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Résumé :

Elle abrite la baleine qui engloutit Jonas, les sirènes qui perdirent les compagnons d’Ulysse, les monstres Charybde et Scylla ; elle sert de décor aux amours tragiques de Tristan et Iseult ; elle est parcourue par le sous-marin d’Alexandre et le navire de saint Brendan… La mer, au Moyen Âge, est un univers fantasmé, légendaire, inquiétant.
C’est aussi un espace central dans la géographie et l’économie de cette époque. Des expéditions vikings aux explorations portugaises, des pirates qui l’écument aux pèlerins embarqués pour la Terre Sainte, de la prospérité des ports italiens ou hanséatiques à l’assèchement des marais hollandais, c’est tout un monde qui se dessine alors, que l’homme apprend peu à peu à connaître, à parcourir, à exploiter, et bientôt à se disputer…
Nourri par les recherches les plus récentes, appuyé sur des exemples concrets, c’est à un voyage au long cours, sur les flots tumultueux de l’histoire, que convie cet ouvrage.

Mon avis :

Au moyen-âge, la mer est une étendue d’eau qui comporte ses légendes grecques, nordiques, bibliques, où toutes les plus folles histoires sont de mises.
La mer au moyen-âge, est une inconnue qui fait rêver sur un ailleurs qui permet l’enrichissement et l’aventure, tout en levant néanmoins les inquiétudes par ses profondeurs, ses monstres, ses dangers qui emportent loin de leur foyer les hommes…
La mer au Moyen-âge, c’est une étendue mouvante, dangereuse, intrigante, nourricière et nécessaire, mais la mer c’est aussi la terre par la création d’embarcation, de port, de commerce…
Comme on le voit, la mer n’est donc pas qu’un espace où l’on navigue mais un sujet qui pose bien des problèmes et des questions ; des problèmes et des questions qu’une équipe de chercheur se propose de poser et de résoudre.

Quelle vision de la mer ?

Déjà dans l’antiquité grecque la mer à ses légendes, Poséidon en est le maître et les sirènes perdent les marins. Au moyen-âge ces légendes anciennes ne sont jamais  éloignées, on retrouve par exemple mention des sirènes, qu’elles soient de plume ou d’écaille, dans les bestiaires français  du 12ème – 13ème siècle comme dans celui du clerc normand Gervaise. Toutefois, à ces visions antiques, se rajoute au moyen-âge d’autres visions de la mer, notamment par l’allongement d’un bestiaire monstrueux avec des créatures étranges comme le poisson-moine, ou encore avec la Bible et ces légendes comme celle de Jonas avalé par une baleine, qui finit de créer dans l’imaginaire de ces êtres médiévaux des images sombres sur ce cétacé qui devient un être monstrueux, trompeur, meurtrier en se faisant passer pour une île où des marins accostent, avant de plonger dans les profondeurs avec ces hommes sur son dos… Cependant et comme vont le montrer ces chercheurs, la symbolique du moyen-âge étant parfois double, certains auteurs en font un être qui rappellerait la vierge et la bonne image de la mère comme dans le bestiaire  et le lapidaire du Rosarius.

Comme je viens de vous le raconter par ces quelques exemples tirés du livre, et comme va le montrer cette équipe de jeunes chercheurs, la mer est objet de beaucoup de fantasme au moyen-âge car elle est en plus très liée à Dieu et même au Diable, mais pour autant il serait faux de croire qu’elle n’est qu’un objet de fantasme. En effet, à cette époque comme dans l’antiquité, elle est source aussi de beaucoup de question, par exemple on s’interroge sur les raisons de sa salinité ou encore sur les raisons des marées que l’on attribue à la respiration du monde, mais qui seront toutefois vite attribuées à la lune comme on le découvre dans ces pages.

 Enfin, les auteurs de cet ouvrage vont aussi avoir à coeur de nous montrer que grâce aux récits passés, on peut en apprendre un peu plus sur la mer et la mentalité des hommes médiévaux, en regardant les récits où cette dernière est personnage ou décor. Dans le récit de Tristan et Iseult par exemple, la mer est amer par son goût, mais comme amer veut dire aussi aimer au moyen-âge, elle est donc représentative de l’amour et des différents états que l’amour peut donner ; tumultueuse, mortelle, calme, coupée du monde, un obstacle… Dans un autre récit Le roman d’Alexandre, où Alexandre le Grand descend dans le monde qui se soustrait à la surface, elle est aussi un miroir du monde et un monde qui apporte connaissance et réflexion. Enfin, pour finir, dans les Pays du Nord, la terre est femme tandis que la mer est homme, comme l'indique la Saga du roi Sigurd le Croisé.
Bref ! Comme vont l’indiquer ces chercheurs, à cette époque la mer occupe bien plus l’esprit des Hommes qu’aujourd’hui, et elle est source d’innombrable métaphore.

Mais la mer n’est pas qu’imaginaire :

Dans le paragraphe précédent j’ai développé beaucoup l’imaginaire qui a trait à la mer, mais il ne faut pas oublier que la mer est une réalité depuis toujours et pour tous. Et la réalité de la mer, beaucoup d’habitants vont la vivre au quotidien. Déjà à cause des razzias vikings ou musulmanes qui écartent du rivage les habitants qui vont plus se diriger vers l’intérieure des terres jusqu'à temps que la sécurité revienne, mais aussi par le commerce qui est une des premières impulsions au développement des villes, ou encore par la nécessité de main d’œuvre et de se nourrir. En période de jour maigre ou encore l’hiver quand la saison des champs est terminée, la mer est une ressource de nourriture non négligeable pour les habitants comme pour les seigneurs.

Pour en revenir à la nécessité de main d’œuvre, en lisant ces pages on s’aperçoit qu’elle est diverse et touche l'entièreté de la population là aussi, car ça peut aller de l’embauche de plusieurs pilotes qui connaissent sur le bout des doigts les passages difficiles complétant ainsi les avancées scientifiques de l’époque, à l’embauche de marins ou à l’enrôlement de force. Ceci n’étant pas impossible dans un monde féodal où « les seigneurs peuvent généralement trouver des marins pour leurs navires en adaptant les corvées pour en faire des services en mer » c’est « une corvée de rame » comme dans les Cyclades. Même page, on découvre aussi que pour trouver des rameurs, « les états peuvent accorder des exemptions d’impôts ou accorder des grâces aux criminels qui acceptent de s’engager ».

Enfin, pour montrer que la mer touche tout le monde, on peut citer aussi les corsaires et pirates. Si ça n'a rien d'étonnant pour un roi de faire appel à eux, un plus petit seigneur, n’hésitera pas lui non plus à faire appel à ces gens - pas si marginaux que ça d’ailleurs, puisque parfois ce sont des nobles comme en France -, en cas de besoin. Mais je n’en dis pas plus pour vous donner envie de lire ce livre, - en tout cas pour moi ce passage qui parle de corsaire et de pirate, c’est une des plus belles découvertes que j’ai faite avec ce bouquin. J'ai réellement trouvé ça surréaliste.

Toutefois n’oublions pas et comme va le souligner le livre, que la difficulté de trouver du personnel naviguant vient des dangers de la mer. Qu’ils soient humains ou naturels, personne ne les ignorent ; la mer inquiète.

Un contrôle sur les mers ?

La question des pirates, des corsaires, amène tout naturellement à s’interroger sur les lois qui régissent la mer. Comme je viens de l’écrire il existe des lois, des règlements... sur la terre ferme pour la main d’œuvre, les intérêts financiers des seigneurs, mais quid de la mer ? De l’espace mer ? Cet espace qui n’appartient à personne et en même temps à tous ceux qui naviguent dessus. Trop immense pour être contrôlé et n’existant pas de droit international maritime, la mer finalement se gouverne à échelle locale. Certes le commerce, les flottes importantes… peuvent être une manière de gouverner ces mers (thalassocratie), de briller internationalement, mais dans la réalité c’est plutôt chaque pays qui applique ses règles sur ses rivages, s’adaptant ainsi aux cas et aux besoins, comme l’indique le cas des pèlerinages, le droit d’épaves, les actes de piraterie qui poussent parfois les pays à vouloir faire appliquer leurs lois dans des pays qui ne sont pas les leurs, par exemple l’Egypte avec les Pisans.
Bref ! Comme on le constate en lisant ces pages, le droit en mer n’est pas inexistant, il est cependant très difficile de le faire appliquer et même impossible à s’accorder dessus. En effet, il est laborieux de choisir le droit applicable en mer car tous les marins d'un bateau ne sont pas d’un même pays, et en plus par définition un bateau voyage d’un port à un autre. Donc, même si on voit l’apparition d’un droit marin ou encore de certaines règles de conduite, rien n’est pour autant stable et rien n’est facile. Et dans ce domaine aussi, l’évolution et l’adaptation sont permanentes, montrant ainsi la capacité d'adptation de ces gens et leur recherche d'amélioration.

« En termes juridiques et judiciaire, la mer appartient donc avant tout à ceux qui la parcourent, lesquels gardent jusqu’à la fin du Moyen Âge une marge de manœuvre certaine vis-à-vis de la terre ferme. Pourtant, les hiérarchies se renforcent : tandis que les pouvoirs disciplinaires du commandant de bord sur son équipage augmentent, il a lui-même les mains de plus en plus étroitement liées par les exigences  de ses commanditaires restés au port. De plus, si la haute mer reste libre, les puissances riveraines tendent à s’assurer la juridiction exclusive sur les eaux bordant les côtes, sans pour autant y admettre de limites précises. La mer devient un espace de conquête pour le droit, et le droit s’édicte de plus en plus sur terres. »

Technologie :

Enfin, pour bien montrer que la mer est une réalité pour tous, les auteurs vont montrer que les inventions, la technologie, touche à peu près tout le monde. Effectivement, de la boussole qui nous arrive de Chine, à la création de la latitude, en passant par l’évolution des bateaux qui n’efface pas les créations précédentes mais fusionne avec les nouvelles avancées selon les besoins et les terrains, les auteurs vont bien mettre en avant que la mer est source de progrès matériels ; pour améliorer la navigation, la sécurité des ports…
Mais comme je le disais au début du paragraphe, la technologie n’est pas réservée qu’à ceux qui naviguent, les humains qui habitent non loin du littoral gagnent du terrain sur la mer avec les polders, aménagent les bords avec des moulins, des salines ou encore des pêcheries. Bref ! Là aussi le livre nous en apprend beaucoup sur la rationalisation de l’espace mer et de son rivage, et sur la manière dont les hommes et les femmes ont apprivoisé cet espace.

En résumé et même si je n’ai pas tout abordé ici - faut bien que je vous laisse un peu de surprise quand vous lirez ce livre -, je dirais qu’au premier abord ce livre est excellent pour découvrir un peu plus le rapport entre la mer et les hommes au moyen-âge ;  notamment parce qu’il nous fait prendre conscience de l’importance de cet espace dans l’esprit des hommes et dans l’histoire. Vu que cet espace est plus souvent étudié en géographie, ce livre d’histoire permet vraiment une autre vision.
Toutefois, j’avoue que je l’ai trouvé un peu soporifique, mais pour être franche je ne pense pas que ça soit le livre le problème. En effet, la mer en document ou en roman, est un sujet qui m’endort et ne m’intéresse pas plus que ça. Alors, pourquoi je l'ai lu ? Parce que je voulais apprendre et parce que en Licence d'histoire je n’ai pas étudié une fois la mer (et tant mieux car je crois qu’au partiel je me serais pendue). Mais voilà, je pense qu’il faut avoir un peu le pied marin pour l’apprécier entièrement. Ou au moins aimer voyager ailleurs que dans le temps. Mais quoi que j’en dise, c’est un livre à lire, car il y a beaucoup de chose à apprendre, et enfin, vous verrez la mer différement.

Éditions Vendémiaire.

Expo BNF sur la mer.

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