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Résumé :

4 juin 1940. La Wehrmacht envahit le château de Versailles. Par la portée symbolique de cet événement, Hitler réalise son rêve de revanche. Dès lors, et durant quatre années, des milliers de soldats arpentent la galerie des Glaces, parcourent les jardins dessinés par Le Nôtre, tandis qu’aléas climatiques, bombardements, pénuries, pillages et vandalisme mettent en péril ce joyau national, et les derniers chefs-d’œuvre qu’il abrite. En prévision du pire, un vaste plan de protection avait été élaboré dès les années 1930. On camoufla à partir de septembre 1939 tout ce qui pouvait l’être, à commencer par le Grand Canal, entièrement asséché. Dans l’affolement de l’exode, on finit d’évacuer collections et décors au sein de plusieurs châteaux de province : Chambord, Brissac, Sourches, Serrant, Voré… La plupart de ces trésors survécurent ainsi, « hors les murs », jusqu’à la fin du conflit. C’est un quotidien fait de craintes et d’espoirs que dévoile cet ouvrage, au plus près d’une poignée d’hommes et de femmes, conscients de la nécessité absolue de préserver un patrimoine unique.

Mon avis :

La guerre n’est pas qu’une affaire d’homme et d’arme, c’est aussi une affaire d’art afin de préserver le patrimoine national et finalement mondial. Des musées sous la guerre, je ne connais que l’évacuation du Louvre vu dans une émission YouTube sur Jacques Jaujard. Quand j’ai visionné la première fois cette émission, je me souviens que j’eus le souffle coupé devant le travail monstrueux qu’avait demandé l’évacuation du musée du Louvre, et aussi beaucoup d’admiration pour cet homme qui a fait ce qu’il a pu pour dérober à la convoitise allemande les œuvres d’art.

Ici, en lisant ces pages, je n’ai pas eu de sentiment si différent. Je reste en effet admirative du travail fait avant et pendant la guerre, pour la conservation des œuvres nationales ou privées. Tâche ardue, qui a commencé bien avant la Deuxième Guerre mondiale et qui ne fut pas sans danger, mais pourtant oublié des livres d’histoire. Un quasi-oubli, que l’auteur répare via ce merveilleux livre sur le château de Versailles occupé et ses hommes et femmes.

 Pourquoi Versailles ?

 Avant de rentrer dans le but du sujet (qui va être long), il convient de s’interroger sur : pourquoi l’autrice s’arrête sur Versailles alors qu’il y a d’autres châteaux comme Malmaison, Fontainebleau… ? Pour faire court, disons que Versailles à l’époque concentre toutes les haines et les passions des français et des allemands, de fait on ne peut pas trouver un meilleur château pour parler de la Seconde Guerre mondiale. En effet, si pour les français Versailles, c’est l’Histoire française, son art, un symbole du pays, un musée ; il est à contrario pour les allemands, un symbole de haine, vu qu’en 1919 c’est dans la Galerie des Glaces que fut signé le diktat de Versailles qui faisait payer à l’Allemagne les destructions de la Première Guerre mondiale.

Cependant comme l’Empire Allemand de Guillaume Ier fut proclamé en 1871 dans la Galerie des Glaces, les allemands ont aussi une certaine admiration pour ce château, un certain lien, par conséquent et malgré cette ambivalence de sentiment, on ne peut pas trouver meilleur château pour parler du rapport France/Allemagne durant  la Seconde Guerre mondiale car il représente les tensions passées mais aussi les enjeux présents à 39-45.

 Tant d’intérêt, laisse supposer des visites régulières des allemands au château et ses dépendances, certaines se déroulent bien d’autres un peu moins, pour autant on ne peut pas savoir si Versailles était destiné à être détruit par les nazis.

 La défense passive :

 Ce lien établit, intéressons-nous à l’exode et à la protection de Versailles, à ce qu’on appelle la défense passive.
Comme je le dis dans l’intro, la tâche de l’exode fut comme au Louvre, très longue, très dure et prévue bien avant le début de la guerre comme l’indique les différents échanges entre les Beaux-arts, les ministres, les conservateurs des musées mis en avant dans ces pages. Mais comme le livre va le montrer, la défense passive ne va pas s’arrêter à l’évacuation des œuvres. En effet, le château de Versailles et ses jardins, vont eux aussi subir plusieurs transformations afin d’éviter ou de limiter les dégâts en cas de problème, par exemple les bassins du jardin vont être asséchés et remplis de terre, les statues du jardin déboulonnées et évacuées ou protégées d’une autre manière, quant au château il verra la construction de mur coupe-feu ou encore l’arrivée massive de sac de sable.

Mais la défense passive c’est aussi des hommes et des femmes, gardiens, conservateurs, pompiers, qui à travers toute la France (dans chaque dépôt)  vont assurer plus ou moins la protection de ce patrimoine, et parfois au prix ou au péril de leur vie, vu que les mitrailles allemandes ne sont jamais bien loin, puisque les allemands connaissent l’emplacement des dépôts (les alliés aussi par informations codées) et font régulièrement des manœuvres dans le jardin de Versailles.  

 Des hommes et des femmes au service de l’art :

 J’en viens donc à développer le caractère de ces hommes et femmes qui ont œuvré dans cette histoire. Je ne les aborderai pas individuellement, car ce livre en approche beaucoup, reste quand même à souligner que certains sont pro-allemands (pas collabo) comme René Pichard du Page et d’autres anti-allemands comme Jacques Jaujard, Beaupé…, mais cependant et quelle que soit la position de ces gens, on remarque que tous ont cherché à conserver les œuvres par amour de l’art et de la France. Dans des lettres citées, on remarque effectivement qu’ils ont chaque jour le souci de la conservation des œuvres (qu’elles soient de Versailles ou d’ailleurs), à côté des soucis plus humains comme le charbon pour le chauffage. Par ailleurs, les extraits des lettres nous en apprennent beaucoup sur l’esprit de ces personnes, ou apparaît la crainte des allemands comme des alliés, la crainte pour les œuvres et l’épuisement moral.
Mais ces hommes ou ces femmes qui ont protégé les œuvres d’art ne sont pas que français, en effet un homme du camp adverse à œuvrer pour la protection des œuvres : Franz Wolff Metternich. Cet homme allemand - déjà présent dans l’émission sur Jaujard parlé dans l’intro - qui sera décoré de la Légion d’honneur par De Gaulle, est important pour moi car il montre qu’il existait des allemands qui avaient à cœur d’autres intérêts.

Et encore…

Enfin, car cet avis commence à faire long, dans ce livre l’autrice va aborder bien d’autres sujets, comme le lien entre Versailles et Vichy par exemple, puisque Pétain pensait dans un premier temps exiler le gouvernement à Versailles. Elle va aussi aborder la question des séquestres, et de la réorganisation du musée de Versailles vu qu’il est toujours visité lors de la guerre. Elle va aussi très vite fait aborder le château aujourd’hui.

Mais dans cette approche tout n’est pas parfait.

 En effet, je reproche à ce livre quelques points négatifs. Deux pour être exacte.
Tout d’abord, l’histoire du château n’est pas chronologique, ceci fait que par moment le livre devient un calvaire à lire car c’est le bordel pour se repérer, puisque souvent dans une même partie l’autrice fait référence à une année et tantôt à une autre, du coup j’ai eu parfois du mal à suivre car pour moi certains passages manquaient réellement de clarté.  

Enfin, le dernier défaut pour moi, c’est, que parfois le récit est trop détaillé, à tel point qu’on a l’impression que ça se répète. Et ce défaut est particulièrement visible dans la dégradation du château, car effectivement on revoit souvent les mêmes problèmes revenir et je pense que le livre aurait gagné en qualité si tout n’avait pas été si développé.

En conclusion, c’est un livre que je vous conseille car il est très intéressant à lire et parce qu’il sort de l’oubli certains faits lors de la guerre. Et même s’il a quelques défauts (très personnels en soi) et qu’il faut du temps pour le lire, je maintiens que ce livre vaut le détour. Surtout que sur le sujet je n’ai pas l’impression qu’il en ait des masses à lire, donc ne passez pas à côté.

 

Merci à Babelio et aux éditions Vendémiaire.