Dagobert

Résumé :

S’il n’avait inspiré la célèbre chanson populaire, Dagobert (604-639) serait peut-être resté dans les oubliettes de l’Histoire. Pourtant, ce roi des Francs qui succéda à Clotaire II en 629 marqua son temps, et à travers lui c’est tout le VIIe siècle que nous revivons. Dagobert sut s’entourer d’habiles conseillers, comme saint Éloi ou saint Ouen, pour faire de son royaume une puissance prospère, unie, honorée et redoutée de ses voisins. En réformant sans cesse, il se montra, en dépit de sa légendaire étourderie, un administrateur et un politique de génie. Maurice Bouvier-Ajam nous restitue fidèlement cette époque – ses moeurs politiques, son organisation économique et sociale, ses pratiques religieuses – d’autant plus brillante qu’elle est l’une des seules éclaircies dans la nuit mérovingienne.

Mon avis :

Le Moyen-âge et peut-être plus particulièrement l’époque mérovingienne, est un âge que l’on imagine volontiers obscur, violent, idiot, avec des rois sanguinaires, stupides, qui ne pensent qu’à faire la guerre et rien d’autre. Et il est vrai que les conflits et meurtres ultérieurs et postérieurs à Dagobert peuvent difficilement faire penser à autre chose ; mais qu’en est-il vraiment lors de l’époque dagobertienne ?

Portrait et personnalité :

Il est un peu compliqué d’être exhaustif sur ce roi et cette époque, les sources manquants les historiens composent avec ce qu’ils trouvent. Toutefois, ils peuvent (visiblement) affirmer certaines choses, à commencer par la personnalité et la politique de Dagobert qui est assez proche de l’idée que ce fait la chanson, en le présentant comme un « bon roi » puisque le règne de Dagobert apparaît comme un temps de pause, de bénédiction, en ces temps troublés par les histoires de la dynastie mérovingienne ou des grands du royaume.
Bon, comme « le bon roi Henri » (Henri IV) assurément à la lecture de ce livre on s'aperçoit qu'il est, mais qu'en est-il plus précisément ?
Sur le plan de la personnalité tout d'abord, il apparaît au fil de ces pages qu’il est fidèle en amitié, ses plus proches conseillers ; Ega, Ouen, Eloi... seront toujours proches de lui et leurs avis comptera beaucoup pour lui. Il apparaît aussi – et cela s’explique par le fait qu’il ait voyagé dans le royaume et suivi l’éducation de L’école du palais – qu’il est une personne très intelligente qui a tôt connaissance des faiblesses du royaume et une idée très précise de ce qu’il veut faire pour y remédier. Là, la politique monarchique de Brunehaut l’inspirera par exemple énormément, et ceci même si ce n’est pas une personne qu’il porte dans son cœur.
Néanmoins, n’allez pas croire que « le bon roi Dagobert » fut un roi exemplaire, et même un enfant écoutant son père. En effet, comme va l’indiquer l’auteur il est franchement têtu. Il écoute certes les avis de ses conseillers et amis, mais s’il a une idée en tête il ne l’a pas ailleurs. Et par ailleurs il fait montre d’une certaine impatience à gouverner en tenant tête à son père, tout comme Louis XI le fera avec Charles VII.  Est-ce cette précocité qui en est la raison ? Probablement.

Enfin sur le physique, là aussi visiblement l’historien peut en esquisser un rapide portrait. Dagobert apparaît (comme son frère Caribert) être un enfant chétif et un adulte fragile sur le plan de la santé. Il est visiblement assez « difforme » à cause de cette santé fragile, cela étant il mènera quand même une vie agréable et sera jouir des plaisirs de la vie. Il ne se fera pas moine si vous voyez ce que je veux dire…

Politique :

Un peu plus haut, je vous ai laissé apercevoir que la chanson populaire qui en fait un « bon roi » n’est pas fausse sur le plan politique ; en quoi Dagobert se distingue des rois et des reines mérovingiens ? Pourquoi dit-on qu’il apporte un dernier éclat à cette dynastie ? 

Comme je l’ai déjà dit Dagobert s’est inspiré – du moins dans l’idéal – de la politique de Brunehaut qui rêvait d’un état centralisé et absolutiste. Dagobert avait en effet compris qu’un roi qui gouvernait seul, était plus à même d’assurer la stabilité du regnum que les appétits des grands s’empresser de disloquer dès qu’il y avait une faille dans le système. Toutefois dans les faits cela va s’avérer être un peu différent.
En effet, la politique de Dagobert se rapproche davantage du féodalisme que de la monarchie absolue, puisqu’il va devoir composer avec l’appétit et le caractère des grands, en leur reconnaissant notamment certains privilèges comme l’hérédité des charges qui contribuera à instaurer le féodalisme. Autre chose qui montre aussi une certaine faiblesse royale, c’est le fait que Dagobert devra adapter sa politique aux circonstances, notamment pour calmer les jalousies ou les révoltes, c’est ainsi par exemple qu’il nommera son fils Sigebert II au royaume d’Austrasie - sans toutefois oublier d’assurer ses arrières.
Enfin, dans l’idée aussi le féodalisme est présent, puisqu’il favorise les recommandations et les hommages si chers à cette époque.

Cependant, un certain ordre royal apparaît plus affirmer dans le même temps, tout n’est donc pas pré-féodalisme et il faut se garder de cette vision. Car en effet, dès la mort de son père il va prendre toutes les rênes en main, en commençant déjà par écarter son frère de la succession de la couronne - même si pour des raisons politiques il en fera le vice-roi d’Aquitaine. Il va aussi à côté, renforcer la justice royale face aux justices inférieures et locales, et même tenter de lutter contre les abus en imposant des hommes d’églises.
Enfin, dernier exemple dans la logique du "lien à la couronne" et d'affirmation du pouvoir, il va octroyer des diplômes royaux d’immunité pour contrer certains pouvoirs locaux trop puissants et gourmands, cela étant on remarquera assez vite avec ceci que même en voulant bien faire, ces immunités favoriseront elles aussi l’autonomie de ces terres et donc le féodalisme - même si ce dernier arrive bien après le règne de Dagobert. (On ne va pas tout lui mettre sur le dos non plus !)
Bref ! tout cela montre qu’il est point facile de gouverner parfaitement et de trouver des solutions à tout. On voit aussi que Dagobert a navigué entre sa vision et les circonstances toute sa vie. Mais comme il a conscience de ces faiblesses gouvernementales, et même s’il fait preuve (parfois) d’une certaine naïveté, il est important de noter qu’avant sa mort il va essayer de réformer certaines choses pour maintenir la solidarité nationale face aux réalités.


Illustration.


Pièce représentant Caribert II

Pays :

Toutefois, ce livre ne fait pas qu’aborder la politique administrative de Dagobert (et je n’ai même pas approché la politique extérieure, ni la politique militaire), il aborde aussi, et entre autres chose, tout ce qui est vie économique et religieuse du royaume. C'est-à-dire tout ce qui touche réellement la vie des gens dans leur quotidien que l'on va un peu découvrir.
Et pour commencer, le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il y a eu une belle embellie sans suite sous le règne de ce roi, notamment économique. Alors certes, le royaume ne retrouve pas la prospérité de l’époque romaine, même si le commerce se développe le crédit reste par exemple très bas. Mais toutefois, certaines choses permettent à l’auteur d’affirmer qu’il y a une embellie profitable à la population, comme le fait que chaque métier ait ses spécialistes par exemple. En effet, pour Bouvier-Ajam le mélange de métier laisse présager qu’une personne trime plus pour vivre, qu’une personne qui ne pratique qu’un art.
« Cet incroyable foisonnement des métiers de la ville ne durera pas. Il est indiscutablement et limitativement dagobertien. Il est typique de l’embellie dagobertienne. Le raz-de-marée de la fin du 7ème et du 8ème désorganisera tout, mêlera tout, contraindra les hommes qui veulent vivre à pratiquer plusieurs industries, plusieurs commerces, au hasard des possibilités, et condamnera à la disette ou à la mort ceux qui n’arrivent plus à produire correctement, suffisamment. Les métiers seront bien moins nombreux à l’apogée carolingien qu’ils ne le furent à l’apogée dagobertien, et c’est bien plus tard que la société médiévale retrouvera une certaine exubérance professionnelle qui découvrira en grande partie dans le système des jurandes son équilibre dynamique. » P. 447
Un autre exemple d'embellie, enfin ça aide à l'embellie. C'est le meilleur contrôle de la frappe de monnaie avec St Eloi qui va donner plus de stabilité aux échanges, même si le « troc » reste encore une belle base vu que les métaux précieux sont plutôt rares.
Quant à la religion, là aussi on peut en dire plusieurs choses. Déjà il va l’associer à sa politique toute sa vie, et il va notamment la renforcer à la fin de sa vie pour en faire le ciment de l’unité du royaume - tout en développant en parallèle les solidarités entre les régions.
Il va aussi compter dessus pour adoucir les jugements dans les juridictions plus petites, et dans le même temps renforcer son rôle dans l’enseignement de l’époque, l’aide aux pauvres, aux esclaves, etc. D’ailleurs les veuves, les orphelins, les esclaves, relèveront désormais de la juridiction de l’évêque.
« Veuves, orphelins et affranchis sont dorénavant soustraits à la justice comtale, et ressortissent au tribunal de l’évêque. L’évêque devra, de surcroît, se préoccuper par tous les moyens possibles du sort des esclaves : il est évident que cette consigne vise à utiliser contre les maîtres abusifs les seules menaces qui les touchent vraiment, celles de sanctions dans l’au-delà. » P. 222
Mais en parallèle et même s'il compte beauoup dessus, il est intéressant de remarquer que même si Dagobert est un roi pieux dans une époque qui connaîtra beaucoup de saint, il ne bascule pas pour autant dans l’extrême comme l'atteste le fait, qu'il ne forcera pas plus que ça la conversion des juifs demandé par le Pape et l’Empereur byzantin. De même il interdira aussi toutes violences contre les païens, et s’il y en a elles seront punies.
On voit donc que la religion tient une place importante chez Dagobert et auprès du peuple, au point de favoriser l'essor économique, notamment dans tous les territoires nouvellement convertis.
« Partout où la religion royale s’installe, l’économie s’organise et le style « national » de vie s’impose. Des domaines se confirment ou s’instituent sur les territoires devenus pénétrables ; des villages, des hameaux, se créent ou se vivifient ; les échanges se développent ; les terres cultivables s’accroissent, les rendements s’améliorent, même les spécialisations progressent. Les résultats pratiquent de l’évangélisation sont inappréciables : l’unité nationale s’accroit et la conjecture du pays s’améliore.
Les agglomérations des régions converties gardent leur originalité mais, les contacts se développant avec le reste du pays, les dissemblances s’estompent ; partout de nouvelles formes d’artisanat surgissent et le commerce se ramifie. L’Eglise contribue à une certaine uniformisation des institutions : souvent elle développe plus encore son action sociale dans les « nouveaux pays » que dans les anciens. »
P. 304

En conclusion, on peut clairement dire que c'était un "bon roi" et qu'il a eu à coeur de protéger les faibles et de bien faire. Vous remarquerez cependant, que je vous ai parlé durtout de politique, de la religion et de l'économie, sujets généralement premiers dans l'histoire, mais je tiens à préciser que ces points ne sont pas les seuls à être abordés par l'auteur, la ville, les corps de métiers... sont autant de sujet qu'il a touché dont je ne vous ai pas parlé, pour ça il vous faudra lire le livre.

La vision de l’auteur :

Enfin, dernier point, que j’ai plutôt apprécié c’est la vision de l’auteur sur le sujet. On peut peut-être noter un peu trop d’enthousiasme vis-à-vis de Dagobert, certes. Mais les mises en garde de l’auteur qui souligne bien que le règne n’est pas parfait, que le diable y joue son jeu, qu’il faut se garder d’en faire un règne idéal même si ce règne est une plage de paix dans une époque troublée, rajoute à ce livre une sincérité non désagréable.
« Oh ! il faut évidemment éviter toute exagération qui conduirait à donner un aspect paradisiaque à une époque qui en était fort dépourvue. Cette époque a ses sauvageries, ses terribles misères, ses tragiques imperfections. La description de l’embellie ne saurait les taire puisque, malgré leur présence, il y a eu tout de même et très nettement, embellie. » P. 421
Toutefois, je ne garantis pas l’entière exactitude du livre, car comme je n’ai encore pas lu un livre sur Dagobert je ne peux savoir si la vision de l’auteur est juste ou faussée. Je ne doute pas que ça soit juste et de sa technique d'historien, mais pour réellement faire mon opinion j’aime lire d’autres livres et voir si certaines choses sont battues en brèche ou au contraire affirmer. Je vous en reparlerai donc quand je lirai l’autre livre de Dagobert que j’ai sur mes étagères.

En résumé, j’ai adoré ce livre qui est un tableau complet du règne de Dagobert. Le judiciaire, la société et sa construction, la personnalité du roi, sa politique, la population et son comportement, tout est abordé avec assez de précision malgré le manque de source. Un livre à lire pour appréhender un règne bien mal connu.

 

Editions Tallandier.

Extrait :

"Il serait assurément faux de croire que la pénétration barbare s'est produite sans heurt et sans violences : les réactions contre les premières incursions suffisent à prouver que la résignation des autochtones était loin d'être acquise, et que les intentions des arrivants étaient loin d'être pacifiques ou même simplement colonisatrice. Mais il a tôt fallu admettre la méthode romaine de la tentative d'assimilation, reconnaître les zones d'accueil ou accepter un partage de terres, abandonner es contrées au Barbare arrivé le premier contre engagement de sa part à les défendre contre tout nouvel arrivant." P. 37