour est en effet particulièrement douloureux, même s’il existe chez certaine personne une fierté de montrer sa blessure. Du moins de ne pas la cacher. Et non, les images de propagande de l’époque, ne représentent pas la réalité du soldat.

Rien de nouveau pour ce dernier point je vous l’accorde, mais ce qui a été intéressant à découvrir c’est de voir l’évolution dans le temps de la représentation du soldat. Car en effet, les diverses représentations n’ont pas toujours été « propres », par exemple, à l’époque révolutionnaire les mutilés sont exposés avec gloire. Certes pour valoriser le discours révolutionnaire, mais ils ne sont pas cachés et on les valorise même lors des assemblées. Néanmoins, avec le temps, déjà avec les guerres napoléoniennes, les auteurs vont souligner que la représentation de la réalité va changer peu à peu d’objectif ou de modèle.
Avec la Première Guerre mondiale, on peut représenter des morts, mais seulement des morts allemands ; on peut représenter des blessés pour mettre en avant la prise en charge médicale ou se moquer des ennemis qui ne savent pas tirer, mais on ne peut pas représenter la
désintégration des corps pour la réalité, car la guerre exige beaucoup de mensonge, un moral d’acier et une unité. Notons que se rejet des mutilés va aussi s'exprimer sur les monument aux morts.
"A travers le thème de la blessure, la presse insiste surtout, sur la modernité des structures sanitaires au début de la guerre, les ambulances et les trains. Plutôt que de montrer le drame humain, on préfère illustrer le conflit sous un jour pittoresque (la vie dans la tranchées par exemple), louer les chefs militaires, saluer les actes héroïques des poilus. Tout ce qui a trait à la souffrance est atténué, caché, au point de livrer des images quasi mensongères."
P.116

Toutefois certains peintres, comme le peintre allemand Otto Dix, vont les représenter eux et leurs misères. Par ailleurs, il est intéressant de noter que les mutilés de guerre ne sont pas absents des cérémonies du souvenir et sont présents « comme les représentants du pacifisme » selon l’historien Vincent Auzas. Même si ceux présents lors du traité de Versailles, représentent clairement un sentiment anti-allemand et le prix de la victoire justifiant le sacrifice et les réparations.

   Source: Externe

 Et après la guerre ? :

Nous avons vu la propagande et ce qu’elle cachait autour des soldats lors des conflits. Nous avons vu la réalité derrière la propagande. La paix revenue, que faire maintenant de ces corps et esprits mutilés ? La prise en charge du soldat ne date pas de la Révolution, l’Hôtel des Invalides mis en place par Louis XIV le prouve. Mais la Révolution abolissant l’Ancien Régime, que reste-t-il de cette aide ? Comment s’exprime sa bienfaisance ?
La Révolution va tout bonnement améliorer le système royal des pensions. En effet, les pensions versées depuis l’ordonnance royale de 1764 réservées aux soldats seront après cet évènement versées aux membres de la famille, pas sans résistance toutefois puisque certains membres de la Convention comme Chasset fustige l’aide élargie aux frères et sœurs. Mais sous peine de perdre leurs soutiens, la Convention rejette son argument, car en se montrant généreux envers tous, cette dernière tient le rôle que l'Église tenait autrefois et assure ainsi son soutien. Toutefois, cette aide élargie ne doit pas faire oublier le fait que tout le monde ne touche pas la même pension, en effet selon la blessure et les conséquences qu’elles auront sur la vie future du blessé, une échelle de pension militaire voit le jour en 1793.
Encore faut-il pouvoir prouver qu’on a été blessé lors d’un conflit et passer les tracas administratifs qui vont avec, qui déjà dès la Révolution et ses suites a du mal à suivre l’afflux de dossier (décidément c’est bien dans les gênes de l’administration française). Pour 14-18, les problèmes des blessés sont toujours présents, les progrès sont encore nécessaires et vont d’ailleurs assez vite car les anciens combattants se regroupent en association.
Pour l'aide aux soldats, la loi de 1853 sur les pensions n’est faite que pour les militaires de métier et est par conséquent obsolète, voilà pourquoi le 31 mars 1919 apparaît la Charte du combattant qui instaure le droit à la réparation qui n’existe pas avant cela. Cette loi concerne les soldats autant que leur proche, et engage l’état à verser une indemnité aux soldats, aux victimes de guerre ou leurs ayant-droits. Cela indique aussi que le soldat n’a plus à justifier son état. A la différence de la période Révolutionnaire et Républicaine.
A ceci s’ajoute aussi, et pour continuer dans l’enjeu social et patriotique, d’autres à côté comme les emplois réservés aux veuves ou encore aux soldats dès 1923 dans l’administration. Cependant, selon les auteurs, cela sera sans réel efficacité car l’administration fait sa résistance en refusant d’employer des anciens combattant, c’est au final environ 150 000 personnes qui en profiterons entre les deux guerres. Notons aussi que dans le domaine privé les patrons refusent aussi leur ancien personnel comme le montre d’ailleurs si bien le roman Au revoir là-haut.
Seulement, ces pensions, ces aides, cette reconnaissance, cette dette morale, ne met pas à l’abri de la précarité financière que des associations tentent d'aténuer. Par exemple les pensions varient en fonction de la blessure (on retrouve l’idée de la Convention cité plus haut) et de l’évolution de celle-ci, et pour les veuves la pension cesse d’être revalorisée après un second mariage. Et en attendant le second mariage (pour celles qui se remarient), heureusement leur travail leur permet de gagner un peu mieux leur vie, mais chez les anciens combattants beaucoup hésitent à reprendre un travail malgré la rééducation professionnelle proposée par le pays, car ils ont peur de voir leur pension baisser ou trouvent qu’ils en ont fait bien assez pour l’Etat.
Mais ce problème de pension, n’est pas le seul frein à la réintégration des soldats. Effectivement, les soldats blessés, mutilés ou fragile psychologiquement ont beaucoup de mal à dépasser leur diminution physique, ce qui fait qu’ils restent entre eux ou qu’ils dressent autour d’eux un mur de silence qui rend le rapport à l’autre, y compris à sa famille, difficile. L'incompréhension peut aussi venir de la famille qui ne sait plus comment faire avec ces revenants.
Enfin pour clore cette partie et toujours dans l’idéologie de la dette morale, l’Etat propose de payer et d’entretenir les prothèses qui depuis la Révolution ont beaucoup progressé. Au lendemain de la grande guerre, elles s’adaptent même pour que les hommes puissent reprendre leur travail aux champs afin de combler la pénurie de main d’œuvre dans les campagnes, quand ce n’est pas l’outil agricole qui est repensé pour s’adapter aux mutilés.

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Conclusion :

Voilà pour les principaux sujets abordés dans le livre. En résumé, je conseille le livre pour le tour d’horizon complet qu’il propose sur les conséquences de ces conflits, l’évolution du droit, et les divers blocages qui résultent de ces conflits qu’ils soient financiers, matériels, personnels. Toutefois, un petit bémol pour moi dans certaines parties qui concernent la Révolution, l'étalage d'exemple sur quasi ressemblant sur les blessés sont un peu fatiguants, cependant sa disposition qui sépare clairement dans chaque chapitre la partie révolutionnaire et la Première Guerre mondiale, rend la lecture facile à suivre. Toutefois, j’ai préféré la période de la grande guerre. Bref ! Un lire à lire pour aborder la mentalité des conflits, des combats et des opinions qui en découlent.

Note :

bien