Mandrin le voleur d'impôts

Résumé :

Dans ces temps déraisonnables, les collecteurs d'impôts étaient considérés comme d'odieux pillards et le peuple, acculé à la misère, applaudissait aux exploits d'un hors-la-loi.
Louis Mandrin, né en 1725 dans les montagnes du Dauphiné, était déjà entré dans la légende quand il mourut en 1755, roué vif sur la place de Valence. Pendant deux ans, à la tête d'une cinquantaine de compagnons d'armes, il avait vengé les humbles en rançonnant les puissants et en bafouant l'autorité royale.
Mais les légendes estompent parfois les aspects les plus passionnants de la réalité. Qui était le vrai Mandrin ? Un personnage fier, ambitieux, intelligent sinon honnête, entraîné dans l'illégalité par une sorte de fatalité familiale…

Mon avis :

Un livre qui n’est plus récent, mais que j’ai trouvé il y a quelques années d’occase. Enfin lu après toutes ces années en attente, je dois dire que je tombe de haut. Je l’avais imaginé héros, il n’est qu’un scélérat. Je l’avais imaginé Robin des Bois, prenant aux riches et donnant aux pauvres, et ben pas du tout. S’il vend au début aux pauvres à bon marché, par la suite il partait avec sa bande et son argent obtenu par la force et l’intimidation, dépenser l’argent en Savoie ou encore en Suisse, qui voyaient là un excellent revenu et une excellente manière de se moquer du royaume de France.

 Mandrin avant Mandrin :

Louis Mandrin est le premier enfant d’une famille de neuf enfants, à 17 ans il devient chef de famille suite au décès de son père. Suite à ce décès, apparaît la véritable nature de Mandrin qui se rapproche de celle de sa mère ;  une nature violente, avide, persuasive. Mais aussi facile à se tourner dans l’illégalité. En effet, à cette époque déjà Mandrin a une tendance à ne pas respecter son voisin ni les jugements, car il cumule déjà quelques procès et histoire avec violence. En parallèle, il connaît aussi un déboire avec la Ferme Général, à cause d’une histoire de mule, cette dernière sera la raison, où plutôt une des raisons, pour laquelle il s’en prendra à ces hommes.
Mais si avec toutes ces histoires Louis Mandrin reste un homme vivant encore dans la légalité, avec l’assassinat des frères Roux il bascule dans l’illégalité. De là commence sa vie de contrebandier, qu’il commence en intégrant la bande de Bélissard.

Accessoirement les frères ne sont pas forcément mieux, un d’ailleurs sera condamné à mort pour fausse monnaie.

 La naissance de Mandrin le contrebandier :

 Intégrant la bande de Jean Bélissard, mais devenant très vite le chef de la troupe, Mandrin se démarque du truand de base par son goût de la mise en scène, son intelligence, son amabilité et son audace. Mandrin voit loin et grand.
Niveau caractère, il s’adoucit aussi et comme à l'armée il veut que ces hommes se tiennent correctement. Mandrin a en effet l’esprit militaire. A côté de cela, il se montre même courtois avec ses victimes, même si le ton intimidant n’a absolument rien de courtois dans les faits. Les gens chez qui il s’invite sont souvent terrifiés, et ça se comprend.
Cela étant s’il se montre courtois, presque honnête, faisant au début - et pour le plus grand plaisir de la population - des affaires en revendant moins cher des produits ; Mandrin n’en reste pas moins un fléau. Le fléau des fermiers généraux, de la maréchaussée, des débitants de tabac et de leur famille et serviteurs (pauvres serviteurs souvent malmenés, alors qu’ils ne sont que des serviteurs…).  Violences terribles, meurtres, intimidations, avec ces gens-là Mandrin et son groupe ne sont jamais tendres.
Par ailleurs, Mandrin profitera de sa position pour tuer le juge e
t sa fille de 18 mois, qui a fait condamner son frère. En parallèle, il libérera aussi certains prisonniers des prisons qui grossiront sa bande.

Alors on pourrait penser que comme c’est souvent des fermiers généraux qui sont malmenés, ce n’est pas grave ; et d’un côté c’est vrai, mais voilà, parfois la violence de la troupe se répercute sur la population, comme à Beaune qui sera traumatisé de son passage. Cela étant il trouvera toujours des complices, des admirateurs (et parfois très haut placé) pour l’aider à échapper aux armées du roi.

 La lutte contre Mandrin :

Ce qui m’a impressionné en lisant ce livre, c’est la lutte contre Mandrin. Comme déjà dit, elle ne fût point aisée à cause de ses complices-admirateurs, mais elle fut un tel déploiement de force que j’en suis restée presque bouche bée. Je savais que la troupe de Mandrin était immense, mais je n’aurai jamais imaginé que le Ministre de la Guerre allait envoyer, Dragon et Volontaires de Flandres et du Dauphiné à la chasse de cette bande. J’imaginais plus une autre organisation de la maréchaussée, un « pas de chance » dans l’arrestation, mais en tout cas pas ça. Un tel déploiement de force.

Chose un peu moins connue mais intéressante à savoir aussi, c’est que la lutte contre Mandrin est aussi extérieure à la France, comme l’atteste les moult lettres qui iront en Savoie pour demander l’arrestation de cette bande par l’autorité du pays. Cependant, celles-ci seront sans grand effet, vu que les Mandrins dépensent en Suisse et en Savoie - qui appartient à l’époque au Royaume de Sardaigne – le fruit de leur campagne, faisant donc vivre les gens du coin. Ce qui les rend plutôt sympathiques et intéressants pour l’économie locale. Mais ce comportement complaisant avec les brigands et sachant que la France n'a rien à attendre de son voisin, fera que la France enlèvera Mandrin en Savoie en toute illégalité suite à une dénonciation, créant ainsi un incident diplomatique. Où j’avoue que je n’ai pas très bien compris le comportement de Louis XV, vu le modeste royaume que représente la Sardaigne.

 La légende de Mandrin :

 Une autre partie intéressante du livre est la description de la légende de Mandrin. Aujourd’hui Mandrin est dans l’esprit des gens un héros, un Robin des Bois, comment en effet ne pas avoir de sympathie pour cet homme en écoutant La complainte de Mandrin ? Mais si pour moi la légende dorée vient de s’effondrer, il est quand même intéressant de noter que sa légende a commencé à s’écrire de son vivant ; puisque Mandrin, contrebandier audacieux, intelligent, aimable et presque honnête, s’attire la sympathie de la foule, par le fait qu’il s’en prend à un système pourri : la Ferme générale. Source de bien des malheurs. De fait, il n’en faut pas plus à la population, pour faire de cet homme un héros généreux au grand cœur avec les petites gens, même si cela s’avère faux.
Mais qu’importe le vrai et le faux, parce qu'il représente la lutte conte un système injuste, il recevra malgré tout beaucoup de sympathie jusqu’à ces derniers instants.  Derniers instants qui rendront Mandrin encore plus populaire. Jugé trop vite par le tribunal de Valence (un des plus sévères à l’époque) il sera roué vif, mais son courage devant cette épreuve, où pas un son ne s’échappera de sa bouche, finira d’en donner une image de héros. Que la Révolution va graver dans le marbre, et les mandarinades dans la bouche des gens.

« Passants, honorez de vos pleurs
Celui qui fit la guerre aux vices !
Il courrait après les honneurs
Il ne trouva que des supplices.
Si, pénétrés de ses malheurs,
Vous voulez savoir son histoire,
Interrogez-en l’Univers,
Ou la déesse Mémoire
Qui parle dans ce dernier vers :
CI-GÎT MANDRIN, CI-GÎT LA GLOIRE. »

 Mais ces louanges n’empêchent pas des écrits plus critiques.

 Ce que je n’ai pas aimé dans le livre :

Si j’ai adoré découvrir l’histoire de Mandrin, que l’auteur a replacé dans la complexité du système financier de l’époque, et que j’ai adoré découvrir la fin des contrebandiers après Mandrin (là le gouvernement de Sardaigne se montrera plus coopératif vu le changement de comportement de la bande et le banditisme qui touchera aussi la Savoie), il y a cependant deux choses que je n’ai pas appréciées dans ce livre.
Tout d’abord, le ton de l’auteur, où par quelques mots et phrases on voit qu’il admire énormément Mandrin, et ce malgré les crimes qu’il a commis. Par ailleurs, et à la différence d’Yves Jacob, je n’irai pas dire que l’armée a perdu un grand commandant. Mandrin n’est pas du genre à supporter la hiérarchie et les ordres, quand bien même il voulait rentrer dans l’armée du roi.

Enfin, je n’aime pas non plus l’excuse avancée par l’auteur et par d’autre je pense, qui dit que le système « par la nature même de ses institutions, a tendance à provoquer la violence ». Dire cela dans une biographie de Mandrin, c’est oublié que Louis n’était déjà pas honnête à la base, et qu'il ne lui fallait pas grand chose pour laisser parler sa part sombre. En effet point besoin de l’histoire des mules ou des frères Roux, pour voir que cet homme avait déjà un comportement de brigand. Cette excuse pourrait être valable pour d’autres gens plus honnêtes (même si j’ai du mal avec cette « idéologie »), mais pas pour lui. En tout cas pour moi.

 

En résumé, (et si vous avez tout lu je vous dis bravo) c’est un livre agréable à lire et que je conseille de lire, vu qu’il est encore facile de se le procurer d’occasion. Cela étant, comme il n’est pas très récent et qu’il manque des informations, j’aurai aimé savoir s’il y a eu des répercussions sur la population suite aux razzias, je ne sais pas si tout est encore à prendre. Donc à compléter par d’autres livres sur le sujet.